Altaléna
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Publicado el 8 de agosto de 2026
Introduction
L'Altaléna n'est pas un nom de famille ni une lignée : c'est le nom d'un navire, et par extension celui de l'un des épisodes les plus douloureux et les plus commentés de la naissance de l'État d'Israël. En juin 1948, quelques semaines après la proclamation de l'indépendance, un cargo chargé d'armes et de combattants approcha les côtes de la Palestine juive. Ce qui aurait dû être un renfort décisif pour un jeune État en guerre se transforma en un affrontement fratricide entre l'armée régulière naissante et l'organisation clandestine de droite qui avait affrété le bateau.
L'« affaire Altaléna » condense en quelques journées les tensions fondatrices de la souveraineté israélienne : la question de l'autorité unique de l'État sur la force armée, la rivalité entre David Ben-Gourion et Menahem Begin, la fusion difficile des milices juives en une seule armée. Ce livre suit le fil de cet événement — son origine, son déroulement, ses acteurs et sa mémoire — ainsi que les témoignages photographiques et personnels qui continuent de l'alimenter jusqu'à nos jours.
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Chapitre 1 : Un cargo de guerre reconverti par l'Irgoun
Avant d'être une affaire, l'Altaléna fut un objet matériel : un ancien bâtiment de débarquement de la Seconde Guerre mondiale. Le navire était un landing ship tank américain, l'USS LST-138, organisé par Hillel Kook (alias Peter Bergson) et acquis par les membres de l'Irgoun Gershon Hakim, Abraham Stavsky et Victor Ben-Nachum. Ces bâtiments, conçus pour s'échouer sur les plages et décharger véhicules et troupes directement sur le rivage, se prêtaient idéalement au transport clandestin d'hommes et de matériel vers une côte sans port aménagé. Sa capacité de charge et sa robustesse en firent le choix logique pour une opération qui relevait autant du défi logistique que du pari politique.
Le nom du bateau relève de la mémoire du mouvement révisionniste sioniste. « Altaléna » était le pseudonyme littéraire de Zeev (Vladimir) Jabotinsky, fondateur de ce courant, écrivain et orateur mort en 1940. Le terme, d'origine italienne, évoque la bascule ou la balançoire ; Jabotinsky l'avait adopté dans ses années d'apprentissage d'écrivain à Rome puis à Odessa, avant que le militantisme sioniste ne prenne le pas sur la vocation littéraire. Donner ce nom au navire revenait à placer l'opération sous le patronage symbolique du maître à penser de l'Irgoun, dont Menahem Begin était devenu, en Palestine, le commandant. Le choix disait à lui seul l'identité politique de l'entreprise et, par avance, la fracture idéologique qu'elle allait révéler.
Le capitaine de bord était Monroe Fein, ancien lieutenant de la marine américaine, tandis que le commandement militaire de l'expédition avait été confié à Eliyahu Lankin, cadre supérieur de l'Irgoun. Un troisième responsable, Yechiel Kadishai, assurait la supervision des passagers à bord. L'équipe de direction du navire illustrait la dualité de l'entreprise : une logique maritime professionnelle doublée d'une chaîne de commandement idéologique propre à l'Irgoun.
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Chapitre 2 : La cargaison de France et les rescapés d'Europe
L'Altaléna ne transportait pas seulement des armes : elle portait aussi des vies. Le navire devait initialement atteindre Israël le 15 mai 1948, chargé de combattants et d'équipement militaire. Nombre de ses passagers étaient de jeunes immigrants, souvent rescapés de la Shoah, venus grossir les rangs des combattants de l'indépendance. Les sources s'accordent sur un total d'environ 900 à 930 personnes à bord — un bataillon entier recruté par l'Irgoun parmi les communautés d'Europe et d'Afrique du Nord.
L'armement provenait de France, où la situation politique particulière du moment avait rendu possible des achats que d'autres contextes auraient interdits. Le gouvernement français de l'époque, selon plusieurs sources concordantes, se montrait discrètement peu regardant sur les exportations à destination des acquéreurs juifs — vraisemblablement parce que la présence britannique au Levant constituait une irritant persistant pour Paris. Fusils, munitions, mitrailleuses légères de type Bren, bazookas et pièces plus lourdes constituaient un renfort considérable. Les armes réunies pour cette expédition furent évaluées à environ 153 millions de francs — un investissement énorme pour une organisation qui avait jusqu'alors conduit sa lutte avec des moyens très limités. À bord figuraient également 5 000 fusils, 250 mitrailleuses Bren, 5 millions de cartouches et 50 bazookas, selon les sources proches de l'Irgoun. C'est précisément cette valeur militaire qui rendit la question du contrôle du chargement si explosive : celui qui détiendrait ces armes détiendrait une part substantielle de la puissance du nouvel État.
Parmi les passagers se trouvait Abraham Stavsky, l'un des artisans de l'achat du navire lui-même, qui périt dans l'affrontement final — signe tragique de l'enchevêtrement entre les hommes et l'objet qu'ils avaient contribué à armer.
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Chapitre 3 : Le contentieux du contrôle des armes
Le drame naît d'un problème d'autorité. Le 14 mai 1948, l'indépendance proclamée, un gouvernement provisoire et une armée unique — Tsahal — devaient absorber les milices existantes. Un accord avait été signé le 1er juin 1948 entre Begin et Israël Galili, représentant le gouvernement, organisant l'intégration de l'Irgoun dans les Forces de défense d'Israël. Le processus se révéla cependant compliqué : plusieurs bataillons de l'Irgoun avaient été formellement intégrés à Tsahal, mais des unités combattant à Jérusalem restaient en dehors du dispositif commun, faute d'accord sur leur statut.
Le nœud du différend était la répartition du chargement. Ben-Gourion ordonna à Begin de remettre immédiatement toute la cargaison, sans conditions préalables. Begin, lui, souhaitait qu'une partie des armes fût affectée aux bataillons de l'Irgoun intégrés à Tsahal, notamment ceux qui combattaient dans Jérusalem assiégée, en arguant que la ville était exclue des arrangements de cessez-le-feu et méritait un traitement particulier. Pour Ben-Gourion, toute exception au monopole de l'État sur la force armée menaçait l'existence même d'un pouvoir souverain unifié : accepter une armée dans l'armée, c'était accepter le retour des factions. Ce désaccord, en apparence logistique, était en réalité un affrontement sur la nature de l'État qui venait de naître.
Galili, co-signataire de l'accord du 1er juin, fut chargé par Begin de conduire les négociations côté gouvernemental, bien qu'il n'occupât alors plus de poste officiel et que ses relations avec Ben-Gourion fussent tendues. Cette ambiguïté de représentation contribua à brouiller les lignes de communication et à empêcher un accord de dernière heure.
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Chapitre 4 : Kfar Vitkin et la plage de Tel-Aviv
Sur les conseils du gouvernement, le navire fit d'abord route vers un point de débarquement situé au nord de Tel-Aviv. Ben-Gourion indiqua à Begin que l'Altaléna devait accoster à Kfar Vitkin, une zone où stationnait la brigade Alexandroni, loyale aux forces de la Haganah. Le navire mouilla au large de Kfar Vitkin le 20 juin 1948 au matin. Dans un premier temps, la coopération l'emporta : soldats de la Haganah et combattants de l'Irgoun travaillèrent côte à côte à décharger les munitions.
L'entente ne dura pas. Le commandant de la brigade Alexandroni, Dan Even (de son nom complet Dan Even-Epstein), remit à Begin un ultimatum écrit au nom du chef d'état-major : l'Irgoun avait dix minutes pour rendre le navire et sa cargaison sans condition, sous peine d'emploi de « tous les moyens nécessaires ». Devant le refus de Begin, les combats éclatèrent. Afin d'éviter davantage d'effusion de sang, des négociations s'engagèrent entre Yaakov Meridor, adjoint de Begin, et Dan Even, aboutissant à un cessez-le-feu et au transfert des armes déjà débarquées au commandant local de Tsahal. Begin monta alors à bord et le navire appareilla vers Tel-Aviv, espérant que le dialogue avec le gouvernement provisoire permettrait de décharger pacifiquement les armes restantes.
Cet espoir fut déçu. Ben-Gourion ordonna à Yigael Yadin, chef d'état-major par intérim, de concentrer d'importantes forces sur la plage de Tel-Aviv et de s'emparer du navire par la force. Des canons lourds furent acheminés sur le rivage. La jeune force aérienne israélienne, sollicitée pour bombarder le navire, refusa ; c'est finalement Yitzhak Rabin, agissant sous les ordres du général Yigal Allon, qui donna l'ordre de faire feu au canon — ordre que ses propres subordonnés hésitèrent à exécuter. Le 22 juin 1948 à seize heures, l'Altaléna fut touchée et prit feu.
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Chapitre 5 : Le bilan de sang et l'appel de Begin
Le bombardement du 22 juin 1948 fit du navire une torche flottante au large de Tel-Aviv. Le bilan humain frappa d'autant plus les esprits qu'il opposait des Juifs à des Juifs. Seize combattants de l'Irgoun furent tués dans l'ensemble de l'affrontement — six dans la région de Kfar Vitkin et dix sur la plage de Tel-Aviv — tandis que trois soldats de Tsahal perdirent la vie, deux à Kfar Vitkin et un à Tel-Aviv. À ces morts s'ajoutèrent de nombreux blessés et une vague d'arrestations : plus de deux cents combattants de l'Irgoun furent placés en détention sur ordre de Ben-Gourion dans les heures qui suivirent le bombardement. Abraham Stavsky, l'un des artisans discrets de l'acquisition du navire, figura parmi les morts de Tel-Aviv.
L'événement aurait pu déclencher une guerre civile. Il n'en fut rien, en grande partie à cause de la décision de Begin de ne pas riposter. Malgré la tension et le sang versé, Begin passa à la radio pour appeler les membres de l'Irgoun à ne pas combattre Tsahal : « Ne levez pas la main contre un frère, pas même aujourd'hui. Il est interdit qu'une arme hébraïque soit employée contre des combattants hébreux. » Ce refus de la vengeance devint, pour ses partisans comme pour ses adversaires, un acte fondateur. Au lendemain de l'événement, Ben-Gourion lui-même considéra que le pays avait évité le pire — et Begin ne lui donna pas tort sur ce point, même si les deux hommes continueraient de se combattre politiquement pendant trois décennies.
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Chapitre 6 : La photo, les témoins et les mémoires privées
L'histoire de l'Altaléna n'a pas seulement été écrite par les historiens et les archives d'État. Elle a aussi été transmise par ceux qui y étaient, directement ou par filiation. Parmi les pièces versées au présent corpus figure une photographie conservée par Claudine Douillet, fondatrice du magazine Alliance : on y reconnaît, au premier plan, le père de Claudine Douillet, aux côtés du père de Bernard Anouaf, journaliste et animateur de Radio Shalom Paris. Cette image — dont le sujet précis, le lieu et la date exacte restent à établir — dit quelque chose que les archives officielles ne disent pas : des hommes ordinaires, liés à des familles et à des réseaux communautaires précis, ont été témoins de l'événement ou de ses suites immédiates, et ont gardé une trace matérielle de leur présence dans ce moment de fondation.
Ce type de témoignage photographique privé est précieux précisément parce qu'il résiste à la mise en récit canonique. La mémoire de l'Altaléna n'a pas été uniquement disputée entre historiens de la gauche et de la droite israéliennes, entre héritiers de Ben-Gourion et héritiers de Begin ; elle a aussi été portée, décennie après décennie, par des familles séfarades et ashkénazes de la diaspora, par des militants communautaires, des journalistes, des animateurs de radio et des directeurs de magazines qui se souvenaient d'avoir vu, d'avoir entendu, d'avoir connu quelqu'un qui était là.
La photographie de Claudine Douillet s'inscrit dans cet espace de mémoire vive et familiale. Elle rappelle que l'événement a débordé largement le cadre de la Terre d'Israël : il a traversé les communautés juives de la diaspora, touché des familles établies en France, alimenté des conversations et des engagements qui ont ensuite trouvé leur expression dans des médias communautaires — Alliance, Radio Shalom — devenus eux-mêmes des lieux de mémoire.
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Chapitre 7 : La longue mémoire d'une blessure fondatrice
L'affaire Altaléna ne s'est jamais entièrement refermée. Elle est devenue un lieu de mémoire disputé, un miroir dans lequel la droite et la gauche israéliennes ont longtemps lu des versions opposées de la fondation de l'État. L'animosité née des événements de juin 1948 demeura profonde pendant des décennies, alimentant une rivalité politique qui ne prit fin qu'avec l'alternance de 1977.
Pour le camp de Ben-Gourion, la fermeté fut le prix nécessaire de la souveraineté : un seul État, une seule armée. Pour les héritiers de Jabotinsky et de Begin, l'Altaléna reste une plaie, le symbole d'un sang juif versé par des mains juives. La retenue de Begin, longtemps dans l'opposition avant de devenir Premier ministre en 1977, fut érigée en modèle de responsabilité nationale préférée à la revanche partisane. Son appel à ne pas lever la main contre un frère devint le texte fondateur de la mémoire révisionniste de l'événement, régulièrement cité dans les commémorations annuelles.
La controverse sur les responsabilités individuelles ne s'est pas éteinte avec les acteurs directs. Des décennies après les faits, le rôle précis de Yitzhak Rabin dans le bombardement final a été l'objet de polémiques vives, certains l'accusant d'avoir visé délibérément des rescapés de la Shoah, d'autres soulignant qu'il avait cherché à éviter le pire au sein d'un chaos de commandement. L'épave elle-même n'a pas cessé de hanter la mémoire collective : des autorités israéliennes ont encore évoqué, au début du XXIe siècle, l'idée de localiser le navire coulé au large de Tel-Aviv, signe que l'objet matériel et sa charge symbolique n'ont rien perdu de leur puissance d'évocation.
Une plaque sur la plage de Tel-Aviv, non loin de la rue Frishman où l'Altaléna s'échoua, rappelle sobrement : « Le 21 juin 1948, le navire d'armement de l'IZL "Altaléna" mouilla au large de ce rivage et fut bombardé sur ordre du gouvernement provisoire d'Israël. » Cette inscription, lue et relue par des générations de promeneurs, fait de la plage elle-même un lieu de mémoire à ciel ouvert.
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Les grandes figures
Zeev (Vladimir) Jabotinsky (1880–1940) — זאב ז'בוטינסקי — Écrivain, orateur et fondateur du sionisme révisionniste, né à Odessa, il signa nombre de ses textes de jeunesse du pseudonyme « Altaléna » — terme italien évoquant la bascule —, adopté à Rome au tournant du siècle. Créateur de la Légion juive pendant la Première Guerre mondiale puis du mouvement révisionniste dont l'Irgoun se réclamait, il mourut aux États-Unis en 1940 sans voir naître l'État qu'il avait appelé de ses vœux. Son nom de plume, donné au navire en hommage posthume, imprima à l'affaire son identité idéologique.
David Ben-Gourion (1886–1973) — דוד בן-גוריון — Premier chef du gouvernement provisoire d'Israël et ministre de la Défense, il incarna l'exigence du monopole étatique sur la force armée. C'est lui qui exigea la reddition sans condition du chargement et ordonna le bombardement du navire, voyant dans cet acte de fermeté le geste fondateur d'une souveraineté indivisible. Son conflit avec Begin, né bien avant l'affaire, s'en trouva durablement exacerbé, mais il considéra lui-même, après coup, que la guerre civile avait été évitée de justesse.
Menahem Begin (1913–1992) — מנחם בגין — Commandant de l'Irgoun et disciple de Jabotinsky, il monta à bord de l'Altaléna et refusa d'engager une guerre fratricide, appelant ses hommes à ne pas lever la main contre Tsahal. Cette décision, prise sous le feu, est restée attachée à sa mémoire d'homme d'État bien au-delà de son accession à la tête du gouvernement en 1977. Il porta toute sa vie la blessure de l'affaire comme un emblème de l'injustice qu'il estimait avoir été faite au camp révisionniste.
Eliyahu Lankin (1914–1994) — Commandant militaire supérieur de l'Irgoun (Etzel), il assura la direction opérationnelle de l'expédition à bord du navire, aux côtés du capitaine Monroe Fein. Compagnon de Begin, cadre révisionniste venu d'Europe de l'Est, il incarne l'engagement des officiers de l'Irgoun dans la phase finale de la lutte pour l'indépendance et les contradictions d'une absorption militaire inachevée.
Monroe Fein (dates inconnues) — Ancien lieutenant de la marine américaine, il assura le commandement nautique de l'Altaléna tout au long de la traversée depuis la France jusqu'aux côtes israéliennes. Sa présence illustre le rôle des volontaires étrangers — notamment américains — dans l'effort de guerre juif de 1948, hommes qui mirent leur compétence professionnelle au service d'une cause qui n'était pas celle de leur propre pays.
Hillel Kook (Peter Bergson) (1915–2001) — הלל קוק — Militant révisionniste actif aux États-Unis, neveu du grand rabbin Abraham Isaac Kook, il mena sous le nom de Peter Bergson des campagnes retentissantes pour le sauvetage des Juifs d'Europe pendant la Shoah, avant de s'engager dans l'armement de l'Irgoun. Il figura parmi les artisans de l'acquisition du navire. Après 1948, il se retira progressivement de la vie publique israélienne, sans jamais renier ses engagements d'avant l'indépendance.
Yitzhak Rabin (1922–1995) — יצחק רבין — Officier de la Palmach en juin 1948, il reçut l'ordre d'Yigal Allon de faire feu sur l'Altaléna et donna à son tour cet ordre à ses subordonnés, dans un contexte de commandement difficile où plusieurs soldats refusèrent d'obtempérer. Son rôle dans le bombardement final fit l'objet de controverses rétrospectives. Il devint chef d'état-major, puis Premier ministre, et fut assassiné en 1995 — laissant son nom associé à deux moments opposés de l'histoire israélienne : la violence fondatrice de 1948 et le processus de paix des années 1990.
Dan Even-Epstein (dates inconnues) — Commandant de la brigade Alexandroni de Tsahal, il fut chargé par Ben-Gourion d'encercler Kfar Vitkin et remit à Begin l'ultimatum exigeant la reddition immédiate du navire et de sa cargaison. C'est sous son commandement que les premiers échanges de tirs eurent lieu à Kfar Vitkin, faisant six morts du côté de l'Irgoun et deux du côté de Tsahal.
Yechiel Kadishai (1923–2013) — יחיאל קדישאי — Responsable de la supervision des passagers à bord de l'Altaléna, il fut l'un des cadres de l'Irgoun présents sur le navire lors de l'ensemble de l'affrontement. Il devint par la suite le directeur de cabinet et le collaborateur le plus proche de Menahem Begin pendant toute sa carrière politique, restant jusqu'à la fin le gardien de la mémoire du chef de l'Irgoun.
Claudine Douillet (dates non établies dans les sources disponibles) — Fondatrice du magazine communautaire Alliance, elle est représentée par une photographie familiale versée au présent corpus, où son père figure au premier plan, aux côtés du père de Bernard Anouaf de Radio Shalom Paris. Cette image témoigne du lien entre des figures de la vie communautaire juive de diaspora et la mémoire vive de l'Altaléna, transmise à travers les familles et les institutions médiatiques communautaires.
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Conclusion
L'Altaléna n'a navigué que quelques jours, mais son sillage traverse toute l'histoire d'Israël. Née du pseudonyme d'un écrivain, chargée des armes de la France et des rescapés de l'Europe, elle échoua sur la question la plus difficile de tout État nouveau : qui détient légitimement la force ? En choisissant l'unité de l'armée au prix du sang fraternel, Ben-Gourion imposa le monopole étatique de la violence ; en refusant la riposte, Begin épargna au pays la guerre civile. De cette double décision, contradictoire et pourtant complémentaire, l'Israël moderne tire une part de sa cohésion.
La mémoire de l'affaire n'est pas restée confinée aux seuls acteurs politiques et militaires. Des photographies de famille, des témoignages conservés dans des archives communautaires, des émissions de radio et des magazines comme Alliance — fondé par Claudine Douillet, dont le père fut lui-même témoin de l'époque — montrent que l'événement a irrigué les mémoires de la diaspora autant que celles de l'État naissant. L'Altaléna a été vécue, ressentie et racontée par des hommes et des femmes ordinaires dont les noms ne figurent dans aucun livre d'histoire, mais dont les photographies et les récits continuent de circuler.
Reste la blessure. L'affaire demeure un objet de mémoire vive, ravivé à chaque commémoration et à chaque évocation de l'épave engloutie. Elle rappelle que les nations ne se fondent pas seulement sur des victoires contre l'ennemi, mais aussi sur la maîtrise — douloureuse — des affrontements internes. L'Altaléna, bascule jusque dans son nom, restera le point d'équilibre fragile où la jeune souveraineté israélienne choisit, dans la douleur, de ne pas se briser.
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