Región: Bassin méditerranéen, Europe, monde arabe
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Publicado el 26 de junio de 2026
Grand Livre thématique consacré aux exils, aux expulsions et aux migrations : de la destruction du Temple aux grandes expulsions médiévales, des routes séfarades et ashkénazes aux départs du monde arabe au XXe siècle. La diaspora comme mouvement et recomposition. Registre à l'intersection de la Mémoire et de l'Histoire.

PSM V82 D014 A russian jewish boy just landed at ellis island
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Russian Jewish girl 1905 Ellis Island
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Les exils, les expulsions et les migrations — Zakhor, https://zakhor.ai/es/grands-livres/thematiques/exils-migrationsL'histoire juive est, plus que toute autre peut-être, traversée par le mouvement : déplacements forcés, fuites, errances et recompositions. Le mot même de galout — l'exil — n'a jamais désigné une simple dispersion géographique, mais une condition existentielle et théologique, un éloignement de la terre et du Temple qui structure la mémoire collective autant que l'expérience vécue. Au croisement de la Mémoire et de l'Histoire, le présent ouvrage suit le fil de ces déplacements, de la chute de Jérusalem aux départs massifs du monde arabe au XXe siècle.
Il convient d'emblée de nuancer une représentation tenace. La diaspora juive ne naît pas en un instant ni d'un seul événement : dès l'époque hellénistique, des communautés florissantes existaient en Égypte, en Babylonie, en Asie Mineure et dans tout le pourtour méditerranéen, bien avant que Rome ne détruisît le Second Temple. L'exil est donc à la fois une réalité historique documentée et un récit fondateur, une catégorie de pensée qui informe la liturgie, le droit et l'imaginaire. C'est cette tension — entre l'archive et la tradition, entre la contrainte subie et la créativité des recommencements — que ce livre s'attache à éclairer.
Une question méthodologique traverse tout l'ouvrage : comment articuler ce que la tradition transmet et ce que l'archive établit ? Yosef Hayim Yerushalmi a montré que le judaïsme commande de se souvenir — Zakhor — sans toujours commander d'écrire l'histoire au sens des modernes ; la mémoire collective et l'historiographie critique procèdent de logiques distinctes, parfois concurrentes. C'est dans cet écart fécond que se loge l'intelligence de l'exil : le souvenir liturgique de la galout n'est pas la chronique des expulsions, mais il en oriente la lecture, lui confère sens et durée. Aussi ce livre s'efforce-t-il, section après section, de nommer honnêtement son régime — Mémoire, Histoire ou Intersection — sans jamais les confondre.
En l'an 70 de l'ère commune, au terme de la Grande Révolte juive contre Rome, les légions de Titus prirent Jérusalem et incendièrent le Second Temple. La destruction du Second Temple par les Romains en 70 marqua le commencement de la Diaspora juive [Britannica, Temple of Jerusalem]. Cet événement, survenu durant la première guerre judéo-romaine, mit un terme au culte sacrificiel centralisé et provoqua une réorientation profonde de la vie religieuse.
L'historiographie traditionnelle a souvent présenté l'année 70 comme le moment unique d'un exil total. La recherche moderne invite à plus de prudence : la dispersion juive était déjà ancienne, et la rupture de 70, puis l'échec de la révolte de Bar Kokhba en 132-135, accélérèrent un processus déjà engagé plutôt qu'ils ne l'inaugurèrent. Néanmoins, l'effondrement du sanctuaire eut des conséquences structurelles décisives. L'après-destruction vit l'essor du judaïsme rabbinique et un glissement vers la prière et l'étude de la Torah [Scripture Analysis].
C'est ici que la Mémoire et l'Histoire se répondent avec une netteté particulière. Le 9 Av — Tisha BeAv — devint le jour de deuil par excellence du calendrier juif. Le 9 Av est un jour de deuil, qui commémore la destruction des deux Temples [Scripture Analysis]. Cette date condense en un seul foyer mémoriel une série de catastrophes, et son choix par les autorités ultérieures pour signifier d'autres expulsions n'est jamais fortuit. La perte du Temple cessa d'être un simple fait politique pour devenir le paradigme même de l'exil, reconfiguré en attente messianique et en fidélité à la Loi.
La pensée juive médiévale a élaboré une véritable théologie de cette condition. La galout n'y est pas seulement géographique : elle est rupture du lien, attente, et parfois exil de la parole elle-même, comme l'a souligné André Neher en méditant le silence biblique. Yitzhak Baer a montré combien l'imaginaire de l'exil organisa la conscience collective, faisant du déplacement subi un horizon spirituel et messianique. Ainsi le sanctuaire détruit ne disparut pas : il se transmua en livre, en étude et en prière, le Temple matériel cédant la place à un Temple intérieur et portatif que l'on emporte sur les routes de la dispersion.
Avant que Rome n'entrât en scène, l'exil avait déjà façonné l'expérience juive. La déportation babylonienne, au VIe siècle avant l'ère commune, fonda l'archétype même du départ contraint et du chant nostalgique de Sion. Mais elle inaugura aussi une leçon paradoxale : loin de dissoudre l'identité, l'exil de Babylone engendra l'une des plus puissantes créations spirituelles du judaïsme. C'est sur les rives de l'Euphrate que se constitua, au fil des siècles, le grand centre d'études d'où sortirait le Talmud de Babylone, monument du droit et de la pensée rabbiniques.
L'Égypte hellénistique offrit un autre visage de la diaspora. À Alexandrie, une communauté nombreuse et lettrée produisit la traduction grecque de la Bible, la Septante, et donna en Philon un penseur qui sut conjuguer Torah et philosophie grecque. Cette diaspora méditerranéenne, antérieure à 70, démontre que la dispersion n'était pas seulement subie mais constituait un fait structurel du monde juif ancien, doté de ses langues, de ses institutions et de ses traductions. La pluralité des centres — judéen, babylonien, alexandrin — précède donc l'idée d'un exil-catastrophe unique.
Cette antériorité éclaire toute la suite. Quand les expulsions médiévales puis modernes frapperont, elles trouveront un peuple déjà rompu à l'art de recommencer, héritier d'une longue mémoire de Babylone où la perte d'une terre n'avait pas signifié la perte d'un monde. La diaspora antique fournit ainsi la grammaire des exils à venir : nostalgie de Sion, fidélité à la Loi, et invention de centres nouveaux.
Le bas Moyen Âge chrétien inaugura un cycle d'expulsions royales dont l'Angleterre offrit le premier exemple permanent. L'Édit d'expulsion est un décret royal expulsant tous les Juifs du royaume d'Angleterre, promulgué par Édouard Ier le 18 juillet 1290 ; ce fut la première fois qu'un État européen bannit durablement leur présence [Edict of Expulsion, Wikipedia]. Le choix de la date n'avait rien d'anodin : elle fut très probablement choisie parce qu'elle correspondait à un jour saint juif, Tisha BeAv, qui commémore la destruction de Jérusalem [Edict of Expulsion, Wikipedia]. La symbolique de l'exil antique se trouvait ainsi réactivée par le pouvoir lui-même.
Les modalités administratives furent expéditives. Le jour même de la proclamation de l'édit, des écrits furent envoyés aux shérifs avisant que tous les Juifs avaient jusqu'au 1er novembre pour quitter le royaume ; tout Juif demeurant après cette date était passible d'être saisi et exécuté [The National Archives]. En quelques mois, une communauté ancienne et autrefois prospère fut effacée du sol anglais.
La France royale suivit un mouvement comparable, ponctué de retours et de nouvelles expulsions au gré des besoins financiers de la Couronne. En 1306, le roi Philippe IV expulsa les Juifs afin de saisir leurs biens et d'annuler les dettes contractées envers eux ; les Juifs furent autorisés à revenir en 1315, puis de nouveau expulsés en 1321 par Charles IV [Rick Steves Travel Forum]. Le motif fiscal se mêlait à l'accusation religieuse et populaire. L'expulsion définitive intervint à la fin du siècle : le 17 septembre 1394, le roi Charles VI de France ordonna l'expulsion de tous les Juifs du royaume [The Jerusalem Post]. Auparavant, ces communautés avaient subi le brûlement de textes religieux sacrés, des impôts discriminatoires, et avaient été accusées d'être responsables de la peste noire qui avait ravagé l'Europe au milieu du XIVe siècle [The Jerusalem Post].
Le brûlement des livres mérite ici une attention propre : la condamnation du Talmud à Paris en 1242, ordonnée après la dispute de 1240, vit livrer aux flammes des dizaines de charretées de manuscrits, frappant le judaïsme non dans ses corps seulement mais dans son texte même. L'exil des hommes s'accompagnait d'un exil des lettres, comme si l'on cherchait à arracher au peuple la mémoire écrite en même temps que la terre.
Ces décrets dessinent une géographie de l'errance : les expulsés d'Angleterre et de France gagnèrent l'Empire, l'Italie, la péninsule Ibérique encore accueillante, redistribuant les foyers du judaïsme européen vers l'est et le sud.
L'expulsion d'Espagne constitue, dans la mémoire séfarade, la grande catastrophe matricielle. L'Édit de l'Alhambra, également connu comme l'Édit d'expulsion, fut promulgué le 31 mars 1492 par les Rois Catholiques d'Espagne, Isabelle Ire de Castille et Ferdinand II d'Aragon, ordonnant l'expulsion des Juifs non convertis des couronnes de Castille et d'Aragon ainsi que de leurs territoires et possessions au plus tard le 31 juillet de la même année [Alhambra Decree, Wikipedia].
L'édit était l'aboutissement d'un long processus de suspicion et de coercition. Les autorités soupçonnaient certains conversos de continuer à pratiquer secrètement le judaïsme ; les préoccupations liées à ce « judaïsing » contribuèrent à motiver la création de l'Inquisition espagnole en 1478, qui enquêtait sur les cas d'hérésie et, dans certains cas, recourait à la torture et imposait des peines pouvant aller jusqu'à l'exécution des impénitents [Expulsion of Jews from Spain, Wikipedia]. Aux soupçons s'ajoutèrent les statuts de limpieza de sangre, la « pureté du sang », qui racialisèrent peu à peu une exclusion d'abord religieuse.
Le choix était implacable : les Juifs d'Espagne furent contraints de renoncer à leur foi ou de quitter leur patrie millénaire en l'espace de quelques mois [mjhnyc.org]. Cet exode dispersa les Séfarades à travers le Maghreb, l'Italie, les Provinces-Unies plus tard, et surtout l'Empire ottoman. Il fit naître une diaspora dans la diaspora, porteuse d'une langue propre, le judéo-espagnol, et d'un sentiment aigu d'appartenance à Sefarad perdue.
Le Portugal voisin offre un contrepoint instructif. Accueillis en 1492, les exilés y furent rattrapés dès 1497 par une conversion forcée qui, plutôt qu'une expulsion, créa la vaste population des « nouveaux chrétiens », vivier de marranes dont une partie regagnerait plus tard, par Amsterdam ou Bordeaux, la pleine pratique du judaïsme. La péninsule Ibérique produisit ainsi deux figures de l'exil : le départ irréversible et la dissimulation intérieure, l'errance des corps et l'errance des consciences [zakhor-online.com, Des temps de l'histoire juive au Portugal].
Après 1492, les chemins de l'exil devinrent des routes de reconstruction. L'Empire ottoman accueillit massivement les expulsés ibériques, qui revivifièrent des cités comme Salonique, Constantinople, Izmir ou Safed. La tradition rapporte que le sultan Bayezid II se félicita d'un édit qui appauvrissait l'Espagne au profit de ses propres États : on lui prête le mot selon lequel le roi d'Espagne aurait appauvri son pays pour enrichir le sien [historyofinformation.com, Sultan Bayezid II Welcomes Jewish Refugees]. Il est établi que Bayezid II ordonna d'accueillir favorablement les réfugiés séfarades dans ses domaines, et que ces villes devinrent des foyers majeurs d'imprimerie hébraïque, de droit rabbinique et de mystique [historyofinformation.com, Sultan Bayezid II Welcomes Jewish Refugees]. Salonique, en particulier, fut durablement marquée par une présence séfarade prépondérante.
Safed, en Galilée ottomane, devint au XVIe siècle le foyer rayonnant de la kabbale lourianique : c'est là que l'exil cosmique fut pensé comme déchirure originelle et que la galout trouva une métaphysique. L'expérience historique de l'expulsion nourrit ainsi une mystique où la réparation du monde — tikkoun — répond au bris des vases et à la dispersion des étincelles.
Le monde ashkénaze connut une dynamique parallèle mais distincte. Refoulées des terres d'Empire et du royaume de France, harcelées par les massacres liés aux croisades puis aux accusations de peste, de nombreuses communautés rhénanes et germaniques migrèrent vers l'est, en Pologne et en Lituanie, où les chartes de protection princières offraient un cadre juridique relativement stable. Il est probable que ces déplacements progressifs aient contribué à former, sur plusieurs siècles, le grand centre démographique du judaïsme d'Europe orientale et à façonner la langue yiddish comme vecteur d'une culture autonome.
Ces deux grands mouvements — l'un méditerranéen et ottoman, l'autre continental et oriental — montrent que l'exil ne fut jamais seulement perte. Il fut aussi transfert de savoirs, circulation de livres et de juristes, tissage de réseaux familiaux et commerciaux à l'échelle d'un monde. La diaspora se révèle ici comme un principe de recomposition autant que de dispersion, chaque expulsion engendrant de nouveaux centres.
Entre les rives de la Méditerranée, le Maghreb fut tout à la fois un asile pour les expulsés d'Ibérie et le siège de communautés très anciennes, parfois antérieures à l'islam. À Tlemcen, à Fès, à Oran ou à Tunis, l'arrivée des Séfarades après 1391 et 1492 superposa aux familles autochtones — les toshavim — une élite nouvelle, les megorashim, dont les usages liturgiques et juridiques redessinèrent durablement la vie communautaire. Tlemcen, carrefour caravanier, connut ainsi près de mille ans d'une présence juive faite de prospérité et d'épreuves.
L'époque moderne et contemporaine y vit un autre mouvement, plus lent et plus insidieux : la transformation des sociétés juives sous l'effet de la colonisation et de l'occidentalisation. En Tunisie, la communauté de Sousse passa, en un siècle, d'une orientalité traditionnelle à une acculturation française, illustrant comment la migration des modèles culturels précède parfois la migration des corps. Le décret Crémieux de 1870, qui naturalisa français les Juifs d'Algérie, accéléra ce basculement et inscrivit ces communautés dans une trajectoire singulière, suspendue entre Orient et Occident.
Cette histoire maghrébine importe pour comprendre les départs du XXe siècle : ce ne furent pas des communautés figées qui s'en allèrent, mais des sociétés déjà travaillées par un siècle de mutations, partagées entre fidélité à l'Orient et attraction de l'Europe. La fin du monde judéo-maghrébin fut donc l'aboutissement d'un long processus autant qu'une rupture brutale.
Le XXe siècle vit se clore, en quelques décennies, une présence juive plurimillénaire dans les terres d'islam. Des communautés établies depuis l'Antiquité — en Irak, au Yémen, en Égypte, au Maroc, en Tunisie, en Libye, en Syrie — connurent un départ massif au lendemain de la création de l'État d'Israël en 1948, sous l'effet conjugué de tensions politiques, de mesures discriminatoires, de violences locales et d'aspirations sionistes. Selon les estimations couramment avancées par les historiens, plusieurs centaines de milliers de Juifs quittèrent ainsi le monde arabe au cours du troisième quart du siècle.
L'archive permet d'en préciser les jalons. Au Yémen, l'opération dite « Tapis volant » — On Wings of Eagles — transféra vers Israël, entre 1949 et 1950, l'essentiel d'une communauté parmi les plus anciennes du monde, soit quelque cinquante mille personnes acheminées par un pont aérien sans précédent. En Irak, l'opération Ezra et Néhémie organisa, en 1951 et 1952, l'émigration de la quasi-totalité d'une communauté babylonienne pluri-millénaire vers Israël [Operation Ezra and Nehemiah, Wikipedia]. Ces transferts faisaient suite à des violences marquantes, telles que le Farhoud, pogrom qui frappa les Juifs de Bagdad en juin 1941 et hâta la rupture de confiance.
Ce phénomène articule, là encore, Mémoire et Histoire. Les récits familiaux gardent la trace de biens abandonnés, de citoyennetés perdues, de synagogues désertées ; l'archive documente les lois, les confiscations et les opérations d'émigration organisées. Il convient toutefois de souligner que les rythmes et les causes varièrent considérablement d'un pays à l'autre, et qu'une lecture uniforme trahirait la complexité des situations locales.
Ces départs déplacèrent le centre de gravité du judaïsme oriental et séfarade vers Israël, la France et les Amériques. Ils refermèrent un long chapitre de coexistence et inaugurèrent de nouvelles recompositions identitaires, où la mémoire de l'Orient perdu — Mizrah — se transmit en exil comme jadis celle de Sefarad et de Jérusalem.
Au-delà des dates et des décrets, l'exil se perpétue dans les formes mêmes de la vie juive. La liturgie en porte la trace constante : prières tournées vers Jérusalem, jeûne de Tisha BeAv, formule pascale « l'an prochain à Jérusalem » qui fait de l'attente un rite quotidien. La mémoire de la galout n'est pas un savoir mais une pratique, intériorisée et répétée, par où le passé se rejoue dans le présent.
Les langues de l'exil témoignent de la même alchimie. Le judéo-espagnol des Séfarades, le yiddish des Ashkénazes, le judéo-arabe des communautés orientales conservèrent, chacune, la mémoire d'un monde perdu tout en l'enrichissant des apports des terres d'accueil. Ces idiomes furent les arches portatives où la dispersion se fit culture : véhicules de poèmes, de contes, de chroniques et de droit, ils prouvèrent que l'exil pouvait engendrer des littératures entières.
Enfin, la transmission elle-même devint le lieu de l'identité. Là où d'autres peuples ancraient leur continuité dans un sol, le judaïsme l'ancra dans un texte et dans le geste de le commenter de génération en génération. Yerushalmi a nommé cette tension entre l'injonction de mémoire et l'histoire critique le cœur même de la modernité juive : se souvenir, oui, mais aussi affronter l'archive, parfois au prix d'un nouvel exil intérieur, celui de l'historien à l'égard de sa propre tradition. C'est cet exil-là, paradoxal et fécond, que le présent ouvrage a voulu honorer.
De la chute du Temple aux exodes du XXe siècle, un même motif se déploie sous des formes sans cesse renouvelées : la contrainte du départ et l'invention du recommencement. Les expulsions médiévales d'Angleterre, de France et d'Espagne, loin d'être des accidents isolés, dessinent une logique récurrente où se mêlent la cupidité des pouvoirs, la suspicion religieuse et la désignation d'un bouc émissaire. Le choix répété de Tisha BeAv comme date d'expulsion témoigne de la persistance d'un imaginaire de l'exil que les persécuteurs eux-mêmes mobilisèrent.
Mais l'histoire des exils juifs ne se réduit pas à une succession de catastrophes. Chaque dispersion engendra des centres nouveaux — Babylone et Alexandrie dans l'Antiquité, Salonique, Safed et Constantinople après 1492, la Pologne pour les Ashkénazes, Israël et l'Occident pour les Juifs du monde arabe. La galout fut ainsi tout autant condition subie que matrice de création culturelle, linguistique et spirituelle. À l'intersection de la Mémoire et de l'Histoire, la diaspora se donne à lire comme mouvement perpétuel et recomposition obstinée, où la perte d'une terre se transmua sans cesse en fidélité transmise et en mondes refondés.