Algunos Grandes Libros no se vinculan ni a una familia ni a un lugar: atraviesan toda la memoria judía en torno a un tema. Una obra colectiva, hilo tras hilo.
Más allá de las familias, los lugares y las figuras, ciertos grandes temas atraviesan toda la historia judía: el exilio y el retorno, la transmisión, las lenguas, los oficios, las festividades, la resiliencia. Los Grandes Libros temáticos exploran estos hilos conductores — para enlazar las fichas entre sí y mostrar los motivos profundos de la memoria colectiva.
Las 520 temáticas se reparten en 10 grandes ángulos. Haga clic para acceder a una sección.
| Gran ángulo | Temáticas |
|---|---|
| Textos, Ley y estudio La cadena de transmisión: Torah oral, Talmud, halajá, manuscritos y libro hebreo. | 86 |
| Ritos, fiestas y ciclo de vida El calendario, las fiestas, el Shabat y los ritos de la cuna a la tumba. | 68 |
| Fe, mística y espiritualidad Idea de Dios, mesianismo, Cábala, poesía litúrgica y religión vivida. | 61 |
| Pensamiento, ciencias y saberes Filosofía, medicina, ciencias y estudio erudito del judaísmo. | 55 |
| Lenguas, letras y creación Yiddish, ladino, hebreo, literatura, artes, prensa y folclore. | 71 |
| Diáspora, mundos judíos y migraciones Galut, exilios, tierras del islam, conversiones y retorno a Sión. | 21 |
| Comunidades y mundos de la diáspora Monografías de las comunidades judías por el mundo, de Babilonia y Roma a Cochín y Shanghái. | 57 |
| Vida comunitaria, sociedad y economía Sinagoga, ayuda mutua, oficios, mesa, vestimenta e instituciones sociales. | 33 |
| Emancipación, modernidad y movimientos Haskalah, emancipación, corrientes religiosas y movimientos políticos modernos. | 42 |
| Persecuciones, memoria y Shoá Antisemitismo, disputas, guetos, Shoá, resistencia y Justos. | 26 |
La cadena de transmisión: Torah oral, Talmud, halajá, manuscritos y libro hebreo.
La centralité de l'étude (Talmud Torah) comme commandement et mode de vie, depuis la révélation écrite jusqu'à la Loi orale. Elle englobe les méthodes d'interprétation, les maisons d'étude et la chaîne de transmission de maître à disciple.
Abrir →Rédigée vers 200 par Rabbi Yehouda ha-Nassi, la Mishna fixe par écrit la Loi orale en six ordres (sedarim). Elle devient le socle de tout l'édifice talmudique.
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La genèse de la Michna et de la Guemara, du Talmud de Babylone et de celui de Jérusalem, et leur rôle de fondement du judaïsme rabbinique. Elle couvre les commentateurs, les éditions imprimées et les controverses dont le Talmud fut l'objet.
Abrir →Méthode d'exégèse qui scrute le texte biblique pour en tirer lois (halakha) et récits (aggada). Les grands recueils midrashiques nourrissent la prédication et l'imaginaire juifs.
Abrir →Travail des massorètes de Tibériade qui ont fixé la vocalisation, la cantillation et les notes de garde du texte biblique. Elle assure la transmission fidèle de la Bible hébraïque.
Abrir →Littérature des questions adressées aux autorités rabbiniques et de leurs réponses, du Moyen Âge à nos jours. Elle constitue une mine pour le droit et l'histoire sociale des communautés.
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Terre d'Israël et diaspora · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique sur la halakha : du Talmud aux grands codes (Mishné Torah, Choulhan Aroukh), la littérature des responsa, les tribunaux rabbiniques et l'adaptation continue de la Loi.
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L'histoire des versions de la Bible hébraïque, de la Septante grecque aux targoumim araméens et aux traductions ultérieures. Elle éclaire les enjeux d'interprétation et de transmission entre langues et communautés.
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Diaspora et terre d'Israël · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique sur la transmission du savoir : héder, talmud-torah, grandes yeshivot (Babylone, Volozhin, Lituanie), méthodes d'étude (pilpul, mussar) et écoles modernes.
Abrir →Le métier de scribe et l'écriture rituelle des rouleaux de Torah, téfilines et mézouzot selon des règles strictes. Elle traite des matériaux, des règles de cacheroute du texte et de la transmission de ce savoir-faire.
Abrir →Italie, Empire ottoman, Europe · Du XVe siècle à nos jours
Grand Livre thématique consacré au livre hébraïque et à l'imprimerie : des manuscrits aux premières presses (Soncino, Venise), colophons, censure, diffusion du Talmud et des livres de prières. Une histoire matérielle de la transmission écrite. Registre Histoire.
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Décor peint des haggadot, mahzorim et bibles hébraïques médiévales, des écoles séfarade, ashkénaze et italienne. Un art du livre d'une grande richesse.
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Les dépôts de manuscrits, en particulier la guéniza de la synagogue Ben Ezra, qui ont préservé textes liturgiques, lettres et documents commerciaux du monde médiéval. Elle éclaire la vie sociale, économique et religieuse des communautés méditerranéennes.
Abrir →La révélation au Sinaï et le don de la Torah comme fondement de l'alliance entre Dieu et Israël. Elle explore la portée du Décalogue, sa place liturgique et sa réception culturelle.
Abrir →La fonction rabbinique, son évolution du sage talmudique au rabbin communautaire moderne, et les modes de décision halakhique (responsa). Elle aborde l'ordination, les tribunaux rabbiniques et les grands rabbinats.
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Institution judiciaire juive tranchant litiges civils, conversions et statuts personnels. Pilier de l'autonomie communautaire à travers les siècles.
Abrir →Étude des inscriptions sur pierre, mosaïque ou métal, de l'Antiquité aux synagogues anciennes. Elles documentent langue, croyances et vie des communautés.
Abrir →Sefarad · XIIᵉ siècle
Rabbi Abraham Ibn Ezra (1089–1164), poète, grammairien et astronome né en Espagne, composa des commentaires bibliques marqués par une attention rigoureuse à la grammaire hébraïque et au sens littéral (pshat). Ses gloses concises, souvent allusives, intègrent science et linguistique. Voyageur infatigable, il diffusa en Europe chrétienne le savoir philologique de l'Andalousie juive.
Abrir →Sefarad et Italie · XVᵉ–XVIᵉ siècle
Don Isaac Abravanel (1437–1508), homme d'État et exégète, écrivit ses grands commentaires bibliques après l'expulsion d'Espagne en 1492. Procédant par questions liminaires longuement résolues, il aborde la politique, l'histoire et la philosophie, et accorde une place centrale au messianisme. Son œuvre, érudite et accessible, fut largement lue, y compris par des chrétiens.
Abrir →Antiquité tardive
L'aggada désigne l'ensemble des éléments non juridiques de la littérature rabbinique : récits, légendes, paraboles, réflexions théologiques et morales, par opposition à la halakha. Présente dans le Talmud et les midrashim, elle transmet les valeurs et la vision du monde des sages. Des recueils comme le Ein Yaakov rassemblent l'aggada du Talmud, et son étude connaît un renouveau moderne.
Abrir →Europe de l'Est · Fin XIXᵉ–début XXᵉ siècle
L'Aroukh haShoulhan est un code halakhique complet rédigé par Rabbi Yehiel Mikhel Epstein (1829–1908) en Russie. Reprenant l'ordre du Choulhan Aroukh, il expose chaque loi en remontant à ses racines talmudiques avant de trancher, dans un style fluide et continu. Contemporain et complémentaire du Mishna Beroura, il couvre aussi les domaines civils non traités par ce dernier.
Abrir →Orient, Espagne, Allemagne · IXe siècle–contemporain
Technique décorative juive consistant à former des images et des motifs ornementaux au moyen de minuscules lignes de texte hébreu, souvent massorétique. Apparue dans les bibles orientales médiévales, elle orne manuscrits, contrats de mariage et amulettes. La micrographie illustre l'interdit des images contourné par l'écriture elle-même.
Abrir →Italie · XVIᵉ siècle
Rabbi Ovadia Sforno (vers 1475–1550), médecin et exégète de Bologne, composa un commentaire de la Torah élégant et rationaliste, attentif au sens littéral et aux enjeux éthiques et philosophiques. Figure de l'humanisme juif de la Renaissance italienne, il enseigna l'hébreu à des chrétiens, dont Johann Reuchlin. Son commentaire figure dans la plupart des Bibles rabbiniques.
Abrir →Antiquité
Kodashim (« choses saintes ») est le cinquième des six ordres de la Mishna. Il traite du service sacrificiel du Temple, des offrandes et de l'abattage rituel : traités Zevahim, Menahot, Houllin, Bekhorot, Temoura et Tamid, entre autres. Bien que la plupart de ses lois ne s'appliquent plus depuis la destruction du Temple, son étude reste centrale, notamment chez Maïmonide.
Abrir →Antiquité
Tohorot (« puretés ») est le sixième et dernier ordre de la Mishna, le plus volumineux et le plus complexe. Il traite des sources d'impureté rituelle (touma) et des moyens de purification, notamment le traité Kelim sur les ustensiles, Oholot sur l'impureté des morts, Nidda sur l'impureté féminine et Mikvaot sur les bains rituels. Seul le traité Nidda possède une Gemara dans le Talmud babylonien.
Abrir →La che'hita est la méthode d'abattage rituel des animaux permis à la consommation, accomplie par un sacrificateur qualifié (cho'het) à l'aide d'un couteau parfaitement lisse. Elle vise un égorgement rapide tranchant trachée et œsophage, suivi de l'examen des organes pour vérifier l'absence de défaut (bedika). C'est une condition essentielle de la cacherout de la viande, encadrée par un savoir-faire transmis de longue date.
Abrir →Israël, diaspora · XXe-XXIe siècles
L'essor des transplantations a posé une question vitale : la mort cérébrale équivaut-elle à la mort selon la halakha ? Le débat oppose ceux qui maintiennent l'arrêt cardio-respiratoire comme critère et ceux qui acceptent la mort du tronc cérébral. Le grand rabbinat d'Israël et des autorités comme le rav Shlomo Zalman Auerbach y consacrèrent d'importants avis.
Abrir →L'exégèse juive des récits de la Genèse — la création, le déluge, les patriarches — a donné lieu à une tradition d'interprétation d'une grande richesse. Le midrash rabbinique, dont les recueils comme le Bereshit Rabba, déploie des lectures narratives, homilétiques et juridiques de ces textes fondateurs. Au Moyen Âge, des commentateurs comme Rachi privilégièrent l'explication littérale (peshat) tout en intégrant des éléments midrashiques, tandis que Maïmonide en proposa des lectures philosophiques. Les kabbalistes, notamment dans le Zohar, développèrent des interprétations mystiques associant les récits des origines aux sefirot et aux mystères de la création divine. Cette pluralité herméneutique, qui se poursuit jusqu'à l'époque contemporaine, illustre la vitalité de la lecture juive du texte biblique.
Abrir →XIe–XVIe siècle
La codification du droit rabbinique constitue un effort continu pour rendre la halakha, dispersée dans le Talmud et la littérature des responsa, accessible et applicable. Maïmonide réalisa au XIIe siècle, avec la Mishné Torah, une codification complète et systématique organisée par thèmes. Au XIVe siècle, Jacob ben Asher composa les Arba'a Tourim (les « Quatre Rangées »), qui structurèrent le droit selon quatre grands domaines. Au XVIe siècle, Joseph Karo rédigea le Choulhan Aroukh, qui, accompagné des gloses (Mapa) de Moïse Isserles intégrant les coutumes ashkénazes, devint le code de référence pour l'ensemble du monde juif. Ces ouvrages, et les commentaires qui s'y attachèrent, continuent de structurer la pratique halakhique contemporaine.
Abrir →XXe–XXIe siècle
Les progrès de la médecine moderne ont conduit les autorités rabbiniques à se prononcer sur de nombreuses questions de bioéthique, en s'appuyant sur les principes de la halakha. Ces décisions touchent à l'avortement, à la transplantation d'organes, à la définition de la mort, à la procréation médicalement assistée, à la fin de vie et à l'usage des données génétiques. Les responsa cherchent à concilier des principes fondamentaux, comme la valeur suprême de la vie humaine et l'obligation de guérir, avec les réalités des techniques nouvelles. Des décisionnaires de divers courants, en Israël et en diaspora, ont produit un corpus important sur ces sujets, parfois en débat entre eux. Cette bioéthique religieuse entre souvent en dialogue, et parfois en tension, avec les législations nationales et les éthiques séculières.
Abrir →Le droit matrimonial juif repose sur deux institutions fondamentales : les kiddouchin (« sanctification »), acte par lequel l'homme épouse la femme, et la ketouba, contrat écrit qui consigne les obligations financières du mari envers son épouse, notamment en cas de décès ou de divorce. Le mariage juif (nissouin) se conclut traditionnellement en deux temps, érousine (fiançailles) et nissouin proprement dit, célébrés aujourd'hui ensemble sous le dais nuptial (houppa). La ketouba, dont les formulations araméennes remontent à l'Antiquité, vise à protéger les droits économiques de la femme et constitue l'une des plus anciennes protections juridiques de ce type. La dissolution du mariage requiert un acte de divorce, le guett, remis par le mari, ce qui soulève la question difficile de la agouna, la femme « enchaînée » dont le mari refuse ou ne peut accorder le divorce. Codifiées dans le traité talmudique Kiddouchin et dans le Choulhan Aroukh, ces normes restent au cœur de l'activité des tribunaux rabbiniques contemporains.
Abrir →Bassin méditerranéen, Orient · XIIe–XIXe siècle
Genre des récits de voyage juifs décrivant communautés, routes et lieux saints. Les itinéraires de Benjamin de Tudèle et de Pétahia de Ratisbonne au XIIe siècle en sont les modèles, suivis par les récits de pèlerins vers la Terre d'Israël. Ces textes constituent une précieuse source géographique et ethnographique sur les diasporas médiévales.
Abrir →Lituanie · Fin XIXᵉ–XXᵉ siècle
La méthode de Brisk, élaborée par Rabbi Hayim Soloveitchik (1853–1918) à Brest-Litovsk, propose une analyse conceptuelle rigoureuse du Talmud et de Maïmonide. Elle distingue des catégories abstraites (par exemple entre l'objet et l'acte d'une obligation) pour résoudre les difficultés. Cette approche, dite « analytique », a profondément transformé l'étude dans les yeshivot lituaniennes et leurs héritières.
Abrir →Ashkenaz et Pologne · XVᵉ–XVIIᵉ siècle
Le pilpoul (« poivre », au sens d'argumentation piquante) désigne une méthode d'étude talmudique fondée sur l'analyse dialectique aiguë, le rapprochement de sources distantes et la résolution de contradictions subtiles. Particulièrement développée dans les yeshivot de Pologne aux XVIᵉ–XVIIᵉ siècles, notamment autour de Jacob Pollak, elle fut louée pour son acuité mais aussi critiquée pour ses excès casuistiques.
Abrir →Méditerranée · XIIe siècle
La Mishné Torah, achevée par Moïse Maïmonide (Rambam) vers 1180, est la première codification systématique et exhaustive de l'ensemble de la loi juive (halakha). Rédigée dans un hébreu mishnaïque clair et organisée par thèmes en quatorze livres — d'où son surnom de Yad ha-Hazaka, « la Main forte », la valeur numérique de yad étant quatorze —, elle se distingue par sa volonté de présenter la loi de manière tranchée, sans citer les débats ni les sources talmudiques. Cette méthode audacieuse suscita des critiques, notamment celles du Raavad (Abraham ben David de Posquières), qui reprocha à Maïmonide d'avoir omis les références permettant de vérifier ses décisions. L'ouvrage englobe aussi des domaines tombés en désuétude, comme les lois du Temple et des sacrifices, traduisant l'ambition d'embrasser la totalité de la Torah. Aux côtés de son Guide des égarés, œuvre philosophique conciliant aristotélisme et révélation, la Mishné Torah fit de Maïmonide la figure intellectuelle dominante du judaïsme médiéval et une référence permanente de la codification ultérieure.
Abrir →Monde juif · XIXe–XXIe siècle
La littérature des responsa (she'elot ou-teshouvot), c'est-à-dire les questions adressées à des autorités rabbiniques et leurs réponses motivées, constitue depuis le Moyen Âge un mode majeur de développement de la halakha. À l'époque moderne et contemporaine, elle dut affronter des questions inédites posées par les avancées technologiques, la médecine, la vie économique, la Shoah et la création de l'État d'Israël. Des décisionnaires comme le Hatam Sofer au XIXe siècle, puis le rav Moshe Feinstein aux États-Unis et le rav Ovadia Yossef en Israël, illustrent par leurs recueils la vitalité de ce processus. Leurs réponses cherchent à appliquer les principes traditionnels à des situations nouvelles, parfois au prix de débats vifs entre courants. Cette production juridique reste un instrument central de l'adaptation du droit juif aux réalités changeantes.
Abrir →La mitsva de la 'halla consiste à prélever une portion de la pâte de pain avant la cuisson, en souvenir de la part autrefois donnée aux prêtres du Temple. Aujourd'hui, cette portion est brûlée plutôt que consommée. Accomplie surtout en préparation du Chabbat et des fêtes, elle est considérée comme l'un des commandements particulièrement liés aux femmes, et a donné son nom au pain tressé du Chabbat.
Abrir →Terre d'Israël · IIᵉ–IIIᵉ siècle
La Tossefta (« ajout ») est un recueil de traditions tannaïtiques organisé selon les six ordres de la Mishna, qu'elle complète et éclaire. Souvent attribuée à l'école de Rabbi Hiyya et Rabbi Hoshaya, elle conserve des enseignements parallèles, des débats élargis et des baraytot. Elle constitue une source majeure pour comprendre la formation de la Loi orale.
Abrir →Europe, bassin méditerranéen · Moyen Âge–XVIe siècle
Écriture historiographique juive comprenant les chroniques des persécutions et les histoires des générations savantes. Le Sefer ha-Qabbala d'Abraham ibn Daoud, le Shevet Yehouda de Salomon ibn Verga et le Tsemah David en sont des jalons. Ces œuvres mêlent récit événementiel, chaîne de transmission rabbinique et réflexion sur l'exil.
Abrir →Italie, Pays-Bas, Israël · XVe siècle–contemporain
Histoire de la conception des caractères hébreux imprimés, des polices des premiers typographes vénitiens jusqu'aux fontes modernes israéliennes. La famille Soncino et l'imprimeur Daniel Bomberg établirent des modèles durables ; au XXe siècle, des dessinateurs comme Henri Friedlaender (police Hadassah) ont renouvelé l'art. Ce domaine relie esthétique, lisibilité et identité culturelle.
Abrir →Safed · XVIᵉ siècle
Le Beit Yossef est le vaste commentaire de Rabbi Joseph Caro sur le Tour, fruit de vingt années de travail. Pour chaque loi, il retrace les sources depuis le Talmud à travers les décisionnaires médiévaux, expose les divergences et tranche, généralement selon la majorité du Rif, de Maïmonide et du Rosh. Cet ouvrage monumental servit de fondement à son code abrégé, le Choulhan Aroukh.
Abrir →Safed · XVIᵉ siècle
Le Choulhan Aroukh (« la Table dressée »), composé par Rabbi Joseph Caro à Safed et imprimé en 1565, est le code de loi juive le plus largement adopté. Organisé en quatre parties (Orah Hayim, Yoré Déa, Even haEzer, Hoshen Mishpat), il synthétise les décisions halakhiques de manière concise. Complété par les gloses du Rema pour l'usage ashkénaze, il demeure la référence pratique de la halakha.
Abrir →Terre d'Israël · Xᵉ siècle
Le Codex d'Alep (Keter Aram Tsova) est le manuscrit le plus fidèle de la massora tibérienne, copié vers 930 et vocalisé par Aaron ben Asher. Considéré par Maïmonide comme la référence pour l'écriture du rouleau de la Torah, il fut conservé des siècles à Alep. Endommagé lors des émeutes de 1947, il en subsiste environ les deux tiers, aujourd'hui au Sanctuaire du Livre à Jérusalem.
Abrir →XXᵉ–XXIᵉ siècle
Le Daf Yomi (« page du jour ») est un programme mondial d'étude consistant à lire une page double du Talmud babylonien chaque jour, achevant l'ensemble en environ sept ans et demi. Lancé en 1923 par Rabbi Meir Shapiro à la conférence d'Agoudath Israël, il synchronise l'étude de centaines de milliers de pratiquants. L'achèvement d'un cycle est célébré par la cérémonie du Siyoum HaShas.
Abrir →Monde juif · XIIe siècle–époque contemporaine
La question de savoir où commence le jour juif, et donc où observer le Chabbat lorsqu'on franchit le Pacifique, suscite un débat depuis le Moyen Âge. Le Baal ha-Maor et plus tard le Hazon Ish proposèrent des lignes de démarcation distinctes, souvent fixées 90° à l'est de Jérusalem. Ce sujet illustre la rencontre entre halakha, géographie et astronomie.
Abrir →Sefarad et Empire ottoman · XVIᵉ siècle
Le Ein Yaakov est une compilation des passages aggadiques du Talmud, rassemblés par Rabbi Yaakov ibn Habib, exilé d'Espagne et installé à Salonique au début du XVIᵉ siècle. Accompagné de commentaires, l'ouvrage permit à un large public d'accéder à la dimension narrative et morale du Talmud. Il devint un texte d'étude populaire dans les sociétés communautaires et les maisons d'étude.
Abrir →Israël, Monde · XXe siècle
Le Grand Rabbinat fut créé en Palestine mandataire en 1921 sous l'autorité mandataire britannique, avec à sa tête deux grands rabbins, l'un ashkénaze (le premier étant Abraham Isaac Kook) et l'autre séfarade (Rishon le-Zion), reflétant la dualité des traditions. Repris par l'État d'Israël après 1948, cet organisme exerce une autorité légale sur le statut personnel des Juifs — mariage, divorce, conversion — ainsi que sur la supervision de la cacherout et l'administration des tribunaux rabbiniques. Détenant un quasi-monopole en ces matières, il se trouve régulièrement au cœur de controverses opposant orthodoxie et courants libéraux, religieux et laïques, à propos notamment de la reconnaissance des conversions accomplies hors d'Israël ou par d'autres mouvements. Dans la diaspora, l'autorité religieuse s'organise différemment selon les pays, parfois autour de consistoires ou de grands rabbinats nationaux, comme en France ou au Royaume-Uni. La question de la centralisation de l'autorité halakhique demeure un enjeu majeur de la vie juive contemporaine.
Abrir →Le herem est la mesure d'exclusion la plus grave du droit rabbinique, frappant un membre de la communauté d'un bannissement social et religieux temporaire ou définitif. Il servait à faire respecter les décisions des tribunaux et les ordonnances communautaires. Parmi les cas célèbres figurent le herem prononcé contre Spinoza à Amsterdam en 1656 et les anathèmes échangés lors de la controverse antimaïmonidienne.
Abrir →Le hidoush (« nouveauté ») désigne une interprétation ou une compréhension neuve dégagée par l'étudiant du texte talmudique ou halakhique. Valorisé comme un idéal de l'étude de la Torah, il a donné naissance à un genre littéraire, les hiddoushim, où les savants consignent leurs analyses originales sur des traités précis. Ce genre constitue une part importante de la littérature rabbinique post-talmudique.
Abrir →Europe de l'Est · XIXᵉ siècle
Rabbi Meïr Leibush ben Yehiel Michel Weisser (1809–1879), connu sous l'acronyme Malbim, fut rabbin en Roumanie et en Russie et un exégète influent. Son commentaire biblique repose sur le principe qu'il n'existe pas de synonymes véritables dans la Torah et que le Midrash halakhique découle du sens précis du langage. Son œuvre visait aussi à défendre la tradition face à la Réforme.
Abrir →Terre d'Israël · IIᵉ–IIIᵉ siècle
Les midrashim halakhiques sont des recueils tannaïtiques qui dérivent la loi des versets de la Torah selon des règles d'interprétation établies. Les principaux sont la Mekhilta sur l'Exode, le Sifra sur le Lévitique et le Sifré sur les Nombres et le Deutéronome, issus des écoles de Rabbi Akiva et de Rabbi Ishmaël. Ils éclairent le lien organique entre Écriture et Loi orale.
Abrir →Terre d'Israël · Vᵉ–XIIᵉ siècle
Le Midrash Rabba (« grand Midrash ») est une vaste collection de midrashim aggadiques couvrant les cinq livres de la Torah et les cinq rouleaux. Ses composantes, comme Bereshit Rabba sur la Genèse et Vayikra Rabba sur le Lévitique, furent rédigées à des époques différentes en terre d'Israël. Riche en paraboles, en interprétations et en réflexions théologiques, il constitue un pilier de la pensée juive classique.
Abrir →Lituanie · Fin XIXᵉ–début XXᵉ siècle
Le Mishna Beroura est un commentaire monumental sur la première partie du Choulhan Aroukh (Orah Hayim), composé par Rabbi Israël Meïr Kagan, le Hafets Hayim (1838–1933). Publié entre 1884 et 1907, il recense et tranche les opinions des décisionnaires postérieurs sur les lois du quotidien, de la prière et des fêtes. Il est devenu la référence halakhique dominante dans le monde ashkénaze.
Abrir →Israël · XXᵉ–XXIᵉ siècle
Le Mishpat Ivri désigne l'étude académique du droit hébraïque comme système juridique, par les méthodes de la science du droit. Apparu au début du XXᵉ siècle et développé en Israël, notamment par Menahem Elon, ce champ analyse les concepts halakhiques relatifs aux contrats, à la propriété et au statut personnel. Il a influencé certaines lois israéliennes et la jurisprudence de la Cour suprême.
Abrir →Moyen Âge
L'acronyme PaRDeS désigne quatre niveaux d'interprétation des textes sacrés : pchat (sens littéral), rémez (sens allusif), drach (sens homilétique) et sod (sens mystique, secret). Cette grille herméneutique, popularisée à l'époque médiévale et chère aux kabbalistes, structure l'idée d'une profondeur multiple de l'Écriture. Le terme évoque aussi le célèbre récit talmudique des quatre sages entrés dans le « verger ».
Abrir →Terre d'Israël · Antiquité
Le Pentateuque samaritain est la version de la Torah conservée par la communauté samaritaine, écrite dans une variante de l'ancien alphabet hébraïque. Il présente des milliers de différences avec le texte massorétique, dont certaines reflètent la théologie samaritaine, comme la centralité du mont Garizim. La comparaison avec la Septante et les manuscrits de Qumran éclaire l'histoire du texte biblique.
Abrir →Provence · XIIᵉ–XIIIᵉ siècle
Rabbi David Kimhi (vers 1160–1235), surnommé le Radak, était un grammairien et exégète actif à Narbonne. Son manuel de grammaire et son dictionnaire, le Mikhlol et le Sefer haShorashim, firent autorité durant des siècles. Ses commentaires bibliques, clairs et méthodiques, combinent grammaire, sens littéral et polémique antichrétienne, et influencèrent les humanistes hébraïsants de la Renaissance.
Abrir →Afrique du Nord et Sefarad · XIᵉ siècle
Rabbi Isaac Alfassi (1013–1103), originaire de Fès et actif en Espagne, composa le Sefer Halakhot, un abrégé du Talmud babylonien ne retenant que les passages à portée pratique et leurs conclusions. Cet ouvrage, souvent appelé « petit Talmud », exerça une influence considérable sur la codification ultérieure et fut une source majeure pour Maïmonide.
Abrir →Moyen Âge
La tradition rabbinique compte 613 commandements (taryag mitzvot) dans la Torah, dont 248 positifs et 365 négatifs. Plusieurs ouvrages médiévaux en dressent la liste et en débattent les critères : le Sefer haMitzvot de Maïmonide, le Sefer Mitzvot Gadol (Semag) de Moïse de Coucy et le Sefer haHinoukh, qui explique aussi leurs raisons. Ces énumérations restent au cœur de la réflexion halakhique.
Abrir →Palestine · IIe–Ve siècle
Le Talmud de Jérusalem (Talmud Yeroushalmi), aussi appelé Talmud palestinien ou « d'Eretz Israël », est la compilation des discussions rabbiniques (guemara) menées dans les académies de la Palestine romaine et byzantine, principalement à Tibériade et à Césarée, autour de la Mishna. Sa rédaction fut interrompue et figée vers la fin du IVe ou le début du Ve siècle, vraisemblablement à cause de la détérioration des conditions de la vie juive sous l'Empire byzantin chrétien. Plus concis, parfois plus elliptique et rédigé dans un araméen occidental distinct de celui de son homologue babylonien, il fut historiquement moins étudié et n'acquit pas la même autorité normative que le Talmud Bavli. Il demeure néanmoins une source d'une valeur inestimable : il éclaire la pratique de la loi en Terre d'Israël, conserve des traditions absentes du Talmud babylonien et constitue un témoignage de premier ordre sur la vie sociale, économique et religieuse des Juifs de Palestine dans l'Antiquité tardive.
Abrir →Sefarad · XIVᵉ siècle
Les Arbaa Tourim (« Quatre rangées »), rédigés par Rabbi Yaakov ben Asher en Espagne au début du XIVᵉ siècle, sont un code halakhique majeur structuré en quatre parties. L'ouvrage, qui ne traite que des lois en vigueur après la destruction du Temple, présente les sources et les opinions divergentes avant de trancher. Sa structure quadripartite servit de modèle au Choulhan Aroukh.
Abrir →Antiquité tardive
Avoda Zara (« culte étranger ») traite des lois relatives à l'idolâtrie et aux relations avec les non-juifs idolâtres dans le monde gréco-romain. Il y est question de commerce avant les fêtes païennes, d'images et de statues, et notamment du vin de libation (yayin nesekh). Le traité offre un précieux témoignage sur la vie juive dans l'Antiquité tardive et la coexistence interreligieuse.
Abrir →Antiquité tardive
Baba Metsia (« la Porte du milieu ») est l'un des trois traités issus du grand traité Nezikin sur les dommages. Il traite des objets trouvés, des dépôts, des prêts, du louage, de l'usure (ribit) et des relations entre patrons et travailleurs. Pièce maîtresse du droit civil juif, il est l'un des traités les plus étudiés dans les yeshivot.
Abrir →Antiquité tardive
Berakhot (« Bénédictions »), premier traité de la Mishna et du Talmud, ouvre l'ordre Zeraïm. Il traite de la récitation du Shema, des dix-huit bénédictions de la Amida, des bénédictions sur les aliments et de l'action de grâce. Mêlant halakha et nombreuses aggadot sur la prière et la providence, il constitue la base de la liturgie quotidienne juive.
Abrir →Antiquité tardive
Pirké Avot (« Chapitres des Pères ») est un traité de la Mishna, dans l'ordre Nezikin, entièrement consacré à la sagesse éthique et aux maximes morales des sages. Il s'ouvre sur la transmission de la Torah depuis le Sinaï et rassemble des aphorismes sur l'étude, l'humilité, la justice et la crainte du Ciel. Sa lecture publique le Chabbat entre Pessah et Chavouot est une coutume répandue.
Abrir →Ashkenaz · XIIIᵉ siècle
Le Yalkout Shimoni est la plus vaste anthologie médiévale de midrash, organisée suivant l'ordre des versets de l'ensemble de la Bible hébraïque. Compilée probablement au XIIIᵉ siècle, vraisemblablement par Rabbi Shimon de Francfort, elle puise dans des dizaines de recueils tannaïtiques et amoraïques, dont certains aujourd'hui perdus. Elle constitue à la fois un commentaire continu et une mine de sources.
Abrir →IIᵉ–IIIᵉ siècle
Une baraïta (« externe », en araméen) est un enseignement tannaïtique non inclus dans la Mishna de Rabbi Yehouda ha-Nassi. Les baraïtot, introduites dans le Talmud par des formules comme « tania » ou « tanou rabanan », nourrissent les débats amoraïques. Certaines collections, comme la baraïta de Rabbi Ishmaël sur les treize règles d'interprétation, ont acquis un statut particulier.
Abrir →Italie et Lituanie · XVIᵉ–XIXᵉ siècle
L'imprimeur chrétien Daniel Bomberg publia à Venise, entre 1520 et 1523, la première édition complète du Talmud babylonien, fixant la pagination et la mise en page encore utilisées aujourd'hui, avec Rachi et les Tossafot encadrant le texte. L'édition de Vilna par la veuve et les frères Romm (1880–1886) y ajouta de nombreux commentaires et devint la référence standard.
Abrir →Provence · XIIᵉ siècle
Rabbi Abraham ben David de Posquières (vers 1125–1198), le Raavad, fut l'un des plus grands talmudistes de Provence. Il est surtout connu pour ses Hassagot (« objections ») au Mishné Torah de Maïmonide, dans lesquelles il conteste des décisions ou en réclame les sources. Imprimées en regard du texte de Maïmonide, ses gloses critiques incarnent l'esprit de débat de la halakha.
Abrir →Médiéval à moderne
Les kelalei haTalmud sont les principes méthodologiques qui régissent la lecture et la décision dans le Talmud : règles de datation des sages, hiérarchie des opinions, principes de trancher la loi (par exemple « la halakha suit Rabbi Akiva contre ses collègues »). Des ouvrages comme l'introduction de Maïmonide à la Mishna ou le Halikhot Olam codifient ces règles indispensables à l'étude rigoureuse.
Abrir →L'érouv (« mélange ») désigne plusieurs dispositifs halakhiques permettant d'assouplir certaines restrictions du Chabbat et des fêtes. L'érouv hatserot et l'érouv techoumin autorisent le transport d'objets et l'extension du périmètre de déplacement, tandis que l'érouv tavshilin permet de cuisiner d'un jour de fête vers le Chabbat. Ces institutions relèvent du traité talmudique Erouvin.
Abrir →Terre d'Israël · IIIᵉ siècle av. è.c.–Iᵉʳ siècle è.c.
Les manuscrits de la mer Morte, découverts à partir de 1947 près de Qoumrân, comprennent les plus anciens témoins connus de la Bible hébraïque ainsi que des écrits sectaires et apocryphes. Datant de la fin de l'époque du Second Temple, ils éclairent la diversité des textes bibliques avant la fixation massorétique et la vie d'un groupe juif distinct, souvent identifié aux Esséniens.
Abrir →Antiquité tardive et début du Moyen Âge
Les massekhtot ketanot sont des traités annexes, non inclus dans la Mishna mais imprimés à la fin de l'ordre Nezikin dans les éditions du Talmud. Ils comprennent notamment Avot deRabbi Nathan (commentaire des Pères), Soferim (lois des scribes et de la lecture publique), Semahot (deuil) et Derekh Erets (conduite morale). Ils rassemblent des traditions précieuses sur la coutume et l'éthique.
Abrir →Le minhag (« coutume ») est une pratique adoptée par une communauté qui acquiert force obligatoire, parfois résumée par l'adage « la coutume annule la loi ». La diversité des minhagim distingue les rites ashkénaze, séfarade, italien et yéménite. Des recueils médiévaux comme le Sefer haMinhagim de Maharil ont fixé les usages locaux, dont l'étude éclaire l'histoire des communautés.
Abrir →Les takkanot sont des décrets législatifs édictés par les sages pour répondre aux besoins de la société et préserver l'ordre religieux. Distinctes des lois bibliques, elles comprennent des institutions célèbres comme le prozboul de Hillel, l'allumage des bougies de Hanoucca ou les takkanot de Rabbenou Guershom interdisant la polygamie en Ashkenaz. Elles illustrent la capacité d'adaptation de la halakha.
Abrir →Universel · Médiéval
Les teamim (« accents » ou « notes ») sont les signes massorétiques qui indiquent à la fois la cantillation musicale, l'accentuation et la ponctuation syntaxique du texte biblique. Divisés en disjonctifs et conjonctifs, ils structurent les versets en unités de sens et guident la lecture publique. Les mélodies attachées à ces signes varient selon les traditions ashkénaze, séfarade et orientale.
Abrir →Ashkenaz · XIIᵉ–XIVᵉ siècle
Les Tossafistes sont les commentateurs ashkénazes et français qui ont élaboré les Tossafot, gloses dialectiques imprimées en regard du texte talmudique. Héritiers de Rachi, dont plusieurs étaient ses descendants comme Rabbenou Tam et le Rashbam, ils confrontent les passages du Talmud entre eux pour résoudre les contradictions apparentes. Leur méthode a profondément marqué l'étude talmudique jusqu'à nos jours.
Abrir →Terre d'Israël · IIᵉ siècle
Les treize middot (« mesures ») de Rabbi Ishmaël sont les principes herméneutiques par lesquels la Loi orale dérive des règles de la Torah écrite. Elles incluent le raisonnement a fortiori (kal vahomer), l'analogie verbale (gezera shava) et la déduction par le général et le particulier. Énoncées au début du Sifra, elles sont récitées dans la liturgie matinale et fondent le raisonnement halakhique.
Abrir →Médiéval à contemporain
Le texte du Talmud babylonien connaît de nombreuses variantes (girsaot) entre manuscrits et éditions imprimées, dues à la transmission manuscrite et à la censure. Les commentateurs médiévaux corrigeaient déjà les leçons (hagahot), comme le fit Rabbenou Hananel. L'érudition moderne, avec des manuscrits tels celui de Munich et le projet Lieberman, compare ces témoins pour établir un texte plus exact.
Abrir →Terre d'Israël et Babylonie · VIIᵉ–Xᵉ siècle
Pour fixer la prononciation et la cantillation du texte biblique consonantique, les massorètes développèrent plusieurs systèmes de signes vocaliques. Le système tibérien, élaboré par des écoles comme celle de Ben Asher, l'emporta et est encore utilisé aujourd'hui. Coexistèrent aussi les systèmes babylonien et palestinien, supralinéaires, qui éclairent l'histoire de la langue et de sa transmission.
Abrir →Lituanie · XVIIIᵉ siècle
Rabbi Elie ben Salomon Zalman (1720–1797), le Gaon de Vilna, fut l'une des plus grandes autorités talmudiques de l'époque moderne. Maître de toutes les disciplines du savoir juif, il privilégia l'étude rigoureuse du texte, l'établissement de versions exactes et l'attention au sens simple, en réaction au pilpoul excessif. Chef de file de l'opposition au hassidisme, il marqua durablement la tradition lituanienne.
Abrir →Lituanie · XIXe–XXe siècle
La yeshiva de Volozhin, fondée en 1803 en Lituanie par Rabbi Hayyim de Volozhin, disciple du Gaon de Vilna, inaugura un modèle nouveau d'enseignement talmudique supérieur. Rompant avec le cadre traditionnel des maisons d'étude locales, elle constitua une institution centralisée et indépendante, attirant des élèves de toutes les régions, financée par des dons collectés à travers la diaspora et vouée à l'étude intensive du Talmud « pour elle-même » (Torah lichma). Ce modèle « lituanien » (mitnagged), qui valorisait la rigueur analytique et l'érudition contre le primat hassidique de la ferveur, donna naissance aux grandes yeshivot de Mir, Slobodka, Telz et Ponevezh. Volozhin développa également des méthodes d'analyse renouvelées, dont la célèbre méthode dite « de Brisk ». Fermée par les autorités russes en 1892, son héritage essaima : transplantées et reconstituées après la Shoah en Israël et aux États-Unis, ces yeshivot continuent de structurer le monde orthodoxe contemporain et la transmission de l'étude talmudique.
Abrir →Le mashal (parabole ou comparaison ; pluriel meshalim) est un genre littéraire central de la littérature rabbinique, omniprésent dans les recueils de midrash. Il consiste à éclairer une vérité théologique, éthique ou exégétique par une petite histoire empruntée à la vie quotidienne — souvent introduite par la formule « À quoi cela ressemble-t-il ? » — fréquemment construite autour d'un roi et de ses sujets, figure du rapport entre Dieu et Israël. Le mashal s'accompagne généralement de son application explicite, le nimshal, qui en dégage le sens. Héritier des paraboles bibliques et apparenté aux fables antiques, ce procédé permettait aux sages de rendre accessibles à tous les enseignements les plus abstraits et de combler les silences du texte scripturaire. La densité et l'inventivité de ces récits en font l'une des formes les plus originales de la créativité intellectuelle juive, dont l'influence se prolonge dans la prédication, le conte populaire et la pensée éthique.
Abrir →France (Troyes) · XIe–XIIe siècle
Rachi (Rabbi Chlomo ben Itzhak, 1040-1105), né et établi à Troyes en Champagne, est sans doute le commentateur le plus influent de toute l'histoire juive. Son commentaire de la Bible, limpide et soucieux du sens littéral (pchat) tout en intégrant le meilleur de l'enseignement midrashique, et son commentaire suivi du Talmud, devenu la clé d'accès indispensable au texte, accompagnent les éditions imprimées depuis le XVe siècle. Vigneron de métier selon la tradition, formé dans les académies rhénanes de Mayence et de Worms, il fonda à Troyes une école dont l'influence rayonna sur tout le judaïsme ashkénaze. Ses gendres et petits-fils, parmi lesquels Rabbenou Tam et le Rachbam, donnèrent naissance au mouvement des Tossafistes, qui développèrent une méthode dialectique d'analyse comparée des passages talmudiques, prolongeant et discutant les explications du maître. Cet ensemble, le commentaire de Rachi et les Tossafot, constitue l'appareil d'étude classique du Talmud et l'un des sommets de l'exégèse rabbinique médiévale.
Abrir →La tévilat kelim est l'obligation d'immerger dans un bain rituel (mikvé) les ustensiles de cuisine en métal ou en verre acquis auprès d'un non-Juif avant de les utiliser pour la nourriture. Ce rite, distinct de la cacherisation, marque le passage de l'objet dans l'usage juif. La bénédiction accompagne l'immersion pour les ustensiles concernés, selon des distinctions halakhiques précises portant sur la matière et l'usage.
Abrir →Universel · De l'Antiquité à nos jours
La halakha encadre le rapport aux animaux : interdiction de la souffrance inutile (tsaar baalei hayyim), repos du bétail le Chabbat, renvoi de la mère avant de prendre les oisillons (chiloua'h ha-ken), abattage rituel maîtrisé. Ces lois ont nourri débats éthiques et courants végétariens juifs.
Abrir →El calendario, las fiestas, el Shabat y los ritos de la cuna a la tumba.
L'histoire et la structure de la liturgie juive quotidienne, du Chéma et de la Amida aux rites de la prière publique. Elle suit la formation du siddour et la diversité des nossa'ot (ashkénaze, séfarade, italien, yéménite).
Abrir →Le septième jour comme institution centrale, mémorial de la Création et de la sortie d'Égypte, avec ses interdits de travail et ses rites domestiques. Elle examine la liturgie, les repas, le kiddouch et la havdala qui en structurent le déroulement.
Abrir →Diaspora et terre d'Israël · Traditions vivantes
Grand Livre thématique consacré aux fêtes et au calendrier juif : le cycle de l'année, Shabbat, pèlerinages, jeûnes et commémorations, rites domestiques et synagogaux selon les traditions. Le temps comme structure de la mémoire. Registre Mémoire.
Abrir →Journées de jeûne — Yom Kippour, Tisha be-Av, jeûnes mineurs — liées à l'expiation et au deuil national. Elles rythment la mémoire et la pénitence collectives.
Abrir →Diaspora et terre d'Israël · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique sur la cacherout : sources bibliques et talmudiques, abattage rituel (chehita), séparation du lacté et du carné, supervision et son rôle identitaire à travers les âges.
Abrir →La brit-mila au huitième jour comme signe de l'alliance, ainsi que les rites du rachat du premier-né et de l'imposition du nom. Elle aborde les figures du mohel et du sandak et les coutumes communautaires associées.
Abrir →Le passage à la majorité religieuse à treize ans pour les garçons et douze pour les filles, marquant l'entrée dans l'obligation des commandements. Elle retrace l'évolution historique de la cérémonie et l'émergence de la bat-mitsva.
Abrir →Diaspora et terre d'Israël · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique sur le mariage et la famille : fiançailles et ketouba, rites de noces, lois de pureté familiale, place des générations et coutumes régionales.
Abrir →Lois de pureté rituelle régissant la vie conjugale, avec l'immersion au bain rituel (mikvé). Une institution centrale de la halakha et de l'intimité communautaire.
Abrir →Procédure de dissolution du mariage par la remise de l'acte de divorce (guet) devant un tribunal rabbinique. Elle soulève des questions juridiques et humaines débattues jusqu'à aujourd'hui.
Abrir →Les pratiques entourant la fin de vie, l'inhumation et les étapes du deuil (chiva, cheloshim, année). Elle inclut la récitation du kaddich, les sociétés de pompes funèbres (hevra kadicha) et les coutumes des cimetières.
Abrir →Terre d'Israël, Maghreb, Orient · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique sur les pèlerinages : montée au Temple, tombeaux des patriarches et des justes, hiloulot maghrébines (Lag ba-Omer, saints locaux), et la dévotion populaire qui les entoure.
Abrir →Les deux Temples, leur architecture, le service sacrificiel et le sacerdoce (cohanim et lévites). Elle traite de la place du Temple dans la mémoire collective et de l'espérance de sa reconstruction.
Abrir →Chemini Atséret est une fête distincte qui clôt le cycle de Souccot ; on y récite la prière pour la pluie (Tefilat Guéchem). Sim'hat Torah, célébrée le même jour ou le lendemain selon les rites, marque l'achèvement et le recommencement du cycle annuel de lecture de la Torah. On y danse avec les rouleaux lors des sept tours (hakafot) autour de la synagogue.
Abrir →Antiquité
Hanouka commémore la réinauguration du Temple de Jérusalem après la victoire des Maccabées sur les Séleucides au IIe siècle avant notre ère. Pendant huit jours, on allume progressivement les bougies de la hanoukia et on récite les bénédictions et le Hallel. La fête est associée au miracle de la fiole d'huile, aux beignets et latkes, et au jeu de la toupie (sevivon).
Abrir →L'attribution du nom hébraïque marque l'entrée de l'enfant dans la communauté. Pour les garçons, le nom est proclamé lors de la circoncision ; pour les filles, lors d'une lecture de la Torah à la synagogue (zeved ha-bat ou simhat bat). Les traditions divergent : les Ashkénazes nomment souvent en mémoire d'un parent défunt, tandis que de nombreux Séfarades honorent un aïeul vivant.
Abrir →Antiquité
La Amida, dite aussi Chemoné Esré (Dix-Huit Bénédictions), est la prière par excellence du rituel juif, récitée debout trois fois par jour. Elle se compose de bénédictions de louange, de demande et de remerciement, dont le contenu varie les jours de Chabbat et de fête. Instituée par les Hommes de la Grande Assemblée, elle constitue le cœur de chaque office et se dit d'abord en silence.
Abrir →Antiquité
La Birkat ha-Cohanim est la bénédiction triple par laquelle les descendants d'Aaron bénissent l'assemblée, selon la formule du Livre des Nombres. Récitée par les Cohanim les mains levées et recouvertes du talith, elle fait partie de la répétition de la Amida. La fréquence varie : quotidienne en Terre d'Israël et dans de nombreuses communautés orientales, plus rare dans la diaspora ashkénaze.
Abrir →À Pessa'h, la Torah interdit de posséder et de consommer du 'hamets, c'est-à-dire les céréales fermentées. Les préparatifs incluent le grand nettoyage, la recherche du 'hamets à la chandelle (bedikat 'hamets), sa destruction (bioour 'hamets) et sa vente symbolique à un non-Juif. Les Ashkénazes s'abstiennent en outre des kitniyot (légumineuses), coutume non suivie par la plupart des communautés séfarades.
Abrir →Les lois sur le vin distinguent le yayin nessekh, vin lié à un culte idolâtre, et le setam yeyenam, vin produit ou manipulé par des non-Juifs, tous deux prohibés à la consommation selon la halakha. Pour être casher, le vin doit être produit par des juifs observants ; lorsqu'il est porté à ébullition (mevouchal), il échappe à certaines restrictions de manipulation. Ces règles ont façonné une viticulture juive spécifique.
Abrir →La chiva est la première période du deuil juif, qui dure sept jours après l'enterrement d'un parent proche. Les endeuillés restent à la maison, s'assoient bas, recouvrent les miroirs et reçoivent la visite de la communauté qui leur apporte réconfort et prières. Cette étape s'inscrit dans une gradation du deuil comprenant ensuite le chlochim (trente jours) et l'année pour les parents.
Abrir →Monde juif
La Haggadah de Pessa'h est le livret qui guide le déroulement du Seder, le repas rituel de la première (et, en diaspora, de la deuxième) nuit de la fête de Pâque, dont elle organise la narration de la sortie d'Égypte. Son texte, fixé pour l'essentiel à l'époque des Guéonim mais nourri de matériaux mishnaïques et midrashiques, articule récit, questions des enfants (« Ma nichtana »), commentaires, bénédictions, psaumes du Hallel et chants. Accomplissant le commandement de raconter la délivrance « de génération en génération », la Haggadah est l'un des livres hébreux les plus copiés, imprimés et illustrés de l'histoire, depuis les manuscrits enluminés médiévaux jusqu'aux milliers d'éditions modernes. Ses versions reflètent les sensibilités de chaque communauté et de chaque époque : Haggadot ashkénazes ou séfarades, éditions kibboutziques laïcisées, Haggadot produites par des survivants après la Shoah. L'étude de ses textes et de son iconographie constitue ainsi un prisme privilégié pour lire l'histoire culturelle, religieuse et politique du monde juif.
Abrir →La Havdala est la cérémonie qui marque la sortie du Chabbat et des fêtes, distinguant le temps sacré du temps ordinaire. Elle réunit quatre éléments : une coupe de vin, des aromates (besamim), la flamme d'une bougie tressée et les bénédictions de séparation. Ce rite domestique, chargé de symboles de douceur et de lumière, accompagne le retour à la semaine de travail.
Abrir →La houppa est le dais sous lequel se déroule la cérémonie de mariage juif, symbolisant le foyer que les époux vont fonder. Les coutumes l'entourant varient selon les communautés : voilement de la mariée (bedeken) chez les Ashkénazes, henné chez les Orientaux, marche autour du marié, et bris du verre rappelant la destruction du Temple. Le contrat (ketouba) est lu durant la cérémonie.
Abrir →La lecture publique de la Torah à partir d'un rouleau de parchemin structure les offices du Chabbat, des fêtes, des lundis et jeudis. La péricope hebdomadaire (paracha) est divisée en sections pour lesquelles des fidèles sont appelés à monter (aliya). Elle est suivie de la haftara, passage prophétique en lien thématique avec la lecture, et accompagnée de cantillation selon des signes traditionnels (teamim).
Abrir →Europe centrale et orientale
Le minhag Ashkenaz désigne l'ensemble des coutumes liturgiques développées par les Juifs d'Europe rhénane, puis transmises et diversifiées en Europe centrale et orientale. Il se distingue du rite séfarade par ses formulations textuelles, ses mélodies, son ordre des prières et de nombreuses coutumes locales. À l'intérieur de cette tradition, on distingue des variantes régionales, notamment le rite des Juifs allemands occidentaux et le minhag polono-lituanien plus répandu en Europe de l'Est. Le rite hassidique, influencé par la Kabbale lourianique, constitue une autre branche issue du monde ashkénaze. Ces différences portent sur les piyyoutim récités, les coutumes des fêtes et les pratiques synagogales. La richesse de ces variantes témoigne de la profondeur et de la diversité des traditions au sein du judaïsme.
Abrir →La matseva est la pierre tombale érigée sur la sépulture juive, portant le nom du défunt, ses dates selon le calendrier hébraïque et des formules de mémoire. Son installation et son dévoilement donnent lieu, dans de nombreuses communautés, à une cérémonie tenue généralement à la fin des trente premiers jours ou dans la première année. Visiteurs et proches déposent des pierres en signe de souvenir.
Abrir →La mezouza est un petit parchemin portant les deux premiers paragraphes du Chéma, fixé sur le montant droit des portes de la maison juive. Sa pose obéit au commandement du Deutéronome d'inscrire ces paroles « sur les montants de ta maison ». Beaucoup la touchent ou l'embrassent en entrant ou en sortant, et son texte, écrit par un scribe, doit être vérifié périodiquement.
Abrir →Yizkor est la prière du souvenir des défunts, récitée à la synagogue lors de quatre moments de l'année : Yom Kippour et les derniers jours de Pessa'h, Chavouot et Souccot. Les fidèles y évoquent leurs parents disparus et s'engagent à donner la tsedaka à leur mémoire. La coutume veut, dans plusieurs communautés ashkénazes, que ceux dont les parents sont vivants quittent la salle pendant sa récitation.
Abrir →Le compte de l'Omer relie Pessa'h à Chavouot par le décompte de quarante-neuf jours, période en partie associée au deuil. Le trente-troisième jour, Lag BaOmer, suspend ces coutumes de deuil et donne lieu à des réjouissances, des feux de joie et des mariages. La date est aussi liée à la mémoire de Rabbi Chimon bar Yo'haï, célébrée notamment au mont Méron.
Abrir →Le Birkat ha-Mazon est la bénédiction d'action de grâce récitée après tout repas comportant du pain. Composé de quatre bénédictions principales, il remercie Dieu pour la nourriture, la Terre d'Israël, Jérusalem et la bonté divine. Lorsque trois convives adultes au moins ont mangé ensemble, on introduit le texte par une invitation collective (zimoun), pratique qui rythme la table juive depuis l'Antiquité.
Abrir →Plusieurs Chabbatot de l'année portent un nom et une liturgie particuliers. Chabbat Hagadol précède Pessa'h, Chabbat Chouva s'intercale entre Roch Hachana et Yom Kippour, tandis que les quatre Chabbatot spéciales (Chekalim, Zakhor, Para, Ha'hodech) précèdent le printemps avec des lectures supplémentaires. Ces Chabbatot, souvent marqués par un sermon du rabbin, préparent la communauté aux temps forts du calendrier.
Abrir →Antiquité
Le Chéma Israël est la profession de foi centrale du judaïsme, proclamant l'unicité de Dieu d'après le verset du Deutéronome. Récité matin et soir, et au moment du coucher, il comporte trois paragraphes bibliques traitant de l'amour de Dieu, des commandements et des tsitsit. Sa récitation, considérée comme l'acceptation du « joug du Royaume des cieux », accompagne aussi les derniers instants de la vie.
Abrir →Antiquité
Le Hallel est un ensemble de psaumes de louange (Psaumes 113 à 118) récités lors des fêtes joyeuses, des trois fêtes de pèlerinage, de Hanouka et de Roch Hodech. Selon les jours, on récite le Hallel complet ou abrégé, avec ou sans bénédiction. Cette louange exprime la gratitude et la confiance en Dieu, et est traditionnellement associée au repas pascal lors du séder.
Abrir →Afrique du Nord
La cérémonie du henné est un rite prénuptial répandu chez les Juifs d'Afrique du Nord, du Yémen et d'Orient. La veille ou quelques jours avant le mariage, on applique une pâte de henné sur les mains des mariés, symbole de bénédiction, de fécondité et de protection contre le mauvais œil. La fête s'accompagne de costumes traditionnels, de chants, de pâtisseries et de musiques propres à chaque région.
Abrir →Safed · XVIᵉ siècle
L'office de Kabbalat Chabbat, « accueil du Chabbat », fut institué par les kabbalistes de Safed au XVIᵉ siècle, qui sortaient parfois dans les champs pour saluer la « Reine » Chabbat. Son joyau est le Lekha Dodi (« Viens, mon bien-aimé »), composé par Salomon Alkabetz, où la Chékhina et le peuple sont conviés à l'union. Cet office mystique s'est diffusé dans presque toutes les liturgies juives.
Abrir →Le Kaddich est une prière de sanctification du Nom divin, rédigée principalement en araméen, dont une version est récitée par les endeuillés. Les enfants la disent pour leurs parents durant onze mois après le décès, puis à chaque anniversaire (yahrzeit). La prière, qui ne mentionne pas la mort, exige la présence d'un minyan et exprime la louange de Dieu malgré la perte.
Abrir →Le Kiddouch est la prière de sanctification du Chabbat et des fêtes, récitée sur une coupe de vin avant le repas. Il proclame la sainteté du jour et rappelle la création du monde ou la sortie d'Égypte selon l'occasion. La cérémonie, accomplie le vendredi soir et le jour, encadre les repas festifs et constitue l'un des rites domestiques majeurs de la sanctification du temps.
Abrir →France, Allemagne · XIe–XIVe siècle
Le Mahzor Vitry, compilé dans l'école de Rachi par Simha de Vitry, est un recueil fondateur du rite et des coutumes ashkénazes, mêlant prières, lois et commentaires. Ces grands recueils liturgiques manuscrits, souvent richement enluminés, structurent l'année juive. Ils constituent une source capitale sur la liturgie et le droit coutumier médiévaux.
Abrir →Le minyan est le quorum de dix adultes requis pour la récitation publique de certaines prières, dont le Kaddich, la Kedoucha et la lecture publique de la Torah. Cette exigence souligne la dimension communautaire du culte juif, où certaines paroles de sainteté ne peuvent être proclamées qu'en présence d'une assemblée. Sa définition fait l'objet de débats halakhiques selon les courants.
Abrir →Le pidyon ha-ben est le rite de rachat du fils premier-né, accompli trente jours après sa naissance. Le père remet symboliquement cinq pièces d'argent à un Cohen, en souvenir de la consécration des premiers-nés au service divin. La cérémonie ne concerne que le premier-né d'une mère, à condition qu'il soit né par voie naturelle, et ne s'applique pas aux familles de Cohanim et de Lévites.
Abrir →La kippa, ou calotte, est la couverture de la tête portée par les hommes juifs en signe de respect et de conscience de la présence divine. D'abord coutume liée à la prière et à l'étude, elle est devenue, dans de nombreux milieux observants, un usage permanent. Sa forme, sa matière et sa couleur servent souvent de marqueurs d'appartenance à une communauté ou à un courant donné.
Abrir →Yémen
La liturgie des Juifs du Yémen se divise principalement en deux rites : le Baladi, ancien et proche des usages de Maïmonide, et le Chami, influencé par les éditions imprimées séfarades. La tradition yéménite est réputée pour sa fidélité à la prononciation de l'hébreu et à la cantillation, ainsi que pour la transmission orale du Targoum lors de la lecture publique de la Torah.
Abrir →Europe du Sud
Le rite italien, dit Bené Roma, est l'un des plus anciens rites juifs encore en usage, distinct des traditions ashkénaze et séfarade. Il remonte à la présence juive en Italie depuis l'époque romaine et conserve des piyyoutim, des mélodies et des coutumes propres. Pratiqué dans certaines synagogues de Rome et d'Italie, il témoigne d'une continuité liturgique millénaire en Europe méridionale.
Abrir →époque moderne
Le Nossa'h Ari est un rite de prière inspiré des enseignements kabbalistiques de Rabbi Isaac Louria (le Ari) de Safed, adopté par de nombreux courants hassidiques. Combinant des éléments ashkénazes et séfarades, il accorde une grande place aux intentions mystiques (kavanot) qui accompagnent la récitation. Diffusé par le hassidisme à partir du XVIIIe siècle, il existe en plusieurs variantes selon les dynasties.
Abrir →Le séder est le repas rituel de la première nuit de Pessa'h (et de la deuxième en diaspora), organisé selon un ordre précis en quinze étapes. On y boit quatre coupes de vin, on consomme la matsa et les herbes amères, et on récite la Haggada relatant la sortie d'Égypte. Le plateau du séder, les questions du plus jeune (ma nichtana) et la recherche de l'afikoman en sont des moments emblématiques.
Abrir →Le talith est le châle de prière muni de franges rituelles (tsitsit) à ses quatre coins, conformément au commandement biblique du Livre des Nombres. Les tsitsit, comportant des nœuds et des enroulements codifiés, rappellent l'ensemble des commandements. Le talith katan, vêtement à franges porté sous les habits, prolonge cette mitsva tout au long de la journée chez les pratiquants.
Abrir →Le upsherin (en yiddish) ou halaké (chez les Séfarades et Orientaux) est la coutume de la première coupe de cheveux d'un garçon, généralement à l'âge de trois ans. On laisse alors apparaître les peot (papillotes) et l'enfant commence son initiation à l'étude. Cette pratique, particulièrement répandue dans les milieux hassidiques et au mont Méron, n'a pas de fondement biblique mais relève du minhag.
Abrir →Le yahrzeit (mot yiddish) désigne l'anniversaire du décès d'un proche selon le calendrier hébraïque. On y allume une bougie commémorative qui brûle vingt-quatre heures, on récite le Kaddich et on visite parfois la tombe. Chez les Séfarades, ce souvenir prend souvent la forme d'une azkara accompagnée d'une étude et d'un repas mémoriel offert à la mémoire du défunt.
Abrir →Yom Kippour, le « Jour du Grand Pardon », est le jour le plus solennel du calendrier juif, qui clôt les dix jours de pénitence ouverts par Roch Hachana. Consacré au jeûne intégral d'environ vingt-cinq heures et à l'abstention de tout travail, il est entièrement tourné vers la techouva (le retour, le repentir), la confession des fautes (vidouï) et la quête de la réconciliation avec Dieu et avec autrui — la tradition rappelant que le pardon des fautes envers le prochain suppose d'abord de réparer auprès de lui. La liturgie, parmi les plus riches de l'année, s'ouvre le soir par le Kol Nidré, annulation solennelle des vœux chantée sur une mélodie célèbre, et s'achève par l'office de Néila, « la fermeture des portes », ultime appel avant le retentissement du chofar. Elle inclut l'évocation du service du Grand Prêtre au Temple (Avoda) et la lecture du livre de Jonas. Jour de jeûne biblique prescrit dans le Lévitique, Yom Kippour demeure l'expérience spirituelle la plus largement partagée par les Juifs de toutes tendances, religieux comme laïques.
Abrir →Les Birkot ha-Cha'har sont une série de bénédictions récitées au début de la journée, remerciant Dieu pour les bienfaits quotidiens : le réveil, la vue, le vêtement, la liberté ou encore la capacité de marcher. Issues du Talmud, où elles accompagnaient à l'origine les gestes du lever, elles ont été regroupées dans le rituel synagogal au fil du temps et ouvrent l'office du matin.
Abrir →Monde juif
La Hevra Kadisha, littéralement « confrérie sainte » en araméen, est l'association communautaire chargée de préparer les défunts selon le rite juif et d'accompagner les familles endeuillées. Ses membres assurent la toilette rituelle du corps (tahara), la veillée auprès du défunt et l'organisation de l'inhumation conformément à la halakha. Attestée dans de nombreuses communautés depuis le Moyen Âge et structurée plus formellement à l'époque moderne, elle constituait souvent l'une des institutions de bienfaisance les plus respectées de la vie juive locale. Servir au sein de la Hevra Kadisha était tenu pour un acte de charité particulièrement méritoire (hessed shel emet), car rendu à qui ne peut le rendre en retour. Ces confréries ont laissé des registres, des coutumiers et parfois des objets rituels qui éclairent l'histoire sociale des communautés.
Abrir →Les Dix Jours de pénitence s'étendent de Roch Hachana à Yom Kippour et constituent une période intense d'introspection, de prière et de retour vers Dieu (téchouva). On y ajoute des suppliques (seli'hot) et des modifications à la liturgie quotidienne. La tradition enseigne que le sort de chacun, inscrit à Roch Hachana, est scellé à Yom Kippour, ce qui confère à ces jours une gravité particulière.
Abrir →Les trois fêtes de pèlerinage — Pessah, Chavouot et Souccot — structurent le calendrier liturgique juif et étaient marquées, à l'époque du Temple, par la montée des fidèles à Jérusalem. Pessah commémore la sortie d'Égypte, Chavouot le don de la Torah au Sinaï et Souccot la traversée du désert, chacune étant aussi liée à un moment du cycle agraire en Terre d'Israël. Après la destruction du Temple, leur célébration se réorganisa autour de la synagogue, du foyer et de rites spécifiques comme le Seder de Pessah ou la souccah (cabane) de Souccot. Au fil des siècles, leur signification fut continuellement réinterprétée, de la diaspora au renouveau agricole du sionisme. Ces fêtes articulent ainsi mémoire historique, dimension agricole et aspiration spirituelle.
Abrir →Le calendrier juif comporte plusieurs jeûnes mineurs, observés du lever au coucher du soleil. Le jeûne de Guedalia rappelle l'assassinat du gouverneur de Judée après la destruction du Premier Temple ; le Dix Tévet commémore le début du siège de Jérusalem ; le Dix-Sept Tamouz, la brèche dans les murailles ; et le jeûne d'Esther précède Pourim. Ces journées associent abstinence, prières pénitentielles et introspection.
Abrir →Les selihot sont des prières et poèmes pénitentiels récités, selon les rites, dans les jours qui précèdent Roch Hachana et durant les Dix jours de pénitence. Centrées sur les treize attributs de miséricorde et l'aveu des fautes, elles préparent spirituellement les fidèles au jugement de Yom Kippour. Leurs textes, en partie issus du piyyout médiéval, varient selon les traditions ashkénazes et séfarades.
Abrir →Les Cheva Berakhot sont les sept bénédictions récitées sous le dais nuptial (houppa) puis lors des repas festifs durant les sept jours qui suivent le mariage. Elles louent la création, l'union des époux et la joie de Sion. Cette semaine de célébrations rassemble famille et amis autour de repas où la présence d'un nouveau convive (panim hadachot) justifie de redire les bénédictions.
Abrir →Les téfilines sont deux boîtiers de cuir noir contenant des passages de la Torah écrits à la main sur parchemin, portés au bras et à la tête lors de la prière du matin en semaine. Cette mitsva, dérivée de versets du Deutéronome, exprime l'attachement de la pensée et de l'action à Dieu. Leur fabrication et leur cacherout obéissent à des règles scribales précises héritées de la tradition.
Abrir →Les Trois Semaines, dites Bein ha-Metsarim, s'étendent du jeûne du Dix-Sept Tamouz à celui du Neuf Av, période de deuil pour la destruction des deux Temples de Jérusalem. On y observe des coutumes de deuil croissant, notamment durant les Neuf Jours qui précèdent Tisha BeAv, avec abstention de viande, de vin et de réjouissances. Cette période marque le sommet du souvenir des catastrophes nationales.
Abrir →Afrique du Nord
La Mimouna est une fête célébrée par les Juifs du Maroc et d'Afrique du Nord le soir de la fin de Pessa'h et le lendemain. Les familles ouvrent leur maison, dressent une table abondante de douceurs, parmi lesquelles la moufleta, et échangent des vœux de prospérité et de chance. Importée en Israël avec l'immigration maghrébine, elle y est devenue une célébration populaire largement partagée.
Abrir →Antiquité
Pourim célèbre le salut des Juifs de l'Empire perse face au complot d'Haman, selon le récit du Livre d'Esther (Meguilat Esther). La fête comporte quatre commandements : la lecture de la meguila, l'envoi de mets aux proches (michloa'h manot), les dons aux pauvres (matanot la-evyonim) et le festin (seoudat Pourim). Les déguisements et le tapage au nom d'Haman en sont des coutumes répandues.
Abrir →Roch Hachana marque le début de l'année juive et le commencement des Dix Jours de pénitence. La fête est dédiée au souvenir et au jugement divin, et se caractérise par la sonnerie du chofar lors des prières du matin. La liturgie comporte les sections Malkhouyot, Zikhronot et Chofarot, et la table comporte des aliments symboliques comme la pomme au miel.
Abrir →Roch Hodech marque le début de chaque mois du calendrier juif, fondé sur le cycle lunaire. On y ajoute des prières spécifiques, dont le Hallel partiel et la prière de Moussaf, et on lit un passage de la Torah. Anciennement proclamé par les tribunaux d'après l'observation de la nouvelle lune, le jour est devenu, dans certaines traditions, une fête particulièrement liée aux femmes.
Abrir →Tou BiChevat est, selon la Mishna, le nouvel an des arbres, date de référence pour le calcul des dîmes agricoles. La coutume s'est enrichie au fil du temps de la consommation de fruits, en particulier ceux associés à la Terre d'Israël. Les kabbalistes de Safed instituèrent un séder de Tou BiChevat, et la fête a pris une dimension écologique dans le judaïsme contemporain.
Abrir →Tisha BeAv (le neuvième jour du mois d'Av) est le grand jour de deuil collectif du judaïsme, qui clôt une période de trois semaines de demi-deuil ouverte par le jeûne du 17 Tamouz. La tradition y associe la destruction du Premier Temple par les Babyloniens (586 av. J.-C.) et du Second Temple par les Romains (70 ap. J.-C.), ainsi que d'autres catastrophes nationales rattachées à cette date, comme l'écrasement de la révolte de Bar Kokhba à Bétar (135) et, selon la tradition, l'expulsion d'Espagne (1492). Le jeûne, qui dure environ vingt-cinq heures, s'accompagne d'interdits propres au deuil — abstention de se laver, de porter des chaussures de cuir, de se réjouir — et de la lecture cantillée du livre des Lamentations (Eikha) et de poèmes élégiaques (kinot). Le rituel inverse les marques habituelles du Shabbat et des fêtes, plongeant la communauté dans une expérience partagée de perte. Au fil des siècles, cette commémoration a intégré la mémoire des persécutions médiévales, des expulsions et, à l'époque contemporaine, de la Shoah.
Abrir →Israël, Ukraine, Maroc
Le pèlerinage aux tombes de saints (tsaddikim) est une pratique de dévotion populaire profondément ancrée dans la religiosité juive, particulièrement vivace dans les mondes séfarade, nord-africain et hassidique. En Terre sainte, la hilloula de Rabbi Shimon bar Yo'haï, célébrée à Meron le jour de Lag Ba'omer, rassemble chaque année des centaines de milliers de fidèles dans une atmosphère mêlant prière, feux de joie et liesse collective ; la tombe de Rabbi Meir Ba'al HaNes près de Tibériade est un autre lieu majeur. En Ukraine, le tombeau de Rabbi Nahman de Breslev à Ouman attire à Rosh Hashana des dizaines de milliers de pèlerins venus du monde entier. Au Maroc, le culte des saints juifs, parfois partagé avec les musulmans, demeure un trait distinctif du judaïsme maghrébin, perpétué par les descendants émigrés. Ces rassemblements, qui associent dévotion mystique, requêtes de guérison et de bénédiction, et fête communautaire, illustrent une dimension populaire et affective de la pratique juive, distincte de l'étude savante.
Abrir →Universel · De l'Antiquité à nos jours
Souccot, la fête des Cabanes, prolonge les fêtes de Tichri : durant sept jours on habite la soucca, cabane au toit végétal, et l'on agite les quatre espèces (loulav, étrog, hadas, arava). Fête de pèlerinage agricole, elle célèbre la protection divine au désert et la joie (zeman simhatenou), culminant à Hochana Rabba.
Abrir →Universel · De l'Antiquité à nos jours
Chavouot, fête des Semaines, clôt le compte de l'Omer cinquante jours après Pessa'h et commémore le don de la Torah au Sinaï. On y lit le livre de Ruth et le Décalogue ; les coutumes incluent la veillée d'étude (Tikoun Leil Chavouot), les mets lactés et l'ornement végétal des synagogues.
Abrir →Idea de Dios, mesianismo, Cábala, poesía litúrgica y religión vivida.
L'affirmation de l'unicité divine comme cœur de la foi juive et son rayonnement sur les religions héritées. Elle suit l'élaboration théologique du monothéisme, du texte biblique à la philosophie médiévale.
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Terre d'Israël et diaspora · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique sur l'attente messianique : sources bibliques et talmudiques, mouvements (Bar Kokhba, Sabbataï Tsevi, frankisme), espérance et calculs de la fin, et ses prolongements modernes.
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Provence, Espagne, Safed, Europe de l'Est · Du Moyen Âge à nos jours
Grand Livre thématique consacré à la Kabbale et aux courants mystiques : Sefer Yetsira, Zohar, l'école de Safed (Louria, Cordovéro), hassidisme et leur influence. Un savoir longtemps transmis de maître à disciple. Registre Histoire, attentif à distinguer l'établi du transmis.
Abrir →Poèmes religieux insérés dans la prière, de l'école palestinienne ancienne à l'âge d'or séfarade. Ils enrichissent la liturgie des fêtes et des grands moments du calendrier.
Abrir →Diaspora et terre d'Israël · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique consacré aux musiques et liturgies juives : nusach et cantillation, piyyutim, hazzanout, chants séfarades et mizrahi, klezmer, et leur circulation jusqu'aux musiques savante et populaire. Un patrimoine sonore qui se transmet d'abord par l'oreille et la pratique. Registre Mémoire et Histoire.
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Tradition de littérature morale et, au XIXe siècle, mouvement fondé par Israël Salanter pour cultiver les vertus et l'examen de soi. Elle irrigue les yeshivot lituaniennes.
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Procédé qui associe aux lettres hébraïques une valeur numérique pour révéler des correspondances cachées. Très présent dans le Midrash et la Kabbale.
Abrir →Pratiques de protection — amulettes, formules, bols magiques araméens — attestées de l'Antiquité tardive à l'époque moderne. Elles éclairent la religion vécue et populaire.
Abrir →Terre d'Israël · XXᵉ siècle
Le rabbin Abraham Isaac Kook (1865–1935), premier grand rabbin ashkénaze de la Palestine mandataire, développa une pensée mystique et poétique reliant la Kabbale, la philosophie et un sionisme spirituel. Pour lui, le retour à Sion et même l'œuvre des pionniers laïcs participaient d'un processus de rédemption cosmique. Son œuvre, notamment les Orot, demeure une référence majeure du sionisme religieux.
Abrir →Pologne, États-Unis · XXe siècle
Abraham Joshua Heschel (1907-1972), descendant de dynasties hassidiques et professeur au Jewish Theological Seminary, développa une théologie de l'émerveillement (radical amazement) et du pathos divin. Dans The Prophets et God in Search of Man, il décrit un Dieu en quête de l'homme. Engagé pour les droits civiques, il marcha aux côtés de Martin Luther King à Selma.
Abrir →Espagne, Italie · XIIIᵉ siècle
Avraham Aboulafia (1240–v. 1291) développe une « Kabbale prophétique » ou extatique fondée sur la combinaison des lettres (tseroufim), la respiration et la concentration mystique pour atteindre un état d'illumination et d'union avec l'intellect divin. Itinérant et controversé, il distingue sa voie de la Kabbale théosophique des sefirot. Son œuvre influencera durablement les techniques méditatives juives.
Abrir →Saragosse, Al-Andalus · XIᵉ siècle
Bahya ibn Paquda, philosophe et moraliste juif de l'Espagne musulmane, est l'auteur des Hovot ha-Levavot (« Les Devoirs des cœurs »), écrit en judéo-arabe au XIᵉ siècle. L'ouvrage distingue les devoirs extérieurs des « devoirs du cœur » — la vie intérieure de la foi, l'amour et la crainte de Dieu. Profondément spirituel, parfois marqué par la spiritualité soufie, il devint un classique majeur de l'éthique juive.
Abrir →Pologne, Podolie · XVIIIᵉ siècle
Le frankisme est un mouvement messianique hérétique fondé au XVIIIᵉ siècle par Jacob Frank (1726–1791), qui se présenta comme le successeur de Chabbetaï Tsevi. Prônant une théologie transgressive et la rupture avec la loi rabbinique, Frank conduisit nombre de ses fidèles à la conversion au catholicisme tout en maintenant des croyances secrètes. Le mouvement marqua profondément le judaïsme polonais et sa mémoire.
Abrir →Monde juif · Antiquité–Moyen Âge
L'astrologie suscita des positions opposées dans le judaïsme. Abraham Ibn Ezra y consacra plusieurs traités et y voyait une science des influences célestes, tandis que Maïmonide la rejeta fermement comme superstition contraire à la raison. Le Talmud lui-même hésite, exprimé par la formule « ein mazal le-Israël » (Israël n'est pas soumis aux astres).
Abrir →Ein Sof, « le Sans-Limite », désigne dans la Kabbale l'essence divine en tant qu'elle dépasse toute description et tout attribut. Inaccessible et insondable, l'Ein Sof se révèle par l'émanation des sefirot, médiation entre l'Infini caché et le monde créé. Cette notion structure la théologie kabbalistique de la transcendance et de l'immanence et inspire de longs développements spéculatifs.
Abrir →L'eschatologie juive — la doctrine des « fins dernières » — s'est élaborée progressivement, à partir de la période du Second Temple, autour de plusieurs notions parfois distinctes : l'avènement de l'ère messianique (yémot ha-Mashiah), la résurrection des morts (tehiyat ha-metim), le Jugement et le « monde à venir » (olam ha-ba). Ces croyances, peu développées dans la Torah écrite, prirent corps dans la littérature apocalyptique, la Mishna et le Talmud, où la foi en la résurrection devint un principe central, au point d'être inscrite dans les Treize Principes de foi de Maïmonide. Les penseurs médiévaux divergèrent sur leur interprétation : Maïmonide mit l'accent sur l'immortalité de l'âme intellective et conçut l'ère messianique de façon naturaliste, tandis que d'autres autorités insistèrent sur une résurrection corporelle. La Kabbale ajouta la doctrine de la transmigration des âmes (guilgoul). Ces représentations, variables selon les courants, offrent un pendant théologique au messianisme et continuent d'informer la pensée religieuse juive contemporaine.
Abrir →La tradition juive connaît une double figure messianique : le Messie fils de Joseph, guerrier précurseur destiné à tomber au combat, et le Messie fils de David, roi rédempteur définitif. Issue de la littérature rabbinique et développée par la mystique, cette dualité articule les étapes de la rédemption, le rôle de la souffrance et l'espérance d'un accomplissement final. Elle a nourri de nombreuses interprétations.
Abrir →La Chékhina désigne la « présence » ou « résidence » de Dieu parmi les hommes, depuis la littérature rabbinique jusqu'à la Kabbale, où elle devient l'ultime sefira et l'aspect féminin du divin. Associée à l'exil d'Israël et à la nostalgie de l'union, la Chékhina joue un rôle central dans la prière, le Chabbat et la pensée mystique de la réparation du monde.
Abrir →Empire ottoman · XVIIᵉ–XVIIIᵉ siècle
Après la conversion forcée de Chabbetaï Tsevi à l'islam en 1666, le mouvement sabbatéen se prolongea dans la clandestinité et donna naissance aux Dönme, crypto-sabbatéens convertis à l'islam à Salonique. Les controverses sur l'héritage sabbatéen agitèrent durablement le monde rabbinique, avec des chasses aux « hérétiques » menées notamment par Jacob Emden contre Jonathan Eybeschütz.
Abrir →La crainte (yir'a) et l'amour (ahava) de Dieu forment un couple fondamental de la spiritualité juive, déjà présent dans la Torah et longuement développé par les philosophes, moralistes et mystiques. La tradition distingue la crainte du châtiment et la crainte de la majesté divine, ou encore l'amour intéressé et l'amour désintéressé. Articuler ces deux dispositions est un enjeu central du service religieux.
Abrir →Europe orientale · XVIe–XXe siècle
La croyance au dibbuk, âme errante d'un défunt venant s'attacher au corps d'un vivant, s'épanouit dans le monde juif d'Europe orientale à l'époque moderne. Elle se situe au croisement de la Kabbale lourianique, qui développa la notion de transmigration des âmes (guilgoul), et d'un folklore populaire riche en esprits et en démons. Des récits rapportent des cas de possession et de rituels d'exorcisme menés par des kabbalistes ou des maîtres réputés. Plus largement, la démonologie juive comportait des figures comme les chedim ou Lilith, intégrées à des pratiques de protection et à la littérature éthique et mystique. La pièce Le Dibbouk de S. Ansky, écrite au début du XXe siècle à partir d'enquêtes ethnographiques, fixa cette croyance dans la culture littéraire et théâtrale et en fit un symbole universel.
Abrir →XIIᵉ–XVIᵉ siècle
Au cœur de la Kabbale théosophique, les dix sefirot désignent les émanations ou attributs par lesquels l'Infini (Ein Sof) se manifeste et agit dans le monde. Disposées en un schéma souvent appelé « arbre de vie », elles articulent rigueur et miséricorde, masculin et féminin. Cette structure organise la prière, l'étude et la compréhension du divin chez les kabbalistes médiévaux et de Safed.
Abrir →La hashgaha pratit, « providence particulière », désigne la croyance en une supervision divine s'étendant jusqu'aux détails de la vie de chaque individu. Débattue par les philosophes médiévaux, de Maïmonide à Gersonide, et réaffirmée avec force par le hassidisme et le mouvement Habad, elle pose la question de l'action divine, du hasard et du libre arbitre. Elle structure une vision du monde où rien n'arrive sans intention.
Abrir →Depuis la Bible jusqu'à la mystique, le judaïsme développe une riche angélologie : messagers (malakhim), séraphins, chérubins, ofanim et hayot de la vision d'Ézéchiel, mais aussi des figures nommées comme Mikhaël, Gabriel, Raphaël et Ouriel. Les anges peuplent la liturgie, le Maaseh Merkava et la Kabbale, où ils s'insèrent dans une hiérarchie des mondes. Leur statut et leur rôle ont fait l'objet de débats théologiques.
Abrir →Safed (Galilée) · XVIe siècle
Isaac Louria (1534-1572), surnommé l'Ari (« le Lion »), élabora à Safed, dans la dernière partie de sa courte vie, le système kabbaliste le plus influent de l'histoire juive, transmis pour l'essentiel par ses disciples, en particulier Hayyim Vital. Sa cosmologie répond à une question fondamentale : comment un Dieu infini a-t-il pu laisser place à un monde fini ? Elle articule trois concepts majeurs : le tsimtsoum, le « retrait » ou la contraction de la divinité pour ménager un espace à la création ; la shevirat ha-kelim, la « brisure des vases » qui n'ont pu contenir la lumière divine, dispersant des étincelles de sainteté dans les ténèbres ; et le tikkoun, la « réparation » progressive du monde à laquelle l'humanité contribue par l'accomplissement des commandements et l'intention dans la prière. Cette vision, qui interprétait la condition d'exil et la catastrophe de 1492 dans un cadre cosmique, exerça une influence décisive sur le mouvement sabbatéen, sur le hassidisme et sur la pensée juive moderne, jusqu'à inspirer certaines spiritualités contemporaines.
Abrir →Espagne, Égypte, Provence · Moyen Âge
Avant le mouvement du Moussar moderne, le judaïsme médiéval produisit une riche littérature éthique destinée à guider la conduite et la vie intérieure. Des ouvrages comme l'Orhot Tsadikim (« Les Voies des justes »), le Sefer ha-Yashar ou le Sha'arei Téchouva de Jonas Gérondi y traitent des vertus, des vices et du repentir. Ces traités populaires ont profondément nourri la piété et la pédagogie morale juives.
Abrir →IIe–VIIe siècle
La mystique juive ancienne se déploie autour de deux domaines ésotériques mentionnés dans la Mishna : le Maaseh Bereshit (l'« Œuvre de la Création »), spéculation sur les origines cosmiques, et le Maaseh Merkava (l'« Œuvre du Char »), contemplation de la vision du char divin du prophète Ézéchiel. Cette dernière donna naissance à la mystique dite des Hekhalot (« palais »), corpus de textes rédigés approximativement entre le IIe et le VIIe siècle, qui décrivent l'ascension périlleuse de l'adepte à travers les palais célestes jusqu'au trône de gloire, gardé par des anges et accessible au moyen de noms divins et de formules secrètes. Ces traditions, transmises de façon restreinte en raison de leur caractère redoutable, témoignent d'une dimension contemplative et théurgique du judaïsme rabbinique primitif. Elles constituent un jalon essentiel entre la mystique antique et la Kabbale médiévale, qui en reprit et transforma nombre de motifs. Leur étude a été renouvelée par les travaux de Gershom Scholem et de ses successeurs.
Abrir →Catalogne, Espagne · XIIIe siècle
Nahmanide (Rabbi Moïse ben Nahman, dit le Ramban, 1194-1270), originaire de Gérone en Catalogne, fut à la fois un éminent talmudiste, un exégète et un kabbaliste, figure centrale du judaïsme ibérique du XIIIe siècle. Son commentaire de la Torah, qui conjugue une lecture attentive au sens littéral et des allusions mystiques (« par la voie de la vérité »), exerça une influence considérable et témoigne de l'essor de l'école kabbalistique de Gérone, à la croisée de la tradition philosophique et ésotérique. Talmudiste de premier plan, il défendit aussi un équilibre entre rationalisme maïmonidien et tradition lors des controverses sur l'œuvre de Maïmonide. En 1263, il fut contraint de participer à la Dispute de Barcelone, débat public contradictoire avec le converti Pablo Christiani en présence du roi Jacques Ier d'Aragon, dont il publia ensuite un compte rendu. Les pressions qui suivirent le conduisirent à quitter l'Espagne pour la Terre sainte, où il contribua à la restauration de la communauté juive de Jérusalem et d'Acre, devenant un pionnier de la présence juive médiévale en Eretz Israël.
Abrir →Lituanie, Biélorussie · XVIIIᵉ–XIXᵉ siècle
Rabbi Chnéour Zalman de Liadi (1745–1812), fondateur du courant Habad, élabore dans le Tanya une psychologie spirituelle articulée autour des deux âmes de l'homme et de la primauté de l'intellect (Hokhma-Bina-Daat) dans le service divin. Le hassidisme Habad se distingue par son intellectualisme contemplatif. Le Tanya devint l'un des textes fondateurs majeurs de la pensée hassidique.
Abrir →La Kabbale élabore une anthropologie spirituelle distinguant plusieurs niveaux de l'âme : néfech (le souffle vital), roua'h (l'esprit), néchama (l'âme supérieure), puis hayya et yehida dans les degrés les plus élevés. Chaque niveau correspond à un degré de conscience et de proximité avec le divin. Cette doctrine éclaire la vie intérieure, le sommeil, la mort et la quête d'élévation spirituelle.
Abrir →XIIIᵉ–XVIᵉ siècle
La Kabbale conçoit l'accomplissement des commandements (mitsvot) comme une action ayant un effet sur les mondes supérieurs : c'est la dimension théurgique de la pratique religieuse, qui « répare » et harmonise les sefirot. Les ta'amei ha-mitsvot, « raisons des commandements », explorent ainsi le sens caché des rites. Cette vision confère à chaque geste rituel une portée cosmique et une responsabilité de l'homme.
Abrir →Antiquité tardive
Le Chiour Qoma (« mesure de la stature ») est un texte ésotérique antique attribuant des dimensions colossales et des noms mystérieux aux membres du « corps » divin. Profondément anthropomorphique en apparence, il a embarrassé certains philosophes, dont Maïmonide, tout en fascinant les mystiques. Il témoigne d'une tradition contemplative cherchant à exprimer l'incommensurable grandeur de Dieu par un langage paradoxal.
Abrir →Méditerranée, Espagne · Moyen Âge
Les penseurs juifs médiévaux s'interrogèrent sur la rationalité des commandements. Maïmonide, dans le Guide des égarés, leur attribua des fins éducatives et historiques, allant jusqu'à expliquer les sacrifices comme un sevrage de l'idolâtrie. Nahmanide et les kabbalistes y virent plutôt des significations mystiques cachées. Ce débat oppose lecture rationaliste et lecture ésotérique.
Abrir →Le dévékout, « adhésion » ou « attachement » à Dieu, est un idéal spirituel central de la mystique juive et surtout du hassidisme. Il désigne un état de communion continue de la conscience avec le divin, à atteindre dans la prière, l'étude et même les actes quotidiens. La manière de cultiver et de vivre le dévékout a suscité d'importantes discussions entre kabbalistes et maîtres hassidiques.
Abrir →Safed, Damas · XVIᵉ–XVIIᵉ siècle
Isaac Louria n'ayant presque rien écrit, c'est son disciple Hayim Vital (1542–1620) qui consigna et organisa son enseignement, notamment dans le Etz Hayim (« Arbre de vie »). Cette mise en écrit fixa la diffusion de la Kabbale lourianique à travers le monde juif. Les versions, recensions et controverses autour de ces manuscrits illustrent les enjeux de transmission d'une tradition orale ésotérique.
Abrir →Rhénanie · XIIᵉ–XIIIᵉ siècle
Le Hassidisme ashkénaze (Haside Achkenaz) est un mouvement piétiste médiéval né en Rhénanie autour de figures comme Juda le Pieux et Eléazar de Worms. Il prône une dévotion intense, l'humilité, le repentir rigoureux et une éthique exigeante, exposés notamment dans le Sefer Hassidim. Distinct du hassidisme polonais ultérieur, il développe aussi des spéculations ésotériques et liturgiques propres.
Abrir →XIIᵉ–XVIᵉ siècle
La Kabbale développe une doctrine de la transmigration des âmes : le guilgoul, réincarnation d'une âme dans un nouveau corps pour parachever sa rectification, et le ibbour, « imprégnation » temporaire d'une âme par une autre. Apparues dans le Sefer ha-Bahir puis systématisées par la Kabbale lourianique, ces notions expliquent la destinée des âmes et leur réparation à travers les vies successives.
Abrir →Moyen Âge
Le kavod, la « gloire » de Dieu, est un concept central pour penser la manifestation du divin sans porter atteinte à sa transcendance. Saadia Gaon, puis des penseurs comme Juda Halévi et les piétistes ashkénazes, élaborèrent des théories de la « Gloire créée » comme intermédiaire entre Dieu et le monde. Ce débat traverse la philosophie et la mystique juives médiévales sur la perceptibilité de Dieu.
Abrir →Bohême (Prague) · XVIe siècle
Yehouda Loew ben Bezalel (vers 1512-1609), le Maharal de Prague, fut un penseur original mêlant exégèse, éthique et métaphysique. Dans des œuvres comme Tiferet Israel et Netzah Israel, il élabora une philosophie de l'élection d'Israël, de l'exil et de la rédemption, distincte du rationalisme aristotélicien. Sa pensée influença ultérieurement le hassidisme et le rav Kook.
Abrir →Italie, Amsterdam, Acre · XVIIIᵉ siècle
Moché Hayim Luzzatto (1707–1746), dit le Ramhal, kabbaliste et auteur italien, composa le Messilat Yesharim (« La Voie des justes »), traité d'éthique spirituelle décrivant les degrés de l'élévation morale jusqu'à la sainteté. Devenu un texte de référence dans les yeshivot, notamment du Moussar, il marie rigueur éthique et arrière-plan kabbalistique. Le Ramhal écrivit aussi des œuvres mystiques qui suscitèrent la controverse.
Abrir →Safed (Galilée) · XVIe siècle
Au XVIe siècle, la ville de Safed (Tsefat), en Haute-Galilée, devint le centre d'un renouveau kabbalistique d'une intensité exceptionnelle. Y vécurent et enseignèrent des figures majeures comme Moïse Cordovero, qui systématisa la pensée kabbalistique, et Isaac Louria (le Ari), dont les enseignements donnèrent naissance à la Kabbale lourianique avec ses notions de tsimtsoum, de brisure des vases et de tikkoun. Joseph Karo, également présent à Safed, y compila le Choulhan Aroukh, code de loi qui devint une référence universelle pour la pratique halakhique. La ville était aussi un foyer de poésie liturgique, dont est issu le célèbre chant du Shabbat Lekha Dodi de Salomon Alkabetz. Ce foyer rayonna durablement sur la spiritualité, la liturgie et la pensée mystique juives.
Abrir →La téchouva, littéralement « retour », désigne le repentir, processus par lequel l'individu reconnaît sa faute, la regrette et se transforme pour revenir vers Dieu. De Maïmonide, qui en codifie les étapes dans les Hilkhot Téchouva, jusqu'au Moussar et au hassidisme, la téchouva est un thème central de la spiritualité éthique juive. Elle culmine dans la période des Jours redoutables.
Abrir →Provence, Languedoc · XIIᵉ siècle
Le Sefer ha-Bahir (« Livre de la Clarté ») est l'un des premiers ouvrages explicitement kabbalistiques, apparu en Provence au XIIᵉ siècle. Écrit sous forme de midrash énigmatique, il introduit des notions appelées à devenir centrales, comme les puissances divines (préfigurant les sefirot) et des éléments féminins du divin. Il marque l'émergence de la Kabbale médiévale dans le sud de la France.
Abrir →Ashkenaz · XIIᵉ–XIIIᵉ siècle
Le Sefer Hassidim (« Livre des pieux ») est l'œuvre maîtresse du Hassidisme ashkénaze, mouvement de piété intense en Rhénanie médiévale, associée principalement à Rabbi Yehouda heHassid de Ratisbonne. Il propose un idéal de dévotion, de repentir, d'humilité et de scrupule moral allant au-delà de la stricte halakha. Il offre aussi un précieux tableau de la vie juive en Ashkenaz.
Abrir →Antiquité tardive – haut Moyen Âge
Le Séfer Yetsira (« Livre de la Création ») est l'un des plus anciens textes de la spéculation cosmologique juive. Il décrit la formation du monde à partir des trente-deux « voies de la sagesse » : les dix sefirot et les vingt-deux lettres de l'alphabet hébreu. Bref et énigmatique, il a suscité de nombreux commentaires médiévaux et nourri la Kabbale ultérieure ainsi que les traditions sur la création par les lettres.
Abrir →Le Sitra A'hra, « l'Autre Côté », désigne dans la Kabbale, en particulier le Zohar, le domaine des forces impures opposé à la sainteté. Structuré comme un envers négatif des sefirot, peuplé de qelipot (« écorces ») et de puissances démoniaques, il pose le problème de l'origine du mal dans un univers émané de Dieu. La maîtrise et la réparation de ce domaine sont au cœur de la pratique mystique.
Abrir →Monde juif · Antiquité–époque contemporaine
L'expression tikkoun olam, « réparation du monde », a connu plusieurs sens : ajustements halakhiques pour le bien de la société dans la littérature rabbinique, puis, dans la Kabbale lourianique, réparation cosmique des « étincelles » divines dispersées lors de la brisure des vases. Reprise à l'époque contemporaine pour désigner l'engagement social et éthique, la notion illustre la circulation des concepts mystiques.
Abrir →XVIIᵉ–XIXᵉ siècle
Le tsimtsoum, « contraction » par laquelle, selon la Kabbale lourianique, Dieu se retire pour faire place au monde, a suscité un débat fondamental : faut-il l'entendre littéralement, comme un retrait réel, ou allégoriquement, comme un simple voilement ? Cette controverse oppose notamment certains kabbalistes au hassidisme Habad, et engage la conception même du rapport entre Dieu et la création.
Abrir →Castille · XIIIe siècle
Le Zohar (« Livre de la Splendeur ») est l'œuvre centrale de la Kabbale, présentée comme un commentaire mystique de la Torah rédigé en araméen et attribué traditionnellement au sage Shimon bar Yo'haï (IIe siècle). La critique historique moderne, à la suite des travaux de Gershom Scholem, situe sa composition en Castille à la fin du XIIIe siècle et l'attribue pour l'essentiel à Moïse de Léon, voire à un cercle de kabbalistes. Le Zohar développe une cosmologie fondée sur les dix séfirot, émanations divines par lesquelles l'infini (Ein Sof) se manifeste et agit dans le monde, et déploie une herméneutique symbolique d'une grande richesse. Son autorité grandit considérablement après l'expulsion d'Espagne et, à Safed au XVIe siècle, il devint l'un des fondements de la Kabbale lourianique. Son influence s'étendit ensuite au mouvement sabbatéen, au hassidisme et jusqu'à certains courants ésotériques chrétiens, faisant de lui l'un des textes les plus rayonnants de la spiritualité juive.
Abrir →Maroc, Alep, Méditerranée
Les bakkachot (« supplications ») sont des recueils de poèmes liturgiques et mystiques chantés, dans plusieurs traditions séfarades et orientales, durant les longues nuits du Chabbat d'hiver, avant l'aube. Mêlant piyyoutim médiévaux et compositions plus tardives, souvent adaptés à des modes musicaux (maqamat), ils expriment l'aspiration de l'âme à Dieu et la nostalgie de la rédemption.
Abrir →Antiquité tardive
La littérature des Hékhalot (« palais ») décrit l'ascension de l'adepte à travers les palais célestes jusqu'au trône divin, dans le prolongement du Maaseh Merkava. Ces textes, mêlant visions, hymnes et formules, supposent des préparatifs rigoureux et des dangers spirituels. Ils constituent l'une des premières formes attestées de mystique juive et préfigurent certaines techniques contemplatives ultérieures.
Abrir →La tradition juive entoure les noms de Dieu — le Tétragramme, Elohim, Adonaï, El Chaddaï, ou encore le Nom de quarante-deux et de soixante-douze lettres — d'une grande sacralité. Les kabbalistes méditent sur leurs permutations, leurs valeurs numériques et leurs vocalisations comme voies d'approche du divin. Cette spéculation onomastique nourrit aussi bien la prière contemplative que les usages liés aux amulettes savantes.
Abrir →Safed · XVIᵉ siècle
Les kabbalistes de Safed instituèrent des « tikounim », veillées et offices destinés à réparer le monde supérieur. Le Tikoun Leil Chavouot consacre la nuit de la fête à l'étude ininterrompue de la Torah, tandis que le Tikoun Hatsot est une lamentation de minuit sur l'exil de la Chékhina et la destruction du Temple. Ces pratiques rythmées par la mystique se sont largement répandues dans le monde juif.
Abrir →Les treize attributs de miséricorde sont une liste de qualités divines tirée d'un verset de l'Exode (« Éternel, Éternel, Dieu clément et miséricordieux… »). Centraux dans la liturgie du pardon, notamment des séli'hot et de Yom Kippour, ils expriment la patience et la grâce de Dieu envers l'homme pécheur. La tradition rabbinique et kabbalistique en a longuement médité le sens et la portée spirituelle.
Abrir →Égypte · XIIᵉ siècle
Dans son commentaire de la Mishna, Maïmonide formule treize principes fondamentaux de la foi juive, portant notamment sur l'existence et l'unité de Dieu, la prophétie, la Torah, la récompense et le châtiment, la venue du Messie et la résurrection des morts. Ces principes, résumés dans le poème Yigdal et la prière Ani Ma'amin, sont devenus un repère majeur, quoique discuté, de la dogmatique juive.
Abrir →Lilith est une figure démoniaque féminine présente dès les sources mésopotamiennes et talmudiques, puis développée par le folklore et la Kabbale, notamment l'Alphabet de Ben Sira. Associée à la nuit, aux dangers de l'accouchement et à la mortalité infantile, elle a inspiré des amulettes protectrices et des récits variés. Sa réception, longue et complexe, en a fait une figure majeure de la démonologie juive.
Abrir →Safed · XVIᵉ siècle
Moïse Cordovero (1522–1570), surnommé le Ramak, fut l'un des grands maîtres de Safed avant Isaac Louria. Dans le Pardès Rimonim (« Le Verger des grenades ») et le Tomer Devora, il offre une synthèse systématique et philosophique de la Kabbale, articulant les sefirot et l'éthique de l'imitation des attributs divins. Son œuvre constitue un pont majeur entre la Kabbale médiévale et la révolution lourianique.
Abrir →Ukraine · XVIIIᵉ–XIXᵉ siècle
Rabbi Nahman de Bratslav (1772–1810), arrière-petit-fils du Baal Chem Tov, fonde un courant hassidique singulier marqué par la foi simple, la lutte contre le doute, la prière personnelle (hitbodedout) et l'usage de contes allégoriques. Après sa mort, ses disciples ne nommèrent pas de successeur, faisant de Breslev un mouvement « sans rabbi vivant ». Sa tombe à Ouman attire chaque année de nombreux pèlerins.
Abrir →Empire ottoman, monde juif · XVIIe siècle
Shabbetaï Tsevi (1626-1676), né à Smyrne dans une famille de marchands séfarades, fut au cœur du plus vaste mouvement messianique de l'histoire juive post-biblique. Sujet à des états alternant exaltation et abattement, il fut proclamé Messie en 1665 par Nathan de Gaza, théologien charismatique qui élabora la doctrine justifiant ses actes transgressifs. L'annonce souleva un enthousiasme messianique sans précédent dans l'ensemble du monde juif, des communautés ottomanes à Amsterdam, en passant par la Pologne et l'Italie, où beaucoup vendirent leurs biens en vue de la rédemption imminente. Sommé de choisir par le sultan ottoman en 1666, Shabbetaï Tsevi se convertit à l'islam, provoquant une crise profonde et la consternation de ses partisans. Le mouvement sabbatéen survécut néanmoins de façon souterraine, notamment à travers les Dönmé, crypto-judaïsants ottomans, et influença durablement la théologie antinomienne et l'histoire intellectuelle juive jusqu'au XXe siècle.
Abrir →Universel · De l'Antiquité à l'époque contemporaine
Le principe de bal tash'hit (« ne détruis pas », Deutéronome 20:19) interdit le gaspillage et fonde une éthique juive de la nature : respect des arbres, des animaux et des ressources, jachère (chemita) et limites au pouvoir humain. Il nourrit aujourd'hui une pensée écologique juive.
Abrir →Monde juif · De l'Antiquité à nos jours
Du songe de Jacob aux interprétations de Joseph et de Daniel, le rêve traverse la Bible comme canal de révélation. Le Talmud (traité Berakhot) en propose une herméneutique nuancée, la Kabbale y voit un voyage de l'âme, et des rites (hatavat halom) visent à « améliorer » un mauvais rêve.
Abrir →Filosofía, medicina, ciencias y estudio erudito del judaísmo.

al-Andalus, Europe, monde · Du Moyen Âge à nos jours
Grand Livre thématique parcourant la pensée juive : Saadia Gaon, Halevi, Maïmonide, la réception d'Aristote, Spinoza, Mendelssohn, Cohen, Buber, Levinas — la confrontation de la Torah avec la raison.
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Bassin méditerranéen, Europe et monde · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique sur la place des Juifs dans la médecine : médecins de cour et traducteurs médiévaux (Maïmonide, les médecins de Montpellier et de Salerne), transmission du savoir gréco-arabe, éthique médicale de la halakha, et figures contemporaines.
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La contribution des savants juifs aux sciences exactes, de l'arithmétique médiévale aux mathématiques et à la physique contemporaines. Elle examine la circulation des savoirs entre mondes juif, arabe et latin.
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Le savoir astronomique mobilisé pour fixer les mois lunaires et les années embolismiques du calendrier hébraïque. Elle retrace le passage de l'observation au calcul et les controverses sur la sanctification de la nouvelle lune.
Abrir →Diaspora et terre d'Israël · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique consacré aux contributions des Juifs à la culture et aux sciences universelles — médecine, philosophie, mathématiques, astronomie, droit, économie, musique, littérature et arts. Non pas un palmarès, mais une cartographie des transmissions : comment des savoirs ont circulé entre les communautés et vers le monde, des traducteurs de Tolède aux chercheurs contemporains. Registre Histoire, attentif à distinguer l'établi du transmis et à ne jamais s'attribuer ce qui relève d'autres traditions.
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Mouvement savant né au XIXe siècle (Zunz, Geiger, Graetz) appliquant les méthodes critiques modernes à l'étude du judaïsme. Il fonde les études juives universitaires.
Abrir →Catalogne · XIe-XIIe siècles
Abraham bar Hiyya ha-Nasi (vers 1070-1145), savant de Barcelone, fut l'un des premiers à composer des ouvrages scientifiques en hébreu. Son Hibbur ha-Meshiha ve-ha-Tishboret traite de géométrie pratique et fut traduit en latin sous le nom de Liber embadorum. Il écrivit aussi sur l'astronomie, le calendrier et la philosophie, transmettant le savoir gréco-arabe à l'Europe latine.
Abrir →Allemagne, Israël · XXe siècle
Gershom Scholem (1897-1982), professeur à l'Université hébraïque, fit de la Kabbale et du mysticisme juif un champ universitaire à part entière. Ses ouvrages, dont Les Grands Courants de la mystique juive (1941) et son étude de Shabbetaï Tsevi, renouvelèrent la compréhension du judaïsme. Il analysa le rôle de l'irrationnel et du messianisme dans l'histoire juive.
Abrir →Aragon · XIVe-XVe siècles
Hasdaï Crescas (vers 1340-1410/11), rabbin de Saragosse, critiqua dans Or Hashem les fondements de la physique et de la métaphysique aristotéliciennes, anticipant certaines remises en cause modernes du concept d'espace et d'infini. Il privilégia l'amour de Dieu sur la connaissance intellectuelle. Sa pensée influença plus tard Spinoza.
Abrir →Allemagne · XIXe siècle
Heinrich Graetz (1817-1891) rédigea la première grande synthèse de l'histoire juive, la Geschichte der Juden en onze volumes (1853-1875). Il y présenta l'histoire du peuple juif comme un récit continu mêlant souffrance et création intellectuelle. Bien que parfois critiqué pour ses partis pris, son œuvre marqua durablement l'historiographie et la conscience nationale juives.
Abrir →Égypte, Kairouan (Ifriqiya) · IXe-Xe siècles
Isaac Israeli ben Salomon (vers 855-955), médecin et philosophe établi à Kairouan, est considéré comme le premier philosophe juif néoplatonicien médiéval. Ses traités sur les définitions, les éléments et les fièvres furent traduits en latin et lus dans l'Europe scolastique. Médecin du fondateur de la dynastie fatimide, il marqua durablement la médecine et la pensée juives.
Abrir →Aragon, Castille · XVe siècle
Joseph Albo (vers 1380-1444), disciple de Hasdaï Crescas, participa à la disputation de Tortosa (1413-1414) face aux théologiens chrétiens. Son Sefer ha-Ikkarim ramène la foi juive à trois principes fondamentaux : l'existence de Dieu, la révélation et la rétribution. Cette systématisation des dogmes connut une large diffusion et nourrit l'apologétique juive face au christianisme.
Abrir →Crète, Italie, Europe · XVIIe siècle
Joseph Salomon Delmedigo (1591-1655), dit Yashar de Candie, fut médecin, mathématicien et astronome formé à Padoue, où il étudia auprès de Galilée. Il fut l'un des premiers savants juifs à défendre l'héliocentrisme et l'usage du télescope. Voyageur infatigable, il diffusa la science nouvelle de l'Égypte à la Lituanie ; son Sefer Elim traite de mathématiques et d'astronomie.
Abrir →États-Unis · XXe siècle
Joseph Ber Soloveitchik (1903-1993), héritier de la dynastie de Brisk et figure de la Yeshiva University, fut le penseur majeur de l'orthodoxie moderne américaine. Dans Ish ha-Halakha (1944) et The Lonely Man of Faith (1965), il articula la rigueur halakhique et la phénoménologie existentielle. Il défendit l'engagement avec la culture et la science séculières.
Abrir →Sans précision · Antiquité et Moyen-âge
Les érudits juifs ont, de tous temps, participé à l'avancée des sciences en médecine, astronomie, mathématiques, etc. Souvent restés dans l'ombre, ils est important de retrouver leurs différentes contributions au travers des siècles.
Abrir →Terre d'Israël, Israël · XXe siècle
À l'Université hébraïque de Jérusalem se constitua une école d'historiens, dont Yitzhak Baer et Ben-Zion Dinur, qui réécrivirent l'histoire juive dans une perspective nationale et sioniste. Ils insistèrent sur la continuité du lien à la Terre d'Israël et l'unité du peuple à travers l'exil. Gershom Scholem y refonda en parallèle l'étude académique de la Kabbale.
Abrir →Italie · XVIe-XVIIIe siècles
L'université de Padoue fut l'une des rares en Europe à délivrer des diplômes de médecine aux Juifs dès le XVIe siècle. Des centaines d'étudiants juifs d'Italie, d'Allemagne et de Pologne y furent formés, dont Joseph Delmedigo. Ces médecins diffusèrent la science médicale moderne dans les communautés juives et servirent souvent comme médecins de cour.
Abrir →Monde · XIXe siècle–aujourd'hui
La modernité, en desserrant l'emprise de la religion sur la définition de l'appartenance juive, a permis l'émergence d'identités juives résolument séculières, qui revendiquent le rattachement au peuple juif sans adhésion aux croyances et aux pratiques religieuses traditionnelles. Cette laïcité juive a pris des formes diverses : nationalisme sioniste fondé sur la langue hébraïque et la terre, socialisme bundiste attaché à la culture yiddish et à l'autonomie diasporique, ou simple identité culturelle, historique, littéraire et même culinaire. En Israël, une large part de la population juive se définit comme hiloni (laïque) tout en partageant un cadre culturel hébreu et un calendrier nationalisé. Aux États-Unis et dans d'autres diasporas, l'appartenance juive est fréquemment vécue sur un mode ethnique et culturel plus que confessionnel. Ce phénomène massif soulève des questions fondamentales sur les frontières de l'identité juive, sur ce qui en assure la continuité et sur les conditions de sa transmission d'une génération à l'autre en l'absence de religion.
Abrir →Europe, Amériques · XXe siècle
Le YIVO (Yidisher Visnshaftlekher Institut), fondé en 1925 à Vilna, se consacra à l'étude scientifique de la langue yiddish et de la civilisation des Juifs d'Europe de l'Est, dans ses dimensions historique, linguistique, littéraire et ethnographique. Il rassembla archives, ouvrages, témoignages et collections, et joua un rôle de normalisation de l'orthographe yiddish. Considéré comme l'académie de la culture yiddish, il associa chercheurs et collecteurs amateurs dans un vaste effort de documentation. Après la destruction du monde juif d'Europe orientale durant la Shoah, le siège de l'institut fut transféré à New York, où une partie de ses collections fut sauvée. Le YIVO demeure aujourd'hui une institution de référence pour la recherche sur la culture ashkénaze.
Abrir →Israël · XXe–XXIe siècle
L'Université hébraïque de Jérusalem, dont l'inauguration eut lieu en 1925 sur le mont Scopus, fut conçue comme un symbole du renouveau intellectuel et scientifique du peuple juif sur la Terre d'Israël. Albert Einstein figura parmi les soutiens et membres du premier conseil de l'institution, qui accueillit dès ses débuts des chercheurs de premier plan. Elle développa l'enseignement et la recherche en sciences, en humanités, en études juives et, plus tard, en médecine et dans de nombreux autres domaines. L'université incarnait l'ambition d'unir renaissance de la culture hébraïque et intégration dans la communauté scientifique mondiale. Au fil des décennies, elle devint l'une des principales institutions universitaires d'Israël, contribuant à l'essor de la science et de la recherche dans le pays.
Abrir →Israël, diaspora · XXe-XXIe siècles
Le judaïsme contemporain a développé une réflexion halakhique nourrie sur la fécondation in vitro, le don de gamètes, la mère porteuse et le diagnostic préimplantatoire. Des décisionnaires comme Eliezer Waldenberg (Tzitz Eliezer) et Moshe Feinstein y répondirent par des responsa. Le commandement de procréer et la définition de la filiation y occupent une place centrale.
Abrir →Provence, Sefarad et Ashkenaz · XIIIᵉ–XIVᵉ siècle
La controverse maïmonidienne désigne les conflits qui opposèrent, du XIIIᵉ au XIVᵉ siècle, partisans et adversaires de l'étude de la philosophie et des œuvres rationalistes de Maïmonide. Centrée d'abord sur le Guide des égarés et le Sefer haMada, elle vit des bannissements réciproques et, en 1232, la mise au feu de livres de Maïmonide à Montpellier. Elle structura durablement les rapports entre raison et tradition.
Abrir →France · XXe siècle
Emmanuel Levinas (1906-1995), né à Kaunas en Lituanie et naturalisé français, fut l'un des philosophes les plus influents du XXe siècle. Formé à la phénoménologie auprès de Husserl et de Heidegger, dont il contribua à introduire la pensée en France, il s'en démarqua après l'expérience de la guerre et de la captivité pour élaborer une philosophie centrée sur l'éthique comme « philosophie première ». Dans ses œuvres majeures, Totalité et infini (1961) et Autrement qu'être ou au-delà de l'essence (1974), il développa l'idée que la rencontre du visage d'autrui impose une responsabilité infinie et antérieure à toute liberté, échappant à la saisie totalisante de l'ontologie. Nourrie de la tradition talmudique, sa pensée s'exprima aussi dans des Lectures talmudiques, où il dégageait une portée philosophique universelle des textes rabbiniques. Profondément marquée par la Shoah, qui décima sa famille, l'œuvre de Levinas constitue l'une des contributions les plus originales du judaïsme à l'éthique contemporaine.
Abrir →Allemagne · XXe siècle
Franz Rosenzweig (1886-1929), philosophe allemand issu d'une famille juive assimilée, est l'un des penseurs les plus originaux du renouveau intellectuel juif du XXe siècle. Tenté un temps par la conversion au christianisme, il revint à un judaïsme pleinement assumé et fit de ce retour la matrice de sa réflexion. Son œuvre maîtresse, L'Étoile de la Rédemption (Der Stern der Erlösung, 1921), rédigée en partie sur le front de la Première Guerre mondiale, récuse l'idéalisme allemand et propose une pensée existentielle articulant les trois éléments fondamentaux — Dieu, le monde et l'homme — autour des relations de création, de révélation et de rédemption. Rosenzweig fonda à Francfort le Freies Jüdisches Lehrhaus, maison d'étude ouverte aux Juifs en quête de réappropriation de leur tradition, et entreprit avec Martin Buber une traduction de la Bible hébraïque en allemand restée célèbre. Atteint très jeune d'une paralysie dégénérative, il poursuivit son travail jusqu'à sa mort, laissant une empreinte profonde sur la philosophie juive et la théologie modernes.
Abrir →Provence · XIVe siècle
Lévi ben Gershom (1288-1344), dit le Ralbag ou Gersonide, fut philosophe, exégète, mathématicien et astronome à Orange et Avignon. Son œuvre Milhamot Hashem aborde l'immortalité de l'âme, la prophétie, la providence et l'éternité du monde avec une grande audace rationaliste. Il inventa aussi le bâton de Jacob, instrument astronomique de mesure des angles.
Abrir →Europe centrale, Israël · XXe siècle
Martin Buber (1878-1965), né à Vienne et formé dans la tradition de la Haskala et du néokantisme, fut philosophe, traducteur de la Bible et acteur du renouveau spirituel juif au XXe siècle. Son ouvrage majeur, Ich und Du (« Je et Tu », 1923), articule une philosophie du dialogue distinguant la relation authentique « Je-Tu » de la relation instrumentale « Je-Cela », où l'Autre est saisi comme une personne et non comme un objet. Buber consacra par ailleurs une part importante de son œuvre à la transmission du hassidisme, recueillant et réinterprétant les récits des maîtres pour un public occidental. Sioniste culturel proche d'Ahad HaAm, il émigra en Palestine en 1938, enseigna l'anthropologie philosophique et la sociologie à l'Université hébraïque de Jérusalem et milita pour un État binational et la réconciliation judéo-arabe au sein du mouvement Brit Shalom. Sa pensée exerça une influence durable sur la théologie chrétienne dialogique, la psychologie humaniste et la philosophie morale du XXe siècle.
Abrir →Israël · XXe siècle
Yeshayahou Leibowitz (1903-1994), biochimiste et philosophe de Jérusalem, soutint que la valeur du judaïsme réside dans le service de Dieu pour lui-même (lishma) par l'observance de la halakha, et non dans une récompense. Il critiqua vivement toute sacralisation de l'État, de la terre ou des reliques, qu'il qualifiait d'idolâtrie. Il fut une voix morale controversée d'Israël.
Abrir →Monde juif · Antiquité–Moyen Âge
La tension entre la liberté humaine et l'omniscience divine traverse la pensée juive. Maïmonide affirma dans les Hilkhot Teshouva que tout homme est libre de choisir, malgré la prescience de Dieu. Hasdaï Crescas penchait vers un déterminisme tempéré. Ce débat, déjà esquissé par la maxime de Rabbi Akiva « Tout est prévu, et le libre arbitre est donné », demeure central en éthique juive.
Abrir →La pensée éthique juive s'enracine dans les mitsvot, les commandements de la Torah interprétés par la tradition rabbinique, et dans un ensemble de vertus et d'obligations envers autrui. Elle articule des notions centrales comme la guemilout hassadim (actes de bonté désintéressée), la tsedaka (justice et charité), le tikkoun olam (réparation du monde) et la responsabilité collective (areivout). Le mouvement du Moussar, développé au XIXe siècle en Lituanie sous l'impulsion de Rabbi Israël Salanter, fit de la culture des qualités morales un axe central de la vie religieuse. Cette tradition éthique imprègne aussi bien la littérature halakhique que la philosophie morale. À l'époque contemporaine, elle nourrit la réflexion de penseurs comme Emmanuel Levinas, qui en prolongea certaines intuitions dans une philosophie de la responsabilité envers autrui.
Abrir →États-Unis, Israël · XXe-XXIe siècles
À partir des années 1970, des penseuses comme Judith Plaskow (Standing Again at Sinai) et Rachel Adler développèrent une théologie juive féministe, relisant les textes, le langage liturgique sur Dieu et la place des femmes dans l'alliance. Ce courant interroge l'androcentrisme de la tradition et propose de nouveaux rituels et lectures de la halakha.
Abrir →Allemagne · XXe siècle
Au-delà de L'Étoile de la Rédemption, Franz Rosenzweig (1886-1929) fonda en 1920 à Francfort le Freies Jüdisches Lehrhaus, une maison d'étude juive libre destinée aux Juifs assimilés en quête de retour. Il y développa une pédagogie du dialogue et de l'expérience vécue. Avec Martin Buber, il entreprit une nouvelle traduction allemande de la Bible.
Abrir →Méditerranée · Xe–XIIIe siècle
Au Moyen Âge, des savants juifs participèrent activement au grand mouvement de traduction qui transmit à l'Europe latine l'héritage philosophique et scientifique grec, parvenu via les versions arabes. En Espagne, notamment à Tolède, et en Sicile, traducteurs juifs et chrétiens collaborèrent à la transmission d'œuvres d'Aristote et de ses commentateurs arabes comme Averroès et Avicenne. Des familles de traducteurs, telles que les Ibn Tibbon en Provence, jouèrent un rôle majeur en rendant accessibles en hébreu les grands textes philosophiques et scientifiques, dont des œuvres de Maïmonide rédigées en arabe. Ce travail permit la diffusion de la pensée philosophique dans les milieux juifs et contribua au renouveau intellectuel de l'Occident. Les Juifs furent ainsi des intermédiaires culturels essentiels entre les mondes islamique et chrétien.
Abrir →Méditerranée · Moyen Âge
Un débat majeur de la théologie juive médiévale oppose la création du monde à partir du néant (creatio ex nihilo) à la thèse aristotélicienne de l'éternité du monde. Saadia Gaon, Maïmonide et Gersonide, entre autres, prirent position sur les implications de chaque doctrine pour la providence, le miracle et la liberté divine. Ce débat illustre la confrontation entre révélation et philosophie grecque.
Abrir →Égypte, Andalousie · XIIe siècle
Œuvre majeure de Moïse Maïmonide rédigée en judéo-arabe vers 1190, le Guide des égarés concilie la révélation biblique et la philosophie d'Aristote. Il y traite de l'incorporéité de Dieu, des attributs négatifs, de la création et de la prophétie. Traduit en hébreu par Samuel Ibn Tibbon, l'ouvrage provoqua de vives controverses dans le judaïsme médiéval.
Abrir →États-Unis · XXe siècle
Mordecai Kaplan (1881-1983), rabbin et penseur d'origine lituanienne établi aux États-Unis et longtemps professeur au Jewish Theological Seminary, est le fondateur du reconstructionnisme, le seul grand mouvement religieux juif né sur le sol américain. Dans son œuvre maîtresse, Judaism as a Civilization (1934), il proposa de concevoir le judaïsme non comme une religion révélée mais comme une « civilisation religieuse en évolution », englobant langue, histoire, culture, arts et coutumes autant que croyances. Influencé par la sociologie et le pragmatisme américains, Kaplan adopta une théologie naturaliste, refusant l'idée d'un Dieu surnaturel intervenant dans l'histoire et réinterprétant les concepts d'élection et de révélation. Il prôna le maintien des pratiques traditionnelles pour leur valeur communautaire et identitaire, tout en les adaptant à la modernité, et conçut la synagogue comme un centre communautaire global. Son influence dépassa largement le mouvement reconstructionniste qu'il institua, marquant l'ensemble du judaïsme libéral américain et la réflexion sur l'identité juive en dehors du cadre théiste.
Abrir →Al-Andalus · XIIᵉ siècle
Le Kuzari de Juda Halévi (v. 1075–1141) met en scène, sous forme de dialogue, la conversion du roi des Khazars après l'examen des grandes religions et de la philosophie. Halévi y défend la singularité de l'expérience d'Israël, fondée sur la révélation historique et la « faculté divine », contre le rationalisme aristotélicien. L'ouvrage est un classique de la théologie et de la pensée juive médiévales.
Abrir →Majorque · XIVe siècle
L'Atlas catalan de 1375, attribué au cartographe juif Abraham Cresques et à son fils Jafuda, de Palma de Majorque, est l'un des chefs-d'œuvre de la cartographie médiévale. Cette « école majorquine » de cartographes juifs combina savoir nautique, astronomie et enluminure. L'atlas, conservé à la Bibliothèque nationale de France, représente l'Afrique, l'Asie et la route du Mali.
Abrir →Provence · XIIe-XIIIe siècles
La dynastie des Tibbonides, réfugiée d'Andalousie en Provence, traduisit de l'arabe vers l'hébreu les grandes œuvres philosophiques et scientifiques. Yehouda ibn Tibbon, surnommé « père des traducteurs », fut suivi par son fils Samuel, traducteur du Guide des égarés. Ils forgèrent un vocabulaire philosophique hébraïque et rendirent le savoir gréco-arabe accessible aux Juifs d'Europe chrétienne.
Abrir →Andalousie · XIe siècle
Salomon Ibn Gabirol (vers 1021-1058), poète et philosophe de Malaga, élabora dans la Fons Vitae (Mekor Hayyim) une métaphysique néoplatonicienne fondée sur la matière et la forme universelles. Connu des scolastiques latins sous le nom d'Avicebron, on ignora longtemps son identité juive. Sa poésie sacrée, dont Keter Malkhout, demeure centrale dans la liturgie séfarade.
Abrir →Allemagne · XIXe-XXe siècles
Hermann Cohen (1842-1918), fondateur de l'école néokantienne de Marbourg, consacra sa dernière œuvre, La Religion de la raison tirée des sources du judaïsme (posthume, 1919), à une lecture éthique du monothéisme juif. Il y développa l'idée de Dieu comme garant de la moralité et la notion de corrélation entre Dieu et l'homme. Sa pensée marqua durablement la philosophie juive moderne.
Abrir →Terre d'Israël ou Babylonie · VIe-VIIe siècles
Le Sefer Refouot d'Asaph ben Berekhyahou est l'un des plus anciens traités médicaux en hébreu, datant probablement du début du Moyen Âge. Il comporte un serment médical, l'un des premiers codes éthiques médicaux juifs connus, interdisant le poison et l'avortement et appelant au respect du malade pauvre. L'ouvrage mêle médecine grecque, perse et juive.
Abrir →Castille · XIIIe-XIVe siècles
Sous Alphonse X de Castille, des savants juifs comme Isaac ibn Sid (Rabiçag) et Yehouda ben Moshe participèrent à l'élaboration des Tables alphonsines (vers 1252-1270), références astronomiques majeures de l'Europe médiévale. Ils traduisirent et perfectionnèrent aussi des traités sur l'astrolabe et d'autres instruments d'observation venus du monde arabe.
Abrir →Méditerranée · Moyen Âge
Inspirés du quadrivium et des classifications gréco-arabes, des savants juifs médiévaux organisèrent le savoir profane en « sept sciences » : grammaire, logique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie et physique-métaphysique. Des encyclopédies hébraïques comme le Midrash ha-Hokhma de Yehouda ben Salomon ha-Cohen ou le Deot ha-Filosofim de Shemtov Falaquera témoignent de cet idéal.
Abrir →Provence · XIVe siècle
Outre sa philosophie, Gersonide rédigea un vaste traité d'astronomie intégré aux Milhamot Hashem, critiquant le modèle de Ptolémée et observant éclipses et conjonctions. Il dressa des tables astronomiques précises et perfectionna la camera obscura. Son bâton de Jacob (baculus) servit à la navigation jusqu'à la Renaissance.
Abrir →Allemagne · XIXe siècle
Leopold Zunz (1794-1886), figure fondatrice du Verein für Cultur und Wissenschaft der Juden (1819), inaugura l'étude critique et historique de la littérature et de la liturgie juives. Ses travaux sur la prédication synagogale (Die gottesdienstlichen Vorträge der Juden) et sur la poésie liturgique posèrent les bases méthodologiques de l'érudition juive moderne.
Abrir →Babylonie · Xᵉ siècle
Saadia ben Joseph (882–942), gaon de Soura, est l'auteur des Émounot ve-Déot (« Croyances et opinions »), première grande synthèse philosophique du judaïsme rabbinique. S'appuyant sur la raison et la tradition, il y traite de la création, de l'unité divine, du libre arbitre, de la providence et de la rédemption, en réponse notamment au défi karaïte et aux courants philosophiques de son temps.
Abrir →Empire russe, Europe de l'Est · XIXe-XXe siècles
Simon Doubnov (1860-1941), historien et théoricien politique, écrivit une vaste Histoire mondiale du peuple juif et conçut l'autonomisme : l'idée d'une autonomie nationale et culturelle juive au sein des États de la diaspora. Sa sociologie de l'histoire mettait au centre les institutions communautaires. Il fut assassiné lors de la liquidation du ghetto de Riga.
Abrir →Provinces-Unies (Pays-Bas) · XVIIe siècle
Baruch Spinoza (1632-1677), excommunié par la communauté juive d'Amsterdam en 1656, posa dans le Traité théologico-politique (1670) les bases de la critique historique de la Bible. Il y questionna l'auteur du Pentateuque et distingua foi et raison. Son Éthique formula un panthéisme rigoureux identifiant Dieu et la Nature (Deus sive Natura).
Abrir →Europe centrale, Empire ottoman · XVIIe-XVIIIe siècles
Tuviah Cohn (1652-1729), médecin formé à Francfort et à Padoue, publia en 1707 le Maaseh Touviya, encyclopédie hébraïque mêlant médecine, astronomie, anatomie et hygiène. Son ouvrage présente un schéma comparant le corps humain à une maison et fait connaître les avancées scientifiques européennes au public hébraïsant. Il exerça à la cour des sultans ottomans.
Abrir →Babylonie, Terre d'Israël · IVe siècle–Moyen Âge
Le calendrier hébraïque luni-solaire repose sur le calcul du molad (conjonction moyenne de la lune) et un cycle de dix-neuf ans (Metonique) avec sept années embolismiques. La tradition attribue sa fixation à Hillel II au IVe siècle. Des règles précises de report (dehiyot) déterminent le Nouvel An et harmonisent fêtes et phases lunaires.
Abrir →Méditerranée, Europe · VIIIe–XVIe siècle
Au Moyen Âge, des médecins juifs jouèrent un rôle notable dans la transmission et la pratique du savoir médical, servant aussi bien des cours chrétiennes que musulmanes. Bénéficiant d'une tradition d'étude et d'une capacité à circuler entre les aires culturelles, ils contribuèrent à traduire et à diffuser l'héritage médical grec, transmis et enrichi par les savants arabes. Maïmonide (1138-1204), à la fois grand codificateur de la loi juive et médecin réputé attaché à la cour ayyoubide en Égypte, incarne le sommet de cette tradition et laissa plusieurs traités médicaux. D'autres médecins juifs exercèrent en Espagne, en Provence et en Italie, parfois auprès de souverains et de papes. Cette présence dans la médecine illustre le rôle d'intermédiaires culturels qu'occupèrent les Juifs entre les civilisations.
Abrir →Europe · XVIIe–XVIIIe siècle
À l'aube de la modernité, deux figures juives marquèrent de façon contrastée le rapport entre tradition et pensée rationnelle. Baruch Spinoza (1632-1677), issu de la communauté séfarade d'Amsterdam, fut excommunié en 1656 et développa une philosophie qui rompait avec la conception traditionnelle de Dieu et de la Révélation, exerçant une influence majeure sur la philosophie occidentale. Moses Mendelssohn (1729-1786), philosophe berlinois admiré dans les cercles des Lumières, s'efforça au contraire de concilier fidélité au judaïsme et participation à la culture rationnelle de son temps, notamment dans son ouvrage Jérusalem. Il fut une figure centrale de la Haskala, le mouvement des Lumières juives. Ces deux trajectoires posèrent durablement la question de la compatibilité entre rationalisme, citoyenneté et tradition religieuse.
Abrir →Europe, Amériques · XIXe–XXe siècle
Des penseurs d'origine juive ont profondément marqué la naissance et le développement des sciences sociales modernes. En France, Émile Durkheim, fils de rabbin, fut l'un des pères fondateurs de la sociologie, et plus tard Claude Lévi-Strauss révolutionna l'anthropologie par le structuralisme. Aux États-Unis, Franz Boas, immigré allemand, fonda l'anthropologie culturelle américaine et combattit le racisme scientifique de son temps. La psychanalyse naquit de l'œuvre de Sigmund Freud à Vienne, tandis que Hannah Arendt élabora une philosophie politique majeure du totalitarisme et de la condition moderne. La surreprésentation des Juifs dans ces disciplines a souvent été reliée à leur position d'« étrangers de l'intérieur », observateurs lucides des sociétés où ils étaient à la fois intégrés et tenus à distance — une condition de marginalité féconde théorisée par des sociologues comme Georg Simmel. Cette appartenance, tantôt assumée tantôt distanciée, a fréquemment nourri une attention particulière aux questions d'identité, de minorité, d'exclusion et de violence sociale.
Abrir →Monde juif · De l'Antiquité à nos jours
L'onomastique juive étudie l'histoire des prénoms (bibliques, théophores, vernaculaires) et l'apparition des noms de famille, souvent imposés par les États aux XVIIIe–XIXe siècles : patronymes, toponymes, noms de métiers ou abréviatifs (Katz, Segal). Elle éclaire migrations, langues et identités.
Abrir →Terre d'Israël, Monde juif · Antiquité–époque contemporaine
La numismatique juive étudie les monnaies frappées par les Hasmonéens et lors des révoltes contre Rome (sicle d'argent, « Jérusalem la sainte »), puis les médailles et jetons communautaires modernes. Ornées de symboles (loulav, menorah, Temple), ces pièces sont des sources majeures d'histoire et d'épigraphie.
Abrir →Yiddish, ladino, hebreo, literatura, artes, prensa y folclore.
Diaspora · Du Moyen Âge à nos jours
Grand Livre thématique consacré aux langues juives — hébreu, araméen, yiddish, ladino (judéo-espagnol), judéo-arabe, judéo-persan et d'autres : leur formation, leur littérature, leur déclin et leurs renaissances. Chaque langue est la mémoire d'un monde. Registre à l'intersection de la Mémoire et de l'Histoire.
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Bassin méditerranéen, Europe et monde · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique consacré à l'empreinte de l'hébreu sur les langues du monde. Trois grandes voies : (1) la diffusion biblique — par la Septante (grec), la Vulgate (latin) puis les traductions vernaculaires — qui a introduit un vaste lexique religieux et des hébraïsmes (amen, alléluia, hosanna, sabbat, jubilé, messie, séraphin, chérubin, manne, Éden, Babel, léviathan, shibboleth), ainsi que la quasi-totalité des prénoms d'origine biblique (Jean, Marie, Joseph, Daniel, Gabriel…) ; (2) la transmission par les langues juives — le yiddish irriguant l'allemand et les langues slaves, le judéo-espagnol (ladino) l'espagnol, jusqu'à l'argot et les registres familiers ; (3) la renaissance de l'hébreu moderne (Eliezer Ben-Yehuda) et ses emprunts réciproques contemporains. Registre Histoire, avec rigueur : distinguer l'emprunt établi de l'étymologie populaire, et ne jamais s'attribuer ce qui relève d'autres traditions linguistiques.
Abrir →Transformation de l'hébreu, langue sacrée, en langue parlée moderne, portée par Eliezer Ben-Yehouda et le mouvement national. Une résurrection linguistique sans équivalent.
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Essor d'une littérature en hébreu de la Haskala à l'État d'Israël — Mendele, Bialik, Agnon, Amichai. Elle accompagne la renaissance nationale et culturelle.
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Europe orientale, Amérique · XIXe-XXe siècle
Grand Livre thématique sur la scène et l'écran yiddish : naissance du théâtre yiddish (Goldfaden), troupes itinérantes, âge d'or new-yorkais et cinéma yiddish d'avant-guerre.
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Les formes et fonctions de l'humour dans la culture juive, de l'ironie talmudique au comique yiddish et à la satire moderne. Elle interroge le rire comme mode de survie, de critique sociale et d'autodérision.
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Diaspora et terre d'Israël · Du Moyen Âge à nos jours
Grand Livre thématique sur les arts visuels : enluminure et micrographie, orfèvrerie rituelle, peinture (de l'École de Paris à Chagall et Soutine), sculpture et photographie — l'image dans une tradition longtemps réticente.
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Le recours à la photographie pour documenter la vie juive, les communautés disparues et les lieux de mémoire. Elle examine portraits, archives visuelles et usages mémoriels de l'image.
Abrir →L'essor des journaux et périodiques juifs en hébreu, yiddish, ladino et langues vernaculaires depuis le XVIIIe siècle. Elle souligne leur rôle dans la formation d'une opinion publique et la diffusion des idées.
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Univers des contes, proverbes, chants et croyances transmis dans les communautés ashkénazes, séfarades et orientales. Il révèle la culture quotidienne et l'humour populaire.
Abrir →Créature d'argile animée par la puissance des lettres, associée au Maharal de Prague. Le motif nourrit le folklore, la littérature et le cinéma.
Abrir →Monde juif
L'art des objets rituels juifs recouvre une grande variété de pièces destinées au culte et à la vie religieuse : hanoukkiot, ornements de la Torah (rimonim, couronnes, plaques), pointeurs de lecture (yad), mezouzot, coupes de Kiddouch, lampes de Shabbat et haggadot enluminées. Produits par des orfèvres, des brodeurs et des scribes, ces objets reflètent les styles régionaux et les techniques des sociétés au sein desquelles vivaient les communautés. Ils répondent au principe de hiddour mitsva, l'embellissement du commandement, qui invite à accomplir les préceptes avec des objets beaux et soignés. Conservés dans des synagogues, des familles et des musées, ils constituent un patrimoine artistique souvent méconnu. Leur étude éclaire à la fois l'histoire de l'art juif et celle des échanges culturels avec les milieux environnants.
Abrir →Israël · XXe–XXIe siècle
Histoire du design graphique israélien : affiches du Fonds national juif, identité visuelle des institutions, timbres et billets de banque, qui forgèrent une iconographie nationale. Des graphistes comme Franz Krausz ou l'atelier d'Otte Wallish ont façonné le regard sur le pays. Ce champ mêle propagande pionnière, modernisme international et symboles hébraïques.
Abrir →France (Paris) · Début XXe siècle
Constellation d'artistes juifs immigrés, souvent venus d'Europe de l'Est, qui marquèrent la scène parisienne de Montparnasse dans les années 1910-1930. Chagall, Soutine, Modigliani (lié au milieu), Kikoïne ou Pascin en furent des figures majeures. Beaucoup périrent dans la Shoah, mais leur œuvre a profondément renouvelé la peinture moderne.
Abrir →États-Unis, Europe · XXe–XXIe siècle
Rôle majeur d'auteurs juifs dans l'invention de la bande dessinée moderne et des super-héros américains, de Will Eisner, théoricien du « roman graphique », aux créateurs de Superman. Plus tard, des œuvres comme Maus d'Art Spiegelman ont fait de la BD un médium de la mémoire de la Shoah. Ce domaine relie identité juive, immigration et culture populaire.
Abrir →Palestine mandataire, Israël · XXe siècle
Répertoire de chansons en hébreu nées avec le mouvement sioniste et la vie des pionniers, célébrant la terre, le travail agricole et la communauté. Des paroliers et compositeurs comme Naomi Shemer ont donné à ce genre ses hymnes, dont « Yeroushalaïm shel zahav ». Ces chants ont structuré l'identité culturelle israélienne et la pratique du chant collectif (shira betzibour).
Abrir →Europe de l'Est, Amérique du Nord · XIXe–XXe siècle
Art de la cantillation synagogale soliste poussé à son apogée par les grands hazzanim de l'« âge d'or » de la cantorat, comme Yossele Rosenblatt ou Gershon Sirota. Mêlant virtuosité vocale, coloratures et improvisation sur les modes liturgiques, cet art connut une diffusion phonographique massive. Il influença aussi la musique populaire et l'opéra.
Abrir →Israël, Europe orientale · XXe siècle
La hora est une danse en cercle, exécutée bras dessus bras dessous sur un rythme entraînant, qui fut adoptée par les pionniers sionistes au début du XXe siècle et devint l'une des danses emblématiques de la culture israélienne. D'origine balkanique et roumaine, elle fut réinvestie d'une signification idéologique : sa forme circulaire et égalitaire, sans hiérarchie ni couple, exprimait l'idéal communautaire et collectiviste du Yishouv et des kibboutzim. Plus largement, le mouvement de la danse folklorique israélienne (rikoudei am) se constitua à partir des années 1940 comme une création culturelle consciente, agrégeant des éléments venus des diverses communautés de la diaspora — danses yéménites, hassidiques, est-européennes — pour forger un répertoire national. Parallèlement, le folklore musical et chorégraphique ashkénaze, notamment celui qui accompagnait la musique klezmer aux mariages et aux fêtes, constitue un patrimoine corporel distinct, collecté et recomposé au XXe siècle. Ces danses demeurent un vecteur important d'identité et de sociabilité juives.
Abrir →Europe orientale, Amériques · XIXe–XXe siècle
La littérature yiddish moderne émergea au cours du XIXe siècle en Europe orientale, transformant une langue vernaculaire longtemps tenue pour mineure en un véhicule d'expression artistique majeur. Ses trois « classiques » fondateurs sont Mendele Moykher Sforim (Sholem Yankev Abramovitsh), considéré comme le « grand-père » de cette littérature, Sholem Aleichem, dont les récits de Tévié le laitier inspirèrent plus tard la comédie musicale Un violon sur le toit, et I. L. Peretz, maître du conte et de la nouvelle. La littérature yiddish dépeignit avec finesse la vie du shtetl, les tensions entre tradition et modernité, la pauvreté et l'humour des masses juives ashkénazes. Son rayonnement s'étendit avec l'émigration vers l'Amérique et atteignit une reconnaissance internationale lorsque Isaac Bashevis Singer reçut le prix Nobel de littérature en 1978. Frappée de plein fouet par la Shoah, qui anéantit son public et nombre de ses auteurs, elle demeure un corpus d'une exceptionnelle richesse, aujourd'hui étudié et traduit dans le monde entier.
Abrir →Espagne, Provence · XIIe–XIVe siècle
Genre narratif en prose rimée entrelardée de poèmes, adapté de la maqâma arabe par les auteurs hébreux médiévaux. Son chef-d'œuvre est le Tahkemoni de Yehouda Al-Harizi ; le Sefer Sha'ashou'im de Joseph ibn Zabara et les Mahberot d'Emmanuel de Rome en relèvent aussi. Le genre mêle satire sociale, virtuosité linguistique et ironie.
Abrir →Espagne médiévale, Balkans · XIVe–XVe siècle
La Haggadah de Sarajevo est l'un des plus célèbres et des plus précieux manuscrits hébreux enluminés au monde. Réalisée en Espagne, vraisemblablement à Barcelone, vers le milieu du XIVe siècle, elle se distingue par son riche cycle de miniatures illustrant des scènes bibliques, de la Création à la mort de Moïse, témoignage rare de l'art juif médiéval séfarade dans le contexte de l'enluminure gothique. Après l'expulsion d'Espagne, le manuscrit voyagea à travers la Méditerranée et finit par parvenir à Sarajevo, où il fut acquis par le musée national de Bosnie à la fin du XIXe siècle. Son histoire mouvementée est devenue légendaire : il fut sauvé à deux reprises de la destruction, d'abord par un conservateur musulman qui le cacha aux nazis durant la Seconde Guerre mondiale, puis lors du siège de Sarajevo dans les années 1990. Aux côtés d'autres manuscrits séfarades illustrés, comme les Haggadot dites « dorée » et « de Barcelone », elle incarne la richesse artistique du judaïsme médiéval et la résilience de son patrimoine.
Abrir →Maroc, Algérie · Médiéval–contemporain
Tradition savante de musique arabo-andalouse à laquelle les musiciens juifs du Maghreb ont largement contribué, notamment dans les écoles de l'Ala marocaine et du gharnati. Des interprètes juifs comme Salim Halali ou Samy Elmaghribi y ont brillé. Cette musique se prolonge dans les piyyoutim chantés sur les noubas andalouses.
Abrir →Europe de l'Est, Amérique du Nord · XIXe siècle–contemporain
Musique instrumentale festive des Juifs ashkénazes d'Europe orientale, jouée par les klezmorim aux mariages et célébrations, distincte du théâtre yiddish chanté. Marquée par la clarinette et le violon, elle exprime joie et lamentation. Quasi disparue après la Shoah et l'assimilation américaine, elle connaît depuis les années 1970 un puissant renouveau international.
Abrir →Méditerranée, Proche-Orient
La musique liturgique séfarade désigne le répertoire chanté des communautés issues du monde séfarade et oriental, pour les prières du Shabbat, des fêtes et des offices quotidiens. Elle se caractérise par l'usage de systèmes modaux empruntés aux musiques arabe et ottomane, comme l'organisation en maqamat dans les traditions du Proche-Orient, articulée au cycle des lectures de la Torah. Les paytanim (chantres-poètes) y occupent une place centrale, perpétuant des piyyoutim et des baqashot transmis oralement de génération en génération. Cette tradition varie selon les aires géographiques, de la Méditerranée occidentale aux communautés d'Alep, de Bagdad ou de Salonique. Aujourd'hui menacée par les bouleversements démographiques du XXe siècle, elle fait l'objet d'un travail actif de collecte, d'enregistrement et de transmission.
Abrir →Al-Andalus · Xe–XIIe siècle
La poésie hébraïque andalouse désigne la floraison littéraire qui se développa dans l'Espagne musulmane entre le Xe et le XIIe siècle, à l'âge d'or des communautés juives ibériques. Sous l'influence de la poésie arabe classique, ses auteurs adoptèrent la métrique quantitative et les formes savantes arabes tout en les transposant dans la langue hébraïque biblique. Des figures majeures comme Shmuel HaNaguid, Salomon ibn Gabirol, Moïse ibn Ezra et Yehuda HaLevi composèrent aussi bien des poèmes liturgiques (piyyoutim) que des œuvres profanes célébrant le vin, l'amour, l'amitié et la nostalgie de Sion. Cette production s'inscrivait dans un milieu de cour cultivé où savoir hébraïque et culture arabe se côtoyaient. Considérée comme l'un des sommets de la création poétique juive médiévale, elle marqua durablement la liturgie et la sensibilité littéraire des communautés séfarades.
Abrir →Israël · XIXe–XXe siècle
La poésie hébraïque moderne accompagna et incarna la renaissance de l'hébreu comme langue vivante, depuis les foyers d'Europe orientale jusqu'à la culture israélienne. Hayyim Nahman Bialik (1873-1934), surnommé le « poète national », exprima avec puissance la condition juive de son temps — la nostalgie de la maison d'étude, la révolte après le pogrom de Kichinev dans « Dans la ville du massacre », l'aspiration à la renaissance — et fixa durablement les registres de la langue poétique nouvelle. Son contemporain Saül Tchernichovsky introduisit une sensibilité plus païenne, hellénisante et tournée vers la nature. La génération suivante, façonnée par la vie en Eretz Israël, vit s'épanouir des voix comme celles de Nathan Alterman et d'Avraham Shlonsky, puis, après la création de l'État, de Yehuda Amichaï, dont la langue quotidienne et ironique renouvela profondément la poésie, et de Dahlia Ravikovitch, voix majeure et critique. Oscillant entre mémoire de la diaspora, célébration de la terre et regard critique sur le projet national, cette poésie constitue l'une des expressions les plus vivaces de la culture israélienne.
Abrir →Maroc, Orient, Maghreb · Moyen Âge–contemporain
Tradition vivante de poésie liturgique chantée propre aux communautés séfarades et orientales, illustrée par des figures comme Rabbi Israël Najara et David Bouzaglo. Les recueils de Shir Yedidout et les baqqashot du chabbat structurent les veillées chantées sur des modes musicaux arabo-andalous. Cette pratique demeure très vivante au Maroc et dans ses diasporas.
Abrir →Empire ottoman, Balkans · XIXe–XXe siècle
Florissante presse périodique en judéo-espagnol, imprimée en caractères rachi puis en latin, qui se développa à Salonique, Istanbul, Smyrne et Sofia. Des journaux comme El Tiempo ou La Epoka diffusèrent information, feuilletons et débats modernisateurs. Cette presse fut un vecteur essentiel de la modernité dans le monde séfarade ottoman.
Abrir →Allemagne, Europe centrale et orientale · XVIIIe–XIXe siècle
Naissance d'une presse périodique en langue hébraïque, depuis Ha-Me'assef (1784), organe des maskilim de Berlin, jusqu'à Ha-Magguid (1856), premier hebdomadaire hébreu. Ces publications diffusèrent science, littérature et débats de la Haskala, forgeant un lectorat moderne. Elles préparèrent l'essor de la presse hébraïque ultérieure et du journalisme sioniste.
Abrir →Europe · XIXe–XXe siècle
À partir du début du XIXe siècle, une presse juive multilingue se développa en Europe, en hébreu, yiddish, allemand, français et anglais, accompagnant les processus d'émancipation et de modernisation. Ces périodiques informaient les lecteurs, débattaient des grandes questions de l'époque — réforme religieuse, intégration civique, sionisme, antisémitisme — et participaient à la formation d'une opinion publique juive. Des titres comme Ha-Maggid en hébreu ou L'Univers israélite en France illustrent la diversité linguistique et idéologique de ce paysage médiatique. La presse yiddish, particulièrement vivace en Europe orientale puis dans l'émigration, atteignit un large lectorat populaire. En tant qu'espaces de débat et de mobilisation, ces journaux furent des instruments majeurs de la vie politique et culturelle juive moderne.
Abrir →Israël · XXe–XXIe siècle
Histoire du cinéma israélien, depuis les films pionniers sionistes jusqu'aux comédies populaires « bourekas » des années 1960-70, puis au cinéma d'auteur contemporain. Des réalisateurs comme Ephraïm Kishon, Uri Zohar ou la nouvelle génération ont porté ce cinéma à une reconnaissance internationale. Il interroge l'identité nationale, le conflit et la diversité des sociétés israéliennes.
Abrir →Empire ottoman, Méditerranée · XVIe siècle–contemporain
Riche tradition de proverbes et dictons en judéo-espagnol, transmis oralement et condensant la sagesse populaire séfarade avec humour et concision. Souvent rimés, les refranes touchent à la famille, à l'argent, au destin et à la communauté. Ils ont été collectés dans des recueils savants qui en font une source ethnographique majeure.
Abrir →Moyen-Orient, Afrique du Nord · VIIe–XXe siècle
Le judéo-arabe désigne l'ensemble des variétés d'arabe parlées et écrites par les Juifs des pays islamiques, généralement transcrites en caractères hébraïques et enrichies d'un vocabulaire hébreu et araméen propre à la vie religieuse. Apparu après les conquêtes arabes du VIIe siècle, il devint, pendant plus d'un millénaire, la langue quotidienne de millions de Juifs, du Maghreb à l'Irak en passant par l'Égypte et le Yémen. À l'époque classique (Xe-XIIe siècles), le judéo-arabe fut aussi une grande langue de culture savante : Saadia Gaon y traduisit la Bible et composa des œuvres théologiques, et Maïmonide rédigea en judéo-arabe son Guide des égarés ainsi que son commentaire de la Mishna. Le corpus de la Geniza du Caire a révélé l'ampleur de cette production, des lettres commerciales aux textes littéraires. À l'époque moderne se développèrent des littératures judéo-arabes populaires, avant que l'émigration massive du XXe siècle et l'adoption de l'hébreu, du français ou de l'arabe standard n'entraînent le déclin de cette langue.
Abrir →Kurdistan (Irak, Iran, Turquie, Syrie) · Antiquité–contemporain
Les Juifs du Kurdistan ont conservé jusqu'au XXe siècle des dialectes néo-araméens vivants (lishana deni, lishan didan, hulaula), héritiers lointains de l'araméen ancien. Ces langues ont transmis des contes, des chants de mariage et des paraphrases bibliques (targoum oral). Après leur immigration massive en Israël, elles sont aujourd'hui gravement menacées.
Abrir →Atlas marocain, Sud tunisien · Moyen Âge–XXe siècle
Variété de tamazight pratiquée par certaines communautés juives du Haut Atlas et de l'Anti-Atlas, le judéo-berbère servait surtout de langue de traduction orale (sharh) de la Bible et de la Haggadah. Quelques traductions de la Haggadah de Pessa'h en berbère ont été recueillies au XXe siècle. La communauté a presque entièrement émigré en Israël.
Abrir →Empire ottoman, Balkans, Méditerranée · XVe siècle–aujourd'hui
Le judéo-espagnol, aussi appelé ladino ou djudezmo, est la langue issue du castillan parlé par les Juifs d'Espagne avant leur expulsion de 1492, conservée et transformée par leurs descendants en exil. Implantés surtout dans l'Empire ottoman et les Balkans, ces locuteurs l'enrichirent d'emprunts à l'hébreu, au turc, au grec et à d'autres langues méditerranéennes. À partir du XIXe siècle, le judéo-espagnol soutint une vie culturelle dynamique avec une presse, un théâtre et une littérature, ainsi qu'un vaste corpus oral de romances, proverbes et chansons. Le terme « ladino » désigne plus précisément la langue calque employée pour traduire littéralement les textes sacrés hébraïques. Décimée par la Shoah dans les Balkans et fragilisée par l'assimilation, cette langue est aujourd'hui classée en danger, mais fait l'objet d'efforts de documentation et de revitalisation.
Abrir →Géorgie (Caucase) · Médiéval–contemporain
Variété de géorgien employée par les Juifs de Géorgie, intégrant un lexique hébreu et araméen propre à la vie religieuse, parfois appelée kivrouli. Communauté très ancienne, les Juifs géorgiens ont conservé traditions et chants distincts jusqu'à leur émigration vers Israël. Leur parler témoigne d'une longue symbiose avec la culture caucasienne.
Abrir →Grèce, Empire byzantin · Antiquité–XXe siècle
Langue judéo-grecque des Juifs romaniotes, présents dans le monde grec depuis l'Antiquité. Écrit en caractères hébraïques, le yévanique servit aux traductions bibliques et à la liturgie communautaire, comme à Ioannina et Corfou. La Shoah a presque entièrement anéanti ses derniers locuteurs.
Abrir →Italie · Moyen Âge–XXe siècle
Ensemble de parlers judéo-romans pratiqués par les Juifs d'Italie, marqués par des emprunts hébreux et des archaïsmes romans. On distingue des variantes locales comme le bagitto de Livourne ou le giudeo-romanesco de Rome. Ces dialectes ont nourri une littérature de traductions liturgiques, de poèmes et de chants, aujourd'hui en voie d'extinction.
Abrir →Kerala (Inde) · Médiéval–contemporain
Variété du malayalam parlée par les Juifs du Kerala, le judéo-malayalam est remarquable pour son riche répertoire de chants de femmes, transmis oralement et transcrits dans des cahiers familiaux. Ces chants accompagnaient mariages et fêtes et célèbrent l'histoire communautaire et biblique. Le corpus a été collecté et étudié après l'aliya des Juifs de Cochin en Israël.
Abrir →Portugal, Amsterdam, Hambourg · XVe–XVIIIe siècle
Langue des Juifs et nouveaux-chrétiens portugais et de leurs descendants séfarades de l'ouest, le judéo-portugais servait dans le commerce, la correspondance et certains écrits communautaires des diasporas d'Amsterdam, de Hambourg et de Bayonne. Il coexistait avec l'espagnol littéraire (ladino occidental) au sein de la « nation portugaise ». Plusieurs registres et règlements de communautés en témoignent.
Abrir →Provence, Comtat Venaissin · Moyen Âge–XXe siècle
Le judéo-provençal, ou shuadit, était parlé par les Juifs du Comtat Venaissin et du pape (Carpentras, Avignon, Cavaillon, L'Isle-sur-la-Sorgue). Il a laissé des pièces liturgiques et des chants comme la fameuse « Chanson de la reine Esther ». Son dernier locuteur connu serait mort au XXe siècle.
Abrir →Asie centrale (Boukhara, Samarcande) · Moyen Âge–contemporain
Le judéo-tadjik (bukhori) est la langue des Juifs de Boukhara, variété judéo-persane d'Asie centrale écrite traditionnellement en caractères hébraïques. Elle s'accompagne d'une riche tradition de chants et de poésie, notamment le genre du shashmaqam. Aujourd'hui elle survit surtout dans les diasporas d'Israël et des États-Unis.
Abrir →Lituanie, Crimée, Galicie · Médiéval–contemporain
Le karaïme est une langue turque parlée par les communautés karaïtes de Lituanie (Trakai), de Crimée et de Galicie (Halicz). Écrit longtemps en caractères hébraïques, il a servi de langue liturgique et littéraire propre, distincte de l'hébreu rabbinique. C'est aujourd'hui l'une des langues turques les plus menacées d'Europe.
Abrir →Bohême, Pologne, terres slaves · Haut Moyen Âge–XIIIe siècle
Le knaanique désigne les parlers judéo-slaves utilisés par les Juifs des terres slaves médiévales avant la généralisation du yiddish. Des gloses slaves transcrites en caractères hébraïques apparaissent chez des commentateurs comme Isaac ben Moïse de Vienne. La langue a disparu, absorbée par l'expansion du yiddish ashkénaze.
Abrir →Crimée · Médiéval–XXe siècle
Le krimtchak est la langue turque des Krymtchaks, Juifs rabbanites de Crimée, écrite en caractères hébraïques. Il se distinguait du karaïme voisin et possédait une littérature de chroniques et de recueils religieux (les djonk). L'extermination de la communauté pendant la Shoah a réduit le krimtchak à quelques rares locuteurs.
Abrir →Empire ottoman (Salonique, Edirne) · XVIe–XXe siècle
Tradition de chants paraliturgiques séfarades en hébreu composés sur les makams de la musique classique ottomane et soufie, exécutés par des chorales d'hommes le chabbat matin. Cultivée surtout à Edirne et Salonique, elle illustre l'osmose entre liturgie juive et art musical turc. Largement détruite par la Shoah, elle est partiellement préservée par des recueils et enregistrements.
Abrir →Palestine mandataire, Israël · 1906–XXe siècle
L'École Bezalel, fondée à Jérusalem en 1906 par Boris Schatz, voulut créer un style d'art juif national combinant motifs bibliques, orientalisme et artisanat. Elle produisit objets rituels, gravures et orfèvrerie marqués d'un syncrétisme entre Orient et Art nouveau. Ce projet a posé les fondations des arts visuels de l'État d'Israël.
Abrir →Europe de l'Est, Maghreb, Orient · XVIIIe–XXe siècle
Art populaire de la découpe de papier pratiqué dans de nombreuses communautés pour créer des objets domestiques et rituels : plaques de mizrah indiquant l'est, shiviti, décorations de Souccot et de Chavouot (roisele). Symétrie, lions, colonnes et versets en composent le vocabulaire ornemental. Cet art modeste reflète la piété et l'imaginaire visuel populaires.
Abrir →Méditerranée, Maghreb, Orient · Médiéval–contemporain
Djoha (ou Joha) est le héros naïf et rusé d'innombrables contes facétieux partagés par les Juifs et les musulmans du monde méditerranéen. Cousin du Nasreddin turc, il incarne l'absurde et la sagesse populaire. Ses histoires, transmises en judéo-arabe et en judéo-espagnol, sont un pilier de l'humour folklorique séfarade.
Abrir →Terre d'Israël · Antiquité tardive – haut Moyen Âge
Le piyyout, poésie liturgique hébraïque, connut un âge classique en terre d'Israël avec des maîtres comme Yossé ben Yossé, Yannaï et surtout Eléazar ha-Qalir. Ces payetanim composèrent des cycles poétiques d'une grande virtuosité, riches en allusions midrashiques, destinés à orner la prière des fêtes. Leur langue dense et savante a profondément marqué la liturgie juive ultérieure.
Abrir →Europe de l'Est, Palestine, Amérique · Fin XIXe–XXe siècle
Essor d'une littérature populaire de divertissement — romans-feuilletons, récits policiers et d'aventures (shund en yiddish) — destinée à un large public. En hébreu, des séries comme les aventures policières pour la jeunesse accompagnèrent l'alphabétisation. Longtemps méprisée par la critique, cette production éclaire les pratiques de lecture des masses juives.
Abrir →Empire ottoman, Maroc, Méditerranée · XVe siècle–contemporain
Corpus de ballades narratives chantées hérité de l'Espagne médiévale et conservé par les Juifs exilés après 1492, distinct des chants liturgiques. Transmis oralement dans les communautés des Balkans, de Turquie et du Maroc, le romancero a fossilisé des thèmes ibériques anciens. Il constitue une archive vivante de l'espagnol pré-classique.
Abrir →Israël / Palestine · XXe siècle
Le terme sabra (de l'hébreu tsabar, le fruit du figuier de Barbarie, épineux à l'extérieur et doux à l'intérieur) désigne le Juif né en Eretz Israël, par opposition à l'immigrant venu de la diaspora. Pour l'idéologie sioniste pionnière, le sabra incarnait le « Juif nouveau » : enraciné dans la terre, vigoureux, pratiquant l'hébreu comme langue maternelle, travaillant la terre et capable de se défendre, en rupture revendiquée avec l'image du Juif diasporique perçu comme passif et déraciné. Cette figure fut célébrée et façonnée par la littérature, le cinéma, l'éducation, le mouvement de jeunesse et l'expérience militaire, notamment au sein du Palmah et de la « génération de 1948 ». L'argot, l'humour direct et un certain ethos d'informalité contribuèrent à forger une culture nationale distincte. Cet idéal a profondément structuré l'identité israélienne, tout en faisant l'objet, depuis, de critiques mettant en cause son caractère mythifié, son ethnocentrisme ashkénaze et le déni qu'il opposait à l'héritage des Juifs de la diaspora.
Abrir →Russie, Palestine mandataire, Israël · XXe siècle
Fondé à Moscou en 1917, Habima fut le premier grand théâtre professionnel jouant en hébreu, célèbre pour sa mise en scène du Dibbouk de An-ski sous la direction de Vakhtangov. La troupe s'installa en Palestine et devint le théâtre national d'Israël. Son histoire incarne la renaissance de l'hébreu comme langue de scène.
Abrir →Europe orientale, Amériques · XIXe–XXe siècle
Le théâtre yiddish classique naquit en 1876 à Iași, en Roumanie, lorsque Avrom Goldfadn fonda la première troupe professionnelle de langue yiddish. Mêlant musique, mélodrame et comédie, il connut un essor rapide en Europe de l'Est puis aux États-Unis, où l'immigration massive constitua un public nombreux, notamment autour du « Yiddish Theatre District » de New York. Des auteurs comme Sholem Aleichem, Jacob Gordin et S. Ansky, dont la pièce Le Dibbouk devint emblématique, contribuèrent à élever le répertoire. Ce théâtre fut à la fois un divertissement populaire et un miroir des transformations sociales du monde juif ashkénaze, entre tradition et modernité. Frappé par la Shoah en Europe et par l'assimilation linguistique en Amérique, il déclina au XXe siècle mais demeure un patrimoine culturel étudié et occasionnellement repris.
Abrir →Bassin méditerranéen, Orient, Europe · Médiéval–contemporain
Répertoire oral de chants féminins liés aux cycles de vie — berceuses, chants de mariage, complaintes funèbres — transmis dans les langues vernaculaires juives (ladino, judéo-arabe, judéo-malayalam, yiddish). Ce corpus, longtemps négligé, éclaire la vie domestique et le rôle des femmes dans la mémoire communautaire. Il a été collecté par l'ethnomusicologie depuis le XXe siècle.
Abrir →Monde · XXe–XXIe siècle
De nombreux artistes d'origine juive ont joué un rôle majeur dans l'art des XXe et XXIe siècles, à la croisée de la modernité formelle, de la mémoire et de l'identité. Des peintres comme Marc Chagall, dont l'œuvre est imprégnée de l'imaginaire du shtetl, ou Amedeo Modigliani, figure de l'École de Paris, comptent parmi les artistes marquants de la première moitié du XXe siècle. La sculptrice américaine Louise Nevelson et bien d'autres prolongèrent cette présence dans l'art d'après-guerre et contemporain. Leur travail soulève la question, débattue, de l'existence d'une « esthétique juive » spécifique, par-delà la grande diversité des trajectoires et des styles. Il invite aussi à réfléchir aux liens entre création artistique, expérience diasporique et transmission d'une mémoire collective.
Abrir →Europe · XVIe–XXe siècle
La littérature européenne a produit, du Moyen Âge à l'époque moderne, un riche imaginaire du Juif, oscillant entre stéréotypes hostiles et tentatives de représentation nuancée. Des figures comme le Shylock du Marchand de Venise de Shakespeare ou le Barabas de Marlowe cristallisèrent des clichés liés à l'usure et à l'altérité religieuse. À l'inverse, des œuvres des Lumières, comme Nathan le Sage de Lessing, cherchèrent à promouvoir la tolérance à travers la figure du Juif. Aux XIXe et XXe siècles, romanciers et dramaturges continuèrent d'explorer ces représentations, tantôt en reconduisant les préjugés, tantôt en les contestant. L'analyse de ce corpus éclaire à la fois l'histoire des stéréotypes antijuifs et l'évolution des relations entre Juifs et sociétés chrétiennes européennes.
Abrir →Europe · XIXe–XXe siècle
Les compositeurs et interprètes d'origine juive occupent une place considérable dans l'histoire de la musique classique occidentale aux XIXe et XXe siècles. Au XIXe siècle, Felix Mendelssohn, petit-fils du philosophe Moses Mendelssohn et baptisé dans l'enfance, fut l'un des grands maîtres romantiques, tandis que la figure ambivalente de l'antisémitisme musical fut incarnée par Richard Wagner, auteur d'un pamphlet sur le « judaïsme dans la musique ». Au tournant du siècle, Gustav Mahler, converti pour accéder à la direction de l'Opéra de Vienne, et Arnold Schoenberg, théoricien du dodécaphonisme revenu au judaïsme, transformèrent en profondeur le langage musical. Le XXe siècle vit aussi le rayonnement de grands interprètes comme les violonistes Jascha Heifetz et Yehudi Menuhin, le pianiste Arthur Rubinstein, et, aux États-Unis, le chef d'orchestre et compositeur Leonard Bernstein. La présence juive dans ce domaine, souvent liée aux questions d'assimilation, d'identité et d'exil face aux persécutions, demeure l'objet de débats historiographiques nourris.
Abrir →Europe orientale · XVIIe–XXe siècle
Le folklore ashkénaze d'Europe orientale rassemble un vaste répertoire de chansons, complaintes, berceuses, chants de mariage, proverbes et contes en langue yiddish. Les badkhonim, maîtres de cérémonie des noces, et les klezmorim, musiciens traditionnels, en étaient des acteurs essentiels. Au début du XXe siècle, des chercheurs comme S. An-sky entreprirent des expéditions ethnographiques pour collecter et préserver ce patrimoine populaire menacé par la modernisation et l'émigration. Ce corpus révèle une vie intérieure communautaire riche, faite d'humour, de piété, de critique sociale et d'expression des émotions, distincte de la haute culture rabbinique. Recueilli et étudié dans des institutions comme le YIVO, il fut en partie sauvegardé malgré la destruction du monde du shtetl durant la Shoah.
Abrir →États-Unis · XXe siècle
La plupart des fondateurs des grands studios qui structurèrent Hollywood au début du XXe siècle — Carl Laemmle (Universal), Adolph Zukor (Paramount), William Fox (Fox), Samuel Goldwyn et Louis B. Mayer (MGM), les frères Warner (Warner Bros.) — étaient des immigrants juifs venus pour la plupart d'Europe centrale et orientale, ou leurs fils. Partant souvent de métiers modestes du commerce et de l'exploitation de salles, ils bâtirent un empire industriel et culturel qui façonna l'imaginaire américain et mondial. Cette trajectoire illustre une mobilité sociale spectaculaire, mais elle alimenta aussi des stéréotypes antisémites sur une prétendue mainmise juive sur le cinéma. Les studios, soucieux d'assimilation, promurent largement une vision idéalisée et consensuelle de l'Amérique, où les thèmes juifs explicites restèrent longtemps discrets. Les rapports entre le cinéma américain, l'identité juive et la représentation des minorités demeurent un terrain d'analyse culturelle vivace.
Abrir →Monde islamique · XVIe–XIXe siècle
Dans les sociétés islamiques médiévales et ottomanes, des artisans juifs occupèrent une place reconnue dans plusieurs métiers d'art, parfois dans des spécialités dont les musulmans se tenaient à l'écart pour des raisons religieuses ou sociales. Ils excellèrent notamment dans l'orfèvrerie et la joaillerie, le travail des métaux précieux, le tissage et la teinture, ainsi que dans la fabrication d'objets décoratifs. Au Yémen, au Maroc, dans l'Empire ottoman et ailleurs, des familles juives transmirent de génération en génération des savoir-faire réputés, et certains corps de métier furent même largement dominés par des artisans juifs. Leurs productions associaient le vocabulaire ornemental islamique — entrelacs, motifs géométriques et végétaux, calligraphie — à des symboles et des inscriptions hébraïques, en particulier pour les objets de culte juifs. Ces créations témoignent d'une coexistence créative au quotidien, où les traditions esthétiques se mêlaient au sein d'un même espace culturel partagé.
Abrir →États-Unis · XXe siècle
Les musiciens, compositeurs et entrepreneurs juifs jouèrent un rôle de premier plan dans l'essor du jazz et de la musique populaire américaine au XXe siècle, dans une rencontre féconde avec la créativité afro-américaine qui en était la source. Des clarinettistes et chefs d'orchestre comme Benny Goodman, surnommé le « roi du swing » et pionnier des orchestres mixtes intégrant musiciens noirs et blancs, et Artie Shaw, figurèrent parmi les grandes vedettes de l'ère du swing. Dans le domaine de la chanson et de la comédie musicale, les compositeurs Irving Berlin, immigré venu de Russie et auteur de standards comme « White Christmas », et George Gershwin, créateur de Rhapsody in Blue et de l'opéra Porgy and Bess, opérèrent une fusion entre traditions musicales et idiome jazz. Cette créativité, souvent rapprochée d'une sensibilité héritée de la cantillation synagogale et de la musique yiddish, contribua de façon majeure à la définition d'un son américain. La rencontre entre artistes juifs et afro-américains, fertile mais aussi traversée de questions sur l'appropriation, marqua durablement la culture populaire mondiale.
Abrir →Italie, Orient, Inde · Médiéval–contemporain
Art décoratif appliqué aux contrats de mariage juifs (ketoubot), particulièrement développé dans l'Italie des XVIIe-XVIIIe siècles et dans les communautés orientales. Bordures fleuries, arches architecturales, signes du zodiaque et versets bibliques y déploient une riche iconographie. Ces documents juridiques sont aussi des chefs-d'œuvre d'art populaire et savant.
Abrir →Iran, Caucase, Asie centrale
Les langues judéo-iraniennes regroupent l'ensemble des parlers iraniens utilisés par les communautés juives d'Iran, du Caucase et d'Asie centrale, généralement écrits en caractères hébraïques. Le judéo-persan, attesté par des documents dès le haut Moyen Âge, constitue l'une des plus anciennes formes documentées et donna lieu à une littérature de traductions bibliques et d'œuvres poétiques. Le judéo-tat (ou juhuri) était parlé par les Juifs des montagnes du Caucase oriental, tandis que d'autres dialectes existaient parmi les Juifs de Boukhara et de diverses villes iraniennes. Ces langues mêlent un substrat iranien à un lexique hébreu et araméen lié à la vie religieuse. Longtemps négligées, elles constituent un pan important du patrimoine linguistique juif, aujourd'hui fragilisé par l'émigration et l'assimilation.
Abrir →Europe de l'Est · XVIIIe–XXIe siècle
Le niggoun est une mélodie souvent sans paroles, répétée et improvisée, par laquelle le hassidisme cherche l'élévation de l'âme (hitlahavout) et l'union à Dieu. Chaque cour (Loubavitch, Breslev, Modzitz…) cultive son répertoire ; le niggoun accompagne le Chabbat, les fêtes et les tisch des rebbes.
Abrir →Europe de l'Est, Europe centrale · XVIe–XXe siècle
Le Pourim-shpil est une saynète parodique jouée à Pourim, mettant en scène la meguila d'Esther et d'autres récits bibliques sur un mode burlesque et carnavalesque. Ancêtre populaire du théâtre yiddish, il mêle satire, travestissement et inversion des rôles.
Abrir →Europe de l'Est, Europe centrale · XVIe–XXe siècle
Le Tsenerene (Tsene-rene), compilé par Jacob ben Isaac Ashkenazi vers 1600, paraphrase en yiddish la Torah, les haftarot et les meguilot, enrichie de midrash et de commentaires. Lecture du Chabbat des femmes ashkénazes durant des siècles, il fut l'un des livres yiddish les plus diffusés.
Abrir →Monde juif · Du Moyen Âge à nos jours
L'hexagramme, d'abord motif décoratif et talismanique partagé, devient au fil du temps l'emblème du judaïsme : sceau communautaire à Prague, signe du sionisme, puis étoile jaune de l'infamie nazie, avant de figurer au drapeau d'Israël. Histoire d'un symbole et de ses sens successifs.
Abrir →Terre d'Israël, Monde juif · De l'Antiquité à nos jours
Le chandelier à sept branches du Tabernacle puis du Temple est l'un des plus anciens symboles juifs. Figuré sur l'arc de Titus, dans les synagogues antiques, les mosaïques et les amulettes, il devient l'emblème de l'État d'Israël. À distinguer de la hanoukkia à neuf branches.
Abrir →Galut, exilios, tierras del islam, conversiones y retorno a Sión.
L'expérience de l'exil comme condition historique et catégorie théologique du judaïsme. Elle interroge les rapports entre dispersion, attente du retour et enracinement dans les terres d'accueil.
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Bassin méditerranéen, Europe, monde arabe · De l'Antiquité au XXe siècle
Grand Livre thématique consacré aux exils, aux expulsions et aux migrations : de la destruction du Temple aux grandes expulsions médiévales, des routes séfarades et ashkénazes aux départs du monde arabe au XXe siècle. La diaspora comme mouvement et recomposition. Registre à l'intersection de la Mémoire et de l'Histoire.
Abrir →Maghreb, Machrek, al-Andalus · VIIe siècle à nos jours
Grand Livre thématique sur les communautés en terre d'islam : statut de dhimmi, âge d'or andalou, vie sous les califats et les empires, échanges et tensions, jusqu'aux départs du XXe siècle.
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L'histoire de la communauté éthiopienne, ses pratiques religieuses propres et son rapport à la Bible. Elle aborde les questions de reconnaissance, d'identité et l'immigration en Israël (opérations Moïse et Salomon).
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Les traditions distinctes des Juifs du Yémen, leur rite, leur prononciation de l'hébreu et leur préservation de manuscrits anciens. Elle retrace leur histoire millénaire jusqu'à l'opération « Tapis volant ».
Abrir →Le mouvement karaïte, qui rejette l'autorité de la Loi orale au profit de la seule Écriture, et ses débats avec le judaïsme rabbinique. Elle suit ses foyers historiques, de Babylonie à la Crimée et à l'Égypte.
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Les voies d'entrée et de sortie du judaïsme, du guiyour des prosélytes aux conversions forcées et aux marranes. Elle aborde le statut du converti, les débats halakhiques et les contextes historiques de contrainte.
Abrir →Israël et diasporas · XXe-XXIe siècles
Grand Livre thématique consacré aux mondes juifs contemporains : non seulement les communautés disparues, mais la vitalité actuelle — renaissances, créations, diasporas vivantes et dynamiques, de Jérusalem à New York, de Paris à Buenos Aires. La mémoire n'est pas que deuil : elle est aussi présent et avenir. Registre Mémoire et Histoire.
Abrir →Place centrale de la Terre d'Israël dans la liturgie, la halakha et l'espérance juive durant l'exil. Un lien jamais rompu entre le peuple et sa terre.
Abrir →Terre d'Israël et diaspora · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique sur le lien jamais rompu entre le peuple juif et la Terre promise à Abraham. De la promesse patriarcale aux prières tournées vers Jérusalem, du « L'an prochain à Jérusalem » de la Pâque aux pèlerinages et aux aliyot, il retrace une fidélité à la fois spirituelle et concrète, maintenue à travers l'exil. Registre attentif à distinguer l'espérance religieuse, le souvenir et l'attachement vécu.
Abrir →Diaspora et terre d'Israël · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique sur les valeurs universelles du judaïsme — justice (tsedek), réparation du monde (tikkoun olam), dignité de la personne, primat de l'étude et responsabilité éthique — et sur la façon dont leur transmission a maintenu la cohésion du peuple juif à travers l'exil. Comment une éthique partagée a tenu lieu de patrie portative, du Talmud aux engagements contemporains. Registre attentif à ne pas confondre idéal proclamé et histoire vécue.
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La participation juive au commerce maritime méditerranéen et atlantique, des marchands radhanites aux réseaux séfarades. Elle traite des routes, des ports et des diasporas marchandes.
Abrir →Éthiopie / Israël · 1984–1991
Les Beta Israël, communauté juive d'Éthiopie longtemps appelée Falashas (terme aujourd'hui considéré comme péjoratif), pratiquaient un judaïsme fondé sur la Bible et des traditions propres, restées en grande partie à l'écart de l'évolution rabbinique. Reconnus comme Juifs à part entière par le grand rabbinat israélien dans les années 1970, ils firent l'objet d'opérations de transfert spectaculaires lorsque la guerre civile, la famine et l'instabilité menacèrent leur existence. L'opération Moïse, menée clandestinement en 1984-1985 via le Soudan, permit l'évacuation de plusieurs milliers de personnes, au prix de conditions dramatiques et de nombreux décès en chemin. L'opération Salomon, en mai 1991, transféra par un pont aérien massif quelque 14 000 Juifs éthiopiens vers Israël en moins de deux jours. L'intégration de cette communauté en Israël, marquée par des difficultés socio-économiques, des controverses (notamment sur les exigences de conversion et le traitement médical) et des manifestations contre les discriminations, tout autant que par une affirmation identitaire forte, constitue un chapitre important de l'histoire de l'immigration israélienne.
Abrir →Eretz Israël
La tradition juive distingue, au sein d'Eretz Israël, quatre villes saintes — Jérusalem, Hébron, Tibériade et Safed — qui formèrent du Moyen Âge à l'époque moderne le cœur de la présence juive continue en Terre sainte. Jérusalem, sanctuaire suprême, abrite l'emplacement du Temple et le Mur occidental ; Hébron est associée au caveau de Makhpéla, sépulture des patriarches et des matriarches ; Tibériade, en Galilée, fut un grand foyer d'étude où fut compilé le Talmud de Jérusalem et où sont vénérées les tombes de sages comme Rabbi Meir et Maïmonide ; Safed, juchée dans les hauteurs de Galilée, devint au XVIe siècle l'épicentre du renouveau kabbaliste. Ces villes concentrèrent les communautés du « Vieux Yishouv », population juive pré-sioniste largement vouée à l'étude et à la prière. Leur subsistance dépendait en grande partie de la halouka, système de collecte de dons organisé dans la diaspora pour soutenir les savants résidant sur la terre sainte. Elles incarnent ainsi une géographie sacrée structurant l'attachement spirituel du peuple juif à sa terre.
Abrir →Jérusalem
Jérusalem occupe depuis l'Antiquité une place centrale et unique dans la conscience religieuse juive. Cité du Temple et capitale du royaume de David et de Salomon selon la tradition biblique, elle demeura, après la destruction du Temple, le foyer de l'espérance et de la prière. Son souvenir est inscrit dans la liturgie quotidienne, dans les bénédictions, dans les rites de deuil et dans la conclusion du Seder de Pessah (« L'an prochain à Jérusalem »). Le verset « Si je t'oublie, Jérusalem… » du Psaume 137 exprime cet attachement indéfectible. Lieu de l'aspiration messianique et de la mémoire collective, Jérusalem est aussi devenue, à l'époque contemporaine, un enjeu politique et un point de tension majeur. Elle reste un carrefour où se croisent le sacré, l'histoire et le conflit.
Abrir →Afrique du Nord, Sahel · VIIIe–XVIe siècle
Du haut Moyen Âge à l'époque moderne, des marchands juifs originaires du Maghreb participèrent aux réseaux commerciaux reliant l'Afrique méditerranéenne aux régions sahariennes et subsahariennes. Ces circuits caravaniers transportaient l'or, le sel, les textiles, les esclaves et d'autres marchandises de grande valeur à travers le désert. Les documents de la Geniza du Caire, vaste réserve de manuscrits retrouvés dans une synagogue fustatienne, attestent l'étendue des affaires commerciales juives en Méditerranée et au-delà, et éclairent les pratiques de crédit, de partenariat et de correspondance marchande. Des familles établies dans des villes comme Sijilmassa, Fès ou Kairouan servaient de relais dans ces échanges. Ce commerce constitue un chapitre important de l'histoire économique des Juifs du monde islamique médiéval.
Abrir →Amérique latine · XIXe–XXe siècle
L'immigration juive en Amérique latine se développa par vagues successives à partir du XIXe siècle, mêlant Séfarades venus de l'Empire ottoman, ashkénazes d'Europe orientale et, plus tard, réfugiés fuyant le nazisme. L'Argentine devint le principal foyer, avec des projets de colonisation agricole soutenus par la Jewish Colonization Association du baron de Hirsch, et Buenos Aires comme centre d'une intense vie culturelle yiddish, marquée par la presse et le théâtre. Le pays abrita au XXe siècle l'une des plus importantes communautés juives du monde. D'autres communautés notables se constituèrent au Brésil, au Mexique et en Uruguay. Ces immigrants contribuèrent à la vie économique et culturelle de leurs pays d'accueil, tout en maintenant des institutions communautaires variées.
Abrir →Monde · XXe siècle
La décolonisation qui suivit la Seconde Guerre mondiale bouleversa profondément la situation des communautés juives établies dans les pays du Maghreb, du Proche-Orient et d'Asie. L'accession à l'indépendance de nouveaux États, souvent portée par des nationalismes arabes ou musulmans, fragilisa des minorités juives autrefois protégées par les puissances coloniales ou intégrées aux sociétés locales. Le conflit israélo-arabe, ravivé par les guerres de 1948, 1956 et 1967, exposa de surcroît ces Juifs à des soupçons de déloyauté, à des mesures discriminatoires, à des nationalisations et parfois à des violences. Au Maghreb, l'indépendance du Maroc, de la Tunisie et surtout de l'Algérie (dont les Juifs, citoyens français depuis le décret Crémieux, partirent massivement en 1962) provoqua un exode quasi total. Ces dynamiques entraînèrent des vagues d'émigration massives vers Israël, la France, le Canada et d'autres pays, redessinant en profondeur la géographie du monde juif et mettant fin à des présences souvent millénaires.
Abrir →Proche-Orient, Afrique du Nord · 1948–1970
La création de l'État d'Israël en 1948 et l'aggravation du conflit israélo-arabe précipitèrent la fin de communautés juives millénaires dans les pays arabes et musulmans. Entre 1948 et le début des années 1970, quelque 800 000 à 900 000 Juifs quittèrent l'Irak, l'Égypte, la Syrie, le Liban, le Yémen, la Libye, la Tunisie, l'Algérie et le Maroc, sous l'effet conjugué de violences (comme le Farhoud de Bagdad en 1941, antérieur), de lois discriminatoires, de nationalisations, d'expulsions et d'une montée des nationalismes excluant les minorités juives. Des opérations d'immigration massives, comme « Tapis volant » pour le Yémen et « Ezra et Néhémie » pour l'Irak, transférèrent en quelques années des communautés entières vers Israël, tandis qu'une partie des Juifs d'Afrique du Nord émigra vers la France. Cet exode, longtemps marginalisé dans les récits historiques, fit des Juifs originaires des pays arabo-musulmans (Mizrahim) une part majeure de la population israélienne et remodela durablement sa démographie et sa culture.
Abrir →Monde · XXe–XXIe siècle
Face à la disparition ou au déclin de communautés juives dans de nombreux pays — du fait des persécutions, de l'émigration massive et de l'abandon des lieux —, un mouvement de préservation des patrimoines judaïques en danger s'est développé au cours des dernières décennies. Synagogues désaffectées, cimetières menacés d'effacement, archives communautaires, manuscrits et objets rituels font l'objet d'efforts de recensement, de documentation, de restauration et de numérisation. Des institutions et des organisations spécialisées œuvrent à cartographier et à conserver ces traces matérielles : ainsi le projet Diarna constitue une archive numérique géolocalisée des sites juifs du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord, tandis que diverses associations se consacrent à la sauvegarde des sites du patrimoine judaïque à travers le monde. Ces initiatives, souvent portées par des descendants d'émigrés et par des chercheurs, s'appuient de plus en plus sur les technologies de numérisation et de relevé 3D. Elles luttent contre l'effacement de la mémoire matérielle d'une présence juive parfois millénaire dans des régions aujourd'hui dépourvues de communauté vivante.
Abrir →Moyen-Orient, Afrique du Nord · VIIe–XVe siècle
À l'époque médiévale, les Juifs vivant sous domination islamique avaient le statut de dhimmis, protégés mais soumis à des restrictions et à un impôt spécifique (la jizya). Ce cadre, variable selon les lieux et les époques, leur permit généralement de pratiquer leur religion, d'administrer leurs affaires communautaires et de participer à la vie économique. Dans les grands centres de la civilisation arabo-islamique, comme Bagdad, Le Caire ou Cordoue, des Juifs contribuèrent à l'essor intellectuel comme médecins, grammairiens, philosophes et traducteurs. La symbiose judéo-arabe favorisa l'usage de l'arabe par les penseurs juifs, dont Maïmonide, et le développement de la grammaire hébraïque et de la philosophie. Cette relation connut aussi des périodes de tension et de persécution, mais demeure un chapitre fécond de l'histoire intellectuelle juive.
Abrir →Monografías de las comunidades judías por el mundo, de Babilonia y Roma a Cochín y Shanghái.
Autriche, Vienne · XIXe–XXe siècle
La communauté juive de Vienne connut, entre la fin du XIXe siècle et 1938, un âge d'or culturel exceptionnel, à la mesure de l'émancipation accordée dans l'Empire austro-hongrois et de l'attractivité de sa capitale. Des Juifs viennois ou installés à Vienne jouèrent un rôle décisif dans presque tous les domaines de la création : Sigmund Freud fonda la psychanalyse, Arthur Schnitzler et Stefan Zweig marquèrent la littérature, Gustav Mahler et Arnold Schoenberg la musique, Ludwig Wittgenstein la philosophie, et Theodor Herzl, correspondant viennois confronté à l'affaire Dreyfus, conçut le sionisme politique. Cette efflorescence se déploya cependant dans une ville où l'antisémitisme était puissamment organisé, illustré par le maire Karl Lueger, dont la rhétorique influença le jeune Hitler. L'« Anschluss » de 1938, rattachant l'Autriche au Reich nazi, s'accompagna d'une explosion de violences antijuives, de spoliations et de l'exil ou de la déportation de la communauté, mettant brutalement fin à cette histoire brillante et ambivalente.
Abrir →Europe orientale · XVIe–XXe siècle
Le shtetl était la petite ville-marché à forte population juive caractéristique de l'Europe orientale, principalement dans les territoires de l'ancienne République des Deux Nations (Pologne, Lituanie, Ukraine, Biélorussie) et la Zone de résidence de l'Empire russe. Du XVIe au début du XXe siècle, il constitua le cadre de vie de la grande majorité des Juifs ashkénazes, organisé autour de la place du marché, de la synagogue, de la maison d'étude (beit midrash) et des institutions communautaires. La vie y était rythmée par le calendrier religieux, le commerce et l'artisanat, dans une étroite interdépendance économique avec la paysannerie chrétienne environnante. La modernisation, l'urbanisation, l'émigration et la pauvreté croissante érodèrent le shtetl à la fin du XIXe siècle, avant que la Shoah n'anéantisse définitivement ce monde. Immortalisé par la littérature yiddish, la peinture de Chagall et la photographie, il a nourri une mythologie nostalgique qui coexiste avec un travail historiographique attentif à sa réalité sociale complexe.
Abrir →Afrique subsaharienne
Au-delà des Beta Israël d'Éthiopie, communauté la mieux documentée, plusieurs groupes d'Afrique subsaharienne se réclament d'une ascendance ou d'une affiliation juive. Les Lemba du Zimbabwe, d'Afrique du Sud et du Mozambique conservent des traditions orales d'origine moyen-orientale et observent des pratiques rappelant des interdits alimentaires et rituels juifs, tandis que des études génétiques ont mis en évidence chez certains de leurs clans des marqueurs du chromosome Y associés à des populations juives. D'autres communautés, comme les Abayudaya d'Ouganda, adoptèrent le judaïsme au XXe siècle par conversion volontaire, et des groupes au Nigéria (parmi les Igbo), au Ghana ou au Cameroun revendiquent diversement des liens avec l'identité juive. Ces phénomènes soulèvent des questions méthodologiques complexes sur les critères d'appartenance, la distinction entre filiation historique et adhésion contemporaine, et les voies de diffusion du judaïsme. Ils font l'objet de recherches anthropologiques, historiques et génétiques qui enrichissent la compréhension de la diversité de la diaspora juive mondiale.
Abrir →Allemagne · 1918–1933
La République de Weimar (1918-1933) fut le théâtre d'une floraison intellectuelle et artistique juive sans précédent en Allemagne, à la mesure de l'émancipation et de l'intégration accomplies au cours du long XIXe siècle. Dans la philosophie et la critique, des figures comme Walter Benjamin, Ernst Bloch, Theodor Adorno ou Franz Rosenzweig renouvelèrent profondément la pensée ; dans les arts et les lettres, Kurt Weill, Arnold Schoenberg, Alfred Döblin ou les éditeurs et journalistes de la grande presse berlinoise jouèrent un rôle de premier plan. Sigmund Freud, à Vienne, et Albert Einstein, à Berlin, incarnaient le rayonnement de la science. Cette effervescence se déployait toutefois sur fond d'antisémitisme persistant et croissant, qui faisait des Juifs des boucs émissaires de la crise et de la modernité honnie. La prise de pouvoir par les nazis en 1933 brisa net cette « renaissance » : exclus, persécutés puis menacés de mort, la plupart de ces intellectuels prirent le chemin de l'exil, transplantant ailleurs une part de la culture allemande.
Abrir →Inde · XVIIIe–XXe siècle
Marchands venus d'Irak et de Syrie, les Juifs Baghdadi s'établirent à Bombay, Calcutta et Rangoon sous l'Empire britannique. La famille Sassoon, surnommée les « Rothschild de l'Orient », bâtit un empire commercial du coton et de l'opium reliant l'Inde à la Chine. Anglophiles et philanthropes, ils érigèrent synagogues, écoles et hôpitaux avant de se disperser après 1947.
Abrir →Maghreb
Les communautés juives du Maghreb — au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Libye — comptent parmi les plus anciennes d'Afrique, avec des racines remontant à l'Antiquité, antérieures à l'arrivée de l'islam. Elles furent enrichies par l'afflux des exilés d'Espagne après 1492, qui se mêlèrent aux populations autochtones (toshavim), donnant naissance à des traditions liturgiques et culturelles plurielles. La vie juive maghrébine se caractérise par une langue judéo-arabe distincte, des coutumes propres et une piété marquée par la vénération de saints. À l'époque coloniale, l'influence de l'Alliance israélite universelle et, en Algérie, le décret Crémieux de 1870 accordant la citoyenneté française, modifièrent les trajectoires de ces communautés. Au XXe siècle, la quasi-totalité d'entre elles émigra, principalement vers Israël et la France.
Abrir →Syrie · Moyen Âge–XXe siècle
Alep (Aram Soba) abrita l'une des plus anciennes communautés du monde, fusion de Juifs autochtones musta'arabes, de Séfarades et de Francos italiens. Elle conserva pendant des siècles le célèbre Codex d'Alep (Keter Aram Soba), manuscrit massorétique de référence. Ses traditions liturgiques et culinaires distinctes survivent dans la diaspora d'Amérique et d'Israël.
Abrir →Alsace, Rhénanie · Moyen Âge–XIXe siècle
Les communautés juives d'Alsace et de Rhénanie comptent parmi les plus anciennes d'Europe du Nord. La vallée du Rhin abrita au Moyen Âge des centres d'étude majeurs, notamment dans les villes de Spire, Worms et Mayence, foyers de l'érudition ashkénaze, tandis que Rachi enseignait à Troyes, en Champagne voisine. Ces communautés furent durement frappées par les violences des Croisades, en particulier en 1096, qui marquèrent durablement la mémoire collective. En Alsace, les Juifs vécurent jusqu'à la Révolution française dans un régime de restrictions, dispersés dans les bourgs ruraux et soumis à des taxes spécifiques. L'émancipation accordée par la Révolution transforma leur statut et accéléra leur intégration. Cette histoire mêle traditions savantes, persécutions et adaptation à un environnement rural et urbain spécifique.
Abrir →Provinces-Unies · XVIe–XVIIIe siècle
Refuge des marranes portugais revenus au judaïsme dès 1600, Amsterdam vit naître une communauté séfarade prospère, la « Nação », couronnée par la synagogue portugaise de 1675. Tolérante et marchande, elle devint un grand centre d'imprimerie hébraïque, tout en excommuniant Spinoza. Une communauté ashkénaze nombreuse s'y développa parallèlement.
Abrir →Irak · XIXe–XXe siècle
La communauté juive d'Irak est l'héritière directe de la diaspora babylonienne, l'une des plus anciennes et des plus prestigieuses du monde juif, qui abrita jadis les grandes académies talmudiques. À l'époque moderne, les Juifs de Bagdad, de Bassora et de Mossoul formaient une part importante de la population urbaine et jouaient un rôle de premier plan dans le commerce, la banque, l'administration et les professions libérales, participant pleinement à la culture arabe locale. Le début du XXe siècle vit cette communauté prospère et largement arabophone fournir des fonctionnaires, des écrivains et des musiciens de renom. La situation se dégrada avec la montée du nationalisme arabe et l'influence des idéologies hostiles : le pogrom du Farhoud, à Bagdad en juin 1941, fit des centaines de victimes juives et marqua une rupture profonde. Après la création d'Israël en 1948, lois discriminatoires, persécutions et pressions provoquèrent, lors de l'opération « Ezra et Néhémie » (1950-1951), l'émigration quasi totale de cette communauté millénaire vers Israël.
Abrir →Empire ottoman · XVe–XXe siècle
Après l'accueil des expulsés d'Espagne par Bayezid II en 1492, Constantinople devint l'une des plus grandes concentrations juives du monde, mêlant Romaniotes, Séfarades et Ashkénazes. Organisée en multiples congrégations (kahalim) selon les origines, la communauté rayonna par son imprimerie et son grand rabbinat (Haham Bashi). Les quartiers de Balat et Hasköy en demeurent les témoins.
Abrir →Italie · Antiquité–XXe siècle
La communauté juive de Rome est l'une des plus anciennes d'Europe occidentale, sa présence remontant à l'Antiquité, plusieurs siècles avant l'ère commune. À travers deux millénaires, les Juifs d'Italie connurent des phases de relative tolérance et des périodes de restrictions sévères, comme l'instauration du ghetto de Rome en 1555 par le pape Paul IV, qui dura jusqu'au XIXe siècle. Pendant la Renaissance, des Juifs participèrent à la vie intellectuelle, médicale et artistique de plusieurs cités italiennes. Les communautés italiennes développèrent un rite liturgique propre (le minhag italien ou bené romi), distinct des rites ashkénaze et séfarade. Cette histoire longue, faite de persécutions, d'adaptations et de créativité culturelle, fut endeuillée par les déportations de la Seconde Guerre mondiale.
Abrir →Empire ottoman · XVIe–XXe siècle
Izmir devint au XVIIe siècle un grand centre séfarade et le berceau de Shabbetaï Tsevi. Port cosmopolite tourné vers le commerce du Levant, elle accueillit imprimeurs, poètes et rabbins de renom. Sa culture judéo-espagnole, ses chants et sa gastronomie en firent un foyer majeur du séfaradisme ottoman jusqu'au XXe siècle.
Abrir →Empire russe · XIXe–XXe siècle
Ville-port récente et cosmopolite de la mer Noire, Odessa devint au XIXe siècle un foyer de modernité juive, de la Haskala au sionisme (Pinsker, Ahad Ha'Am, Bialik y vécurent). Réputée pour sa vie commerciale, sa culture séculière et son humour, elle inspira les récits d'Isaac Babel. Elle subit aussi de violents pogroms entre 1871 et 1905.
Abrir →Égypte · IVe siècle av. J.-C. – Ier siècle
Sous les Ptolémées, l'Égypte hellénistique abrita l'une des plus importantes communautés juives de l'Antiquité, concentrée notamment à Alexandrie. C'est dans ce milieu que fut réalisée la Septante, traduction grecque de la Bible hébraïque, qui permit la diffusion des textes juifs dans le monde de langue grecque. Philon d'Alexandrie, au Ier siècle, y élabora une œuvre majeure mêlant exégèse biblique et philosophie grecque, cherchant à articuler la tradition juive et la pensée platonicienne. Cette diaspora hellénisée participait à la vie urbaine et économique tout en maintenant ses institutions religieuses. Elle connut aussi des tensions et des violences, comme les heurts d'Alexandrie au Ier siècle, illustrant les difficultés de la coexistence entre identités grecque, romaine et juive.
Abrir →Mésopotamie · IIIe–Ve siècle
Le Talmud de Babylone (Talmud Bavli) est le grand recueil de discussions rabbiniques élaboré dans les académies de Babylonie, en particulier à Soura et Poumbedita, durant les premiers siècles de l'ère commune. Composé de la Mishna et de sa glose, la Guemara, il rassemble des débats juridiques (halakha), des récits, des enseignements éthiques et des éléments narratifs (aggada). Plus développé et finalement plus étudié que le Talmud de Jérusalem, il devint le texte central de la tradition rabbinique et la base de l'étude juive traditionnelle. Ses discussions reflètent plusieurs générations de maîtres, les Amoraïm, et le travail ultérieur de rédaction et de mise en forme. Son autorité et sa diffusion firent du Talmud de Babylone le fondement de la pratique et de la pensée juives pour les siècles suivants.
Abrir →Mésopotamie (Irak) · IVe–XIe siècle
Après la destruction du Second Temple, la Babylonie devint pour près d'un millénaire le grand centre intellectuel et spirituel du monde juif. Ses académies (yeshivot), en particulier celles de Soura et de Poumbedita, élaborèrent le Talmud de Babylone puis devinrent, sous la direction des guéonim, les autorités halakhiques de référence pour l'ensemble de la diaspora. Les guéonim, qui dirigèrent ces institutions du VIe au XIe siècle environ, diffusaient par leurs responsa des décisions juridiques sollicitées depuis l'Afrique du Nord, l'Espagne et l'Europe. Des figures comme Saadia Gaon contribuèrent en outre à la philosophie, à l'exégèse et à la grammaire hébraïque. L'autorité gaonique, longtemps soutenue par l'exilarque représentant les Juifs auprès du pouvoir, déclina à mesure que de nouveaux centres d'études émergeaient en Méditerranée occidentale.
Abrir →Irak · XIXe–XXe siècle
À Bagdad, première ville d'Irak par sa population juive, la communauté participa pleinement à la renaissance culturelle arabe (nahda), produisant journalistes, musiciens et écrivains. Les Juifs y formaient une part importante de la bourgeoisie marchande et administrative jusqu'aux années 1940. Le pogrom du Farhoud (1941) puis l'exode massif vers Israël mirent fin à ce monde millénaire.
Abrir →Birmanie · XIXe–XXe siècle
Sous la domination britannique, des Juifs Baghdadi et de Cochin s'installèrent à Rangoun et Mandalay, où ils bâtirent la synagogue Musmeah Yeshua en 1896. Négociants en teck, riz et textiles, ils formèrent une petite communauté prospère. L'invasion japonaise de 1942 provoqua leur fuite, et la communauté ne se reconstitua jamais pleinement.
Abrir →Balkans · XVe–XXe siècle
Les communautés juives des Balkans occidentaux — Sarajevo, Mostar, Belgrade, Skopje, Bitola, Sofia — se constituèrent en grande partie après l'expulsion d'Espagne de 1492, lorsque l'Empire ottoman accueillit les exilés séfarades. Le judéo-espagnol (ladino) y demeura la langue vernaculaire et culturelle jusqu'au XXe siècle, support d'une vie liturgique, littéraire et folklorique propre. Sarajevo, en particulier, conserva l'un des trésors du patrimoine juif, la célèbre Haggadah enluminée du XIVe siècle. La Seconde Guerre mondiale fut catastrophique : la majorité des Juifs de Bosnie, de Serbie, de Macédoine et de Grèce du Nord furent déportés et assassinés, anéantissant des communautés vieilles de plusieurs siècles. Une exception notable fut la Bulgarie, dont une part importante des Juifs échappa à la déportation grâce à des mobilisations internes. Aujourd'hui réduites mais actives, ces communautés mènent un travail de mémoire et de revitalisation culturelle.
Abrir →Asie centrale · Moyen Âge–XXe siècle
Établis à Boukhara, Samarcande et le long de la route de la soie, les Juifs boukhariotes parlaient le judéo-tadjik (bukhori) et développèrent une culture distincte de teinturiers et de marchands. Longtemps isolés, ils connurent un renouveau religieux au XIXe siècle grâce à l'envoyé Yossef Maman venu de Safed. La majorité émigra vers Israël et New York après 1970.
Abrir →Hongrie · XIXe–XXe siècle
Au tournant du XXe siècle, Budapest devint une métropole juive florissante, surnommée par certains « Judapest », mêlant néologues, orthodoxes et statu-quo-ante. Industriels, médecins, artistes et savants juifs contribuèrent fortement à l'essor de la Hongrie moderne. La grande synagogue de la rue Dohány demeure la plus vaste d'Europe.
Abrir →Chine, Extrême-Orient
La communauté juive de Kaifeng, en Chine, est la plus ancienne présence juive attestée sur le continent, remontant probablement à la période médiévale et liée aux routes commerciales reliant la Chine au monde musulman. Implantée durablement, elle disposa d'une synagogue et de rouleaux de la Torah, mais s'assimila progressivement au fil des siècles. Aux XIXe et XXe siècles, de nouvelles communautés se formèrent dans les ports et villes ouvertes au commerce international, notamment à Shanghai, Harbin et Hong Kong, alimentées par des marchands baghdadis, des réfugiés russes et, plus tard, des réfugiés fuyant le nazisme. Shanghai accueillit ainsi des milliers de Juifs européens dans les années 1930 et 1940. Ces expériences variées illustrent la capacité d'adaptation du judaïsme à des environnements culturels très différents de ses foyers traditionnels.
Abrir →Inde · Moyen Âge–XXe siècle
Sur la côte de Malabar, les Juifs de Cochin formaient une communauté ancienne, distincte des Bene Israël, organisée autour de la synagogue Paradesi de 1568. Marchands d'épices, ils bénéficièrent de privilèges gravés sur plaques de cuivre par les souverains locaux. La quasi-totalité émigra en Israël après 1948, fondant notamment des moshavim.
Abrir →Syrie · XVIe–XIXe siècle
La communauté de Damas, ancienne et profondément arabophone, vécut au cœur de la ville aux quartiers juifs distincts. Réputée pour ses rabbins, ses orfèvres et ses tisserands, elle subit en 1840 l'affaire de Damas, accusation de meurtre rituel qui eut un retentissement international. Le déclin s'accéléra aux XXe siècle avec l'émigration.
Abrir →Tunisie · Antiquité–époque contemporaine
Sur l'île de Djerba subsiste l'une des plus anciennes et plus traditionnelles communautés du monde, centrée sur les villages de Hara Sghira et Hara Kbira. La synagogue de la Ghriba demeure un lieu de pèlerinage majeur lors de Lag Ba'Omer. Les rabbins djerbiens entretinrent une production halakhique et liturgique remarquablement conservatrice.
Abrir →Maroc · Moyen Âge–XXe siècle
Capitale spirituelle du judaïsme marocain, Fès accueillit dès 1438 le premier mellah, quartier juif officiel du royaume. Centre d'étude majeur, elle vit passer Maïmonide et produisit les Taqqanot des expulsés d'Espagne (megorashim). Ses dynasties rabbiniques (Serero, Ibn Danan) firent rayonner son autorité halakhique sur tout le Maghreb.
Abrir →Galicie · XVIIIe–XXe siècle
Annexée par l'Autriche en 1772, la Galicie comptait l'une des plus fortes densités juives d'Europe, partagée entre hassidisme (Belz, Sadigora), maskilim et orthodoxie. Lemberg (Lviv) et Brody en furent les grands centres économiques et intellectuels. La pauvreté massive y nourrit une émigration importante vers Vienne et l'Amérique.
Abrir →Caucase · Antiquité–XXe siècle
Distincts des Juifs des Montagnes, les Juifs géorgiens (Ebraeli) vivent dans le Caucase depuis l'Antiquité et parlent le judéo-géorgien (kivruli). Communauté de marchands et d'artisans intégrée à la société géorgienne, elle conserva une forte religiosité traditionnelle. Une grande partie émigra vers Israël à partir des années 1970.
Abrir →Grèce, Balkans · XVe–XXe siècle
Thessalonique, ou Salonique, fut durant plusieurs siècles l'un des grands centres du judaïsme méditerranéen, au point d'être surnommée « la mère d'Israël ». Après l'expulsion d'Espagne de 1492, la ville accueillit de nombreux Séfarades qui y formèrent une communauté nombreuse, longtemps majoritaire ou très importante dans la population urbaine, et largement de langue judéo-espagnole. Salonique rayonna par son commerce, son artisanat — notamment le textile — et son activité intellectuelle et rabbinique. Le passage de la ville sous souveraineté grecque en 1912, puis un grand incendie en 1917, fragilisèrent la communauté. La déportation de 1943 vers les camps d'extermination nazis anéantit la quasi-totalité des Juifs de Thessalonique, mettant fin à des siècles de présence.
Abrir →Allemagne · XVIIe–XXe siècle
À Hambourg, Altona et Wandsbek (les communautés « AHW »), Séfarades portugais et Ashkénazes prospérèrent dans le commerce maritime atlantique. La ville devint au XIXe siècle un berceau du judaïsme réformé avec le Temple de Hambourg (1818), source de vives controverses. Grand port d'émigration, elle vit transiter des millions de Juifs d'Europe de l'Est vers l'Amérique.
Abrir →Chine · Dynastie Song–XIXe siècle
Probablement arrivés par la route de la soie sous la dynastie Song, les Juifs de Kaifeng édifièrent une synagogue en 1163 et formèrent une communauté lettrée intégrée à la société chinoise. Désignés par leurs voisins comme « la secte qui retire les tendons », ils conservèrent des rouleaux de Torah et des stèles commémoratives. Assimilation et isolement entraînèrent leur déclin dès le XIXe siècle.
Abrir →Empire romain · Ier–Ve siècle
Après la destruction du Second Temple en 70 et l'échec de la révolte de Bar Kokhba en 135, les Juifs de l'Empire romain durent reconstruire leur vie religieuse en l'absence du culte sacrificiel centralisé. La synagogue, l'étude et la prière prirent une place accrue, et de nouvelles institutions émergèrent, comme le patriarcat (nassi) reconnu par Rome, ainsi que les académies rabbiniques de Galilée. C'est durant cette période que furent élaborés la Mishna et le Talmud de Jérusalem, jetant les bases du judaïsme rabbinique. Les communautés de la diaspora romaine, présentes de l'Italie à l'Asie Mineure, maintinrent des liens avec la Palestine tout en s'insérant dans le monde gréco-romain. La christianisation progressive de l'Empire modifia ensuite profondément le statut des Juifs dans l'Antiquité tardive.
Abrir →Maroc · Moyen Âge–XXe siècle
Dans les vallées du Haut et de l'Anti-Atlas, des villages juifs (mellahs ruraux) vécurent en symbiose avec les tribus berbères, exerçant l'orfèvrerie, la cordonnerie et le négoce. Régions du Tafilalet, du Dra'a, du Sous et de Ouarzazate abritèrent des dynasties rabbiniques et des tombeaux de saints vénérés. L'exode des années 1950–1960 vida ces communautés montagnardes.
Abrir →Perse · VIe–IVe siècle av. J.-C.
Sous l'Empire perse achéménide, les Juifs exilés à Babylone connurent un tournant majeur de leur histoire. Selon la tradition biblique et l'édit attribué à Cyrus le Grand, les exilés furent autorisés à retourner en Judée et à reconstruire le Temple de Jérusalem, achevé sous le règne de Darius. Les livres d'Esdras et de Néhémie relatent cette restauration de la vie religieuse et de la communauté de Judée, marquée par la reconstruction des murailles et la promulgation de la Loi. Le livre d'Esther situe quant à lui son récit à la cour perse et fonde la fête de Pourim. Une importante communauté juive demeura en outre dans l'orbite babylonienne et perse, jetant les bases de la grande diaspora orientale qui allait jouer un rôle déterminant dans les siècles suivants.
Abrir →Mer Rouge — Érythrée, Yémen, Aden, Soudan · fin XIXe – XXe siècle
Le long des rives de la mer Rouge — du Yémen et d'Aden à l'Érythrée, en passant par les ports du Soudan et de l'Égypte — des communautés juives ont vécu et prospéré aux marges du monde juif traditionnel. La plus emblématique fut celle d'Asmara, en Érythrée, née à la fin du XIXe siècle de l'arrivée de Juifs yéménites et adénites attirés par l'essor colonial italien. Mêlant liturgie hébraïque, traditions judéo-arabes et culture italienne, elle compta jusqu'à quatre à cinq cents âmes avant de s'éteindre au XXe siècle. Cette thématique rassemble ces avant-postes oubliés de la diaspora, où la mémoire juive s'est inscrite jusque dans les recoins les plus inattendus du globe.
Abrir →Libye · Antiquité–XXe siècle
Présents en Tripolitaine et en Cyrénaïque depuis l'époque romaine, les Juifs de Libye étaient concentrés à Tripoli et Benghazi. Sous la colonisation italienne puis l'occupation allemande, ils subirent les lois raciales et la déportation au camp de Giado. Les pogroms de 1945 et 1948 précipitèrent l'émigration quasi totale vers Israël.
Abrir →Italie · XVIe–XIXe siècle
Grâce aux privilèges des Livornine accordés par les Médicis en 1591–1593, Livourne attira de nombreux marranes ibériques revenus au judaïsme, sans jamais imposer de ghetto. Port franc et plaque tournante du commerce méditerranéen, elle devint un grand centre d'imprimerie hébraïque et le foyer des Grana essaimant vers le Maghreb. Sa Nazione Ebrea jouit d'une autonomie remarquable.
Abrir →Iran · Moyen Âge–époque moderne
Présents en Perse depuis l'Antiquité, les Juifs vécurent dans des quartiers (mahalleh) à Ispahan, Shiraz, Hamadan et Yazd, parlant des dialectes judéo-persans. Sous les Safavides chiites, ils subirent des conversions forcées et le statut humiliant de najes (impur). La poésie judéo-persane de Shahin et d'Imrani témoigne d'une riche culture littéraire.
Abrir →Pologne · XIIe–XXe siècle
Du Moyen Âge au XXe siècle, la Pologne fut le principal foyer de la vie juive ashkénaze. Attirés par des chartes de protection accordées par les souverains, les Juifs y développèrent une vie communautaire dense, dotée d'institutions d'auto-gouvernement comme le Conseil des Quatre Terres. Le pays devint un grand centre d'étude talmudique, avec de nombreuses yeshivot, et fut, au XVIIIe siècle, le berceau du hassidisme dans ses provinces méridionales. Les massacres de Khmelnytsky au milieu du XVIIe siècle et les partages de la Pologne au XVIIIe bouleversèrent profondément ces communautés. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la Pologne comptait la plus importante population juive d'Europe, plus de trois millions de personnes, dont la quasi-totalité fut anéantie pendant la Shoah.
Abrir →Bohême · Moyen Âge–XXe siècle
Prague abrita l'une des communautés ashkénazes les plus prestigieuses, autour de la Vieille-Nouvelle Synagogue et de l'ancien cimetière juif. Foyer de l'imprimerie hébraïque dès le XVIe siècle, elle vit briller le Maharal, lié à la légende du Golem. La Josefov fut au cœur de la culture juive d'expression allemande, de Kafka à Brod.
Abrir →Chine · XXe siècle
Shanghai abrita successivement des Juifs Baghdadi (Sassoon, Kadoorie), des réfugiés russes après 1917, puis des dizaines de milliers de réfugiés fuyant le nazisme dans les années 1930. Pendant l'occupation japonaise, ces derniers furent confinés dans le « ghetto » de Hongkou. Après 1949, presque tous quittèrent la ville, mettant fin à cette histoire singulière.
Abrir →Tunisie · Moyen Âge–XXe siècle
La communauté de Tunis se distinguait par la coexistence de deux groupes : les Twansa autochtones et les Grana, descendants de marchands livournais venus d'Italie. Concentrée dans le quartier de la Hara, elle produisit rabbins, imprimeurs et musiciens du malouf. Le protectorat français, puis l'indépendance en 1956, accéléra son émigration vers la France et Israël.
Abrir →Italie · XVIe–XVIIIe siècle
En 1516, la République de Venise confina ses Juifs dans le Ghetto Nuovo, donnant son nom à toutes les enceintes juives futures. S'y côtoyaient les nations Tedesca, Levantina et Ponentina, chacune avec sa synagogue (scuola). Centre d'imprimerie hébraïque de premier plan (Bomberg, Bragadin), Venise vit aussi rayonner le savoir de Leon de Modène et de Sara Copia Sullam.
Abrir →Lituanie · XVIe–XXe siècle
Surnommée la « Jérusalem de Lituanie », Vilna fut le cœur du monde lituanien (litvak) et le foyer du Gaon de Vilna, opposant majeur au hassidisme. Centre d'étude talmudique, d'imprimerie (la maison Romm) et de culture yiddish laïque, elle vit naître le Bund. Sa communauté florissante fut anéantie par la Shoah.
Abrir →Égypte · XIXe–XXe siècle
Au Caire et à Alexandrie, une communauté cosmopolite mêlant rabbanites, caraïtes et Juifs européens prospéra sous la khédiviat puis le protectorat britannique. Banquiers, négociants et lettrés (familles Cattaoui, Mosseri, Suarès) animèrent la vie économique et culturelle. Après 1948 et la crise de Suez de 1956, la quasi-totalité de cette communauté fut contrainte à l'exil.
Abrir →Caucase
Les Juifs des montagnes (en russe Gorskie Evrei), aussi appelés Juifs du Caucase oriental, sont une communauté établie principalement en Azerbaïdjan et au Daghestan, dont les origines remonteraient à des migrations depuis la Perse au cours des premiers siècles de notre ère. Leur langue, le judéo-tat (juhuri), est un parler iranien apparenté au persan, écrit traditionnellement en caractères hébraïques. Longtemps relativement isolés des grands foyers du judaïsme rabbinique, ils maintinrent des traditions religieuses, des coutumes vestimentaires et une organisation sociale fortement marquées par leur environnement caucasien et montagnard. Sous domination russe puis soviétique, ils connurent à la fois la modernisation et les restrictions imposées à la vie religieuse. Le XXe siècle, et surtout la fin de l'Union soviétique, virent un contact croissant avec le judaïsme mondial et une émigration importante vers Israël, les États-Unis et d'autres pays, où ils s'efforcent de préserver leur héritage linguistique et culturel distinctif.
Abrir →Provence · Moyen Âge–XVIIIe siècle
Après l'expulsion de France de 1394, seuls les Juifs des États pontificaux du Comtat Venaissin et d'Avignon purent rester sur le sol français. Confinés dans quatre carrières (Avignon, Carpentras, Cavaillon, L'Isle-sur-la-Sorgue), ils développèrent un rite et une langue propres, le shuadit (judéo-provençal). Leurs synagogues baroques témoignent de cette histoire singulière.
Abrir →Kurdistan · Antiquité–XXe siècle
Dispersés dans les montagnes d'Irak, d'Iran et de Turquie, les Juifs du Kurdistan parlaient des dialectes néo-araméens (lishana deni, lishanid noshan), héritiers directs de la langue talmudique. Communautés rurales d'agriculteurs, de muletiers et de colporteurs, elles vénéraient des saints locaux et célébraient la fête de la Seharané. Presque toutes émigrèrent en Israël dans les années 1950.
Abrir →Algérie · Moyen Âge–XXe siècle
À Ghardaïa, dans la vallée saharienne du Mzab, vivait une petite communauté juive isolée, restée à l'écart de l'émancipation des Juifs algériens (décret Crémieux ne s'y appliquant qu'en 1961). Orfèvres et commerçants, ils conservèrent des coutumes berbères et un mode de vie traditionnel. Ils quittèrent l'Algérie en 1962, principalement pour la France.
Abrir →Angleterre · XIe–XIXe siècle
Présents en Angleterre depuis la conquête normande de 1066, les Juifs y jouèrent un rôle économique important comme prêteurs au service de la Couronne, mais furent soumis à une fiscalité écrasante, à des violences (notamment le massacre de York en 1190) et à l'accusation de meurtre rituel apparue à Norwich. En 1290, le roi Édouard Ier décréta leur expulsion, faisant de l'Angleterre le premier royaume d'Europe occidentale à bannir durablement sa population juive. Pendant près de quatre siècles, la présence juive ne survécut que de façon clandestine ou marginale. La réadmission s'opéra de fait sous Oliver Cromwell, à la suite des démarches du rabbin amstellodamois Menasseh ben Israël en 1655-1656 : sans décret formel, la pratique du judaïsme fut tolérée et une communauté séfarade s'établit à Londres. Aux Séfarades succédèrent des immigrants ashkénazes, et l'émancipation politique progressa jusqu'à l'accès des Juifs au Parlement au XIXe siècle, accompagnant l'essor d'une communauté influente dans l'Empire britannique.
Abrir →France · Xe–XVe siècle
Les Juifs de France médiévale, désignés dans la tradition par le terme Tsarfat (nom hébreu de la France), formèrent du Xe au XIVe siècle un foyer intellectuel de premier plan, en particulier dans le nord et l'est du royaume. La figure dominante en fut Rachi de Troyes (1040-1105), dont les commentaires limpides du Talmud et de la Bible devinrent indispensables, et dont les disciples et descendants, les Tossafistes, développèrent une méthode dialectique d'analyse talmudique d'une grande finesse. Les communautés connurent une prospérité économique liée notamment au commerce et au crédit, mais furent de plus en plus exposées aux persécutions : massacres lors des croisades, accusations de profanation et de meurtre rituel, condamnation et brûlement public du Talmud à Paris en 1242. Le pouvoir royal alterna protection fiscale et spoliation, jusqu'aux expulsions de 1306 par Philippe le Bel, puis aux rappels et bannissements successifs culminant dans l'expulsion définitive de 1394. L'héritage exégétique de l'école française demeure l'un des piliers de la pensée rabbinique médiévale.
Abrir →Inde
La présence juive en Inde se compose principalement de trois communautés distinctes, aux origines et aux traditions propres. Les Bene Israël, établis de longue date dans la région de Bombay et le Konkan, conservèrent certaines pratiques juives tout en s'intégrant à la société locale. Les Juifs de Cochin, dans le Kerala, formaient une communauté ancienne attestée par des privilèges gravés sur plaques de cuivre, organisée autour de synagogues comme celle de Paradesi. Les Baghdadis, marchands venus d'Irak et du Moyen-Orient au XIXe siècle, s'installèrent dans les grandes villes coloniales comme Bombay et Calcutta, où des familles telles que les Sassoon prospérèrent. Chacune développa une vie liturgique, culinaire et culturelle originale, mêlant traditions juives et contexte indien, avant que l'émigration vers Israël ne réduise fortement leurs effectifs au XXe siècle.
Abrir →Maroc
La communauté juive du Maroc fut, au XXe siècle, l'une des plus importantes du monde arabe et musulman. Son histoire combine des couches anciennes, dont des éléments d'origine berbère parfois antérieurs à l'islam, l'apport des Séfarades arrivés après 1492 (les megorashim) et des familles marchandes liées aux réseaux méditerranéens. Cette diversité donna naissance à une culture syncrétique, mêlant arabe, berbère, hébreu et judéo-espagnol selon les régions. La vénération de saints (tsaddikim), parfois partagée avec les voisins musulmans lors de pèlerinages, est un trait marquant de la piété populaire judéo-marocaine. À partir du milieu du XXe siècle, l'immense majorité de cette communauté émigra, principalement vers Israël et la France, laissant un riche patrimoine religieux, musical et culturel.
Abrir →Grèce · Antiquité–XXe siècle
Les Romaniotes, plus ancien groupe juif d'Europe, descendent des Juifs de l'Empire byzantin et parlaient le yévanique (judéo-grec). Distincts des Séfarades, ils conservèrent à Ioannina et Chalcis une liturgie (minhag Romania) et des coutumes propres. La déportation de 1943–1944 anéantit la quasi-totalité de ces communautés millénaires.
Abrir →Méditerranée, Empire ottoman, Maroc · XVIe–XIXe siècle
L'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492, suivie de celle du Portugal en 1497, dispersa les Séfarades vers le Maghreb, l'Empire ottoman, l'Italie et, plus tard, les Pays-Bas. Dans ces terres d'accueil, ils reconstituèrent des communautés vivantes, parfois en tension avec les communautés juives autochtones préexistantes. Ils emportèrent avec eux leur langue, le judéo-espagnol, leurs coutumes et un héritage intellectuel considérable, qui influença la vie religieuse et culturelle locale. Des centres comme Salonique, Istanbul, Fès, Amsterdam et Livourne devinrent des foyers séfarades majeurs, actifs dans le commerce, l'imprimerie et l'étude. La diaspora séfarade post-1492 forma ainsi un réseau méditerranéen et atlantique dont l'empreinte se prolongea jusqu'à l'époque contemporaine.
Abrir →Yémen, Israël · XIXe–XXe siècle
Les Juifs du Yémen forment l'une des plus anciennes communautés du monde juif, dont la présence est attestée depuis l'Antiquité et qui conserva, dans un relatif isolement, des traditions liturgiques, des coutumes et une prononciation de l'hébreu jugées particulièrement archaïques et précieuses. Soumis sous l'imamat zaydite à un statut de dhimmi assorti de restrictions sévères, ils maintinrent une vie religieuse intense, dont témoigne la figure du poète Shalom Shabazi au XVIIe siècle. La quasi-totalité de la communauté émigra en Israël peu après la création de l'État, lors de l'opération « Tapis volant » (Magic Carpet), qui transporta par voie aérienne, en 1949-1950, près de 50 000 personnes. Leur intégration en Israël fut difficile, marquée par les épreuves de l'adaptation et par la douloureuse « affaire des enfants yéménites », du nom des familles affirmant que leurs enfants leur avaient été enlevés dans les camps d'accueil. Ce chapitre reste un objet de débat mémoriel et historique vivace.
Abrir →Sinagoga, ayuda mutua, oficios, mesa, vestimenta e instituciones sociales.
Diaspora et terre d'Israël · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique sur la synagogue : naissance après l'exil, archéologie des synagogues antiques, typologies architecturales (séfarade, ashkénaze, italienne), fonctions de prière, d'étude et de réunion.
Abrir →Les associations volontaires (hevrot) dédiées à l'étude, à la charité ou aux soins funéraires qui structuraient la vie communautaire. Elle analyse leur rôle social, leurs statuts et leur sociabilité.
Abrir →La justice charitable comme obligation religieuse et pilier de l'organisation communautaire. Elle décrit les caisses, fondations et institutions d'assistance aux pauvres, malades et voyageurs.
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Méditerranée, Europe, Orient · Du Moyen Âge à nos jours
Grand Livre thématique sur le commerce : marchands radhanites, réseaux méditerranéens (la Geniza du Caire), lettres de change, prêt et banque, foires — circulation des hommes, des biens et du crédit.
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Diaspora · Du Moyen Âge à nos jours
Grand Livre thématique sur les métiers : orfèvres et bijoutiers, tisserands et tailleurs, relieurs et imprimeurs, métiers du cuir et du métal — savoir-faire transmis et restrictions imposées selon les lieux.
Abrir →La place du vin dans la liturgie et le rituel (kiddouch, quatre coupes) et les lois de sa production cachère. Elle aborde la viticulture juive, le négoce du vin et ses réseaux marchands.
Abrir →Diaspora et terre d'Israël · Traditions vivantes
Grand Livre thématique consacré à la table et aux cuisines juives : cacherout, plats de fête et de Shabbat, traditions ashkénazes, séfarades et mizrahi, transmission domestique des recettes et des gestes. La cuisine comme archive vivante d'une géographie et d'un exil. Registre Mémoire.
Abrir →Les codes vestimentaires, du tallit et des tsitsit aux signes distinctifs imposés et aux habits régionaux. Elle interroge l'identité, la pudeur (tsniout) et la distinction sociale à travers l'habit.
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Financiers et fournisseurs juifs au service des princes d'Europe centrale aux XVIIe-XVIIIe siècles. Figures puissantes mais exposées, comme Joseph Süss Oppenheimer.
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Retour à la terre porté par les pionniers sionistes, des premières moshavot au modèle collectiviste du kibboutz. Une utopie sociale au cœur du projet national.
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Le développement des clubs et fédérations sportives juives, du « judaïsme musculaire » aux Maccabiades. Elle relie pratique physique, affirmation identitaire et idéal national.
Abrir →Mouvements éducatifs et pionniers — Hashomer Hatzaïr, Bnei Akiva, EI — formant la jeunesse entre idéal, identité et engagement. Acteurs clés du XXe siècle juif.
Abrir →Diaspora et terre d'Israël · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique consacré au rôle des femmes dans la transmission juive : gardiennes de la mémoire familiale, érudites, poétesses, prières vernaculaires (tkhines), tradition orale, figures bibliques et contemporaines. Là où l'archive est souvent muette, le témoignage et la mémoire transmise prennent toute leur place. Registre à l'intersection de la Mémoire et de l'Histoire.
Abrir →Stèles, symboles et épitaphes des cimetières juifs (Prague, Worms, Mont des Oliviers). Sources majeures pour la mémoire et l'art communautaires.
Abrir →XXe–XXIe siècle
Depuis le début du XXe siècle, la place des femmes dans la vie religieuse juive a connu des transformations profondes, qui traversent tous les courants du judaïsme. Le mouvement réformé américain ordonna des femmes rabbins à partir des années 1970, suivi par le mouvement conservateur (massorti) dans les décennies suivantes. Dans l'orthodoxie moderne, des débats portent sur l'éducation talmudique des femmes, leur participation à la vie communautaire et l'émergence de nouvelles fonctions de leadership religieux féminin. Des initiatives comme les minyanim de partenariat, dont Shira Hadasha à Jérusalem, cherchent à accroître la participation des femmes dans le cadre de la halakha. Ces évolutions s'accompagnent de réflexions sur le statut des femmes en droit matrimonial, notamment la question des agounot, et continuent de susciter des controverses au sein des différentes communautés.
Abrir →Europe, Monde · XIXe–XXe siècle
La question juive occupa une place notable dans l'émergence du droit international moderne aux XIXe et XXe siècles. Au Congrès de Berlin de 1878, les grandes puissances subordonnèrent la reconnaissance de certains États balkaniques à l'octroi de l'égalité civile à leurs minorités, dont les Juifs, bien que ces clauses fussent souvent mal appliquées. Après la Première Guerre mondiale, les traités de minorités placés sous la garantie de la Société des Nations cherchèrent à protéger les droits des minorités nationales et religieuses en Europe centrale et orientale. Des juristes et organisations juives jouèrent un rôle actif dans la défense de ces mécanismes. Imparfaits et finalement débordés par la montée des nationalismes, ces dispositifs préfigurent néanmoins le développement, après 1945, du droit international des droits humains.
Abrir →Pologne · XVIe–XVIIIe siècle
Le Vaad Arba Aratsot (Conseil des Quatre Terres) fut, du milieu du XVIe siècle à 1764, l'instance suprême d'auto-gouvernement des Juifs de la Couronne de Pologne, regroupant à l'origine les grandes provinces de Grande-Pologne, Petite-Pologne, Ruthénie et Volhynie. Composé de délégués des principales communautés et de rabbins éminents, il se réunissait régulièrement, souvent lors des grandes foires de Lublin et de Iaroslav, pour traiter des affaires communes. Sa fonction première était la répartition et la collecte de l'impôt forfaitaire que la Couronne réclamait à l'ensemble des Juifs, mais il légiférait aussi en matière religieuse, économique et sociale, tranchait des litiges supracommunautaires et défendait les intérêts juifs auprès des autorités. Son existence reflète à la fois la vitalité de l'organisation interne juive et la place reconnue, quoique précaire, des Juifs dans la République polono-lituanienne. Sa suppression en 1764, lorsque l'État décida de prélever directement la capitation, marqua la fin d'une remarquable autonomie politique juive prémoderne.
Abrir →Monde juif · XIXe–XXe siècle
L'éducation formelle des filles juives, longtemps limitée par rapport à celle des garçons et largement cantonnée au cadre domestique, connut une transformation majeure aux XIXe et XXe siècles. Dans le monde séfarade et oriental, le réseau d'écoles de l'Alliance israélite universelle, à partir de 1860, scolarisa massivement les filles et contribua à modifier en profondeur leur statut social et leur accès à la culture moderne. Dans le monde ashkénaze orthodoxe d'Europe orientale, Sarah Schenirer fonda à Cracovie en 1917 le premier réseau d'écoles Beth Yaakov, destiné à offrir aux jeunes filles une éducation religieuse structurée afin de les prémunir contre la sécularisation ; ce mouvement, soutenu par des autorités rabbiniques, essaima largement. Parallèlement, dans les milieux laïcisés, sionistes ou bundistes, les filles accédèrent aux écoles modernes en hébreu, en yiddish ou dans les langues nationales. Ces évolutions transformèrent la place des femmes dans la transmission et la vie communautaire, tout en suscitant des débats sur les limites de l'étude religieuse féminine.
Abrir →Le droit rabbinique (halakha) définit un statut juridique spécifique pour les femmes, qui se distingue de celui des hommes en matière de témoignage, d'héritage, de vœux, d'obligations rituelles et de mariage. Fondé sur la Mishna, le Talmud et leurs codificateurs, ce statut conjugue exemptions, protections et restrictions, souvent justifiées par des distinctions de rôles sociaux et religieux. Au fil des siècles, la littérature des responsa montre que ces normes furent constamment interprétées et négociées en fonction des réalités économiques et familiales des différentes communautés. Des questions comme celle de la femme dont le mari a disparu (agouna) ou les droits patrimoniaux garantis par la ketouba illustrent les tensions du système. À l'époque contemporaine, ce statut fait l'objet de débats intenses dans tous les courants du judaïsme.
Abrir →Europe · XIIe–XIXe siècle
Le kahal (ou kehilla) désigne la communauté juive organisée et son instance dirigeante, qui assura en Europe, du Moyen Âge jusqu'à l'époque moderne, un large degré d'auto-gouvernement. Reconnue par les pouvoirs chrétiens, qui y voyaient un interlocuteur commode pour la perception des impôts, cette structure gérait la fiscalité interne, la justice civile entre Juifs, l'enseignement, les institutions de bienfaisance, les abattoirs rituels et le maintien de l'ordre communautaire. Dirigée par des notables élus ou cooptés (parnassim) et appuyée sur l'autorité du rabbin, elle pouvait recourir à des sanctions comme l'excommunication (herem). En Pologne-Lituanie, les kahals se fédérèrent au sein d'instances supracommunautaires comme le Conseil des Quatre Terres. L'émancipation et la centralisation des États modernes entraînèrent la suppression progressive de l'autonomie juridique du kahal, mais la kehilla demeura, sous des formes nouvelles, le cadre fondamental de la vie collective juive.
Abrir →Monde · XXe siècle
Les grandes institutions philanthropiques juives modernes naquirent pour répondre aux crises qui frappèrent les communautés du XXe siècle. L'American Jewish Joint Distribution Committee (JDC, ou « Joint »), fondé en 1914 pour venir en aide aux Juifs d'Europe et de Palestine éprouvés par la Première Guerre mondiale, devint la principale organisation internationale de secours, intervenant lors des famines, des persécutions, du sauvetage des survivants de la Shoah et de l'aide aux réfugiés. Le Keren Hayesod (Fonds de fondation), créé en 1920, mobilisa quant à lui les ressources de la diaspora au service du développement du foyer national juif en Palestine, complétant le Keren Kayemet (Fonds national juif) chargé de l'acquisition des terres. Ces institutions incarnent la valeur traditionnelle de solidarité diasporique (klal Yisrael) et de bienfaisance (tsedaka), érigée en action collective organisée. Elles ont profondément modelé la structure des communautés juives au XXe siècle et continuent d'œuvrer auprès des populations juives vulnérables à travers le monde.
Abrir →Caraïbes, Antilles · XVIIe–XIXe siècle
À partir du XVIIe siècle, des Juifs séfarades et des Conversos revenus au judaïsme s'établirent dans les colonies des Caraïbes, profitant de l'expansion des puissances néerlandaise et britannique et de la relative tolérance qui y régnait parfois. Curaçao, sous domination hollandaise, abrita la communauté Mikvé Israël, dont la synagogue Snoa (1732) est la plus ancienne encore en activité dans les Amériques, et qui essaima vers les autres îles et le continent. Au Surinam, la communauté de Jodensavanne constitua un cas exceptionnel d'établissement juif agricole quasi autonome au cœur de la forêt. À la Barbade, à la Jamaïque et ailleurs, des Juifs participèrent au commerce atlantique et à l'économie sucrière de plantation, qui reposait sur l'esclavage. Ces communautés, situées au carrefour des réseaux séfarades d'Amsterdam, de Londres et du Nouveau Monde, forment un chapitre encore méconnu de la diaspora séfarade de l'après-1492.
Abrir →États-Unis, Europe · 1929–1939
La Grande Dépression, déclenchée par le krach boursier de Wall Street en octobre 1929, frappa durement les communautés juives des États-Unis et d'Europe, fragilisées par le chômage, les faillites commerciales et la précarité d'une population souvent concentrée dans le petit commerce et l'artisanat. Aux États-Unis, où la communauté immigrée était encore largement urbaine et ouvrière, la crise aggrava les difficultés tout en alimentant une vague d'antisémitisme populiste, incarnée notamment par le prédicateur radiophonique Charles Coughlin, qui présentait les Juifs comme responsables du désordre financier. En Europe, le marasme économique nourrit la montée des mouvements d'extrême droite et, en Allemagne, contribua au succès du parti nazi. Pour beaucoup de Juifs, l'épreuve renforça l'engagement dans les mouvements de gauche, les syndicats et, aux États-Unis, le soutien au New Deal de Roosevelt. La crise eut ainsi des effets contrastés, conjuguant aggravation des hostilités et radicalisation politique progressiste d'une partie de la communauté.
Abrir →États-Unis · XVIIe–XXe siècle
L'histoire des Juifs aux États-Unis commence en 1654 avec l'arrivée à La Nouvelle-Amsterdam (futur New York) d'un petit groupe de Juifs séfarades fuyant la reconquête portugaise du Brésil. Pendant la période coloniale et au lendemain de l'indépendance, la communauté demeura modeste, structurée autour de congrégations séfarades comme celle de Newport, à laquelle George Washington adressa en 1790 une lettre célèbre garantissant la liberté religieuse. L'immigration d'Europe centrale, surtout germanophone, transforma la communauté au milieu du XIXe siècle et donna naissance au judaïsme réformé américain. Puis, entre 1880 et 1924, plus de deux millions de Juifs d'Europe orientale, fuyant pogroms et misère, s'installèrent dans les grandes villes, notamment dans le Lower East Side de New York. La séparation constitutionnelle de l'Église et de l'État offrit aux Juifs un cadre d'intégration sans équivalent en Europe, leur permettant de jouer un rôle de premier plan dans l'économie, la politique, les arts, les sciences et le droit.
Abrir →Espagne médiévale · XIe–XVe siècle
Dans les royaumes chrétiens de Castille et d'Aragon, du XIe au XVe siècle, des Juifs occupèrent des fonctions de premier plan au service des souverains, comme trésoriers, fermiers d'impôts, médecins et diplomates. Ces « Juifs de cour » bénéficiaient de la protection royale, qui leur conférait influence et richesse, mais les exposait aussi à l'hostilité populaire et aux fluctuations de la faveur du prince. Des figures comme Hasdaï ibn Shaprout à l'époque antérieure, puis divers courtisans des cours ibériques médiévales, illustrent cette position. Cette élite vivait dans une tension permanente entre intégration au pouvoir et précarité de sa condition. Les violences de 1391, les conversions forcées et finalement l'expulsion de 1492 mirent fin à cette présence juive influente dans la péninsule.
Abrir →Empire ottoman · XVe–XIXe siècle
L'Empire ottoman accueillit à partir de 1492 de nombreux Juifs expulsés d'Espagne, qui s'ajoutèrent aux communautés déjà présentes dans ses territoires. Dans ce cadre, certains Juifs accédèrent à des fonctions de médecins, banquiers, diplomates, fermiers d'impôts et interprètes au service de la Sublime Porte. La figure de Joseph Nasi, élevé au rang de duc de Naxos sous Sélim II, illustre l'influence que des notables juifs purent exercer dans les affaires de la cour et de la diplomatie. Des femmes d'affaires comme Doña Gracia Nasi jouèrent aussi un rôle économique et communautaire notable. Si cette présence à la cour resta le fait d'une élite, elle témoigne de la place que les Juifs purent occuper dans la société ottomane, dans le cadre plus large du statut de protégés (dhimmis).
Abrir →Empire ottoman · XVe–XVIIIe siècle
L'introduction de l'imprimerie hébraïque dans l'Empire ottoman fut l'œuvre des exilés séfarades, qui établirent dès 1493 à Constantinople une presse animée par les frères David et Samuel ibn Nahmias, soit plusieurs décennies avant l'apparition de l'imprimerie en caractères arabes dans l'Empire. Des ateliers se développèrent rapidement à Constantinople, à Thessalonique et, plus tard, à Safed et à Smyrne, faisant de ces villes des centres majeurs de production et de diffusion du livre juif. On y imprima des textes religieux fondamentaux — éditions du Talmud, du Choulhan Aroukh de Joseph Karo, ouvrages de halakha et de Kabbale —, mais aussi des œuvres littéraires, poétiques et scientifiques en hébreu et en judéo-espagnol. Ces imprimeries jouèrent un rôle névralgique dans l'unification des pratiques religieuses et dans la circulation du savoir à travers la Méditerranée et au-delà. Elles contribuèrent ainsi au rayonnement intellectuel des communautés séfarades de l'Empire ottoman.
Abrir →Italie · XVe–XVIe siècle
Durant la Renaissance, les Juifs d'Italie connurent, dans certaines cités et cours, une participation à la vie culturelle relativement libre par rapport au reste de l'Europe. Des médecins, philosophes, musiciens et imprimeurs juifs contribuèrent à l'effervescence intellectuelle de l'époque, et l'imprimerie hébraïque se développa notamment à Venise. Le contact entre savants juifs et humanistes chrétiens favorisa un intérêt nouveau pour la langue hébraïque et la Kabbale, comme en témoigne l'œuvre de Pic de la Mirandole. Des figures comme le philosophe Yehuda Abravanel (Leone Ebreo), auteur des Dialogues d'amour, illustrent cette créativité. Cette période d'échanges fut toutefois suivie, à partir du milieu du XVIe siècle, par un durcissement marqué par la Contre-Réforme et la création de ghettos.
Abrir →Europe · XIe–XVe siècle
Au Moyen Âge, l'exclusion progressive des Juifs de nombreuses corporations et professions, conjuguée à l'interdiction faite aux chrétiens de pratiquer le prêt à intérêt par le droit canonique, conduisit une partie d'entre eux à se spécialiser dans les activités de crédit. Cette orientation, largement imposée par les contraintes juridiques et sociales, varia selon les régions et les époques. Dans certains États, les Juifs étaient considérés comme dépendant directement du souverain, qui tirait profit de leurs activités financières tout en pouvant à tout moment les taxer ou les expulser. Cette spécialisation alimenta des stéréotypes durables associant les Juifs à l'argent et à l'usure. Elle servit fréquemment de prétexte à des persécutions, des annulations de dettes et des expulsions, comme celles d'Angleterre en 1290 ou de France à plusieurs reprises.
Abrir →Europe · XVIIIe–XIXe siècle
La franc-maçonnerie, mouvement de sociabilité initiatique né au début du XVIIIe siècle et porteur d'idéaux universalistes et fraternels, offrit aux Juifs émancipés un espace de rencontre mixte avec leurs concitoyens chrétiens, à une époque où peu d'institutions le permettaient. Après l'émancipation issue de la Révolution française, des Juifs rejoignirent les loges en nombre dans plusieurs pays d'Europe occidentale, y voyant un lieu d'intégration conforme aux valeurs des Lumières, même si certaines obédiences, notamment en Allemagne, leur opposèrent longtemps des résistances. Cette participation s'inscrivait dans le mouvement plus large d'entrée des Juifs dans la vie civique et associative des sociétés modernes. Mais l'association entre judaïsme et franc-maçonnerie devint aussi un thème récurrent de la propagande antisémite : la dénonciation d'un prétendu complot « judéo-maçonnique » destiné à subvertir l'ordre chrétien fut diffusée par les milieux contre-révolutionnaires puis par les régimes autoritaires et le nazisme, qui persécutèrent conjointement Juifs et francs-maçons. Ce mythe complotiste connut une longévité considérable.
Abrir →Monde juif
L'architecture synagogale, depuis l'Antiquité jusqu'à l'époque contemporaine, reflète à la fois les besoins du culte juif et les contraintes et aspirations des sociétés au sein desquelles vivaient les communautés. La synagogue antique de Doura Europos, ornée de fresques figuratives découvertes au XXe siècle, témoigne d'une iconographie riche dans le judaïsme tardo-antique. Au Moyen Âge et à l'époque moderne, les synagogues durent souvent composer avec des restrictions limitant leur visibilité et leur hauteur. Au XIXe siècle, l'émancipation permit l'édification de grands édifices, parfois de style néo-mauresque, affichant la présence juive dans l'espace urbain. L'étude de ces bâtiments, de leur agencement intérieur (arche sainte, bima) et de leur décor éclaire l'histoire des relations entre Juifs et sociétés environnantes.
Abrir →Monde juif · De l'Antiquité à nos jours
La tsniout désigne l'idéal de pudeur, de réserve et de modestie dans la tenue, le comportement et la parole. De principe spirituel (« marcher humblement avec ton Dieu », Michée 6:8), elle s'est traduite en normes vestimentaires et sociales, diversement interprétées selon les communautés et les époques.
Abrir →Universel · De l'Antiquité à nos jours
L'hospitalité (hakhnasat orhim), illustrée par Abraham accueillant les trois visiteurs, est une mitsva centrale de la vie communautaire : héberger et nourrir le voyageur, l'étudiant, le pauvre. Elle structure auberges, confréries et coutumes du Chabbat, et rejoint l'amour de l'étranger (ger) prescrit par la Torah.
Abrir →Haskalah, emancipación, corrientes religiosas y movimientos políticos modernos.
Europe · XVIIIe-XIXe siècle
Grand Livre thématique sur la Haskala : Mendelssohn et les maskilim, renaissance de l'hébreu, presse et écoles modernes, débats sur l'émancipation et l'intégration.
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Le processus juridique et politique d'accession à la citoyenneté entre les XVIIIe et XIXe siècles. Elle examine les débats sur l'intégration, l'acculturation et la redéfinition de l'identité juive dans l'État moderne.
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Le débat révolutionnaire sur l'octroi de la citoyenneté aux Juifs et le décret d'émancipation de 1791. Elle traite des effets de l'Assemblée des notables, du Grand Sanhédrin et de l'organisation consistoriale napoléonienne.
Abrir →La différenciation, à partir du XIXe siècle, des grandes tendances religieuses face à la modernité. Elle compare leurs positions sur la halakha, la liturgie et l'autorité de la tradition.
Abrir →Europe orientale puis monde · XVIIIe siècle à nos jours
Grand Livre thématique sur le mouvement hassidique : le Baal Shem Tov, les dynasties de tsadikim (Loubavitch, Satmar, Bratslav…), la cour, le conte, la joie et la dévotion, jusqu'aux communautés contemporaines.
Abrir →Europe, monde, terre d'Israël · XIXe-XXe siècle
Grand Livre thématique sur le sionisme : précurseurs, Herzl et les congrès, courants (politique, culturel, religieux, socialiste), aliyot et fondation de l'État. Registre attentif à distinguer projet politique et espérance traditionnelle.
Abrir →Europe et terre d'Israël · Fin XIXe – début XXe siècle
Grand Livre thématique sur la genèse du sionisme politique : le choc de l'affaire Dreyfus, L'État des Juifs (Der Judenstaat, 1896), le premier Congrès sioniste de Bâle (1897) et la fondation de l'Organisation sioniste mondiale. Il suit le rôle décisif de Theodor Herzl et le développement du mouvement — courants, institutions, diplomatie — jusqu'aux aliyot qui suivent sa mort en 1904. Registre Histoire, sans confondre projet politique et espérance messianique.
Abrir →Courant qui conjugue retour à Sion et fidélité à la Torah, des précurseurs (Kalischer) au rav Kook et au mouvement Mizrahi. Il marque profondément l'Israël contemporain.
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Mouvement ouvrier juif d'Europe de l'Est fondé en 1897, défenseur du yiddish et de l'autonomie culturelle. Une voie diasporique alternative au sionisme.
Abrir →Terre d'Israël · 1947–1949
Grand Livre thématique sur la création de l'État d'Israël : le plan de partage de l'ONU (29 novembre 1947), la déclaration d'indépendance proclamée par David Ben Gourion le 14 mai 1948 et la guerre d'indépendance. Il documente les acteurs, les dates et les enjeux d'un événement fondateur du judaïsme contemporain. Registre Histoire, soucieux de rigueur et de la pluralité des points de vue.
Abrir →Terre d'Israël · Première moitié du XXe siècle
Grand Livre thématique sur l'idéal du « Juif nouveau » porté par le sionisme et incarné à la naissance de l'État : le pionnier (haloutz), le sabra, le travailleur de la terre et le combattant, en rupture avec la figure de l'exil. Il interroge la « négation de la galout », le rapport au corps, au travail et à l'hébreu retrouvé comme matrices d'une identité refondée. Registre attentif à la portée comme aux limites de ce mythe fondateur.
Abrir →Palestine / Eretz Israël · 1882–1948
Entre 1882 et 1948, plusieurs vagues d'immigration juive, appelées aliyot, transformèrent la Palestine ottomane puis mandataire. La Première Aliya (à partir de 1882), marquée par les pionniers des Bilou, et la Deuxième Aliya (à partir de 1904), porteuse d'idéaux socialistes, posèrent les bases du yishouv moderne. Les aliyot suivantes amenèrent des immigrants d'horizons variés, dont de nombreux Juifs fuyant l'antisémitisme et, après 1933, le nazisme. Chaque vague apportait ses orientations idéologiques, ses pays d'origine et ses modèles d'établissement, des colonies agricoles aux villes nouvelles comme Tel-Aviv. L'immigration des survivants de la Shoah, souvent clandestine face aux restrictions britanniques, marqua les dernières années du Mandat. Ces aliyot façonnèrent en profondeur la démographie, l'économie et la culture du futur État d'Israël.
Abrir →Lituanie · XIXᵉ siècle
Fondée en 1803 par Rabbi Hayim de Volozhin, disciple du Gaon de Vilna, la yeshiva de Volozhin devint le prototype de la grande yeshiva moderne, indépendante de la communauté locale et accueillant des étudiants de toutes régions. Elle promut l'étude du Talmud pour elle-même (Torah lishma) et forma des générations de savants avant sa fermeture par les autorités russes en 1892.
Abrir →Lituanie · XVIIIᵉ siècle
À la fin du XVIIIᵉ siècle, l'expansion rapide du hassidisme suscita une vive opposition des Mitnaggedim (« opposants »), menés par le Gaon de Vilna, Élie ben Salomon (1720–1797). Ces tenants de l'étude talmudique rigoureuse et d'une piété sobre dénoncèrent certains usages hassidiques. Ce conflit, marqué par des excommunications, façonna durablement le judaïsme lituanien et la tradition des yeshivot.
Abrir →Israël · 1950–aujourd'hui
La loi du retour, adoptée par la Knesset en 1950, accorde à tout Juif le droit d'immigrer en Israël et constitue l'un des fondements juridiques de l'État en tant que refuge pour le peuple juif. Complétée par la loi sur la nationalité de 1952, elle permet l'acquisition quasi automatique de la citoyenneté israélienne aux nouveaux immigrants. Un amendement de 1970 étendit le bénéfice de la loi aux enfants et petits-enfants de Juifs, ainsi qu'à leurs conjoints, soulevant des débats sur la définition légale du « Juif ». Ces questions, liées notamment au statut des conversions et à la place des autorités religieuses, demeurent au cœur de tensions identitaires et politiques en Israël. La loi du retour a structuré les grandes vagues d'immigration de l'histoire de l'État, des Juifs des pays arabes à ceux de l'ex-URSS.
Abrir →Russie, URSS · 1905–1930
Les Juifs furent présents en nombre relativement important dans les mouvements révolutionnaires de l'Empire russe, attirés par des promesses d'égalité et marqués par les discriminations de la Zone de résidence et les pogroms. Ils s'engagèrent dans des courants variés, du Bund socialiste juif aux partis russes comme les mencheviks et les bolcheviks. La révolution de 1917 abolit les restrictions légales pesant sur les Juifs, ouvrant temporairement des possibilités de mobilité sociale et d'intégration. Mais le nouveau pouvoir soviétique entreprit aussi de démanteler les institutions religieuses et communautaires traditionnelles, jugées contraires à son projet. La guerre civile qui suivit fut accompagnée de pogroms meurtriers, notamment en Ukraine, qui frappèrent durement les populations juives.
Abrir →Podolie, Ukraine · XVIIIᵉ siècle
Israël ben Eliezer (v. 1700–1760), dit le Baal Chem Tov (« Maître du bon Nom »), est considéré comme le fondateur du hassidisme. Son enseignement met l'accent sur la joie, la prière fervente, le service de Dieu dans tous les actes et la présence divine en toute chose. Diffusées par ses disciples, ses idées renouvelèrent profondément la spiritualité populaire juive d'Europe orientale.
Abrir →Europe orientale · XVIIIᵉ–XXᵉ siècle
Dans le hassidisme, le tsadik (le « juste ») est le maître spirituel qui élève les prières de ses fidèles et fait le lien entre le monde et le divin. Autour de lui s'organise la « cour » hassidique, avec ses rites, ses tables (tisch), ses dynasties et ses lieux. Cette institution du leadership charismatique et héréditaire constitue une caractéristique structurante du mouvement hassidique.
Abrir →Europe de l'Est · XVIIIe siècle–contemporain
Genre narratif propre au hassidisme, où récits édifiants et merveilleux célèbrent les tsaddikim et leur enseignement mystique. Les contes de Rabbi Nahman de Breslov et les Shivhei ha-Besht en sont des œuvres emblématiques. Martin Buber les a fait connaître en Occident, en révélant leur profondeur spirituelle et littéraire.
Abrir →Volhynie, Ukraine · XVIIIᵉ siècle
Dov Ber de Mézéritch (mort en 1772), dit le Grand Maguid, fut le principal successeur du Baal Chem Tov et l'organisateur de la deuxième génération du hassidisme. Autour de lui se forma un cercle de disciples qui essaimèrent à travers l'Europe orientale pour fonder leurs propres cours. Sa pensée spéculative, marquée par la contemplation de l'Ein Sof et de l'anéantissement de soi, façonna la théologie hassidique.
Abrir →Allemagne · XVIIIᵉ siècle
Le Biour est le projet de traduction allemande de la Torah, écrite en caractères hébraïques, accompagnée d'un commentaire hébreu, lancé par Moïse Mendelssohn et ses collaborateurs à partir de 1780. Visant à donner aux juifs allemands un accès raffiné à la langue et au sens littéral du texte, il devint un manifeste de la Haskala. Il suscita aussi de vives oppositions de cercles traditionnels.
Abrir →Europe de l'Est, Israël, États-Unis · XXe siècle
La notion de Daat Torah, l'idée que les grands maîtres de la Torah détiennent une sagesse normative s'étendant au-delà de la halakha jusqu'aux affaires publiques et politiques, se cristallisa dans le monde harédi au XXe siècle. Associée au mouvement Agoudat Israël, elle confère une autorité décisive aux gedolim. Ce concept fait l'objet d'analyses historiques et de débats internes.
Abrir →Monde juif méditerranéen et oriental · XIXe–XXe siècle
L'Alliance israélite universelle, fondée à Paris en 1860, fut une organisation vouée à la défense des droits des Juifs et à leur « régénération » par l'éducation. Elle créa un vaste réseau d'écoles, principalement au Maghreb, au Levant, dans les Balkans et au Moyen-Orient, dispensant un enseignement de type français à des dizaines de milliers d'élèves. Ces écoles transformèrent profondément les sociétés juives séfarades et orientales, favorisant l'alphabétisation, la mobilité sociale et l'ouverture aux idées modernes. L'Alliance intervint aussi diplomatiquement pour défendre des communautés menacées dans divers pays. Son œuvre suscita des appréciations contrastées, entre reconnaissance de son rôle éducatif et critiques de son orientation francisante et de son regard parfois condescendant sur les cultures locales.
Abrir →États-Unis · XIXe siècle–aujourd'hui
Le judaïsme réformé américain s'organisa au cours du XIXe siècle, avec la fondation en 1873 de l'Union of American Hebrew Congregations (devenue l'Union for Reform Judaism) à l'initiative notamment du rabbin Isaac Mayer Wise, et l'ouverture du Hebrew Union College pour former ses rabbins. Inspiré du mouvement réformé allemand, il adapta la liturgie, la théologie et la pratique aux conditions de la vie libérale nord-américaine, comme en témoignent des plateformes doctrinales successives à partir de celle de Pittsburgh en 1885. Le mouvement privilégia une approche évolutive de la tradition, accordant une large place à l'éthique et à l'autonomie de la conscience. Il fut pionnier dans l'égalité entre hommes et femmes, ordonnant des femmes rabbins à partir des années 1970, et dans l'inclusion des personnes LGBT. Il constitue aujourd'hui l'un des principaux courants du judaïsme aux États-Unis.
Abrir →Palestine / Israël · XIXe–XXe siècle
Eliezer Ben Yehouda (1858-1922), né Eliezer Perelman en Lituanie, fut le principal artisan de la résurrection de l'hébreu comme langue parlée du quotidien, entreprise sans précédent dans l'histoire des langues. Convaincu qu'un renouveau national juif passait par une langue commune vivante, il s'installa à Jérusalem en 1881 et fit le pari radical de n'élever ses enfants qu'en hébreu, faisant de son fils Itamar le premier locuteur natif de l'hébreu moderne depuis l'Antiquité. Il forgea des milliers de néologismes pour doter la langue d'un vocabulaire adapté à la vie contemporaine, anima des journaux en hébreu, milita pour son enseignement dans les écoles du Yishouv et entreprit la rédaction d'un vaste dictionnaire historique de la langue hébraïque. Il fut aussi à l'origine du comité de la langue hébraïque, ancêtre de l'actuelle Académie de la langue hébraïque. Cette renaissance linguistique, qui fit de l'hébreu la langue officielle d'un État moderne, demeure l'une des réalisations les plus spectaculaires du mouvement sioniste.
Abrir →États-Unis · 1950–1970
L'engagement de Juifs américains aux côtés du mouvement des droits civiques afro-américain des années 1950 et 1960 constitue l'un des chapitres marquants de l'histoire sociale des États-Unis. Des organisations comme l'American Jewish Committee (AJC) et l'Anti-Defamation League (ADL) soutinrent juridiquement et financièrement la cause de l'égalité raciale, et des Juifs furent surreprésentés parmi les militants blancs engagés sur le terrain, notamment lors du Freedom Summer de 1964 dans le Mississippi. Le meurtre, cette année-là, des militants Andrew Goodman et Michael Schwerner, juifs, aux côtés de l'Afro-Américain James Chaney, devint un symbole de cette alliance et de ses sacrifices. Le rabbin Abraham Joshua Heschel marcha aux côtés de Martin Luther King à Selma en 1965. Cette coalition, nourrie d'une mémoire partagée de l'oppression et de l'idéal de justice (tsedek), connut par la suite des tensions, liées notamment aux débats sur la discrimination positive et aux relations entre communautés, qui reflètent les complexités de la société américaine.
Abrir →Empire russe, Galicie · XIXe siècle
En Europe orientale, la Haskala, le mouvement des Lumières juives, prit un visage spécifique, distinct de son foyer berlinois initial. Les maskilim de l'Empire russe et de Galicie accordèrent une place centrale à l'hébreu comme langue moderne de culture, tout en s'adressant aussi aux masses yiddishophones. Confrontés aux conditions d'oppression du régime tsariste et à la pauvreté des communautés, ils prônèrent la réforme de l'éducation, le travail productif et une critique de certains aspects de la vie traditionnelle. Des écrivains comme Mendele Moykher Sforim et Isaac Leib Peretz, héritiers de ce courant, posèrent les bases de la littérature moderne en hébreu et en yiddish. La Haskala orientale nourrit ainsi à la fois un renouveau littéraire et les débats idéologiques qui menèrent au nationalisme juif et au socialisme.
Abrir →Palestine / Israël · XXe siècle
Le kibboutz est une communauté fondée sur la propriété collective des biens, le travail en commun et une organisation égalitaire de la vie sociale. Le premier d'entre eux, Degania, fut établi en 1909-1910 au bord du lac de Tibériade par des pionniers de la Deuxième Aliya. Inspiré d'idéaux socialistes et sionistes, le mouvement kibboutzique visait à créer un « homme nouveau » juif, ancré dans la terre et libéré des structures de la diaspora. Les kibboutzim jouèrent un rôle majeur dans la colonisation agricole, la défense et la vie politique du yishouv puis de l'État d'Israël, malgré leur poids démographique limité. Au fil du temps, beaucoup connurent des transformations et une privatisation partielle, mais cette expérience sociale originale marqua durablement la culture israélienne.
Abrir →Amériques, Monde · XIXe siècle–aujourd'hui
Le judaïsme conservateur (appelé Masorti en dehors des États-Unis) est un courant qui cherche une voie médiane entre l'orthodoxie et le judaïsme réformé. Ses racines remontent au mouvement de la « science du judaïsme » (Wissenschaft des Judentums) et à l'école « positive-historique » de Zacharias Frankel dans l'Allemagne du XIXe siècle, qui reconnaissait l'évolution historique de la tradition tout en affirmant la valeur contraignante de la halakha. Le mouvement prit toute sa dimension aux États-Unis avec le Jewish Theological Seminary, réorganisé sous la direction de Solomon Schechter au début du XXe siècle, et l'United Synagogue of America. Acceptant la critique historique des textes et une certaine souplesse dans l'application de la loi, le conservatisme s'efforça de concilier modernité et observance, notamment par des décisions comme l'autorisation de se rendre à la synagogue en voiture le Shabbat. Mouvement dominant de la vie juive américaine dans les décennies d'après-guerre, il connut ensuite un déclin relatif au profit des pôles orthodoxe et libéral, tout en ordonnant des femmes au rabbinat à partir des années 1980.
Abrir →Lituanie · XIXᵉ siècle
Fondé au XIXᵉ siècle par Israël Salanter (1810–1883), le mouvement du Moussar promeut le travail systématique sur les traits de caractère (middot) et l'introspection éthique au sein des yeshivot lituaniennes. Par l'étude méditative de textes éthiques et des exercices spirituels réguliers, il vise le perfectionnement moral de l'individu. Son influence a marqué durablement la pédagogie religieuse du monde des yeshivot.
Abrir →Monde juif · XVIIIe siècle–aujourd'hui
Le mouvement Habad-Loubavitch est l'une des branches majeures du hassidisme, fondée à la fin du XVIIIe siècle dans l'actuelle Biélorussie par Rabbi Shneur Zalman de Liadi (1745-1812). Son nom, Habad, est l'acronyme de trois facultés intellectuelles — Hokhma (sagesse), Bina (compréhension) et Daat (connaissance) —, soulignant sa singularité au sein du hassidisme : la place centrale accordée à l'étude, à la contemplation et à l'élaboration philosophique de la spiritualité, par opposition à une dévotion purement émotionnelle. Son ouvrage fondateur, le Tanya de Shneur Zalman, constitue une somme de pensée mystique et éthique. La dynastie s'établit ensuite dans la localité de Loubavitch, dont elle tire son nom, avant de s'installer aux États-Unis. Sous la direction de son septième et dernier Rabbi, Menachem Mendel Schneerson (1902-1994), le mouvement développa un vaste réseau d'émissaires (chlouhim) chargés de raviver la pratique juive auprès des Juifs non observants à travers le monde. Présent aujourd'hui dans plus d'une centaine de pays, il se distingue par ce prosélytisme intérieur intense et par une activité éducative et caritative considérable.
Abrir →Europe, Palestine, Israël · XXe siècle
Le mouvement Mizrahi, dont le nom est un acronyme de Merkaz Rouhani (« centre spirituel »), fut fondé en 1902 à Vilna par le rabbin Yitzhak Yaacov Reines. Il visait à concilier la fidélité à la tradition religieuse avec l'engagement dans le projet sioniste, affirmant le lien entre la Torah, le peuple et la Terre d'Israël. De son aile ouvrière naquit Hapoel HaMizrahi, qui combinait observance religieuse et idéal pionnier et fonda des kibboutzim et des institutions propres. Ce courant constitua la matrice du sionisme religieux et, après la création de l'État, donna naissance au Parti national-religieux (Mafdal). Il joua un rôle important dans la vie politique israélienne et dans le développement d'un système éducatif religieux national.
Abrir →Amérique du Nord · XXe–XXIe siècle
Le Jewish Renewal est un mouvement de renouveau spirituel né en Amérique du Nord à partir des années 1960 et 1970, dans le contexte de la contre-culture et de la recherche de spiritualités personnelles. Il est étroitement associé au rabbin Zalman Schachter-Shalomi, qui chercha à revitaliser la vie juive par la méditation, la musique, la danse, une liturgie créative et l'ouverture aux dimensions mystiques de la tradition. Le mouvement puise notamment dans le hassidisme et la Kabbale, qu'il réinterprète dans un langage contemporain, et accorde une place importante à l'écologie, à l'égalité des genres et au dialogue interreligieux. Transdénominationnel, il a influencé des pratiques bien au-delà de ses cercles propres. Il constitue l'une des réponses originales aux défis de la sécularisation au sein du judaïsme nord-américain.
Abrir →Europe, Palestine · XXe siècle
Le mouvement révisionniste fut fondé en 1925 par Zeev Jabotinsky, qui créa l'Union mondiale des sionistes révisionnistes. Il réclamait l'établissement d'un État juif sur les deux rives du Jourdain et critiquait le gradualisme du mouvement travailliste et la politique britannique. Jabotinsky défendait une conception affirmée de la souveraineté nationale et plaida pour l'évacuation des Juifs d'Europe orientale face à la montée des périls. Le mouvement donna naissance à des organisations de jeunesse comme le Betar et fut lié à l'organisation paramilitaire de l'Irgoun. Après l'indépendance, le courant révisionniste se prolongea dans le parti Hérout, dirigé par Menahem Begin, qui devint l'une des principales composantes du futur Likoud.
Abrir →Allemagne, Europe centrale · XIXe siècle
La néo-orthodoxie est le courant formulé au XIXe siècle par le rabbin Samson Raphael Hirsch, principalement à Francfort-sur-le-Main, en réponse au judaïsme réformé et aux défis de l'émancipation. Sa devise « Torah im Derekh Eretz » (la Torah avec la voie du monde) prônait une observance rigoureuse de la loi juive conjuguée à l'engagement dans la culture, l'éducation et la vie civique allemandes. Hirsch défendit l'idée que la fidélité à la tradition n'était pas incompatible avec la modernité, mais devait au contraire l'intégrer dans un cadre religieux affirmé. Il œuvra aussi à l'organisation séparée des communautés orthodoxes face aux institutions réformées (Austrittsorthodoxie). Cette synthèse exerça une influence durable sur l'orthodoxie moderne en Europe centrale puis dans ses prolongements américains et israéliens.
Abrir →Europe · XIXe–XXe siècle
Le sionisme culturel est le courant associé à Ahad HaAm, pseudonyme d'Asher Ginsberg (1856-1927), qui mettait l'accent sur le renouveau spirituel et culturel du peuple juif plutôt que sur la seule création d'un État. Critique du sionisme purement politique de Theodor Herzl, il défendait l'idée que la Palestine devait d'abord devenir un « centre spirituel » irriguant l'ensemble de la diaspora par la renaissance de la culture et de la langue hébraïques. Ses essais, écrits dans un hébreu d'une grande clarté, exercèrent une influence considérable sur les intellectuels et les éducateurs du yishouv. Il insistait aussi sur la dimension morale du projet national et s'inquiéta des relations avec la population arabe de Palestine. Sa pensée nourrit durablement les débats sur l'identité et la finalité du sionisme.
Abrir →Palestine / Israël · XXe siècle
Le sionisme de gauche désigne l'ensemble des mouvements ouvriers qui structurèrent le yishouv autour d'une vision socialiste de la renaissance nationale juive. Issus de courants comme Poaleï Tsion, ces mouvements donnèrent naissance à des partis tels qu'Ahdout HaAvoda puis Mapaï, et à la puissante centrale syndicale Histadrout, fondée en 1920. Ils promurent la valorisation du travail, l'agriculture collective et la création d'institutions économiques et sociales contrôlées par le mouvement travailliste. Sous l'impulsion de figures comme David Ben Gourion, ce camp domina la vie politique du yishouv puis de l'État d'Israël jusqu'aux années 1970. Son éthos pionnier marqua profondément la culture, l'éducation et l'imaginaire national israéliens.
Abrir →Palestine · 1917–1948
La période du Mandat britannique sur la Palestine (1920-1948) fut marquée par la montée des tensions entre la communauté juive (le Yishouv) et la population arabe palestinienne, dans le cadre fixé par la déclaration Balfour de 1917 favorable à un « foyer national juif ». L'immigration juive croissante, l'achat de terres et l'affirmation des aspirations nationales des deux camps nourrirent des affrontements récurrents : émeutes de 1920 et 1921, violences autour du Mur des Lamentations en 1929, et grande révolte arabe de 1936-1939. Les autorités britanniques tentèrent diverses solutions — commissions d'enquête, plan de partage de la commission Peel (1937), Livre blanc de 1939 limitant l'immigration juive — sans parvenir à concilier les revendications. Quelques voix, comme celles de Judah Magnes, recteur de l'Université hébraïque, et du mouvement Brit Shalom, plaidèrent pour un État binational et la coexistence judéo-arabe, mais demeurèrent minoritaires et sans effet durable. L'échec de ces tentatives ouvrit la voie au plan de partage de l'ONU de 1947 et à la guerre de 1948.
Abrir →Palestine / Israël · 1948
La guerre de 1948, appelée Guerre d'indépendance par les Israéliens et Nakba (« catastrophe ») par les Palestiniens, accompagna la naissance de l'État d'Israël, proclamé le 14 mai 1948 par David Ben Gourion. Elle s'ouvrit dès l'adoption du plan de partage de l'ONU en novembre 1947 par une phase de guerre civile entre communautés juive et arabe de Palestine, puis se transforma, au lendemain de la proclamation de l'État, en conflit interétatique avec l'intervention des armées de plusieurs pays arabes voisins. Au terme de combats meurtriers, ponctués de plusieurs trêves, les forces israéliennes l'emportèrent et étendirent le territoire au-delà des lignes prévues par le plan de partage, des armistices étant signés en 1949. La guerre fit des milliers de morts dans les deux camps et entraîna le déplacement de quelque 700 000 réfugiés arabes palestiniens, dont le sort demeure au cœur du conflit. Événement fondateur pour Israël comme traumatisme fondateur pour les Palestiniens, elle reste le pivot de toute compréhension du conflit israélo-palestinien.
Abrir →États-Unis · XVIIIe siècle
La communauté juive des colonies nord-américaines, encore modeste au XVIIIe siècle, prit part à la fondation des États-Unis et bénéficia du cadre nouveau qu'elle instaura. Lors de la guerre d'Indépendance, le financier Haym Salomon, courtier d'origine polonaise établi à Philadelphie, joua un rôle notable dans le financement de la cause révolutionnaire et le soutien au crédit du jeune Congrès. La Constitution de 1787, en interdisant tout critère religieux pour l'accès aux fonctions fédérales, puis le premier amendement (1791) garantissant la liberté religieuse et la non-établissement d'une religion d'État, offrirent aux Juifs un statut juridique d'égalité bien antérieur à celui dont ils jouissaient en Europe. Ce principe fut symboliquement scellé par la lettre adressée en 1790 par George Washington à la congrégation hébraïque de Newport, affirmant que le nouveau gouvernement ne donnait « ni sanction au fanatisme, ni assistance à la persécution ». Ce document fondateur de la liberté religieuse américaine inaugura un modèle original d'intégration juive.
Abrir →Europe · XVIIIe–XIXe siècle
La Révolution française et l'émancipation des Juifs ouvrirent les armées françaises aux soldats juifs, et un nombre significatif d'entre eux servirent sous l'Empire napoléonien, contribuant à leur intégration civique. Napoléon convoqua en 1806-1807 une Assemblée de notables puis un Grand Sanhédrin afin de définir les rapports entre la loi juive et la citoyenneté. En Europe centrale et orientale, en revanche, la conscription fut souvent vécue comme une épreuve : en Russie, le système des cantonistes instauré sous Nicolas Ier à partir de 1827 enrôla de jeunes garçons juifs pour de longues années, dans des conditions visant fréquemment leur conversion. Le service militaire devint ainsi un puissant facteur d'intégration là où il accompagnait l'égalité des droits, et un instrument de pression ailleurs. Ces expériences contrastées illustrent les ambivalences de la modernité politique pour les communautés juives.
Abrir →Europe · XIXe–XXe siècle
À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, des intellectuels et des militants juifs jouèrent un rôle significatif dans les mouvements socialistes, sociaux-démocrates, communistes et anarchistes d'Europe, attirés par des idéaux d'égalité et d'émancipation qui contrastaient avec l'exclusion sociale et les persécutions dont ils étaient l'objet. Dans la Zone de résidence de l'Empire russe et en Pologne, le Bund (Union générale des travailleurs juifs, fondé en 1897) défendit un socialisme combinant lutte des classes et autonomie culturelle yiddish, en tension avec le sionisme. Des figures comme Rosa Luxemburg, Leon Trotski, ou plus tard Emma Goldman dans le monde anarchiste, marquèrent durablement l'histoire des gauches révolutionnaires. Cette visibilité fut exploitée par l'antisémitisme d'extrême droite, qui forgea le mythe du « judéo-bolchevisme » assimilant les Juifs à une conspiration révolutionnaire mondiale. La réalité historique fut plus nuancée : si beaucoup de Juifs furent attirés par ces engagements, la majorité d'entre eux n'était pas révolutionnaire, et nombre de militants juifs entretenaient avec la tradition un rapport conflictuel.
Abrir →Antisemitismo, disputas, guetos, Shoá, resistencia y Justos.
Europe et monde · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique sur les relations judéo-chrétiennes : disputations, ghettos et protections, accusations et persécutions, échanges intellectuels, et le dialogue contemporain. Sans polémique, avec rigueur.
Abrir →Les formes de l'hostilité antijuive, de l'antijudaïsme religieux médiéval aux théories raciales modernes et au complotisme. Elle analyse calomnies, libelles de sang, discriminations légales et persécutions.
Abrir →Controverses publiques imposées aux Juifs — Paris (1240), Barcelone (1263), Tortose (1413-1414). Elles mêlent théologie, polémique et pressions politiques.
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Brûlements du Talmud et censure chrétienne des livres hébreux, du XIIIe siècle à l'imprimerie. Une histoire de la répression et de la résistance du livre juif.
Abrir →Quartiers d'assignation des Juifs, du ghetto de Venise (1516) aux juiveries médiévales. Espaces de contrainte mais aussi de vie communautaire intense.
Abrir →Marques discriminatoires — rouelle, chapeau pointu — imposées après le concile de Latran IV (1215). Une longue histoire de stigmatisation visuelle.
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Europe, monde méditerranéen et arabe · Du Moyen Âge à nos jours
Grand Livre thématique consacré à la mémoire des persécutions antijuives et des pogroms, du Moyen Âge aux résurgences contemporaines, en amont de la Shoah. Documenté avec rigueur — lieux, dates, sources — et sans polémique : faire mémoire des communautés détruites et des victimes, éclairer les ressorts historiques de l'antisémitisme, sans jamais transformer le savoir en arme. Registre à l'intersection de la Mémoire et de l'Histoire ; tant de mondes juifs disparus le sont à cause de ces violences.
Abrir →Europe · 1939-1945
Grand Livre thématique sur la résistance juive : soulèvements de ghettos (Varsovie) et de camps, maquis et partisans, résistance spirituelle et culturelle, archives clandestines (Oneg Shabbat).
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Le génocide perpétré par l'Allemagne nazie et ses complices, de la persécution aux ghettos et aux centres de mise à mort. Elle couvre les mécanismes du crime, l'historiographie et les enjeux de mémoire et de témoignage.
Abrir →Europe · 1939-1945
Grand Livre thématique sur le sauvetage des Juifs durant la Shoah : Justes parmi les nations, réseaux d'entraide, villages et institutions refuges, et la mémoire de ces actes (Yad Vashem).
Abrir →La reconnaissance des non-Juifs ayant sauvé des Juifs au péril de leur vie pendant la Shoah, distinction décernée par Yad Vashem. Elle examine les motivations, les récits et la portée mémorielle de ces actes.
Abrir →France · 1894–1906
L'affaire Dreyfus éclata en 1894 avec la condamnation injuste du capitaine Alfred Dreyfus, officier juif accusé à tort de trahison au profit de l'Allemagne. La révélation d'erreurs et de manipulations judiciaires divisa profondément la France entre dreyfusards et antidreyfusards, l'écrivain Émile Zola publiant en 1898 son célèbre « J'accuse… ! ». L'affaire libéra une virulente vague antisémite et mit en question les acquis de l'émancipation des Juifs et l'universalisme républicain. Theodor Herzl, qui en fut témoin comme journaliste, y vit une confirmation de la nécessité d'un État juif, dans la genèse de son engagement sioniste. Dreyfus fut finalement réhabilité en 1906. L'affaire laissa une empreinte durable sur la vie politique française et sur la mémoire de l'antisémitisme moderne.
Abrir →Empire russe, Ukraine · 1881–1921
Entre 1881 et 1921, l'Empire russe et les régions qui en relevaient connurent plusieurs vagues de pogroms, violences collectives dirigées contre les Juifs. La première vague, à partir de 1881, suivit l'assassinat du tsar Alexandre II ; le pogrom de Kichinev en 1903 suscita une émotion internationale et inspira des œuvres marquantes. Les violences les plus meurtrières survinrent durant la guerre civile de 1918-1921, notamment en Ukraine, où des dizaines de milliers de Juifs furent tués. Ces persécutions précipitèrent l'émigration de millions de Juifs vers l'Europe occidentale, les Amériques et la Palestine. Elles renforcèrent aussi le sentiment d'urgence d'une solution à la condition juive et alimentèrent le sionisme ainsi que diverses formes d'auto-organisation et d'auto-défense.
Abrir →Israël, Monde · 1945–aujourd'hui
Dès l'après-guerre, survivants, communautés et États entreprirent de documenter et de commémorer l'extermination des Juifs d'Europe. En Israël, l'institution de Yad Vashem fut établie par une loi de 1953 pour préserver la mémoire des victimes, recueillir témoignages et archives, et honorer les « Justes parmi les nations ». De nombreux mémoriaux et musées virent le jour dans le monde, dont le Mémorial de la Shoah à Paris et, plus tard, le United States Holocaust Memorial Museum à Washington. La muséologie de la Shoah suscite des débats sur les formes de représentation, l'usage du témoignage et la transmission aux générations qui n'ont pas connu les événements. La question de l'universalisation de la mémoire et de son articulation avec d'autres génocides reste un enjeu central de ce champ.
Abrir →Provence, Espagne · XIIIᵉ–XIVᵉ siècle
Aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles, la diffusion du Guide des égarés de Maïmonide et de sa philosophie rationaliste provoqua une intense controverse au sein du judaïsme. Partisans de l'étude philosophique et défenseurs d'une foi plus traditionnelle s'opposèrent, avec excommunications et, selon certaines sources, des autodafés d'ouvrages. Ce conflit pose la question des rapports entre raison, foi et autorité dans la pensée juive.
Abrir →Espagne, Portugal, Amériques · XVe–XVIIe siècle
Les Marranes — terme historiquement péjoratif, aujourd'hui souvent remplacé par Conversos ou crypto-juifs — désignent les Juifs de la péninsule Ibérique convertis au christianisme, de gré ou de force, et leurs descendants soupçonnés de continuer secrètement à pratiquer le judaïsme. Le phénomène prit une ampleur massive après les pogroms et conversions de 1391, puis lors de l'expulsion de 1492 en Espagne et de la conversion forcée de 1497 au Portugal. Pour traquer ces « judaïsants », la monarchie espagnole institua en 1478 l'Inquisition, qui mena des procès, recourut à la torture et organisa des autodafés. Beaucoup de Conversos émigrèrent vers des terres plus tolérantes — Amsterdam, l'Empire ottoman, l'Italie, le sud-ouest de la France ou les colonies américaines — où certains revinrent ouvertement au judaïsme. Étudié de l'Europe au Mexique et au Brésil, le crypto-judaïsme soulève des questions profondes sur l'identité, la mémoire et la transmission clandestine d'une foi à travers les générations.
Abrir →URSS · 1917–1953
Sous le régime soviétique, les Juifs subirent des vagues successives de répression qui frappèrent à la fois leurs institutions religieuses et culturelles et de nombreux individus. La politique stalinienne combina la liquidation des structures communautaires traditionnelles, la persécution des intellectuels et l'interdiction de l'émigration. À la fin des années 1940 et au début des années 1950, la campagne contre le « cosmopolitisme », l'assassinat de l'acteur Solomon Mikhoels et l'exécution de membres du Comité antifasciste juif marquèrent une intensification de la répression. Le « complot des blouses blanches » de 1952-1953, accusant des médecins majoritairement juifs, en fut le point culminant, interrompu par la mort de Staline en 1953. De nombreux Juifs furent aussi déportés ou envoyés dans le système concentrationnaire du Goulag au gré des purges et déplacements de populations.
Abrir →Allemagne, Autriche · 1938
Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, des pogroms organisés par le régime nazi frappèrent les Juifs d'Allemagne et d'Autriche, dans ce qui fut appelé la Nuit de Cristal (Kristallnacht). Des synagogues furent incendiées, des milliers de commerces et de domiciles juifs saccagés, et de nombreuses personnes tuées ou blessées. Environ trente mille hommes juifs furent arrêtés et envoyés dans des camps de concentration. Présenté faussement comme une réaction spontanée, l'événement fut en réalité coordonné par les autorités, qui imposèrent ensuite aux Juifs une lourde amende collective. La Nuit de Cristal marqua un tournant dans la persécution des Juifs du Reich, accélérant leur exclusion économique et sociale et préfigurant la radicalisation qui mènerait à la Shoah.
Abrir →France, Israël · XXe siècle
André Neher (1914-1988), penseur de l'École de pensée juive de Paris, médita sur le prophétisme biblique et le silence divin. Son ouvrage L'Exil de la parole (1970) interroge le mutisme de Dieu face à la Shoah. Professeur à Strasbourg puis émigré à Jérusalem, il contribua au renouveau de la pensée juive francophone d'après-guerre.
Abrir →Rhénanie, Europe · XIe–XIIIe siècle
Les croisades inaugurèrent un cycle de violences anti-juives d'une ampleur nouvelle en Europe occidentale. Au printemps 1096, lors de la première croisade, des bandes armées en route vers la Terre sainte se livrèrent à des massacres dans les communautés juives de la vallée du Rhin, notamment à Worms, à Mayence et à Cologne, sommant les Juifs de se convertir ou de mourir. Face à ce choix, beaucoup choisirent le martyre (kiddoush ha-Chem, la « sanctification du Nom »), allant parfois jusqu'à se donner la mort plutôt que d'abjurer, geste qui marqua profondément la conscience collective ashkénaze. Ces pogroms se reproduisirent lors des croisades ultérieures et préparèrent un climat durable d'hostilité, où apparurent ensuite l'accusation de meurtre rituel et la diabolisation du Juif. Les survivants et témoins composèrent des chroniques et des poèmes de deuil (kinot), bouleversants récits du martyre, qui furent intégrés à la liturgie et constituent une source historique et littéraire majeure sur ces traumatismes fondateurs.
Abrir →La théologie chrétienne de la substitution (ou supersessionnisme) affirme que, depuis la venue du Christ, l'Église a remplacé le peuple d'Israël dans l'alliance avec Dieu, le judaïsme étant dès lors tenu pour caduc ou simple préfiguration du christianisme. Élaborée dès les premiers siècles par les Pères de l'Église, cette doctrine a longtemps fondé une vision dévalorisante du judaïsme et nourri l'« enseignement du mépris » : accusation de déicide, lecture des malheurs juifs comme châtiment divin, attente de la conversion des Juifs. Elle a contribué à légitimer théologiquement les discriminations et les persécutions au cours de l'histoire chrétienne. Après la Shoah, plusieurs Églises entreprirent une révision profonde de ce paradigme. Le tournant majeur fut la déclaration conciliaire catholique Nostra Aetate (1965), qui récusa l'accusation collective de déicide et reconnut la pérennité de l'alliance de Dieu avec le peuple juif. La critique du supersessionnisme demeure au cœur du dialogue judéo-chrétien contemporain.
Abrir →États-Unis, Israël, Europe · XXᵉ siècle
Après la Shoah, des penseurs juifs ont rouvert avec acuité la question du mal, de la souffrance des innocents et de la présence ou de l'absence de Dieu dans l'histoire. Des positions très diverses se sont exprimées, de Richard Rubenstein à Emil Fackenheim, en passant par Eliezer Berkovits, Abraham Joshua Heschel et Hans Jonas. Ce champ théologique interroge l'alliance, le silence divin et la fidélité après la catastrophe.
Abrir →Pologne · 1940–1943
Le ghetto de Varsovie, établi par les autorités nazies en 1940, fut le plus grand des ghettos juifs d'Europe occupée : jusqu'à 400 000 personnes y furent entassées dans des conditions de surpopulation, de famine et d'épidémies effroyables. À partir de l'été 1942, la grande déportation vers le centre d'extermination de Treblinka vida le ghetto de la majorité de ses habitants. Face à la perspective de l'anéantissement total, des organisations de résistance se constituèrent, principalement l'Organisation juive de combat (ŻOB), dirigée par Mordechai Anielewicz, et l'Union militaire juive (ŻZW). Lorsque les Allemands entreprirent la liquidation finale, le 19 avril 1943, les combattants juifs, faiblement armés, déclenchèrent un soulèvement qui tint en échec les forces allemandes pendant près d'un mois avant d'être écrasé dans les flammes et les ruines. Premier soulèvement urbain d'envergure dans l'Europe occupée, l'insurrection du ghetto de Varsovie est devenue un symbole universel de la résistance humaine face à l'extermination.
Abrir →Monde · 1939–1945
Au-delà de leur statut de victimes de la Shoah, les Juifs participèrent activement à l'effort de guerre allié durant la Seconde Guerre mondiale. Un grand nombre d'entre eux servirent dans les armées américaine, soviétique, britannique et de la France libre, prenant part aux combats contre les puissances de l'Axe. La Brigade juive, constituée au sein de l'armée britannique vers la fin du conflit, regroupa des volontaires du yishouv et combattit notamment en Italie, avant de jouer un rôle dans l'aide aux survivants. Des Juifs prirent également part à la résistance dans plusieurs pays occupés, ainsi qu'au mouvement partisan en Europe de l'Est. Cet engagement militaire et résistant constitue un volet important de l'histoire des Juifs durant la guerre.
Abrir →Espagne, Portugal, Amériques · XVe–XIXe siècle
L'Inquisition espagnole fut établie en 1478 par les Rois Catholiques Ferdinand et Isabelle, avec l'autorisation pontificale, principalement pour surveiller la sincérité religieuse des Conversos, ces Juifs convertis au christianisme soupçonnés de continuer à pratiquer secrètement le judaïsme. À la différence des juifs demeurés ouvertement dans leur foi (expulsés en 1492), les Conversos relevaient de la juridiction de l'Église en tant que chrétiens baptisés. L'Inquisition mit en place un système élaboré de dénonciations, d'enquêtes, d'interrogatoires sous la torture et de procès, dont l'aboutissement public pouvait être l'autodafé (acte de foi), où les condamnés étaient réconciliés ou livrés au bras séculier pour être brûlés. Premier grand inquisiteur, Tomás de Torquemada donna à l'institution son organisation redoutable. Étendue aux colonies américaines et au Portugal, l'Inquisition poursuivit son activité contre les « judaïsants » pendant plusieurs siècles et ne fut définitivement abolie qu'au XIXe siècle, laissant une empreinte durable dans la mémoire séfarade.
Abrir →Allemagne · 1935–1939
Les lois de Nuremberg, promulguées par le régime nazi en septembre 1935, constituèrent le socle juridique de l'exclusion des Juifs de la société allemande. La « loi sur la citoyenneté du Reich » les priva de la citoyenneté allemande, les réduisant au statut de « sujets », tandis que la « loi pour la protection du sang et de l'honneur allemands » interdisait les mariages et les relations entre Juifs et « Aryens ». Des décrets d'application définirent qui était juif selon des critères pseudo-raciaux fondés sur l'ascendance, étendant la persécution à des personnes parfois éloignées de toute pratique religieuse. Cette mise au ban légale s'accompagna et fut suivie d'une spoliation systématique : exclusion des professions, « aryanisation » forcée des entreprises et des biens juifs au profit de propriétaires non juifs, confiscations et taxes discriminatoires. L'expropriation s'accéléra brutalement après le pogrom de la Nuit de Cristal en novembre 1938. Ce processus d'exclusion juridique et de dépossession économique prépara le terrain de la déportation et de l'extermination.
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