Certos Grandes Livros não se prendem nem a uma família, nem a um lugar: atravessam toda a memória judaica em torno de um tema. Uma obra coletiva, fio após fio.
Para além das famílias, dos lugares e das figuras, certos grandes temas atravessam toda a história judaica: o exílio e o retorno, a transmissão, as línguas, os ofícios, as festas, a resiliência. Os Grandes Livros temáticos exploram esses fios condutores — para conectar as fichas entre si e dar a ver os motivos profundos da memória coletiva.
As 520 temáticas distribuem-se em 10 grandes ângulos. Clique para chegar a uma seção.
| Grande ângulo | Temáticas |
|---|---|
| Textos, Lei e estudo A cadeia de transmissão: Torá oral, Talmud, halachá, manuscritos e o livro hebraico. | 86 |
| Ritos, festas e ciclo da vida O calendário, as festas, o Shabat e os ritos do berço à sepultura. | 68 |
| Fé, mística e espiritualidade Ideia de Deus, messianismo, Cabala, poesia litúrgica e religião vivida. | 61 |
| Pensamento, ciências e saberes Filosofia, medicina, ciências e estudo erudito do judaísmo. | 55 |
| Línguas, letras e criação Iídiche, ladino, hebraico, literatura, artes, imprensa e folclore. | 71 |
| Diáspora, mundos judaicos e migrações Galut, exílios, terras do islã, comunidades singulares e retorno a Sião. | 21 |
| Comunidades e mundos da diáspora Monografias das comunidades judaicas pelo mundo, de Babilônia e Roma a Cochim e Xangai. | 57 |
| Vida comunitária, sociedade e economia Sinagoga, entreajuda, ofícios, mesa, vestimenta e instituições sociais. | 33 |
| Emancipação, modernidade e movimentos Haskalah, emancipação, correntes religiosas e movimentos políticos modernos. | 42 |
| Perseguições, memória e Shoá Antissemitismo, disputas, guetos, Shoá, resistência e Justos. | 26 |
A cadeia de transmissão: Torá oral, Talmud, halachá, manuscritos e o livro hebraico.
O calendário, as festas, o Shabat e os ritos do berço à sepultura.
Ideia de Deus, messianismo, Cabala, poesia litúrgica e religião vivida.
Filosofia, medicina, ciências e estudo erudito do judaísmo.
Iídiche, ladino, hebraico, literatura, artes, imprensa e folclore.
Diaspora · Du Moyen Âge à nos jours
Grand Livre thématique consacré aux langues juives — hébreu, araméen, yiddish, ladino (judéo-espagnol), judéo-arabe, judéo-persan et d'autres : leur formation, leur littérature, leur déclin et leurs renaissances. Chaque langue est la mémoire d'un monde. Registre à l'intersection de la Mémoire et de l'Histoire.
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Bassin méditerranéen, Europe et monde · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique consacré à l'empreinte de l'hébreu sur les langues du monde. Trois grandes voies : (1) la diffusion biblique — par la Septante (grec), la Vulgate (latin) puis les traductions vernaculaires — qui a introduit un vaste lexique religieux et des hébraïsmes (amen, alléluia, hosanna, sabbat, jubilé, messie, séraphin, chérubin, manne, Éden, Babel, léviathan, shibboleth), ainsi que la quasi-totalité des prénoms d'origine biblique (Jean, Marie, Joseph, Daniel, Gabriel…) ; (2) la transmission par les langues juives — le yiddish irriguant l'allemand et les langues slaves, le judéo-espagnol (ladino) l'espagnol, jusqu'à l'argot et les registres familiers ; (3) la renaissance de l'hébreu moderne (Eliezer Ben-Yehuda) et ses emprunts réciproques contemporains. Registre Histoire, avec rigueur : distinguer l'emprunt établi de l'étymologie populaire, et ne jamais s'attribuer ce qui relève d'autres traditions linguistiques.
Abrir →Transformation de l'hébreu, langue sacrée, en langue parlée moderne, portée par Eliezer Ben-Yehouda et le mouvement national. Une résurrection linguistique sans équivalent.
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Essor d'une littérature en hébreu de la Haskala à l'État d'Israël — Mendele, Bialik, Agnon, Amichai. Elle accompagne la renaissance nationale et culturelle.
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Europe orientale, Amérique · XIXe-XXe siècle
Grand Livre thématique sur la scène et l'écran yiddish : naissance du théâtre yiddish (Goldfaden), troupes itinérantes, âge d'or new-yorkais et cinéma yiddish d'avant-guerre.
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Les formes et fonctions de l'humour dans la culture juive, de l'ironie talmudique au comique yiddish et à la satire moderne. Elle interroge le rire comme mode de survie, de critique sociale et d'autodérision.
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Diaspora et terre d'Israël · Du Moyen Âge à nos jours
Grand Livre thématique sur les arts visuels : enluminure et micrographie, orfèvrerie rituelle, peinture (de l'École de Paris à Chagall et Soutine), sculpture et photographie — l'image dans une tradition longtemps réticente.
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Le recours à la photographie pour documenter la vie juive, les communautés disparues et les lieux de mémoire. Elle examine portraits, archives visuelles et usages mémoriels de l'image.
Abrir →L'essor des journaux et périodiques juifs en hébreu, yiddish, ladino et langues vernaculaires depuis le XVIIIe siècle. Elle souligne leur rôle dans la formation d'une opinion publique et la diffusion des idées.
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Univers des contes, proverbes, chants et croyances transmis dans les communautés ashkénazes, séfarades et orientales. Il révèle la culture quotidienne et l'humour populaire.
Abrir →Créature d'argile animée par la puissance des lettres, associée au Maharal de Prague. Le motif nourrit le folklore, la littérature et le cinéma.
Abrir →Monde juif
L'art des objets rituels juifs recouvre une grande variété de pièces destinées au culte et à la vie religieuse : hanoukkiot, ornements de la Torah (rimonim, couronnes, plaques), pointeurs de lecture (yad), mezouzot, coupes de Kiddouch, lampes de Shabbat et haggadot enluminées. Produits par des orfèvres, des brodeurs et des scribes, ces objets reflètent les styles régionaux et les techniques des sociétés au sein desquelles vivaient les communautés. Ils répondent au principe de hiddour mitsva, l'embellissement du commandement, qui invite à accomplir les préceptes avec des objets beaux et soignés. Conservés dans des synagogues, des familles et des musées, ils constituent un patrimoine artistique souvent méconnu. Leur étude éclaire à la fois l'histoire de l'art juif et celle des échanges culturels avec les milieux environnants.
Abrir →Israël · XXe–XXIe siècle
Histoire du design graphique israélien : affiches du Fonds national juif, identité visuelle des institutions, timbres et billets de banque, qui forgèrent une iconographie nationale. Des graphistes comme Franz Krausz ou l'atelier d'Otte Wallish ont façonné le regard sur le pays. Ce champ mêle propagande pionnière, modernisme international et symboles hébraïques.
Abrir →France (Paris) · Début XXe siècle
Constellation d'artistes juifs immigrés, souvent venus d'Europe de l'Est, qui marquèrent la scène parisienne de Montparnasse dans les années 1910-1930. Chagall, Soutine, Modigliani (lié au milieu), Kikoïne ou Pascin en furent des figures majeures. Beaucoup périrent dans la Shoah, mais leur œuvre a profondément renouvelé la peinture moderne.
Abrir →États-Unis, Europe · XXe–XXIe siècle
Rôle majeur d'auteurs juifs dans l'invention de la bande dessinée moderne et des super-héros américains, de Will Eisner, théoricien du « roman graphique », aux créateurs de Superman. Plus tard, des œuvres comme Maus d'Art Spiegelman ont fait de la BD un médium de la mémoire de la Shoah. Ce domaine relie identité juive, immigration et culture populaire.
Abrir →Palestine mandataire, Israël · XXe siècle
Répertoire de chansons en hébreu nées avec le mouvement sioniste et la vie des pionniers, célébrant la terre, le travail agricole et la communauté. Des paroliers et compositeurs comme Naomi Shemer ont donné à ce genre ses hymnes, dont « Yeroushalaïm shel zahav ». Ces chants ont structuré l'identité culturelle israélienne et la pratique du chant collectif (shira betzibour).
Abrir →Europe de l'Est, Amérique du Nord · XIXe–XXe siècle
Art de la cantillation synagogale soliste poussé à son apogée par les grands hazzanim de l'« âge d'or » de la cantorat, comme Yossele Rosenblatt ou Gershon Sirota. Mêlant virtuosité vocale, coloratures et improvisation sur les modes liturgiques, cet art connut une diffusion phonographique massive. Il influença aussi la musique populaire et l'opéra.
Abrir →Israël, Europe orientale · XXe siècle
La hora est une danse en cercle, exécutée bras dessus bras dessous sur un rythme entraînant, qui fut adoptée par les pionniers sionistes au début du XXe siècle et devint l'une des danses emblématiques de la culture israélienne. D'origine balkanique et roumaine, elle fut réinvestie d'une signification idéologique : sa forme circulaire et égalitaire, sans hiérarchie ni couple, exprimait l'idéal communautaire et collectiviste du Yishouv et des kibboutzim. Plus largement, le mouvement de la danse folklorique israélienne (rikoudei am) se constitua à partir des années 1940 comme une création culturelle consciente, agrégeant des éléments venus des diverses communautés de la diaspora — danses yéménites, hassidiques, est-européennes — pour forger un répertoire national. Parallèlement, le folklore musical et chorégraphique ashkénaze, notamment celui qui accompagnait la musique klezmer aux mariages et aux fêtes, constitue un patrimoine corporel distinct, collecté et recomposé au XXe siècle. Ces danses demeurent un vecteur important d'identité et de sociabilité juives.
Abrir →Europe orientale, Amériques · XIXe–XXe siècle
La littérature yiddish moderne émergea au cours du XIXe siècle en Europe orientale, transformant une langue vernaculaire longtemps tenue pour mineure en un véhicule d'expression artistique majeur. Ses trois « classiques » fondateurs sont Mendele Moykher Sforim (Sholem Yankev Abramovitsh), considéré comme le « grand-père » de cette littérature, Sholem Aleichem, dont les récits de Tévié le laitier inspirèrent plus tard la comédie musicale Un violon sur le toit, et I. L. Peretz, maître du conte et de la nouvelle. La littérature yiddish dépeignit avec finesse la vie du shtetl, les tensions entre tradition et modernité, la pauvreté et l'humour des masses juives ashkénazes. Son rayonnement s'étendit avec l'émigration vers l'Amérique et atteignit une reconnaissance internationale lorsque Isaac Bashevis Singer reçut le prix Nobel de littérature en 1978. Frappée de plein fouet par la Shoah, qui anéantit son public et nombre de ses auteurs, elle demeure un corpus d'une exceptionnelle richesse, aujourd'hui étudié et traduit dans le monde entier.
Abrir →Espagne, Provence · XIIe–XIVe siècle
Genre narratif en prose rimée entrelardée de poèmes, adapté de la maqâma arabe par les auteurs hébreux médiévaux. Son chef-d'œuvre est le Tahkemoni de Yehouda Al-Harizi ; le Sefer Sha'ashou'im de Joseph ibn Zabara et les Mahberot d'Emmanuel de Rome en relèvent aussi. Le genre mêle satire sociale, virtuosité linguistique et ironie.
Abrir →Espagne médiévale, Balkans · XIVe–XVe siècle
La Haggadah de Sarajevo est l'un des plus célèbres et des plus précieux manuscrits hébreux enluminés au monde. Réalisée en Espagne, vraisemblablement à Barcelone, vers le milieu du XIVe siècle, elle se distingue par son riche cycle de miniatures illustrant des scènes bibliques, de la Création à la mort de Moïse, témoignage rare de l'art juif médiéval séfarade dans le contexte de l'enluminure gothique. Après l'expulsion d'Espagne, le manuscrit voyagea à travers la Méditerranée et finit par parvenir à Sarajevo, où il fut acquis par le musée national de Bosnie à la fin du XIXe siècle. Son histoire mouvementée est devenue légendaire : il fut sauvé à deux reprises de la destruction, d'abord par un conservateur musulman qui le cacha aux nazis durant la Seconde Guerre mondiale, puis lors du siège de Sarajevo dans les années 1990. Aux côtés d'autres manuscrits séfarades illustrés, comme les Haggadot dites « dorée » et « de Barcelone », elle incarne la richesse artistique du judaïsme médiéval et la résilience de son patrimoine.
Abrir →Maroc, Algérie · Médiéval–contemporain
Tradition savante de musique arabo-andalouse à laquelle les musiciens juifs du Maghreb ont largement contribué, notamment dans les écoles de l'Ala marocaine et du gharnati. Des interprètes juifs comme Salim Halali ou Samy Elmaghribi y ont brillé. Cette musique se prolonge dans les piyyoutim chantés sur les noubas andalouses.
Abrir →Europe de l'Est, Amérique du Nord · XIXe siècle–contemporain
Musique instrumentale festive des Juifs ashkénazes d'Europe orientale, jouée par les klezmorim aux mariages et célébrations, distincte du théâtre yiddish chanté. Marquée par la clarinette et le violon, elle exprime joie et lamentation. Quasi disparue après la Shoah et l'assimilation américaine, elle connaît depuis les années 1970 un puissant renouveau international.
Abrir →Méditerranée, Proche-Orient
La musique liturgique séfarade désigne le répertoire chanté des communautés issues du monde séfarade et oriental, pour les prières du Shabbat, des fêtes et des offices quotidiens. Elle se caractérise par l'usage de systèmes modaux empruntés aux musiques arabe et ottomane, comme l'organisation en maqamat dans les traditions du Proche-Orient, articulée au cycle des lectures de la Torah. Les paytanim (chantres-poètes) y occupent une place centrale, perpétuant des piyyoutim et des baqashot transmis oralement de génération en génération. Cette tradition varie selon les aires géographiques, de la Méditerranée occidentale aux communautés d'Alep, de Bagdad ou de Salonique. Aujourd'hui menacée par les bouleversements démographiques du XXe siècle, elle fait l'objet d'un travail actif de collecte, d'enregistrement et de transmission.
Abrir →Al-Andalus · Xe–XIIe siècle
La poésie hébraïque andalouse désigne la floraison littéraire qui se développa dans l'Espagne musulmane entre le Xe et le XIIe siècle, à l'âge d'or des communautés juives ibériques. Sous l'influence de la poésie arabe classique, ses auteurs adoptèrent la métrique quantitative et les formes savantes arabes tout en les transposant dans la langue hébraïque biblique. Des figures majeures comme Shmuel HaNaguid, Salomon ibn Gabirol, Moïse ibn Ezra et Yehuda HaLevi composèrent aussi bien des poèmes liturgiques (piyyoutim) que des œuvres profanes célébrant le vin, l'amour, l'amitié et la nostalgie de Sion. Cette production s'inscrivait dans un milieu de cour cultivé où savoir hébraïque et culture arabe se côtoyaient. Considérée comme l'un des sommets de la création poétique juive médiévale, elle marqua durablement la liturgie et la sensibilité littéraire des communautés séfarades.
Abrir →Israël · XIXe–XXe siècle
La poésie hébraïque moderne accompagna et incarna la renaissance de l'hébreu comme langue vivante, depuis les foyers d'Europe orientale jusqu'à la culture israélienne. Hayyim Nahman Bialik (1873-1934), surnommé le « poète national », exprima avec puissance la condition juive de son temps — la nostalgie de la maison d'étude, la révolte après le pogrom de Kichinev dans « Dans la ville du massacre », l'aspiration à la renaissance — et fixa durablement les registres de la langue poétique nouvelle. Son contemporain Saül Tchernichovsky introduisit une sensibilité plus païenne, hellénisante et tournée vers la nature. La génération suivante, façonnée par la vie en Eretz Israël, vit s'épanouir des voix comme celles de Nathan Alterman et d'Avraham Shlonsky, puis, après la création de l'État, de Yehuda Amichaï, dont la langue quotidienne et ironique renouvela profondément la poésie, et de Dahlia Ravikovitch, voix majeure et critique. Oscillant entre mémoire de la diaspora, célébration de la terre et regard critique sur le projet national, cette poésie constitue l'une des expressions les plus vivaces de la culture israélienne.
Abrir →Maroc, Orient, Maghreb · Moyen Âge–contemporain
Tradition vivante de poésie liturgique chantée propre aux communautés séfarades et orientales, illustrée par des figures comme Rabbi Israël Najara et David Bouzaglo. Les recueils de Shir Yedidout et les baqqashot du chabbat structurent les veillées chantées sur des modes musicaux arabo-andalous. Cette pratique demeure très vivante au Maroc et dans ses diasporas.
Abrir →Empire ottoman, Balkans · XIXe–XXe siècle
Florissante presse périodique en judéo-espagnol, imprimée en caractères rachi puis en latin, qui se développa à Salonique, Istanbul, Smyrne et Sofia. Des journaux comme El Tiempo ou La Epoka diffusèrent information, feuilletons et débats modernisateurs. Cette presse fut un vecteur essentiel de la modernité dans le monde séfarade ottoman.
Abrir →Allemagne, Europe centrale et orientale · XVIIIe–XIXe siècle
Naissance d'une presse périodique en langue hébraïque, depuis Ha-Me'assef (1784), organe des maskilim de Berlin, jusqu'à Ha-Magguid (1856), premier hebdomadaire hébreu. Ces publications diffusèrent science, littérature et débats de la Haskala, forgeant un lectorat moderne. Elles préparèrent l'essor de la presse hébraïque ultérieure et du journalisme sioniste.
Abrir →Europe · XIXe–XXe siècle
À partir du début du XIXe siècle, une presse juive multilingue se développa en Europe, en hébreu, yiddish, allemand, français et anglais, accompagnant les processus d'émancipation et de modernisation. Ces périodiques informaient les lecteurs, débattaient des grandes questions de l'époque — réforme religieuse, intégration civique, sionisme, antisémitisme — et participaient à la formation d'une opinion publique juive. Des titres comme Ha-Maggid en hébreu ou L'Univers israélite en France illustrent la diversité linguistique et idéologique de ce paysage médiatique. La presse yiddish, particulièrement vivace en Europe orientale puis dans l'émigration, atteignit un large lectorat populaire. En tant qu'espaces de débat et de mobilisation, ces journaux furent des instruments majeurs de la vie politique et culturelle juive moderne.
Abrir →Israël · XXe–XXIe siècle
Histoire du cinéma israélien, depuis les films pionniers sionistes jusqu'aux comédies populaires « bourekas » des années 1960-70, puis au cinéma d'auteur contemporain. Des réalisateurs comme Ephraïm Kishon, Uri Zohar ou la nouvelle génération ont porté ce cinéma à une reconnaissance internationale. Il interroge l'identité nationale, le conflit et la diversité des sociétés israéliennes.
Abrir →Empire ottoman, Méditerranée · XVIe siècle–contemporain
Riche tradition de proverbes et dictons en judéo-espagnol, transmis oralement et condensant la sagesse populaire séfarade avec humour et concision. Souvent rimés, les refranes touchent à la famille, à l'argent, au destin et à la communauté. Ils ont été collectés dans des recueils savants qui en font une source ethnographique majeure.
Abrir →Moyen-Orient, Afrique du Nord · VIIe–XXe siècle
Le judéo-arabe désigne l'ensemble des variétés d'arabe parlées et écrites par les Juifs des pays islamiques, généralement transcrites en caractères hébraïques et enrichies d'un vocabulaire hébreu et araméen propre à la vie religieuse. Apparu après les conquêtes arabes du VIIe siècle, il devint, pendant plus d'un millénaire, la langue quotidienne de millions de Juifs, du Maghreb à l'Irak en passant par l'Égypte et le Yémen. À l'époque classique (Xe-XIIe siècles), le judéo-arabe fut aussi une grande langue de culture savante : Saadia Gaon y traduisit la Bible et composa des œuvres théologiques, et Maïmonide rédigea en judéo-arabe son Guide des égarés ainsi que son commentaire de la Mishna. Le corpus de la Geniza du Caire a révélé l'ampleur de cette production, des lettres commerciales aux textes littéraires. À l'époque moderne se développèrent des littératures judéo-arabes populaires, avant que l'émigration massive du XXe siècle et l'adoption de l'hébreu, du français ou de l'arabe standard n'entraînent le déclin de cette langue.
Abrir →Kurdistan (Irak, Iran, Turquie, Syrie) · Antiquité–contemporain
Les Juifs du Kurdistan ont conservé jusqu'au XXe siècle des dialectes néo-araméens vivants (lishana deni, lishan didan, hulaula), héritiers lointains de l'araméen ancien. Ces langues ont transmis des contes, des chants de mariage et des paraphrases bibliques (targoum oral). Après leur immigration massive en Israël, elles sont aujourd'hui gravement menacées.
Abrir →Atlas marocain, Sud tunisien · Moyen Âge–XXe siècle
Variété de tamazight pratiquée par certaines communautés juives du Haut Atlas et de l'Anti-Atlas, le judéo-berbère servait surtout de langue de traduction orale (sharh) de la Bible et de la Haggadah. Quelques traductions de la Haggadah de Pessa'h en berbère ont été recueillies au XXe siècle. La communauté a presque entièrement émigré en Israël.
Abrir →Empire ottoman, Balkans, Méditerranée · XVe siècle–aujourd'hui
Le judéo-espagnol, aussi appelé ladino ou djudezmo, est la langue issue du castillan parlé par les Juifs d'Espagne avant leur expulsion de 1492, conservée et transformée par leurs descendants en exil. Implantés surtout dans l'Empire ottoman et les Balkans, ces locuteurs l'enrichirent d'emprunts à l'hébreu, au turc, au grec et à d'autres langues méditerranéennes. À partir du XIXe siècle, le judéo-espagnol soutint une vie culturelle dynamique avec une presse, un théâtre et une littérature, ainsi qu'un vaste corpus oral de romances, proverbes et chansons. Le terme « ladino » désigne plus précisément la langue calque employée pour traduire littéralement les textes sacrés hébraïques. Décimée par la Shoah dans les Balkans et fragilisée par l'assimilation, cette langue est aujourd'hui classée en danger, mais fait l'objet d'efforts de documentation et de revitalisation.
Abrir →Géorgie (Caucase) · Médiéval–contemporain
Variété de géorgien employée par les Juifs de Géorgie, intégrant un lexique hébreu et araméen propre à la vie religieuse, parfois appelée kivrouli. Communauté très ancienne, les Juifs géorgiens ont conservé traditions et chants distincts jusqu'à leur émigration vers Israël. Leur parler témoigne d'une longue symbiose avec la culture caucasienne.
Abrir →Grèce, Empire byzantin · Antiquité–XXe siècle
Langue judéo-grecque des Juifs romaniotes, présents dans le monde grec depuis l'Antiquité. Écrit en caractères hébraïques, le yévanique servit aux traductions bibliques et à la liturgie communautaire, comme à Ioannina et Corfou. La Shoah a presque entièrement anéanti ses derniers locuteurs.
Abrir →Italie · Moyen Âge–XXe siècle
Ensemble de parlers judéo-romans pratiqués par les Juifs d'Italie, marqués par des emprunts hébreux et des archaïsmes romans. On distingue des variantes locales comme le bagitto de Livourne ou le giudeo-romanesco de Rome. Ces dialectes ont nourri une littérature de traductions liturgiques, de poèmes et de chants, aujourd'hui en voie d'extinction.
Abrir →Kerala (Inde) · Médiéval–contemporain
Variété du malayalam parlée par les Juifs du Kerala, le judéo-malayalam est remarquable pour son riche répertoire de chants de femmes, transmis oralement et transcrits dans des cahiers familiaux. Ces chants accompagnaient mariages et fêtes et célèbrent l'histoire communautaire et biblique. Le corpus a été collecté et étudié après l'aliya des Juifs de Cochin en Israël.
Abrir →Portugal, Amsterdam, Hambourg · XVe–XVIIIe siècle
Langue des Juifs et nouveaux-chrétiens portugais et de leurs descendants séfarades de l'ouest, le judéo-portugais servait dans le commerce, la correspondance et certains écrits communautaires des diasporas d'Amsterdam, de Hambourg et de Bayonne. Il coexistait avec l'espagnol littéraire (ladino occidental) au sein de la « nation portugaise ». Plusieurs registres et règlements de communautés en témoignent.
Abrir →Provence, Comtat Venaissin · Moyen Âge–XXe siècle
Le judéo-provençal, ou shuadit, était parlé par les Juifs du Comtat Venaissin et du pape (Carpentras, Avignon, Cavaillon, L'Isle-sur-la-Sorgue). Il a laissé des pièces liturgiques et des chants comme la fameuse « Chanson de la reine Esther ». Son dernier locuteur connu serait mort au XXe siècle.
Abrir →Asie centrale (Boukhara, Samarcande) · Moyen Âge–contemporain
Le judéo-tadjik (bukhori) est la langue des Juifs de Boukhara, variété judéo-persane d'Asie centrale écrite traditionnellement en caractères hébraïques. Elle s'accompagne d'une riche tradition de chants et de poésie, notamment le genre du shashmaqam. Aujourd'hui elle survit surtout dans les diasporas d'Israël et des États-Unis.
Abrir →Lituanie, Crimée, Galicie · Médiéval–contemporain
Le karaïme est une langue turque parlée par les communautés karaïtes de Lituanie (Trakai), de Crimée et de Galicie (Halicz). Écrit longtemps en caractères hébraïques, il a servi de langue liturgique et littéraire propre, distincte de l'hébreu rabbinique. C'est aujourd'hui l'une des langues turques les plus menacées d'Europe.
Abrir →Bohême, Pologne, terres slaves · Haut Moyen Âge–XIIIe siècle
Le knaanique désigne les parlers judéo-slaves utilisés par les Juifs des terres slaves médiévales avant la généralisation du yiddish. Des gloses slaves transcrites en caractères hébraïques apparaissent chez des commentateurs comme Isaac ben Moïse de Vienne. La langue a disparu, absorbée par l'expansion du yiddish ashkénaze.
Abrir →Crimée · Médiéval–XXe siècle
Le krimtchak est la langue turque des Krymtchaks, Juifs rabbanites de Crimée, écrite en caractères hébraïques. Il se distinguait du karaïme voisin et possédait une littérature de chroniques et de recueils religieux (les djonk). L'extermination de la communauté pendant la Shoah a réduit le krimtchak à quelques rares locuteurs.
Abrir →Empire ottoman (Salonique, Edirne) · XVIe–XXe siècle
Tradition de chants paraliturgiques séfarades en hébreu composés sur les makams de la musique classique ottomane et soufie, exécutés par des chorales d'hommes le chabbat matin. Cultivée surtout à Edirne et Salonique, elle illustre l'osmose entre liturgie juive et art musical turc. Largement détruite par la Shoah, elle est partiellement préservée par des recueils et enregistrements.
Abrir →Palestine mandataire, Israël · 1906–XXe siècle
L'École Bezalel, fondée à Jérusalem en 1906 par Boris Schatz, voulut créer un style d'art juif national combinant motifs bibliques, orientalisme et artisanat. Elle produisit objets rituels, gravures et orfèvrerie marqués d'un syncrétisme entre Orient et Art nouveau. Ce projet a posé les fondations des arts visuels de l'État d'Israël.
Abrir →Europe de l'Est, Maghreb, Orient · XVIIIe–XXe siècle
Art populaire de la découpe de papier pratiqué dans de nombreuses communautés pour créer des objets domestiques et rituels : plaques de mizrah indiquant l'est, shiviti, décorations de Souccot et de Chavouot (roisele). Symétrie, lions, colonnes et versets en composent le vocabulaire ornemental. Cet art modeste reflète la piété et l'imaginaire visuel populaires.
Abrir →Méditerranée, Maghreb, Orient · Médiéval–contemporain
Djoha (ou Joha) est le héros naïf et rusé d'innombrables contes facétieux partagés par les Juifs et les musulmans du monde méditerranéen. Cousin du Nasreddin turc, il incarne l'absurde et la sagesse populaire. Ses histoires, transmises en judéo-arabe et en judéo-espagnol, sont un pilier de l'humour folklorique séfarade.
Abrir →Terre d'Israël · Antiquité tardive – haut Moyen Âge
Le piyyout, poésie liturgique hébraïque, connut un âge classique en terre d'Israël avec des maîtres comme Yossé ben Yossé, Yannaï et surtout Eléazar ha-Qalir. Ces payetanim composèrent des cycles poétiques d'une grande virtuosité, riches en allusions midrashiques, destinés à orner la prière des fêtes. Leur langue dense et savante a profondément marqué la liturgie juive ultérieure.
Abrir →Europe de l'Est, Palestine, Amérique · Fin XIXe–XXe siècle
Essor d'une littérature populaire de divertissement — romans-feuilletons, récits policiers et d'aventures (shund en yiddish) — destinée à un large public. En hébreu, des séries comme les aventures policières pour la jeunesse accompagnèrent l'alphabétisation. Longtemps méprisée par la critique, cette production éclaire les pratiques de lecture des masses juives.
Abrir →Empire ottoman, Maroc, Méditerranée · XVe siècle–contemporain
Corpus de ballades narratives chantées hérité de l'Espagne médiévale et conservé par les Juifs exilés après 1492, distinct des chants liturgiques. Transmis oralement dans les communautés des Balkans, de Turquie et du Maroc, le romancero a fossilisé des thèmes ibériques anciens. Il constitue une archive vivante de l'espagnol pré-classique.
Abrir →Israël / Palestine · XXe siècle
Le terme sabra (de l'hébreu tsabar, le fruit du figuier de Barbarie, épineux à l'extérieur et doux à l'intérieur) désigne le Juif né en Eretz Israël, par opposition à l'immigrant venu de la diaspora. Pour l'idéologie sioniste pionnière, le sabra incarnait le « Juif nouveau » : enraciné dans la terre, vigoureux, pratiquant l'hébreu comme langue maternelle, travaillant la terre et capable de se défendre, en rupture revendiquée avec l'image du Juif diasporique perçu comme passif et déraciné. Cette figure fut célébrée et façonnée par la littérature, le cinéma, l'éducation, le mouvement de jeunesse et l'expérience militaire, notamment au sein du Palmah et de la « génération de 1948 ». L'argot, l'humour direct et un certain ethos d'informalité contribuèrent à forger une culture nationale distincte. Cet idéal a profondément structuré l'identité israélienne, tout en faisant l'objet, depuis, de critiques mettant en cause son caractère mythifié, son ethnocentrisme ashkénaze et le déni qu'il opposait à l'héritage des Juifs de la diaspora.
Abrir →Russie, Palestine mandataire, Israël · XXe siècle
Fondé à Moscou en 1917, Habima fut le premier grand théâtre professionnel jouant en hébreu, célèbre pour sa mise en scène du Dibbouk de An-ski sous la direction de Vakhtangov. La troupe s'installa en Palestine et devint le théâtre national d'Israël. Son histoire incarne la renaissance de l'hébreu comme langue de scène.
Abrir →Europe orientale, Amériques · XIXe–XXe siècle
Le théâtre yiddish classique naquit en 1876 à Iași, en Roumanie, lorsque Avrom Goldfadn fonda la première troupe professionnelle de langue yiddish. Mêlant musique, mélodrame et comédie, il connut un essor rapide en Europe de l'Est puis aux États-Unis, où l'immigration massive constitua un public nombreux, notamment autour du « Yiddish Theatre District » de New York. Des auteurs comme Sholem Aleichem, Jacob Gordin et S. Ansky, dont la pièce Le Dibbouk devint emblématique, contribuèrent à élever le répertoire. Ce théâtre fut à la fois un divertissement populaire et un miroir des transformations sociales du monde juif ashkénaze, entre tradition et modernité. Frappé par la Shoah en Europe et par l'assimilation linguistique en Amérique, il déclina au XXe siècle mais demeure un patrimoine culturel étudié et occasionnellement repris.
Abrir →Bassin méditerranéen, Orient, Europe · Médiéval–contemporain
Répertoire oral de chants féminins liés aux cycles de vie — berceuses, chants de mariage, complaintes funèbres — transmis dans les langues vernaculaires juives (ladino, judéo-arabe, judéo-malayalam, yiddish). Ce corpus, longtemps négligé, éclaire la vie domestique et le rôle des femmes dans la mémoire communautaire. Il a été collecté par l'ethnomusicologie depuis le XXe siècle.
Abrir →Monde · XXe–XXIe siècle
De nombreux artistes d'origine juive ont joué un rôle majeur dans l'art des XXe et XXIe siècles, à la croisée de la modernité formelle, de la mémoire et de l'identité. Des peintres comme Marc Chagall, dont l'œuvre est imprégnée de l'imaginaire du shtetl, ou Amedeo Modigliani, figure de l'École de Paris, comptent parmi les artistes marquants de la première moitié du XXe siècle. La sculptrice américaine Louise Nevelson et bien d'autres prolongèrent cette présence dans l'art d'après-guerre et contemporain. Leur travail soulève la question, débattue, de l'existence d'une « esthétique juive » spécifique, par-delà la grande diversité des trajectoires et des styles. Il invite aussi à réfléchir aux liens entre création artistique, expérience diasporique et transmission d'une mémoire collective.
Abrir →Europe · XVIe–XXe siècle
La littérature européenne a produit, du Moyen Âge à l'époque moderne, un riche imaginaire du Juif, oscillant entre stéréotypes hostiles et tentatives de représentation nuancée. Des figures comme le Shylock du Marchand de Venise de Shakespeare ou le Barabas de Marlowe cristallisèrent des clichés liés à l'usure et à l'altérité religieuse. À l'inverse, des œuvres des Lumières, comme Nathan le Sage de Lessing, cherchèrent à promouvoir la tolérance à travers la figure du Juif. Aux XIXe et XXe siècles, romanciers et dramaturges continuèrent d'explorer ces représentations, tantôt en reconduisant les préjugés, tantôt en les contestant. L'analyse de ce corpus éclaire à la fois l'histoire des stéréotypes antijuifs et l'évolution des relations entre Juifs et sociétés chrétiennes européennes.
Abrir →Europe · XIXe–XXe siècle
Les compositeurs et interprètes d'origine juive occupent une place considérable dans l'histoire de la musique classique occidentale aux XIXe et XXe siècles. Au XIXe siècle, Felix Mendelssohn, petit-fils du philosophe Moses Mendelssohn et baptisé dans l'enfance, fut l'un des grands maîtres romantiques, tandis que la figure ambivalente de l'antisémitisme musical fut incarnée par Richard Wagner, auteur d'un pamphlet sur le « judaïsme dans la musique ». Au tournant du siècle, Gustav Mahler, converti pour accéder à la direction de l'Opéra de Vienne, et Arnold Schoenberg, théoricien du dodécaphonisme revenu au judaïsme, transformèrent en profondeur le langage musical. Le XXe siècle vit aussi le rayonnement de grands interprètes comme les violonistes Jascha Heifetz et Yehudi Menuhin, le pianiste Arthur Rubinstein, et, aux États-Unis, le chef d'orchestre et compositeur Leonard Bernstein. La présence juive dans ce domaine, souvent liée aux questions d'assimilation, d'identité et d'exil face aux persécutions, demeure l'objet de débats historiographiques nourris.
Abrir →Europe orientale · XVIIe–XXe siècle
Le folklore ashkénaze d'Europe orientale rassemble un vaste répertoire de chansons, complaintes, berceuses, chants de mariage, proverbes et contes en langue yiddish. Les badkhonim, maîtres de cérémonie des noces, et les klezmorim, musiciens traditionnels, en étaient des acteurs essentiels. Au début du XXe siècle, des chercheurs comme S. An-sky entreprirent des expéditions ethnographiques pour collecter et préserver ce patrimoine populaire menacé par la modernisation et l'émigration. Ce corpus révèle une vie intérieure communautaire riche, faite d'humour, de piété, de critique sociale et d'expression des émotions, distincte de la haute culture rabbinique. Recueilli et étudié dans des institutions comme le YIVO, il fut en partie sauvegardé malgré la destruction du monde du shtetl durant la Shoah.
Abrir →États-Unis · XXe siècle
La plupart des fondateurs des grands studios qui structurèrent Hollywood au début du XXe siècle — Carl Laemmle (Universal), Adolph Zukor (Paramount), William Fox (Fox), Samuel Goldwyn et Louis B. Mayer (MGM), les frères Warner (Warner Bros.) — étaient des immigrants juifs venus pour la plupart d'Europe centrale et orientale, ou leurs fils. Partant souvent de métiers modestes du commerce et de l'exploitation de salles, ils bâtirent un empire industriel et culturel qui façonna l'imaginaire américain et mondial. Cette trajectoire illustre une mobilité sociale spectaculaire, mais elle alimenta aussi des stéréotypes antisémites sur une prétendue mainmise juive sur le cinéma. Les studios, soucieux d'assimilation, promurent largement une vision idéalisée et consensuelle de l'Amérique, où les thèmes juifs explicites restèrent longtemps discrets. Les rapports entre le cinéma américain, l'identité juive et la représentation des minorités demeurent un terrain d'analyse culturelle vivace.
Abrir →Monde islamique · XVIe–XIXe siècle
Dans les sociétés islamiques médiévales et ottomanes, des artisans juifs occupèrent une place reconnue dans plusieurs métiers d'art, parfois dans des spécialités dont les musulmans se tenaient à l'écart pour des raisons religieuses ou sociales. Ils excellèrent notamment dans l'orfèvrerie et la joaillerie, le travail des métaux précieux, le tissage et la teinture, ainsi que dans la fabrication d'objets décoratifs. Au Yémen, au Maroc, dans l'Empire ottoman et ailleurs, des familles juives transmirent de génération en génération des savoir-faire réputés, et certains corps de métier furent même largement dominés par des artisans juifs. Leurs productions associaient le vocabulaire ornemental islamique — entrelacs, motifs géométriques et végétaux, calligraphie — à des symboles et des inscriptions hébraïques, en particulier pour les objets de culte juifs. Ces créations témoignent d'une coexistence créative au quotidien, où les traditions esthétiques se mêlaient au sein d'un même espace culturel partagé.
Abrir →États-Unis · XXe siècle
Les musiciens, compositeurs et entrepreneurs juifs jouèrent un rôle de premier plan dans l'essor du jazz et de la musique populaire américaine au XXe siècle, dans une rencontre féconde avec la créativité afro-américaine qui en était la source. Des clarinettistes et chefs d'orchestre comme Benny Goodman, surnommé le « roi du swing » et pionnier des orchestres mixtes intégrant musiciens noirs et blancs, et Artie Shaw, figurèrent parmi les grandes vedettes de l'ère du swing. Dans le domaine de la chanson et de la comédie musicale, les compositeurs Irving Berlin, immigré venu de Russie et auteur de standards comme « White Christmas », et George Gershwin, créateur de Rhapsody in Blue et de l'opéra Porgy and Bess, opérèrent une fusion entre traditions musicales et idiome jazz. Cette créativité, souvent rapprochée d'une sensibilité héritée de la cantillation synagogale et de la musique yiddish, contribua de façon majeure à la définition d'un son américain. La rencontre entre artistes juifs et afro-américains, fertile mais aussi traversée de questions sur l'appropriation, marqua durablement la culture populaire mondiale.
Abrir →Italie, Orient, Inde · Médiéval–contemporain
Art décoratif appliqué aux contrats de mariage juifs (ketoubot), particulièrement développé dans l'Italie des XVIIe-XVIIIe siècles et dans les communautés orientales. Bordures fleuries, arches architecturales, signes du zodiaque et versets bibliques y déploient une riche iconographie. Ces documents juridiques sont aussi des chefs-d'œuvre d'art populaire et savant.
Abrir →Iran, Caucase, Asie centrale
Les langues judéo-iraniennes regroupent l'ensemble des parlers iraniens utilisés par les communautés juives d'Iran, du Caucase et d'Asie centrale, généralement écrits en caractères hébraïques. Le judéo-persan, attesté par des documents dès le haut Moyen Âge, constitue l'une des plus anciennes formes documentées et donna lieu à une littérature de traductions bibliques et d'œuvres poétiques. Le judéo-tat (ou juhuri) était parlé par les Juifs des montagnes du Caucase oriental, tandis que d'autres dialectes existaient parmi les Juifs de Boukhara et de diverses villes iraniennes. Ces langues mêlent un substrat iranien à un lexique hébreu et araméen lié à la vie religieuse. Longtemps négligées, elles constituent un pan important du patrimoine linguistique juif, aujourd'hui fragilisé par l'émigration et l'assimilation.
Abrir →Europe de l'Est · XVIIIe–XXIe siècle
Le niggoun est une mélodie souvent sans paroles, répétée et improvisée, par laquelle le hassidisme cherche l'élévation de l'âme (hitlahavout) et l'union à Dieu. Chaque cour (Loubavitch, Breslev, Modzitz…) cultive son répertoire ; le niggoun accompagne le Chabbat, les fêtes et les tisch des rebbes.
Abrir →Europe de l'Est, Europe centrale · XVIe–XXe siècle
Le Pourim-shpil est une saynète parodique jouée à Pourim, mettant en scène la meguila d'Esther et d'autres récits bibliques sur un mode burlesque et carnavalesque. Ancêtre populaire du théâtre yiddish, il mêle satire, travestissement et inversion des rôles.
Abrir →Europe de l'Est, Europe centrale · XVIe–XXe siècle
Le Tsenerene (Tsene-rene), compilé par Jacob ben Isaac Ashkenazi vers 1600, paraphrase en yiddish la Torah, les haftarot et les meguilot, enrichie de midrash et de commentaires. Lecture du Chabbat des femmes ashkénazes durant des siècles, il fut l'un des livres yiddish les plus diffusés.
Abrir →Monde juif · Du Moyen Âge à nos jours
L'hexagramme, d'abord motif décoratif et talismanique partagé, devient au fil du temps l'emblème du judaïsme : sceau communautaire à Prague, signe du sionisme, puis étoile jaune de l'infamie nazie, avant de figurer au drapeau d'Israël. Histoire d'un symbole et de ses sens successifs.
Abrir →Terre d'Israël, Monde juif · De l'Antiquité à nos jours
Le chandelier à sept branches du Tabernacle puis du Temple est l'un des plus anciens symboles juifs. Figuré sur l'arc de Titus, dans les synagogues antiques, les mosaïques et les amulettes, il devient l'emblème de l'État d'Israël. À distinguer de la hanoukkia à neuf branches.
Abrir →Galut, exílios, terras do islã, comunidades singulares e retorno a Sião.
L'expérience de l'exil comme condition historique et catégorie théologique du judaïsme. Elle interroge les rapports entre dispersion, attente du retour et enracinement dans les terres d'accueil.
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Bassin méditerranéen, Europe, monde arabe · De l'Antiquité au XXe siècle
Grand Livre thématique consacré aux exils, aux expulsions et aux migrations : de la destruction du Temple aux grandes expulsions médiévales, des routes séfarades et ashkénazes aux départs du monde arabe au XXe siècle. La diaspora comme mouvement et recomposition. Registre à l'intersection de la Mémoire et de l'Histoire.
Abrir →Maghreb, Machrek, al-Andalus · VIIe siècle à nos jours
Grand Livre thématique sur les communautés en terre d'islam : statut de dhimmi, âge d'or andalou, vie sous les califats et les empires, échanges et tensions, jusqu'aux départs du XXe siècle.
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L'histoire de la communauté éthiopienne, ses pratiques religieuses propres et son rapport à la Bible. Elle aborde les questions de reconnaissance, d'identité et l'immigration en Israël (opérations Moïse et Salomon).
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Les traditions distinctes des Juifs du Yémen, leur rite, leur prononciation de l'hébreu et leur préservation de manuscrits anciens. Elle retrace leur histoire millénaire jusqu'à l'opération « Tapis volant ».
Abrir →Le mouvement karaïte, qui rejette l'autorité de la Loi orale au profit de la seule Écriture, et ses débats avec le judaïsme rabbinique. Elle suit ses foyers historiques, de Babylonie à la Crimée et à l'Égypte.
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Les voies d'entrée et de sortie du judaïsme, du guiyour des prosélytes aux conversions forcées et aux marranes. Elle aborde le statut du converti, les débats halakhiques et les contextes historiques de contrainte.
Abrir →Israël et diasporas · XXe-XXIe siècles
Grand Livre thématique consacré aux mondes juifs contemporains : non seulement les communautés disparues, mais la vitalité actuelle — renaissances, créations, diasporas vivantes et dynamiques, de Jérusalem à New York, de Paris à Buenos Aires. La mémoire n'est pas que deuil : elle est aussi présent et avenir. Registre Mémoire et Histoire.
Abrir →Place centrale de la Terre d'Israël dans la liturgie, la halakha et l'espérance juive durant l'exil. Un lien jamais rompu entre le peuple et sa terre.
Abrir →Terre d'Israël et diaspora · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique sur le lien jamais rompu entre le peuple juif et la Terre promise à Abraham. De la promesse patriarcale aux prières tournées vers Jérusalem, du « L'an prochain à Jérusalem » de la Pâque aux pèlerinages et aux aliyot, il retrace une fidélité à la fois spirituelle et concrète, maintenue à travers l'exil. Registre attentif à distinguer l'espérance religieuse, le souvenir et l'attachement vécu.
Abrir →Diaspora et terre d'Israël · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique sur les valeurs universelles du judaïsme — justice (tsedek), réparation du monde (tikkoun olam), dignité de la personne, primat de l'étude et responsabilité éthique — et sur la façon dont leur transmission a maintenu la cohésion du peuple juif à travers l'exil. Comment une éthique partagée a tenu lieu de patrie portative, du Talmud aux engagements contemporains. Registre attentif à ne pas confondre idéal proclamé et histoire vécue.
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La participation juive au commerce maritime méditerranéen et atlantique, des marchands radhanites aux réseaux séfarades. Elle traite des routes, des ports et des diasporas marchandes.
Abrir →Éthiopie / Israël · 1984–1991
Les Beta Israël, communauté juive d'Éthiopie longtemps appelée Falashas (terme aujourd'hui considéré comme péjoratif), pratiquaient un judaïsme fondé sur la Bible et des traditions propres, restées en grande partie à l'écart de l'évolution rabbinique. Reconnus comme Juifs à part entière par le grand rabbinat israélien dans les années 1970, ils firent l'objet d'opérations de transfert spectaculaires lorsque la guerre civile, la famine et l'instabilité menacèrent leur existence. L'opération Moïse, menée clandestinement en 1984-1985 via le Soudan, permit l'évacuation de plusieurs milliers de personnes, au prix de conditions dramatiques et de nombreux décès en chemin. L'opération Salomon, en mai 1991, transféra par un pont aérien massif quelque 14 000 Juifs éthiopiens vers Israël en moins de deux jours. L'intégration de cette communauté en Israël, marquée par des difficultés socio-économiques, des controverses (notamment sur les exigences de conversion et le traitement médical) et des manifestations contre les discriminations, tout autant que par une affirmation identitaire forte, constitue un chapitre important de l'histoire de l'immigration israélienne.
Abrir →Eretz Israël
La tradition juive distingue, au sein d'Eretz Israël, quatre villes saintes — Jérusalem, Hébron, Tibériade et Safed — qui formèrent du Moyen Âge à l'époque moderne le cœur de la présence juive continue en Terre sainte. Jérusalem, sanctuaire suprême, abrite l'emplacement du Temple et le Mur occidental ; Hébron est associée au caveau de Makhpéla, sépulture des patriarches et des matriarches ; Tibériade, en Galilée, fut un grand foyer d'étude où fut compilé le Talmud de Jérusalem et où sont vénérées les tombes de sages comme Rabbi Meir et Maïmonide ; Safed, juchée dans les hauteurs de Galilée, devint au XVIe siècle l'épicentre du renouveau kabbaliste. Ces villes concentrèrent les communautés du « Vieux Yishouv », population juive pré-sioniste largement vouée à l'étude et à la prière. Leur subsistance dépendait en grande partie de la halouka, système de collecte de dons organisé dans la diaspora pour soutenir les savants résidant sur la terre sainte. Elles incarnent ainsi une géographie sacrée structurant l'attachement spirituel du peuple juif à sa terre.
Abrir →Jérusalem
Jérusalem occupe depuis l'Antiquité une place centrale et unique dans la conscience religieuse juive. Cité du Temple et capitale du royaume de David et de Salomon selon la tradition biblique, elle demeura, après la destruction du Temple, le foyer de l'espérance et de la prière. Son souvenir est inscrit dans la liturgie quotidienne, dans les bénédictions, dans les rites de deuil et dans la conclusion du Seder de Pessah (« L'an prochain à Jérusalem »). Le verset « Si je t'oublie, Jérusalem… » du Psaume 137 exprime cet attachement indéfectible. Lieu de l'aspiration messianique et de la mémoire collective, Jérusalem est aussi devenue, à l'époque contemporaine, un enjeu politique et un point de tension majeur. Elle reste un carrefour où se croisent le sacré, l'histoire et le conflit.
Abrir →Afrique du Nord, Sahel · VIIIe–XVIe siècle
Du haut Moyen Âge à l'époque moderne, des marchands juifs originaires du Maghreb participèrent aux réseaux commerciaux reliant l'Afrique méditerranéenne aux régions sahariennes et subsahariennes. Ces circuits caravaniers transportaient l'or, le sel, les textiles, les esclaves et d'autres marchandises de grande valeur à travers le désert. Les documents de la Geniza du Caire, vaste réserve de manuscrits retrouvés dans une synagogue fustatienne, attestent l'étendue des affaires commerciales juives en Méditerranée et au-delà, et éclairent les pratiques de crédit, de partenariat et de correspondance marchande. Des familles établies dans des villes comme Sijilmassa, Fès ou Kairouan servaient de relais dans ces échanges. Ce commerce constitue un chapitre important de l'histoire économique des Juifs du monde islamique médiéval.
Abrir →Amérique latine · XIXe–XXe siècle
L'immigration juive en Amérique latine se développa par vagues successives à partir du XIXe siècle, mêlant Séfarades venus de l'Empire ottoman, ashkénazes d'Europe orientale et, plus tard, réfugiés fuyant le nazisme. L'Argentine devint le principal foyer, avec des projets de colonisation agricole soutenus par la Jewish Colonization Association du baron de Hirsch, et Buenos Aires comme centre d'une intense vie culturelle yiddish, marquée par la presse et le théâtre. Le pays abrita au XXe siècle l'une des plus importantes communautés juives du monde. D'autres communautés notables se constituèrent au Brésil, au Mexique et en Uruguay. Ces immigrants contribuèrent à la vie économique et culturelle de leurs pays d'accueil, tout en maintenant des institutions communautaires variées.
Abrir →Monde · XXe siècle
La décolonisation qui suivit la Seconde Guerre mondiale bouleversa profondément la situation des communautés juives établies dans les pays du Maghreb, du Proche-Orient et d'Asie. L'accession à l'indépendance de nouveaux États, souvent portée par des nationalismes arabes ou musulmans, fragilisa des minorités juives autrefois protégées par les puissances coloniales ou intégrées aux sociétés locales. Le conflit israélo-arabe, ravivé par les guerres de 1948, 1956 et 1967, exposa de surcroît ces Juifs à des soupçons de déloyauté, à des mesures discriminatoires, à des nationalisations et parfois à des violences. Au Maghreb, l'indépendance du Maroc, de la Tunisie et surtout de l'Algérie (dont les Juifs, citoyens français depuis le décret Crémieux, partirent massivement en 1962) provoqua un exode quasi total. Ces dynamiques entraînèrent des vagues d'émigration massives vers Israël, la France, le Canada et d'autres pays, redessinant en profondeur la géographie du monde juif et mettant fin à des présences souvent millénaires.
Abrir →Proche-Orient, Afrique du Nord · 1948–1970
La création de l'État d'Israël en 1948 et l'aggravation du conflit israélo-arabe précipitèrent la fin de communautés juives millénaires dans les pays arabes et musulmans. Entre 1948 et le début des années 1970, quelque 800 000 à 900 000 Juifs quittèrent l'Irak, l'Égypte, la Syrie, le Liban, le Yémen, la Libye, la Tunisie, l'Algérie et le Maroc, sous l'effet conjugué de violences (comme le Farhoud de Bagdad en 1941, antérieur), de lois discriminatoires, de nationalisations, d'expulsions et d'une montée des nationalismes excluant les minorités juives. Des opérations d'immigration massives, comme « Tapis volant » pour le Yémen et « Ezra et Néhémie » pour l'Irak, transférèrent en quelques années des communautés entières vers Israël, tandis qu'une partie des Juifs d'Afrique du Nord émigra vers la France. Cet exode, longtemps marginalisé dans les récits historiques, fit des Juifs originaires des pays arabo-musulmans (Mizrahim) une part majeure de la population israélienne et remodela durablement sa démographie et sa culture.
Abrir →Monde · XXe–XXIe siècle
Face à la disparition ou au déclin de communautés juives dans de nombreux pays — du fait des persécutions, de l'émigration massive et de l'abandon des lieux —, un mouvement de préservation des patrimoines judaïques en danger s'est développé au cours des dernières décennies. Synagogues désaffectées, cimetières menacés d'effacement, archives communautaires, manuscrits et objets rituels font l'objet d'efforts de recensement, de documentation, de restauration et de numérisation. Des institutions et des organisations spécialisées œuvrent à cartographier et à conserver ces traces matérielles : ainsi le projet Diarna constitue une archive numérique géolocalisée des sites juifs du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord, tandis que diverses associations se consacrent à la sauvegarde des sites du patrimoine judaïque à travers le monde. Ces initiatives, souvent portées par des descendants d'émigrés et par des chercheurs, s'appuient de plus en plus sur les technologies de numérisation et de relevé 3D. Elles luttent contre l'effacement de la mémoire matérielle d'une présence juive parfois millénaire dans des régions aujourd'hui dépourvues de communauté vivante.
Abrir →Moyen-Orient, Afrique du Nord · VIIe–XVe siècle
À l'époque médiévale, les Juifs vivant sous domination islamique avaient le statut de dhimmis, protégés mais soumis à des restrictions et à un impôt spécifique (la jizya). Ce cadre, variable selon les lieux et les époques, leur permit généralement de pratiquer leur religion, d'administrer leurs affaires communautaires et de participer à la vie économique. Dans les grands centres de la civilisation arabo-islamique, comme Bagdad, Le Caire ou Cordoue, des Juifs contribuèrent à l'essor intellectuel comme médecins, grammairiens, philosophes et traducteurs. La symbiose judéo-arabe favorisa l'usage de l'arabe par les penseurs juifs, dont Maïmonide, et le développement de la grammaire hébraïque et de la philosophie. Cette relation connut aussi des périodes de tension et de persécution, mais demeure un chapitre fécond de l'histoire intellectuelle juive.
Abrir →Monografias das comunidades judaicas pelo mundo, de Babilônia e Roma a Cochim e Xangai.
Autriche, Vienne · XIXe–XXe siècle
La communauté juive de Vienne connut, entre la fin du XIXe siècle et 1938, un âge d'or culturel exceptionnel, à la mesure de l'émancipation accordée dans l'Empire austro-hongrois et de l'attractivité de sa capitale. Des Juifs viennois ou installés à Vienne jouèrent un rôle décisif dans presque tous les domaines de la création : Sigmund Freud fonda la psychanalyse, Arthur Schnitzler et Stefan Zweig marquèrent la littérature, Gustav Mahler et Arnold Schoenberg la musique, Ludwig Wittgenstein la philosophie, et Theodor Herzl, correspondant viennois confronté à l'affaire Dreyfus, conçut le sionisme politique. Cette efflorescence se déploya cependant dans une ville où l'antisémitisme était puissamment organisé, illustré par le maire Karl Lueger, dont la rhétorique influença le jeune Hitler. L'« Anschluss » de 1938, rattachant l'Autriche au Reich nazi, s'accompagna d'une explosion de violences antijuives, de spoliations et de l'exil ou de la déportation de la communauté, mettant brutalement fin à cette histoire brillante et ambivalente.
Abrir →Europe orientale · XVIe–XXe siècle
Le shtetl était la petite ville-marché à forte population juive caractéristique de l'Europe orientale, principalement dans les territoires de l'ancienne République des Deux Nations (Pologne, Lituanie, Ukraine, Biélorussie) et la Zone de résidence de l'Empire russe. Du XVIe au début du XXe siècle, il constitua le cadre de vie de la grande majorité des Juifs ashkénazes, organisé autour de la place du marché, de la synagogue, de la maison d'étude (beit midrash) et des institutions communautaires. La vie y était rythmée par le calendrier religieux, le commerce et l'artisanat, dans une étroite interdépendance économique avec la paysannerie chrétienne environnante. La modernisation, l'urbanisation, l'émigration et la pauvreté croissante érodèrent le shtetl à la fin du XIXe siècle, avant que la Shoah n'anéantisse définitivement ce monde. Immortalisé par la littérature yiddish, la peinture de Chagall et la photographie, il a nourri une mythologie nostalgique qui coexiste avec un travail historiographique attentif à sa réalité sociale complexe.
Abrir →Afrique subsaharienne
Au-delà des Beta Israël d'Éthiopie, communauté la mieux documentée, plusieurs groupes d'Afrique subsaharienne se réclament d'une ascendance ou d'une affiliation juive. Les Lemba du Zimbabwe, d'Afrique du Sud et du Mozambique conservent des traditions orales d'origine moyen-orientale et observent des pratiques rappelant des interdits alimentaires et rituels juifs, tandis que des études génétiques ont mis en évidence chez certains de leurs clans des marqueurs du chromosome Y associés à des populations juives. D'autres communautés, comme les Abayudaya d'Ouganda, adoptèrent le judaïsme au XXe siècle par conversion volontaire, et des groupes au Nigéria (parmi les Igbo), au Ghana ou au Cameroun revendiquent diversement des liens avec l'identité juive. Ces phénomènes soulèvent des questions méthodologiques complexes sur les critères d'appartenance, la distinction entre filiation historique et adhésion contemporaine, et les voies de diffusion du judaïsme. Ils font l'objet de recherches anthropologiques, historiques et génétiques qui enrichissent la compréhension de la diversité de la diaspora juive mondiale.
Abrir →Allemagne · 1918–1933
La République de Weimar (1918-1933) fut le théâtre d'une floraison intellectuelle et artistique juive sans précédent en Allemagne, à la mesure de l'émancipation et de l'intégration accomplies au cours du long XIXe siècle. Dans la philosophie et la critique, des figures comme Walter Benjamin, Ernst Bloch, Theodor Adorno ou Franz Rosenzweig renouvelèrent profondément la pensée ; dans les arts et les lettres, Kurt Weill, Arnold Schoenberg, Alfred Döblin ou les éditeurs et journalistes de la grande presse berlinoise jouèrent un rôle de premier plan. Sigmund Freud, à Vienne, et Albert Einstein, à Berlin, incarnaient le rayonnement de la science. Cette effervescence se déployait toutefois sur fond d'antisémitisme persistant et croissant, qui faisait des Juifs des boucs émissaires de la crise et de la modernité honnie. La prise de pouvoir par les nazis en 1933 brisa net cette « renaissance » : exclus, persécutés puis menacés de mort, la plupart de ces intellectuels prirent le chemin de l'exil, transplantant ailleurs une part de la culture allemande.
Abrir →Inde · XVIIIe–XXe siècle
Marchands venus d'Irak et de Syrie, les Juifs Baghdadi s'établirent à Bombay, Calcutta et Rangoon sous l'Empire britannique. La famille Sassoon, surnommée les « Rothschild de l'Orient », bâtit un empire commercial du coton et de l'opium reliant l'Inde à la Chine. Anglophiles et philanthropes, ils érigèrent synagogues, écoles et hôpitaux avant de se disperser après 1947.
Abrir →Maghreb
Les communautés juives du Maghreb — au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Libye — comptent parmi les plus anciennes d'Afrique, avec des racines remontant à l'Antiquité, antérieures à l'arrivée de l'islam. Elles furent enrichies par l'afflux des exilés d'Espagne après 1492, qui se mêlèrent aux populations autochtones (toshavim), donnant naissance à des traditions liturgiques et culturelles plurielles. La vie juive maghrébine se caractérise par une langue judéo-arabe distincte, des coutumes propres et une piété marquée par la vénération de saints. À l'époque coloniale, l'influence de l'Alliance israélite universelle et, en Algérie, le décret Crémieux de 1870 accordant la citoyenneté française, modifièrent les trajectoires de ces communautés. Au XXe siècle, la quasi-totalité d'entre elles émigra, principalement vers Israël et la France.
Abrir →Syrie · Moyen Âge–XXe siècle
Alep (Aram Soba) abrita l'une des plus anciennes communautés du monde, fusion de Juifs autochtones musta'arabes, de Séfarades et de Francos italiens. Elle conserva pendant des siècles le célèbre Codex d'Alep (Keter Aram Soba), manuscrit massorétique de référence. Ses traditions liturgiques et culinaires distinctes survivent dans la diaspora d'Amérique et d'Israël.
Abrir →Alsace, Rhénanie · Moyen Âge–XIXe siècle
Les communautés juives d'Alsace et de Rhénanie comptent parmi les plus anciennes d'Europe du Nord. La vallée du Rhin abrita au Moyen Âge des centres d'étude majeurs, notamment dans les villes de Spire, Worms et Mayence, foyers de l'érudition ashkénaze, tandis que Rachi enseignait à Troyes, en Champagne voisine. Ces communautés furent durement frappées par les violences des Croisades, en particulier en 1096, qui marquèrent durablement la mémoire collective. En Alsace, les Juifs vécurent jusqu'à la Révolution française dans un régime de restrictions, dispersés dans les bourgs ruraux et soumis à des taxes spécifiques. L'émancipation accordée par la Révolution transforma leur statut et accéléra leur intégration. Cette histoire mêle traditions savantes, persécutions et adaptation à un environnement rural et urbain spécifique.
Abrir →Provinces-Unies · XVIe–XVIIIe siècle
Refuge des marranes portugais revenus au judaïsme dès 1600, Amsterdam vit naître une communauté séfarade prospère, la « Nação », couronnée par la synagogue portugaise de 1675. Tolérante et marchande, elle devint un grand centre d'imprimerie hébraïque, tout en excommuniant Spinoza. Une communauté ashkénaze nombreuse s'y développa parallèlement.
Abrir →Irak · XIXe–XXe siècle
La communauté juive d'Irak est l'héritière directe de la diaspora babylonienne, l'une des plus anciennes et des plus prestigieuses du monde juif, qui abrita jadis les grandes académies talmudiques. À l'époque moderne, les Juifs de Bagdad, de Bassora et de Mossoul formaient une part importante de la population urbaine et jouaient un rôle de premier plan dans le commerce, la banque, l'administration et les professions libérales, participant pleinement à la culture arabe locale. Le début du XXe siècle vit cette communauté prospère et largement arabophone fournir des fonctionnaires, des écrivains et des musiciens de renom. La situation se dégrada avec la montée du nationalisme arabe et l'influence des idéologies hostiles : le pogrom du Farhoud, à Bagdad en juin 1941, fit des centaines de victimes juives et marqua une rupture profonde. Après la création d'Israël en 1948, lois discriminatoires, persécutions et pressions provoquèrent, lors de l'opération « Ezra et Néhémie » (1950-1951), l'émigration quasi totale de cette communauté millénaire vers Israël.
Abrir →Empire ottoman · XVe–XXe siècle
Après l'accueil des expulsés d'Espagne par Bayezid II en 1492, Constantinople devint l'une des plus grandes concentrations juives du monde, mêlant Romaniotes, Séfarades et Ashkénazes. Organisée en multiples congrégations (kahalim) selon les origines, la communauté rayonna par son imprimerie et son grand rabbinat (Haham Bashi). Les quartiers de Balat et Hasköy en demeurent les témoins.
Abrir →Italie · Antiquité–XXe siècle
La communauté juive de Rome est l'une des plus anciennes d'Europe occidentale, sa présence remontant à l'Antiquité, plusieurs siècles avant l'ère commune. À travers deux millénaires, les Juifs d'Italie connurent des phases de relative tolérance et des périodes de restrictions sévères, comme l'instauration du ghetto de Rome en 1555 par le pape Paul IV, qui dura jusqu'au XIXe siècle. Pendant la Renaissance, des Juifs participèrent à la vie intellectuelle, médicale et artistique de plusieurs cités italiennes. Les communautés italiennes développèrent un rite liturgique propre (le minhag italien ou bené romi), distinct des rites ashkénaze et séfarade. Cette histoire longue, faite de persécutions, d'adaptations et de créativité culturelle, fut endeuillée par les déportations de la Seconde Guerre mondiale.
Abrir →Empire ottoman · XVIe–XXe siècle
Izmir devint au XVIIe siècle un grand centre séfarade et le berceau de Shabbetaï Tsevi. Port cosmopolite tourné vers le commerce du Levant, elle accueillit imprimeurs, poètes et rabbins de renom. Sa culture judéo-espagnole, ses chants et sa gastronomie en firent un foyer majeur du séfaradisme ottoman jusqu'au XXe siècle.
Abrir →Empire russe · XIXe–XXe siècle
Ville-port récente et cosmopolite de la mer Noire, Odessa devint au XIXe siècle un foyer de modernité juive, de la Haskala au sionisme (Pinsker, Ahad Ha'Am, Bialik y vécurent). Réputée pour sa vie commerciale, sa culture séculière et son humour, elle inspira les récits d'Isaac Babel. Elle subit aussi de violents pogroms entre 1871 et 1905.
Abrir →Égypte · IVe siècle av. J.-C. – Ier siècle
Sous les Ptolémées, l'Égypte hellénistique abrita l'une des plus importantes communautés juives de l'Antiquité, concentrée notamment à Alexandrie. C'est dans ce milieu que fut réalisée la Septante, traduction grecque de la Bible hébraïque, qui permit la diffusion des textes juifs dans le monde de langue grecque. Philon d'Alexandrie, au Ier siècle, y élabora une œuvre majeure mêlant exégèse biblique et philosophie grecque, cherchant à articuler la tradition juive et la pensée platonicienne. Cette diaspora hellénisée participait à la vie urbaine et économique tout en maintenant ses institutions religieuses. Elle connut aussi des tensions et des violences, comme les heurts d'Alexandrie au Ier siècle, illustrant les difficultés de la coexistence entre identités grecque, romaine et juive.
Abrir →Mésopotamie · IIIe–Ve siècle
Le Talmud de Babylone (Talmud Bavli) est le grand recueil de discussions rabbiniques élaboré dans les académies de Babylonie, en particulier à Soura et Poumbedita, durant les premiers siècles de l'ère commune. Composé de la Mishna et de sa glose, la Guemara, il rassemble des débats juridiques (halakha), des récits, des enseignements éthiques et des éléments narratifs (aggada). Plus développé et finalement plus étudié que le Talmud de Jérusalem, il devint le texte central de la tradition rabbinique et la base de l'étude juive traditionnelle. Ses discussions reflètent plusieurs générations de maîtres, les Amoraïm, et le travail ultérieur de rédaction et de mise en forme. Son autorité et sa diffusion firent du Talmud de Babylone le fondement de la pratique et de la pensée juives pour les siècles suivants.
Abrir →Mésopotamie (Irak) · IVe–XIe siècle
Après la destruction du Second Temple, la Babylonie devint pour près d'un millénaire le grand centre intellectuel et spirituel du monde juif. Ses académies (yeshivot), en particulier celles de Soura et de Poumbedita, élaborèrent le Talmud de Babylone puis devinrent, sous la direction des guéonim, les autorités halakhiques de référence pour l'ensemble de la diaspora. Les guéonim, qui dirigèrent ces institutions du VIe au XIe siècle environ, diffusaient par leurs responsa des décisions juridiques sollicitées depuis l'Afrique du Nord, l'Espagne et l'Europe. Des figures comme Saadia Gaon contribuèrent en outre à la philosophie, à l'exégèse et à la grammaire hébraïque. L'autorité gaonique, longtemps soutenue par l'exilarque représentant les Juifs auprès du pouvoir, déclina à mesure que de nouveaux centres d'études émergeaient en Méditerranée occidentale.
Abrir →Irak · XIXe–XXe siècle
À Bagdad, première ville d'Irak par sa population juive, la communauté participa pleinement à la renaissance culturelle arabe (nahda), produisant journalistes, musiciens et écrivains. Les Juifs y formaient une part importante de la bourgeoisie marchande et administrative jusqu'aux années 1940. Le pogrom du Farhoud (1941) puis l'exode massif vers Israël mirent fin à ce monde millénaire.
Abrir →Birmanie · XIXe–XXe siècle
Sous la domination britannique, des Juifs Baghdadi et de Cochin s'installèrent à Rangoun et Mandalay, où ils bâtirent la synagogue Musmeah Yeshua en 1896. Négociants en teck, riz et textiles, ils formèrent une petite communauté prospère. L'invasion japonaise de 1942 provoqua leur fuite, et la communauté ne se reconstitua jamais pleinement.
Abrir →Balkans · XVe–XXe siècle
Les communautés juives des Balkans occidentaux — Sarajevo, Mostar, Belgrade, Skopje, Bitola, Sofia — se constituèrent en grande partie après l'expulsion d'Espagne de 1492, lorsque l'Empire ottoman accueillit les exilés séfarades. Le judéo-espagnol (ladino) y demeura la langue vernaculaire et culturelle jusqu'au XXe siècle, support d'une vie liturgique, littéraire et folklorique propre. Sarajevo, en particulier, conserva l'un des trésors du patrimoine juif, la célèbre Haggadah enluminée du XIVe siècle. La Seconde Guerre mondiale fut catastrophique : la majorité des Juifs de Bosnie, de Serbie, de Macédoine et de Grèce du Nord furent déportés et assassinés, anéantissant des communautés vieilles de plusieurs siècles. Une exception notable fut la Bulgarie, dont une part importante des Juifs échappa à la déportation grâce à des mobilisations internes. Aujourd'hui réduites mais actives, ces communautés mènent un travail de mémoire et de revitalisation culturelle.
Abrir →Asie centrale · Moyen Âge–XXe siècle
Établis à Boukhara, Samarcande et le long de la route de la soie, les Juifs boukhariotes parlaient le judéo-tadjik (bukhori) et développèrent une culture distincte de teinturiers et de marchands. Longtemps isolés, ils connurent un renouveau religieux au XIXe siècle grâce à l'envoyé Yossef Maman venu de Safed. La majorité émigra vers Israël et New York après 1970.
Abrir →Hongrie · XIXe–XXe siècle
Au tournant du XXe siècle, Budapest devint une métropole juive florissante, surnommée par certains « Judapest », mêlant néologues, orthodoxes et statu-quo-ante. Industriels, médecins, artistes et savants juifs contribuèrent fortement à l'essor de la Hongrie moderne. La grande synagogue de la rue Dohány demeure la plus vaste d'Europe.
Abrir →Chine, Extrême-Orient
La communauté juive de Kaifeng, en Chine, est la plus ancienne présence juive attestée sur le continent, remontant probablement à la période médiévale et liée aux routes commerciales reliant la Chine au monde musulman. Implantée durablement, elle disposa d'une synagogue et de rouleaux de la Torah, mais s'assimila progressivement au fil des siècles. Aux XIXe et XXe siècles, de nouvelles communautés se formèrent dans les ports et villes ouvertes au commerce international, notamment à Shanghai, Harbin et Hong Kong, alimentées par des marchands baghdadis, des réfugiés russes et, plus tard, des réfugiés fuyant le nazisme. Shanghai accueillit ainsi des milliers de Juifs européens dans les années 1930 et 1940. Ces expériences variées illustrent la capacité d'adaptation du judaïsme à des environnements culturels très différents de ses foyers traditionnels.
Abrir →Inde · Moyen Âge–XXe siècle
Sur la côte de Malabar, les Juifs de Cochin formaient une communauté ancienne, distincte des Bene Israël, organisée autour de la synagogue Paradesi de 1568. Marchands d'épices, ils bénéficièrent de privilèges gravés sur plaques de cuivre par les souverains locaux. La quasi-totalité émigra en Israël après 1948, fondant notamment des moshavim.
Abrir →Syrie · XVIe–XIXe siècle
La communauté de Damas, ancienne et profondément arabophone, vécut au cœur de la ville aux quartiers juifs distincts. Réputée pour ses rabbins, ses orfèvres et ses tisserands, elle subit en 1840 l'affaire de Damas, accusation de meurtre rituel qui eut un retentissement international. Le déclin s'accéléra aux XXe siècle avec l'émigration.
Abrir →Tunisie · Antiquité–époque contemporaine
Sur l'île de Djerba subsiste l'une des plus anciennes et plus traditionnelles communautés du monde, centrée sur les villages de Hara Sghira et Hara Kbira. La synagogue de la Ghriba demeure un lieu de pèlerinage majeur lors de Lag Ba'Omer. Les rabbins djerbiens entretinrent une production halakhique et liturgique remarquablement conservatrice.
Abrir →Maroc · Moyen Âge–XXe siècle
Capitale spirituelle du judaïsme marocain, Fès accueillit dès 1438 le premier mellah, quartier juif officiel du royaume. Centre d'étude majeur, elle vit passer Maïmonide et produisit les Taqqanot des expulsés d'Espagne (megorashim). Ses dynasties rabbiniques (Serero, Ibn Danan) firent rayonner son autorité halakhique sur tout le Maghreb.
Abrir →Galicie · XVIIIe–XXe siècle
Annexée par l'Autriche en 1772, la Galicie comptait l'une des plus fortes densités juives d'Europe, partagée entre hassidisme (Belz, Sadigora), maskilim et orthodoxie. Lemberg (Lviv) et Brody en furent les grands centres économiques et intellectuels. La pauvreté massive y nourrit une émigration importante vers Vienne et l'Amérique.
Abrir →Caucase · Antiquité–XXe siècle
Distincts des Juifs des Montagnes, les Juifs géorgiens (Ebraeli) vivent dans le Caucase depuis l'Antiquité et parlent le judéo-géorgien (kivruli). Communauté de marchands et d'artisans intégrée à la société géorgienne, elle conserva une forte religiosité traditionnelle. Une grande partie émigra vers Israël à partir des années 1970.
Abrir →Grèce, Balkans · XVe–XXe siècle
Thessalonique, ou Salonique, fut durant plusieurs siècles l'un des grands centres du judaïsme méditerranéen, au point d'être surnommée « la mère d'Israël ». Après l'expulsion d'Espagne de 1492, la ville accueillit de nombreux Séfarades qui y formèrent une communauté nombreuse, longtemps majoritaire ou très importante dans la population urbaine, et largement de langue judéo-espagnole. Salonique rayonna par son commerce, son artisanat — notamment le textile — et son activité intellectuelle et rabbinique. Le passage de la ville sous souveraineté grecque en 1912, puis un grand incendie en 1917, fragilisèrent la communauté. La déportation de 1943 vers les camps d'extermination nazis anéantit la quasi-totalité des Juifs de Thessalonique, mettant fin à des siècles de présence.
Abrir →Allemagne · XVIIe–XXe siècle
À Hambourg, Altona et Wandsbek (les communautés « AHW »), Séfarades portugais et Ashkénazes prospérèrent dans le commerce maritime atlantique. La ville devint au XIXe siècle un berceau du judaïsme réformé avec le Temple de Hambourg (1818), source de vives controverses. Grand port d'émigration, elle vit transiter des millions de Juifs d'Europe de l'Est vers l'Amérique.
Abrir →Chine · Dynastie Song–XIXe siècle
Probablement arrivés par la route de la soie sous la dynastie Song, les Juifs de Kaifeng édifièrent une synagogue en 1163 et formèrent une communauté lettrée intégrée à la société chinoise. Désignés par leurs voisins comme « la secte qui retire les tendons », ils conservèrent des rouleaux de Torah et des stèles commémoratives. Assimilation et isolement entraînèrent leur déclin dès le XIXe siècle.
Abrir →Empire romain · Ier–Ve siècle
Après la destruction du Second Temple en 70 et l'échec de la révolte de Bar Kokhba en 135, les Juifs de l'Empire romain durent reconstruire leur vie religieuse en l'absence du culte sacrificiel centralisé. La synagogue, l'étude et la prière prirent une place accrue, et de nouvelles institutions émergèrent, comme le patriarcat (nassi) reconnu par Rome, ainsi que les académies rabbiniques de Galilée. C'est durant cette période que furent élaborés la Mishna et le Talmud de Jérusalem, jetant les bases du judaïsme rabbinique. Les communautés de la diaspora romaine, présentes de l'Italie à l'Asie Mineure, maintinrent des liens avec la Palestine tout en s'insérant dans le monde gréco-romain. La christianisation progressive de l'Empire modifia ensuite profondément le statut des Juifs dans l'Antiquité tardive.
Abrir →Maroc · Moyen Âge–XXe siècle
Dans les vallées du Haut et de l'Anti-Atlas, des villages juifs (mellahs ruraux) vécurent en symbiose avec les tribus berbères, exerçant l'orfèvrerie, la cordonnerie et le négoce. Régions du Tafilalet, du Dra'a, du Sous et de Ouarzazate abritèrent des dynasties rabbiniques et des tombeaux de saints vénérés. L'exode des années 1950–1960 vida ces communautés montagnardes.
Abrir →Perse · VIe–IVe siècle av. J.-C.
Sous l'Empire perse achéménide, les Juifs exilés à Babylone connurent un tournant majeur de leur histoire. Selon la tradition biblique et l'édit attribué à Cyrus le Grand, les exilés furent autorisés à retourner en Judée et à reconstruire le Temple de Jérusalem, achevé sous le règne de Darius. Les livres d'Esdras et de Néhémie relatent cette restauration de la vie religieuse et de la communauté de Judée, marquée par la reconstruction des murailles et la promulgation de la Loi. Le livre d'Esther situe quant à lui son récit à la cour perse et fonde la fête de Pourim. Une importante communauté juive demeura en outre dans l'orbite babylonienne et perse, jetant les bases de la grande diaspora orientale qui allait jouer un rôle déterminant dans les siècles suivants.
Abrir →Mer Rouge — Érythrée, Yémen, Aden, Soudan · fin XIXe – XXe siècle
Le long des rives de la mer Rouge — du Yémen et d'Aden à l'Érythrée, en passant par les ports du Soudan et de l'Égypte — des communautés juives ont vécu et prospéré aux marges du monde juif traditionnel. La plus emblématique fut celle d'Asmara, en Érythrée, née à la fin du XIXe siècle de l'arrivée de Juifs yéménites et adénites attirés par l'essor colonial italien. Mêlant liturgie hébraïque, traditions judéo-arabes et culture italienne, elle compta jusqu'à quatre à cinq cents âmes avant de s'éteindre au XXe siècle. Cette thématique rassemble ces avant-postes oubliés de la diaspora, où la mémoire juive s'est inscrite jusque dans les recoins les plus inattendus du globe.
Abrir →Libye · Antiquité–XXe siècle
Présents en Tripolitaine et en Cyrénaïque depuis l'époque romaine, les Juifs de Libye étaient concentrés à Tripoli et Benghazi. Sous la colonisation italienne puis l'occupation allemande, ils subirent les lois raciales et la déportation au camp de Giado. Les pogroms de 1945 et 1948 précipitèrent l'émigration quasi totale vers Israël.
Abrir →Italie · XVIe–XIXe siècle
Grâce aux privilèges des Livornine accordés par les Médicis en 1591–1593, Livourne attira de nombreux marranes ibériques revenus au judaïsme, sans jamais imposer de ghetto. Port franc et plaque tournante du commerce méditerranéen, elle devint un grand centre d'imprimerie hébraïque et le foyer des Grana essaimant vers le Maghreb. Sa Nazione Ebrea jouit d'une autonomie remarquable.
Abrir →Iran · Moyen Âge–époque moderne
Présents en Perse depuis l'Antiquité, les Juifs vécurent dans des quartiers (mahalleh) à Ispahan, Shiraz, Hamadan et Yazd, parlant des dialectes judéo-persans. Sous les Safavides chiites, ils subirent des conversions forcées et le statut humiliant de najes (impur). La poésie judéo-persane de Shahin et d'Imrani témoigne d'une riche culture littéraire.
Abrir →Pologne · XIIe–XXe siècle
Du Moyen Âge au XXe siècle, la Pologne fut le principal foyer de la vie juive ashkénaze. Attirés par des chartes de protection accordées par les souverains, les Juifs y développèrent une vie communautaire dense, dotée d'institutions d'auto-gouvernement comme le Conseil des Quatre Terres. Le pays devint un grand centre d'étude talmudique, avec de nombreuses yeshivot, et fut, au XVIIIe siècle, le berceau du hassidisme dans ses provinces méridionales. Les massacres de Khmelnytsky au milieu du XVIIe siècle et les partages de la Pologne au XVIIIe bouleversèrent profondément ces communautés. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la Pologne comptait la plus importante population juive d'Europe, plus de trois millions de personnes, dont la quasi-totalité fut anéantie pendant la Shoah.
Abrir →Bohême · Moyen Âge–XXe siècle
Prague abrita l'une des communautés ashkénazes les plus prestigieuses, autour de la Vieille-Nouvelle Synagogue et de l'ancien cimetière juif. Foyer de l'imprimerie hébraïque dès le XVIe siècle, elle vit briller le Maharal, lié à la légende du Golem. La Josefov fut au cœur de la culture juive d'expression allemande, de Kafka à Brod.
Abrir →Chine · XXe siècle
Shanghai abrita successivement des Juifs Baghdadi (Sassoon, Kadoorie), des réfugiés russes après 1917, puis des dizaines de milliers de réfugiés fuyant le nazisme dans les années 1930. Pendant l'occupation japonaise, ces derniers furent confinés dans le « ghetto » de Hongkou. Après 1949, presque tous quittèrent la ville, mettant fin à cette histoire singulière.
Abrir →Tunisie · Moyen Âge–XXe siècle
La communauté de Tunis se distinguait par la coexistence de deux groupes : les Twansa autochtones et les Grana, descendants de marchands livournais venus d'Italie. Concentrée dans le quartier de la Hara, elle produisit rabbins, imprimeurs et musiciens du malouf. Le protectorat français, puis l'indépendance en 1956, accéléra son émigration vers la France et Israël.
Abrir →Italie · XVIe–XVIIIe siècle
En 1516, la République de Venise confina ses Juifs dans le Ghetto Nuovo, donnant son nom à toutes les enceintes juives futures. S'y côtoyaient les nations Tedesca, Levantina et Ponentina, chacune avec sa synagogue (scuola). Centre d'imprimerie hébraïque de premier plan (Bomberg, Bragadin), Venise vit aussi rayonner le savoir de Leon de Modène et de Sara Copia Sullam.
Abrir →Lituanie · XVIe–XXe siècle
Surnommée la « Jérusalem de Lituanie », Vilna fut le cœur du monde lituanien (litvak) et le foyer du Gaon de Vilna, opposant majeur au hassidisme. Centre d'étude talmudique, d'imprimerie (la maison Romm) et de culture yiddish laïque, elle vit naître le Bund. Sa communauté florissante fut anéantie par la Shoah.
Abrir →Égypte · XIXe–XXe siècle
Au Caire et à Alexandrie, une communauté cosmopolite mêlant rabbanites, caraïtes et Juifs européens prospéra sous la khédiviat puis le protectorat britannique. Banquiers, négociants et lettrés (familles Cattaoui, Mosseri, Suarès) animèrent la vie économique et culturelle. Après 1948 et la crise de Suez de 1956, la quasi-totalité de cette communauté fut contrainte à l'exil.
Abrir →Caucase
Les Juifs des montagnes (en russe Gorskie Evrei), aussi appelés Juifs du Caucase oriental, sont une communauté établie principalement en Azerbaïdjan et au Daghestan, dont les origines remonteraient à des migrations depuis la Perse au cours des premiers siècles de notre ère. Leur langue, le judéo-tat (juhuri), est un parler iranien apparenté au persan, écrit traditionnellement en caractères hébraïques. Longtemps relativement isolés des grands foyers du judaïsme rabbinique, ils maintinrent des traditions religieuses, des coutumes vestimentaires et une organisation sociale fortement marquées par leur environnement caucasien et montagnard. Sous domination russe puis soviétique, ils connurent à la fois la modernisation et les restrictions imposées à la vie religieuse. Le XXe siècle, et surtout la fin de l'Union soviétique, virent un contact croissant avec le judaïsme mondial et une émigration importante vers Israël, les États-Unis et d'autres pays, où ils s'efforcent de préserver leur héritage linguistique et culturel distinctif.
Abrir →Provence · Moyen Âge–XVIIIe siècle
Après l'expulsion de France de 1394, seuls les Juifs des États pontificaux du Comtat Venaissin et d'Avignon purent rester sur le sol français. Confinés dans quatre carrières (Avignon, Carpentras, Cavaillon, L'Isle-sur-la-Sorgue), ils développèrent un rite et une langue propres, le shuadit (judéo-provençal). Leurs synagogues baroques témoignent de cette histoire singulière.
Abrir →Kurdistan · Antiquité–XXe siècle
Dispersés dans les montagnes d'Irak, d'Iran et de Turquie, les Juifs du Kurdistan parlaient des dialectes néo-araméens (lishana deni, lishanid noshan), héritiers directs de la langue talmudique. Communautés rurales d'agriculteurs, de muletiers et de colporteurs, elles vénéraient des saints locaux et célébraient la fête de la Seharané. Presque toutes émigrèrent en Israël dans les années 1950.
Abrir →Algérie · Moyen Âge–XXe siècle
À Ghardaïa, dans la vallée saharienne du Mzab, vivait une petite communauté juive isolée, restée à l'écart de l'émancipation des Juifs algériens (décret Crémieux ne s'y appliquant qu'en 1961). Orfèvres et commerçants, ils conservèrent des coutumes berbères et un mode de vie traditionnel. Ils quittèrent l'Algérie en 1962, principalement pour la France.
Abrir →Angleterre · XIe–XIXe siècle
Présents en Angleterre depuis la conquête normande de 1066, les Juifs y jouèrent un rôle économique important comme prêteurs au service de la Couronne, mais furent soumis à une fiscalité écrasante, à des violences (notamment le massacre de York en 1190) et à l'accusation de meurtre rituel apparue à Norwich. En 1290, le roi Édouard Ier décréta leur expulsion, faisant de l'Angleterre le premier royaume d'Europe occidentale à bannir durablement sa population juive. Pendant près de quatre siècles, la présence juive ne survécut que de façon clandestine ou marginale. La réadmission s'opéra de fait sous Oliver Cromwell, à la suite des démarches du rabbin amstellodamois Menasseh ben Israël en 1655-1656 : sans décret formel, la pratique du judaïsme fut tolérée et une communauté séfarade s'établit à Londres. Aux Séfarades succédèrent des immigrants ashkénazes, et l'émancipation politique progressa jusqu'à l'accès des Juifs au Parlement au XIXe siècle, accompagnant l'essor d'une communauté influente dans l'Empire britannique.
Abrir →France · Xe–XVe siècle
Les Juifs de France médiévale, désignés dans la tradition par le terme Tsarfat (nom hébreu de la France), formèrent du Xe au XIVe siècle un foyer intellectuel de premier plan, en particulier dans le nord et l'est du royaume. La figure dominante en fut Rachi de Troyes (1040-1105), dont les commentaires limpides du Talmud et de la Bible devinrent indispensables, et dont les disciples et descendants, les Tossafistes, développèrent une méthode dialectique d'analyse talmudique d'une grande finesse. Les communautés connurent une prospérité économique liée notamment au commerce et au crédit, mais furent de plus en plus exposées aux persécutions : massacres lors des croisades, accusations de profanation et de meurtre rituel, condamnation et brûlement public du Talmud à Paris en 1242. Le pouvoir royal alterna protection fiscale et spoliation, jusqu'aux expulsions de 1306 par Philippe le Bel, puis aux rappels et bannissements successifs culminant dans l'expulsion définitive de 1394. L'héritage exégétique de l'école française demeure l'un des piliers de la pensée rabbinique médiévale.
Abrir →Inde
La présence juive en Inde se compose principalement de trois communautés distinctes, aux origines et aux traditions propres. Les Bene Israël, établis de longue date dans la région de Bombay et le Konkan, conservèrent certaines pratiques juives tout en s'intégrant à la société locale. Les Juifs de Cochin, dans le Kerala, formaient une communauté ancienne attestée par des privilèges gravés sur plaques de cuivre, organisée autour de synagogues comme celle de Paradesi. Les Baghdadis, marchands venus d'Irak et du Moyen-Orient au XIXe siècle, s'installèrent dans les grandes villes coloniales comme Bombay et Calcutta, où des familles telles que les Sassoon prospérèrent. Chacune développa une vie liturgique, culinaire et culturelle originale, mêlant traditions juives et contexte indien, avant que l'émigration vers Israël ne réduise fortement leurs effectifs au XXe siècle.
Abrir →Maroc
La communauté juive du Maroc fut, au XXe siècle, l'une des plus importantes du monde arabe et musulman. Son histoire combine des couches anciennes, dont des éléments d'origine berbère parfois antérieurs à l'islam, l'apport des Séfarades arrivés après 1492 (les megorashim) et des familles marchandes liées aux réseaux méditerranéens. Cette diversité donna naissance à une culture syncrétique, mêlant arabe, berbère, hébreu et judéo-espagnol selon les régions. La vénération de saints (tsaddikim), parfois partagée avec les voisins musulmans lors de pèlerinages, est un trait marquant de la piété populaire judéo-marocaine. À partir du milieu du XXe siècle, l'immense majorité de cette communauté émigra, principalement vers Israël et la France, laissant un riche patrimoine religieux, musical et culturel.
Abrir →Grèce · Antiquité–XXe siècle
Les Romaniotes, plus ancien groupe juif d'Europe, descendent des Juifs de l'Empire byzantin et parlaient le yévanique (judéo-grec). Distincts des Séfarades, ils conservèrent à Ioannina et Chalcis une liturgie (minhag Romania) et des coutumes propres. La déportation de 1943–1944 anéantit la quasi-totalité de ces communautés millénaires.
Abrir →Méditerranée, Empire ottoman, Maroc · XVIe–XIXe siècle
L'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492, suivie de celle du Portugal en 1497, dispersa les Séfarades vers le Maghreb, l'Empire ottoman, l'Italie et, plus tard, les Pays-Bas. Dans ces terres d'accueil, ils reconstituèrent des communautés vivantes, parfois en tension avec les communautés juives autochtones préexistantes. Ils emportèrent avec eux leur langue, le judéo-espagnol, leurs coutumes et un héritage intellectuel considérable, qui influença la vie religieuse et culturelle locale. Des centres comme Salonique, Istanbul, Fès, Amsterdam et Livourne devinrent des foyers séfarades majeurs, actifs dans le commerce, l'imprimerie et l'étude. La diaspora séfarade post-1492 forma ainsi un réseau méditerranéen et atlantique dont l'empreinte se prolongea jusqu'à l'époque contemporaine.
Abrir →Yémen, Israël · XIXe–XXe siècle
Les Juifs du Yémen forment l'une des plus anciennes communautés du monde juif, dont la présence est attestée depuis l'Antiquité et qui conserva, dans un relatif isolement, des traditions liturgiques, des coutumes et une prononciation de l'hébreu jugées particulièrement archaïques et précieuses. Soumis sous l'imamat zaydite à un statut de dhimmi assorti de restrictions sévères, ils maintinrent une vie religieuse intense, dont témoigne la figure du poète Shalom Shabazi au XVIIe siècle. La quasi-totalité de la communauté émigra en Israël peu après la création de l'État, lors de l'opération « Tapis volant » (Magic Carpet), qui transporta par voie aérienne, en 1949-1950, près de 50 000 personnes. Leur intégration en Israël fut difficile, marquée par les épreuves de l'adaptation et par la douloureuse « affaire des enfants yéménites », du nom des familles affirmant que leurs enfants leur avaient été enlevés dans les camps d'accueil. Ce chapitre reste un objet de débat mémoriel et historique vivace.
Abrir →Sinagoga, entreajuda, ofícios, mesa, vestimenta e instituições sociais.
Diaspora et terre d'Israël · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique sur la synagogue : naissance après l'exil, archéologie des synagogues antiques, typologies architecturales (séfarade, ashkénaze, italienne), fonctions de prière, d'étude et de réunion.
Abrir →Les associations volontaires (hevrot) dédiées à l'étude, à la charité ou aux soins funéraires qui structuraient la vie communautaire. Elle analyse leur rôle social, leurs statuts et leur sociabilité.
Abrir →La justice charitable comme obligation religieuse et pilier de l'organisation communautaire. Elle décrit les caisses, fondations et institutions d'assistance aux pauvres, malades et voyageurs.
Abrir →
Méditerranée, Europe, Orient · Du Moyen Âge à nos jours
Grand Livre thématique sur le commerce : marchands radhanites, réseaux méditerranéens (la Geniza du Caire), lettres de change, prêt et banque, foires — circulation des hommes, des biens et du crédit.
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Diaspora · Du Moyen Âge à nos jours
Grand Livre thématique sur les métiers : orfèvres et bijoutiers, tisserands et tailleurs, relieurs et imprimeurs, métiers du cuir et du métal — savoir-faire transmis et restrictions imposées selon les lieux.
Abrir →La place du vin dans la liturgie et le rituel (kiddouch, quatre coupes) et les lois de sa production cachère. Elle aborde la viticulture juive, le négoce du vin et ses réseaux marchands.
Abrir →Diaspora et terre d'Israël · Traditions vivantes
Grand Livre thématique consacré à la table et aux cuisines juives : cacherout, plats de fête et de Shabbat, traditions ashkénazes, séfarades et mizrahi, transmission domestique des recettes et des gestes. La cuisine comme archive vivante d'une géographie et d'un exil. Registre Mémoire.
Abrir →Les codes vestimentaires, du tallit et des tsitsit aux signes distinctifs imposés et aux habits régionaux. Elle interroge l'identité, la pudeur (tsniout) et la distinction sociale à travers l'habit.
Abrir →
Financiers et fournisseurs juifs au service des princes d'Europe centrale aux XVIIe-XVIIIe siècles. Figures puissantes mais exposées, comme Joseph Süss Oppenheimer.
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Retour à la terre porté par les pionniers sionistes, des premières moshavot au modèle collectiviste du kibboutz. Une utopie sociale au cœur du projet national.
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Le développement des clubs et fédérations sportives juives, du « judaïsme musculaire » aux Maccabiades. Elle relie pratique physique, affirmation identitaire et idéal national.
Abrir →Mouvements éducatifs et pionniers — Hashomer Hatzaïr, Bnei Akiva, EI — formant la jeunesse entre idéal, identité et engagement. Acteurs clés du XXe siècle juif.
Abrir →Diaspora et terre d'Israël · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique consacré au rôle des femmes dans la transmission juive : gardiennes de la mémoire familiale, érudites, poétesses, prières vernaculaires (tkhines), tradition orale, figures bibliques et contemporaines. Là où l'archive est souvent muette, le témoignage et la mémoire transmise prennent toute leur place. Registre à l'intersection de la Mémoire et de l'Histoire.
Abrir →Stèles, symboles et épitaphes des cimetières juifs (Prague, Worms, Mont des Oliviers). Sources majeures pour la mémoire et l'art communautaires.
Abrir →XXe–XXIe siècle
Depuis le début du XXe siècle, la place des femmes dans la vie religieuse juive a connu des transformations profondes, qui traversent tous les courants du judaïsme. Le mouvement réformé américain ordonna des femmes rabbins à partir des années 1970, suivi par le mouvement conservateur (massorti) dans les décennies suivantes. Dans l'orthodoxie moderne, des débats portent sur l'éducation talmudique des femmes, leur participation à la vie communautaire et l'émergence de nouvelles fonctions de leadership religieux féminin. Des initiatives comme les minyanim de partenariat, dont Shira Hadasha à Jérusalem, cherchent à accroître la participation des femmes dans le cadre de la halakha. Ces évolutions s'accompagnent de réflexions sur le statut des femmes en droit matrimonial, notamment la question des agounot, et continuent de susciter des controverses au sein des différentes communautés.
Abrir →Europe, Monde · XIXe–XXe siècle
La question juive occupa une place notable dans l'émergence du droit international moderne aux XIXe et XXe siècles. Au Congrès de Berlin de 1878, les grandes puissances subordonnèrent la reconnaissance de certains États balkaniques à l'octroi de l'égalité civile à leurs minorités, dont les Juifs, bien que ces clauses fussent souvent mal appliquées. Après la Première Guerre mondiale, les traités de minorités placés sous la garantie de la Société des Nations cherchèrent à protéger les droits des minorités nationales et religieuses en Europe centrale et orientale. Des juristes et organisations juives jouèrent un rôle actif dans la défense de ces mécanismes. Imparfaits et finalement débordés par la montée des nationalismes, ces dispositifs préfigurent néanmoins le développement, après 1945, du droit international des droits humains.
Abrir →Pologne · XVIe–XVIIIe siècle
Le Vaad Arba Aratsot (Conseil des Quatre Terres) fut, du milieu du XVIe siècle à 1764, l'instance suprême d'auto-gouvernement des Juifs de la Couronne de Pologne, regroupant à l'origine les grandes provinces de Grande-Pologne, Petite-Pologne, Ruthénie et Volhynie. Composé de délégués des principales communautés et de rabbins éminents, il se réunissait régulièrement, souvent lors des grandes foires de Lublin et de Iaroslav, pour traiter des affaires communes. Sa fonction première était la répartition et la collecte de l'impôt forfaitaire que la Couronne réclamait à l'ensemble des Juifs, mais il légiférait aussi en matière religieuse, économique et sociale, tranchait des litiges supracommunautaires et défendait les intérêts juifs auprès des autorités. Son existence reflète à la fois la vitalité de l'organisation interne juive et la place reconnue, quoique précaire, des Juifs dans la République polono-lituanienne. Sa suppression en 1764, lorsque l'État décida de prélever directement la capitation, marqua la fin d'une remarquable autonomie politique juive prémoderne.
Abrir →Monde juif · XIXe–XXe siècle
L'éducation formelle des filles juives, longtemps limitée par rapport à celle des garçons et largement cantonnée au cadre domestique, connut une transformation majeure aux XIXe et XXe siècles. Dans le monde séfarade et oriental, le réseau d'écoles de l'Alliance israélite universelle, à partir de 1860, scolarisa massivement les filles et contribua à modifier en profondeur leur statut social et leur accès à la culture moderne. Dans le monde ashkénaze orthodoxe d'Europe orientale, Sarah Schenirer fonda à Cracovie en 1917 le premier réseau d'écoles Beth Yaakov, destiné à offrir aux jeunes filles une éducation religieuse structurée afin de les prémunir contre la sécularisation ; ce mouvement, soutenu par des autorités rabbiniques, essaima largement. Parallèlement, dans les milieux laïcisés, sionistes ou bundistes, les filles accédèrent aux écoles modernes en hébreu, en yiddish ou dans les langues nationales. Ces évolutions transformèrent la place des femmes dans la transmission et la vie communautaire, tout en suscitant des débats sur les limites de l'étude religieuse féminine.
Abrir →Le droit rabbinique (halakha) définit un statut juridique spécifique pour les femmes, qui se distingue de celui des hommes en matière de témoignage, d'héritage, de vœux, d'obligations rituelles et de mariage. Fondé sur la Mishna, le Talmud et leurs codificateurs, ce statut conjugue exemptions, protections et restrictions, souvent justifiées par des distinctions de rôles sociaux et religieux. Au fil des siècles, la littérature des responsa montre que ces normes furent constamment interprétées et négociées en fonction des réalités économiques et familiales des différentes communautés. Des questions comme celle de la femme dont le mari a disparu (agouna) ou les droits patrimoniaux garantis par la ketouba illustrent les tensions du système. À l'époque contemporaine, ce statut fait l'objet de débats intenses dans tous les courants du judaïsme.
Abrir →Europe · XIIe–XIXe siècle
Le kahal (ou kehilla) désigne la communauté juive organisée et son instance dirigeante, qui assura en Europe, du Moyen Âge jusqu'à l'époque moderne, un large degré d'auto-gouvernement. Reconnue par les pouvoirs chrétiens, qui y voyaient un interlocuteur commode pour la perception des impôts, cette structure gérait la fiscalité interne, la justice civile entre Juifs, l'enseignement, les institutions de bienfaisance, les abattoirs rituels et le maintien de l'ordre communautaire. Dirigée par des notables élus ou cooptés (parnassim) et appuyée sur l'autorité du rabbin, elle pouvait recourir à des sanctions comme l'excommunication (herem). En Pologne-Lituanie, les kahals se fédérèrent au sein d'instances supracommunautaires comme le Conseil des Quatre Terres. L'émancipation et la centralisation des États modernes entraînèrent la suppression progressive de l'autonomie juridique du kahal, mais la kehilla demeura, sous des formes nouvelles, le cadre fondamental de la vie collective juive.
Abrir →Monde · XXe siècle
Les grandes institutions philanthropiques juives modernes naquirent pour répondre aux crises qui frappèrent les communautés du XXe siècle. L'American Jewish Joint Distribution Committee (JDC, ou « Joint »), fondé en 1914 pour venir en aide aux Juifs d'Europe et de Palestine éprouvés par la Première Guerre mondiale, devint la principale organisation internationale de secours, intervenant lors des famines, des persécutions, du sauvetage des survivants de la Shoah et de l'aide aux réfugiés. Le Keren Hayesod (Fonds de fondation), créé en 1920, mobilisa quant à lui les ressources de la diaspora au service du développement du foyer national juif en Palestine, complétant le Keren Kayemet (Fonds national juif) chargé de l'acquisition des terres. Ces institutions incarnent la valeur traditionnelle de solidarité diasporique (klal Yisrael) et de bienfaisance (tsedaka), érigée en action collective organisée. Elles ont profondément modelé la structure des communautés juives au XXe siècle et continuent d'œuvrer auprès des populations juives vulnérables à travers le monde.
Abrir →Caraïbes, Antilles · XVIIe–XIXe siècle
À partir du XVIIe siècle, des Juifs séfarades et des Conversos revenus au judaïsme s'établirent dans les colonies des Caraïbes, profitant de l'expansion des puissances néerlandaise et britannique et de la relative tolérance qui y régnait parfois. Curaçao, sous domination hollandaise, abrita la communauté Mikvé Israël, dont la synagogue Snoa (1732) est la plus ancienne encore en activité dans les Amériques, et qui essaima vers les autres îles et le continent. Au Surinam, la communauté de Jodensavanne constitua un cas exceptionnel d'établissement juif agricole quasi autonome au cœur de la forêt. À la Barbade, à la Jamaïque et ailleurs, des Juifs participèrent au commerce atlantique et à l'économie sucrière de plantation, qui reposait sur l'esclavage. Ces communautés, situées au carrefour des réseaux séfarades d'Amsterdam, de Londres et du Nouveau Monde, forment un chapitre encore méconnu de la diaspora séfarade de l'après-1492.
Abrir →États-Unis, Europe · 1929–1939
La Grande Dépression, déclenchée par le krach boursier de Wall Street en octobre 1929, frappa durement les communautés juives des États-Unis et d'Europe, fragilisées par le chômage, les faillites commerciales et la précarité d'une population souvent concentrée dans le petit commerce et l'artisanat. Aux États-Unis, où la communauté immigrée était encore largement urbaine et ouvrière, la crise aggrava les difficultés tout en alimentant une vague d'antisémitisme populiste, incarnée notamment par le prédicateur radiophonique Charles Coughlin, qui présentait les Juifs comme responsables du désordre financier. En Europe, le marasme économique nourrit la montée des mouvements d'extrême droite et, en Allemagne, contribua au succès du parti nazi. Pour beaucoup de Juifs, l'épreuve renforça l'engagement dans les mouvements de gauche, les syndicats et, aux États-Unis, le soutien au New Deal de Roosevelt. La crise eut ainsi des effets contrastés, conjuguant aggravation des hostilités et radicalisation politique progressiste d'une partie de la communauté.
Abrir →États-Unis · XVIIe–XXe siècle
L'histoire des Juifs aux États-Unis commence en 1654 avec l'arrivée à La Nouvelle-Amsterdam (futur New York) d'un petit groupe de Juifs séfarades fuyant la reconquête portugaise du Brésil. Pendant la période coloniale et au lendemain de l'indépendance, la communauté demeura modeste, structurée autour de congrégations séfarades comme celle de Newport, à laquelle George Washington adressa en 1790 une lettre célèbre garantissant la liberté religieuse. L'immigration d'Europe centrale, surtout germanophone, transforma la communauté au milieu du XIXe siècle et donna naissance au judaïsme réformé américain. Puis, entre 1880 et 1924, plus de deux millions de Juifs d'Europe orientale, fuyant pogroms et misère, s'installèrent dans les grandes villes, notamment dans le Lower East Side de New York. La séparation constitutionnelle de l'Église et de l'État offrit aux Juifs un cadre d'intégration sans équivalent en Europe, leur permettant de jouer un rôle de premier plan dans l'économie, la politique, les arts, les sciences et le droit.
Abrir →Espagne médiévale · XIe–XVe siècle
Dans les royaumes chrétiens de Castille et d'Aragon, du XIe au XVe siècle, des Juifs occupèrent des fonctions de premier plan au service des souverains, comme trésoriers, fermiers d'impôts, médecins et diplomates. Ces « Juifs de cour » bénéficiaient de la protection royale, qui leur conférait influence et richesse, mais les exposait aussi à l'hostilité populaire et aux fluctuations de la faveur du prince. Des figures comme Hasdaï ibn Shaprout à l'époque antérieure, puis divers courtisans des cours ibériques médiévales, illustrent cette position. Cette élite vivait dans une tension permanente entre intégration au pouvoir et précarité de sa condition. Les violences de 1391, les conversions forcées et finalement l'expulsion de 1492 mirent fin à cette présence juive influente dans la péninsule.
Abrir →Empire ottoman · XVe–XIXe siècle
L'Empire ottoman accueillit à partir de 1492 de nombreux Juifs expulsés d'Espagne, qui s'ajoutèrent aux communautés déjà présentes dans ses territoires. Dans ce cadre, certains Juifs accédèrent à des fonctions de médecins, banquiers, diplomates, fermiers d'impôts et interprètes au service de la Sublime Porte. La figure de Joseph Nasi, élevé au rang de duc de Naxos sous Sélim II, illustre l'influence que des notables juifs purent exercer dans les affaires de la cour et de la diplomatie. Des femmes d'affaires comme Doña Gracia Nasi jouèrent aussi un rôle économique et communautaire notable. Si cette présence à la cour resta le fait d'une élite, elle témoigne de la place que les Juifs purent occuper dans la société ottomane, dans le cadre plus large du statut de protégés (dhimmis).
Abrir →Empire ottoman · XVe–XVIIIe siècle
L'introduction de l'imprimerie hébraïque dans l'Empire ottoman fut l'œuvre des exilés séfarades, qui établirent dès 1493 à Constantinople une presse animée par les frères David et Samuel ibn Nahmias, soit plusieurs décennies avant l'apparition de l'imprimerie en caractères arabes dans l'Empire. Des ateliers se développèrent rapidement à Constantinople, à Thessalonique et, plus tard, à Safed et à Smyrne, faisant de ces villes des centres majeurs de production et de diffusion du livre juif. On y imprima des textes religieux fondamentaux — éditions du Talmud, du Choulhan Aroukh de Joseph Karo, ouvrages de halakha et de Kabbale —, mais aussi des œuvres littéraires, poétiques et scientifiques en hébreu et en judéo-espagnol. Ces imprimeries jouèrent un rôle névralgique dans l'unification des pratiques religieuses et dans la circulation du savoir à travers la Méditerranée et au-delà. Elles contribuèrent ainsi au rayonnement intellectuel des communautés séfarades de l'Empire ottoman.
Abrir →Italie · XVe–XVIe siècle
Durant la Renaissance, les Juifs d'Italie connurent, dans certaines cités et cours, une participation à la vie culturelle relativement libre par rapport au reste de l'Europe. Des médecins, philosophes, musiciens et imprimeurs juifs contribuèrent à l'effervescence intellectuelle de l'époque, et l'imprimerie hébraïque se développa notamment à Venise. Le contact entre savants juifs et humanistes chrétiens favorisa un intérêt nouveau pour la langue hébraïque et la Kabbale, comme en témoigne l'œuvre de Pic de la Mirandole. Des figures comme le philosophe Yehuda Abravanel (Leone Ebreo), auteur des Dialogues d'amour, illustrent cette créativité. Cette période d'échanges fut toutefois suivie, à partir du milieu du XVIe siècle, par un durcissement marqué par la Contre-Réforme et la création de ghettos.
Abrir →Europe · XIe–XVe siècle
Au Moyen Âge, l'exclusion progressive des Juifs de nombreuses corporations et professions, conjuguée à l'interdiction faite aux chrétiens de pratiquer le prêt à intérêt par le droit canonique, conduisit une partie d'entre eux à se spécialiser dans les activités de crédit. Cette orientation, largement imposée par les contraintes juridiques et sociales, varia selon les régions et les époques. Dans certains États, les Juifs étaient considérés comme dépendant directement du souverain, qui tirait profit de leurs activités financières tout en pouvant à tout moment les taxer ou les expulser. Cette spécialisation alimenta des stéréotypes durables associant les Juifs à l'argent et à l'usure. Elle servit fréquemment de prétexte à des persécutions, des annulations de dettes et des expulsions, comme celles d'Angleterre en 1290 ou de France à plusieurs reprises.
Abrir →Europe · XVIIIe–XIXe siècle
La franc-maçonnerie, mouvement de sociabilité initiatique né au début du XVIIIe siècle et porteur d'idéaux universalistes et fraternels, offrit aux Juifs émancipés un espace de rencontre mixte avec leurs concitoyens chrétiens, à une époque où peu d'institutions le permettaient. Après l'émancipation issue de la Révolution française, des Juifs rejoignirent les loges en nombre dans plusieurs pays d'Europe occidentale, y voyant un lieu d'intégration conforme aux valeurs des Lumières, même si certaines obédiences, notamment en Allemagne, leur opposèrent longtemps des résistances. Cette participation s'inscrivait dans le mouvement plus large d'entrée des Juifs dans la vie civique et associative des sociétés modernes. Mais l'association entre judaïsme et franc-maçonnerie devint aussi un thème récurrent de la propagande antisémite : la dénonciation d'un prétendu complot « judéo-maçonnique » destiné à subvertir l'ordre chrétien fut diffusée par les milieux contre-révolutionnaires puis par les régimes autoritaires et le nazisme, qui persécutèrent conjointement Juifs et francs-maçons. Ce mythe complotiste connut une longévité considérable.
Abrir →Monde juif
L'architecture synagogale, depuis l'Antiquité jusqu'à l'époque contemporaine, reflète à la fois les besoins du culte juif et les contraintes et aspirations des sociétés au sein desquelles vivaient les communautés. La synagogue antique de Doura Europos, ornée de fresques figuratives découvertes au XXe siècle, témoigne d'une iconographie riche dans le judaïsme tardo-antique. Au Moyen Âge et à l'époque moderne, les synagogues durent souvent composer avec des restrictions limitant leur visibilité et leur hauteur. Au XIXe siècle, l'émancipation permit l'édification de grands édifices, parfois de style néo-mauresque, affichant la présence juive dans l'espace urbain. L'étude de ces bâtiments, de leur agencement intérieur (arche sainte, bima) et de leur décor éclaire l'histoire des relations entre Juifs et sociétés environnantes.
Abrir →Monde juif · De l'Antiquité à nos jours
La tsniout désigne l'idéal de pudeur, de réserve et de modestie dans la tenue, le comportement et la parole. De principe spirituel (« marcher humblement avec ton Dieu », Michée 6:8), elle s'est traduite en normes vestimentaires et sociales, diversement interprétées selon les communautés et les époques.
Abrir →Universel · De l'Antiquité à nos jours
L'hospitalité (hakhnasat orhim), illustrée par Abraham accueillant les trois visiteurs, est une mitsva centrale de la vie communautaire : héberger et nourrir le voyageur, l'étudiant, le pauvre. Elle structure auberges, confréries et coutumes du Chabbat, et rejoint l'amour de l'étranger (ger) prescrit par la Torah.
Abrir →Haskalah, emancipação, correntes religiosas e movimentos políticos modernos.
Europe · XVIIIe-XIXe siècle
Grand Livre thématique sur la Haskala : Mendelssohn et les maskilim, renaissance de l'hébreu, presse et écoles modernes, débats sur l'émancipation et l'intégration.
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Le processus juridique et politique d'accession à la citoyenneté entre les XVIIIe et XIXe siècles. Elle examine les débats sur l'intégration, l'acculturation et la redéfinition de l'identité juive dans l'État moderne.
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Le débat révolutionnaire sur l'octroi de la citoyenneté aux Juifs et le décret d'émancipation de 1791. Elle traite des effets de l'Assemblée des notables, du Grand Sanhédrin et de l'organisation consistoriale napoléonienne.
Abrir →La différenciation, à partir du XIXe siècle, des grandes tendances religieuses face à la modernité. Elle compare leurs positions sur la halakha, la liturgie et l'autorité de la tradition.
Abrir →Europe orientale puis monde · XVIIIe siècle à nos jours
Grand Livre thématique sur le mouvement hassidique : le Baal Shem Tov, les dynasties de tsadikim (Loubavitch, Satmar, Bratslav…), la cour, le conte, la joie et la dévotion, jusqu'aux communautés contemporaines.
Abrir →Europe, monde, terre d'Israël · XIXe-XXe siècle
Grand Livre thématique sur le sionisme : précurseurs, Herzl et les congrès, courants (politique, culturel, religieux, socialiste), aliyot et fondation de l'État. Registre attentif à distinguer projet politique et espérance traditionnelle.
Abrir →Europe et terre d'Israël · Fin XIXe – début XXe siècle
Grand Livre thématique sur la genèse du sionisme politique : le choc de l'affaire Dreyfus, L'État des Juifs (Der Judenstaat, 1896), le premier Congrès sioniste de Bâle (1897) et la fondation de l'Organisation sioniste mondiale. Il suit le rôle décisif de Theodor Herzl et le développement du mouvement — courants, institutions, diplomatie — jusqu'aux aliyot qui suivent sa mort en 1904. Registre Histoire, sans confondre projet politique et espérance messianique.
Abrir →Courant qui conjugue retour à Sion et fidélité à la Torah, des précurseurs (Kalischer) au rav Kook et au mouvement Mizrahi. Il marque profondément l'Israël contemporain.
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Mouvement ouvrier juif d'Europe de l'Est fondé en 1897, défenseur du yiddish et de l'autonomie culturelle. Une voie diasporique alternative au sionisme.
Abrir →Terre d'Israël · 1947–1949
Grand Livre thématique sur la création de l'État d'Israël : le plan de partage de l'ONU (29 novembre 1947), la déclaration d'indépendance proclamée par David Ben Gourion le 14 mai 1948 et la guerre d'indépendance. Il documente les acteurs, les dates et les enjeux d'un événement fondateur du judaïsme contemporain. Registre Histoire, soucieux de rigueur et de la pluralité des points de vue.
Abrir →Terre d'Israël · Première moitié du XXe siècle
Grand Livre thématique sur l'idéal du « Juif nouveau » porté par le sionisme et incarné à la naissance de l'État : le pionnier (haloutz), le sabra, le travailleur de la terre et le combattant, en rupture avec la figure de l'exil. Il interroge la « négation de la galout », le rapport au corps, au travail et à l'hébreu retrouvé comme matrices d'une identité refondée. Registre attentif à la portée comme aux limites de ce mythe fondateur.
Abrir →Palestine / Eretz Israël · 1882–1948
Entre 1882 et 1948, plusieurs vagues d'immigration juive, appelées aliyot, transformèrent la Palestine ottomane puis mandataire. La Première Aliya (à partir de 1882), marquée par les pionniers des Bilou, et la Deuxième Aliya (à partir de 1904), porteuse d'idéaux socialistes, posèrent les bases du yishouv moderne. Les aliyot suivantes amenèrent des immigrants d'horizons variés, dont de nombreux Juifs fuyant l'antisémitisme et, après 1933, le nazisme. Chaque vague apportait ses orientations idéologiques, ses pays d'origine et ses modèles d'établissement, des colonies agricoles aux villes nouvelles comme Tel-Aviv. L'immigration des survivants de la Shoah, souvent clandestine face aux restrictions britanniques, marqua les dernières années du Mandat. Ces aliyot façonnèrent en profondeur la démographie, l'économie et la culture du futur État d'Israël.
Abrir →Lituanie · XIXᵉ siècle
Fondée en 1803 par Rabbi Hayim de Volozhin, disciple du Gaon de Vilna, la yeshiva de Volozhin devint le prototype de la grande yeshiva moderne, indépendante de la communauté locale et accueillant des étudiants de toutes régions. Elle promut l'étude du Talmud pour elle-même (Torah lishma) et forma des générations de savants avant sa fermeture par les autorités russes en 1892.
Abrir →Lituanie · XVIIIᵉ siècle
À la fin du XVIIIᵉ siècle, l'expansion rapide du hassidisme suscita une vive opposition des Mitnaggedim (« opposants »), menés par le Gaon de Vilna, Élie ben Salomon (1720–1797). Ces tenants de l'étude talmudique rigoureuse et d'une piété sobre dénoncèrent certains usages hassidiques. Ce conflit, marqué par des excommunications, façonna durablement le judaïsme lituanien et la tradition des yeshivot.
Abrir →Israël · 1950–aujourd'hui
La loi du retour, adoptée par la Knesset en 1950, accorde à tout Juif le droit d'immigrer en Israël et constitue l'un des fondements juridiques de l'État en tant que refuge pour le peuple juif. Complétée par la loi sur la nationalité de 1952, elle permet l'acquisition quasi automatique de la citoyenneté israélienne aux nouveaux immigrants. Un amendement de 1970 étendit le bénéfice de la loi aux enfants et petits-enfants de Juifs, ainsi qu'à leurs conjoints, soulevant des débats sur la définition légale du « Juif ». Ces questions, liées notamment au statut des conversions et à la place des autorités religieuses, demeurent au cœur de tensions identitaires et politiques en Israël. La loi du retour a structuré les grandes vagues d'immigration de l'histoire de l'État, des Juifs des pays arabes à ceux de l'ex-URSS.
Abrir →Russie, URSS · 1905–1930
Les Juifs furent présents en nombre relativement important dans les mouvements révolutionnaires de l'Empire russe, attirés par des promesses d'égalité et marqués par les discriminations de la Zone de résidence et les pogroms. Ils s'engagèrent dans des courants variés, du Bund socialiste juif aux partis russes comme les mencheviks et les bolcheviks. La révolution de 1917 abolit les restrictions légales pesant sur les Juifs, ouvrant temporairement des possibilités de mobilité sociale et d'intégration. Mais le nouveau pouvoir soviétique entreprit aussi de démanteler les institutions religieuses et communautaires traditionnelles, jugées contraires à son projet. La guerre civile qui suivit fut accompagnée de pogroms meurtriers, notamment en Ukraine, qui frappèrent durement les populations juives.
Abrir →Podolie, Ukraine · XVIIIᵉ siècle
Israël ben Eliezer (v. 1700–1760), dit le Baal Chem Tov (« Maître du bon Nom »), est considéré comme le fondateur du hassidisme. Son enseignement met l'accent sur la joie, la prière fervente, le service de Dieu dans tous les actes et la présence divine en toute chose. Diffusées par ses disciples, ses idées renouvelèrent profondément la spiritualité populaire juive d'Europe orientale.
Abrir →Europe orientale · XVIIIᵉ–XXᵉ siècle
Dans le hassidisme, le tsadik (le « juste ») est le maître spirituel qui élève les prières de ses fidèles et fait le lien entre le monde et le divin. Autour de lui s'organise la « cour » hassidique, avec ses rites, ses tables (tisch), ses dynasties et ses lieux. Cette institution du leadership charismatique et héréditaire constitue une caractéristique structurante du mouvement hassidique.
Abrir →Europe de l'Est · XVIIIe siècle–contemporain
Genre narratif propre au hassidisme, où récits édifiants et merveilleux célèbrent les tsaddikim et leur enseignement mystique. Les contes de Rabbi Nahman de Breslov et les Shivhei ha-Besht en sont des œuvres emblématiques. Martin Buber les a fait connaître en Occident, en révélant leur profondeur spirituelle et littéraire.
Abrir →Volhynie, Ukraine · XVIIIᵉ siècle
Dov Ber de Mézéritch (mort en 1772), dit le Grand Maguid, fut le principal successeur du Baal Chem Tov et l'organisateur de la deuxième génération du hassidisme. Autour de lui se forma un cercle de disciples qui essaimèrent à travers l'Europe orientale pour fonder leurs propres cours. Sa pensée spéculative, marquée par la contemplation de l'Ein Sof et de l'anéantissement de soi, façonna la théologie hassidique.
Abrir →Allemagne · XVIIIᵉ siècle
Le Biour est le projet de traduction allemande de la Torah, écrite en caractères hébraïques, accompagnée d'un commentaire hébreu, lancé par Moïse Mendelssohn et ses collaborateurs à partir de 1780. Visant à donner aux juifs allemands un accès raffiné à la langue et au sens littéral du texte, il devint un manifeste de la Haskala. Il suscita aussi de vives oppositions de cercles traditionnels.
Abrir →Europe de l'Est, Israël, États-Unis · XXe siècle
La notion de Daat Torah, l'idée que les grands maîtres de la Torah détiennent une sagesse normative s'étendant au-delà de la halakha jusqu'aux affaires publiques et politiques, se cristallisa dans le monde harédi au XXe siècle. Associée au mouvement Agoudat Israël, elle confère une autorité décisive aux gedolim. Ce concept fait l'objet d'analyses historiques et de débats internes.
Abrir →Monde juif méditerranéen et oriental · XIXe–XXe siècle
L'Alliance israélite universelle, fondée à Paris en 1860, fut une organisation vouée à la défense des droits des Juifs et à leur « régénération » par l'éducation. Elle créa un vaste réseau d'écoles, principalement au Maghreb, au Levant, dans les Balkans et au Moyen-Orient, dispensant un enseignement de type français à des dizaines de milliers d'élèves. Ces écoles transformèrent profondément les sociétés juives séfarades et orientales, favorisant l'alphabétisation, la mobilité sociale et l'ouverture aux idées modernes. L'Alliance intervint aussi diplomatiquement pour défendre des communautés menacées dans divers pays. Son œuvre suscita des appréciations contrastées, entre reconnaissance de son rôle éducatif et critiques de son orientation francisante et de son regard parfois condescendant sur les cultures locales.
Abrir →États-Unis · XIXe siècle–aujourd'hui
Le judaïsme réformé américain s'organisa au cours du XIXe siècle, avec la fondation en 1873 de l'Union of American Hebrew Congregations (devenue l'Union for Reform Judaism) à l'initiative notamment du rabbin Isaac Mayer Wise, et l'ouverture du Hebrew Union College pour former ses rabbins. Inspiré du mouvement réformé allemand, il adapta la liturgie, la théologie et la pratique aux conditions de la vie libérale nord-américaine, comme en témoignent des plateformes doctrinales successives à partir de celle de Pittsburgh en 1885. Le mouvement privilégia une approche évolutive de la tradition, accordant une large place à l'éthique et à l'autonomie de la conscience. Il fut pionnier dans l'égalité entre hommes et femmes, ordonnant des femmes rabbins à partir des années 1970, et dans l'inclusion des personnes LGBT. Il constitue aujourd'hui l'un des principaux courants du judaïsme aux États-Unis.
Abrir →Palestine / Israël · XIXe–XXe siècle
Eliezer Ben Yehouda (1858-1922), né Eliezer Perelman en Lituanie, fut le principal artisan de la résurrection de l'hébreu comme langue parlée du quotidien, entreprise sans précédent dans l'histoire des langues. Convaincu qu'un renouveau national juif passait par une langue commune vivante, il s'installa à Jérusalem en 1881 et fit le pari radical de n'élever ses enfants qu'en hébreu, faisant de son fils Itamar le premier locuteur natif de l'hébreu moderne depuis l'Antiquité. Il forgea des milliers de néologismes pour doter la langue d'un vocabulaire adapté à la vie contemporaine, anima des journaux en hébreu, milita pour son enseignement dans les écoles du Yishouv et entreprit la rédaction d'un vaste dictionnaire historique de la langue hébraïque. Il fut aussi à l'origine du comité de la langue hébraïque, ancêtre de l'actuelle Académie de la langue hébraïque. Cette renaissance linguistique, qui fit de l'hébreu la langue officielle d'un État moderne, demeure l'une des réalisations les plus spectaculaires du mouvement sioniste.
Abrir →États-Unis · 1950–1970
L'engagement de Juifs américains aux côtés du mouvement des droits civiques afro-américain des années 1950 et 1960 constitue l'un des chapitres marquants de l'histoire sociale des États-Unis. Des organisations comme l'American Jewish Committee (AJC) et l'Anti-Defamation League (ADL) soutinrent juridiquement et financièrement la cause de l'égalité raciale, et des Juifs furent surreprésentés parmi les militants blancs engagés sur le terrain, notamment lors du Freedom Summer de 1964 dans le Mississippi. Le meurtre, cette année-là, des militants Andrew Goodman et Michael Schwerner, juifs, aux côtés de l'Afro-Américain James Chaney, devint un symbole de cette alliance et de ses sacrifices. Le rabbin Abraham Joshua Heschel marcha aux côtés de Martin Luther King à Selma en 1965. Cette coalition, nourrie d'une mémoire partagée de l'oppression et de l'idéal de justice (tsedek), connut par la suite des tensions, liées notamment aux débats sur la discrimination positive et aux relations entre communautés, qui reflètent les complexités de la société américaine.
Abrir →Empire russe, Galicie · XIXe siècle
En Europe orientale, la Haskala, le mouvement des Lumières juives, prit un visage spécifique, distinct de son foyer berlinois initial. Les maskilim de l'Empire russe et de Galicie accordèrent une place centrale à l'hébreu comme langue moderne de culture, tout en s'adressant aussi aux masses yiddishophones. Confrontés aux conditions d'oppression du régime tsariste et à la pauvreté des communautés, ils prônèrent la réforme de l'éducation, le travail productif et une critique de certains aspects de la vie traditionnelle. Des écrivains comme Mendele Moykher Sforim et Isaac Leib Peretz, héritiers de ce courant, posèrent les bases de la littérature moderne en hébreu et en yiddish. La Haskala orientale nourrit ainsi à la fois un renouveau littéraire et les débats idéologiques qui menèrent au nationalisme juif et au socialisme.
Abrir →Palestine / Israël · XXe siècle
Le kibboutz est une communauté fondée sur la propriété collective des biens, le travail en commun et une organisation égalitaire de la vie sociale. Le premier d'entre eux, Degania, fut établi en 1909-1910 au bord du lac de Tibériade par des pionniers de la Deuxième Aliya. Inspiré d'idéaux socialistes et sionistes, le mouvement kibboutzique visait à créer un « homme nouveau » juif, ancré dans la terre et libéré des structures de la diaspora. Les kibboutzim jouèrent un rôle majeur dans la colonisation agricole, la défense et la vie politique du yishouv puis de l'État d'Israël, malgré leur poids démographique limité. Au fil du temps, beaucoup connurent des transformations et une privatisation partielle, mais cette expérience sociale originale marqua durablement la culture israélienne.
Abrir →Amériques, Monde · XIXe siècle–aujourd'hui
Le judaïsme conservateur (appelé Masorti en dehors des États-Unis) est un courant qui cherche une voie médiane entre l'orthodoxie et le judaïsme réformé. Ses racines remontent au mouvement de la « science du judaïsme » (Wissenschaft des Judentums) et à l'école « positive-historique » de Zacharias Frankel dans l'Allemagne du XIXe siècle, qui reconnaissait l'évolution historique de la tradition tout en affirmant la valeur contraignante de la halakha. Le mouvement prit toute sa dimension aux États-Unis avec le Jewish Theological Seminary, réorganisé sous la direction de Solomon Schechter au début du XXe siècle, et l'United Synagogue of America. Acceptant la critique historique des textes et une certaine souplesse dans l'application de la loi, le conservatisme s'efforça de concilier modernité et observance, notamment par des décisions comme l'autorisation de se rendre à la synagogue en voiture le Shabbat. Mouvement dominant de la vie juive américaine dans les décennies d'après-guerre, il connut ensuite un déclin relatif au profit des pôles orthodoxe et libéral, tout en ordonnant des femmes au rabbinat à partir des années 1980.
Abrir →Lituanie · XIXᵉ siècle
Fondé au XIXᵉ siècle par Israël Salanter (1810–1883), le mouvement du Moussar promeut le travail systématique sur les traits de caractère (middot) et l'introspection éthique au sein des yeshivot lituaniennes. Par l'étude méditative de textes éthiques et des exercices spirituels réguliers, il vise le perfectionnement moral de l'individu. Son influence a marqué durablement la pédagogie religieuse du monde des yeshivot.
Abrir →Monde juif · XVIIIe siècle–aujourd'hui
Le mouvement Habad-Loubavitch est l'une des branches majeures du hassidisme, fondée à la fin du XVIIIe siècle dans l'actuelle Biélorussie par Rabbi Shneur Zalman de Liadi (1745-1812). Son nom, Habad, est l'acronyme de trois facultés intellectuelles — Hokhma (sagesse), Bina (compréhension) et Daat (connaissance) —, soulignant sa singularité au sein du hassidisme : la place centrale accordée à l'étude, à la contemplation et à l'élaboration philosophique de la spiritualité, par opposition à une dévotion purement émotionnelle. Son ouvrage fondateur, le Tanya de Shneur Zalman, constitue une somme de pensée mystique et éthique. La dynastie s'établit ensuite dans la localité de Loubavitch, dont elle tire son nom, avant de s'installer aux États-Unis. Sous la direction de son septième et dernier Rabbi, Menachem Mendel Schneerson (1902-1994), le mouvement développa un vaste réseau d'émissaires (chlouhim) chargés de raviver la pratique juive auprès des Juifs non observants à travers le monde. Présent aujourd'hui dans plus d'une centaine de pays, il se distingue par ce prosélytisme intérieur intense et par une activité éducative et caritative considérable.
Abrir →Europe, Palestine, Israël · XXe siècle
Le mouvement Mizrahi, dont le nom est un acronyme de Merkaz Rouhani (« centre spirituel »), fut fondé en 1902 à Vilna par le rabbin Yitzhak Yaacov Reines. Il visait à concilier la fidélité à la tradition religieuse avec l'engagement dans le projet sioniste, affirmant le lien entre la Torah, le peuple et la Terre d'Israël. De son aile ouvrière naquit Hapoel HaMizrahi, qui combinait observance religieuse et idéal pionnier et fonda des kibboutzim et des institutions propres. Ce courant constitua la matrice du sionisme religieux et, après la création de l'État, donna naissance au Parti national-religieux (Mafdal). Il joua un rôle important dans la vie politique israélienne et dans le développement d'un système éducatif religieux national.
Abrir →Amérique du Nord · XXe–XXIe siècle
Le Jewish Renewal est un mouvement de renouveau spirituel né en Amérique du Nord à partir des années 1960 et 1970, dans le contexte de la contre-culture et de la recherche de spiritualités personnelles. Il est étroitement associé au rabbin Zalman Schachter-Shalomi, qui chercha à revitaliser la vie juive par la méditation, la musique, la danse, une liturgie créative et l'ouverture aux dimensions mystiques de la tradition. Le mouvement puise notamment dans le hassidisme et la Kabbale, qu'il réinterprète dans un langage contemporain, et accorde une place importante à l'écologie, à l'égalité des genres et au dialogue interreligieux. Transdénominationnel, il a influencé des pratiques bien au-delà de ses cercles propres. Il constitue l'une des réponses originales aux défis de la sécularisation au sein du judaïsme nord-américain.
Abrir →Europe, Palestine · XXe siècle
Le mouvement révisionniste fut fondé en 1925 par Zeev Jabotinsky, qui créa l'Union mondiale des sionistes révisionnistes. Il réclamait l'établissement d'un État juif sur les deux rives du Jourdain et critiquait le gradualisme du mouvement travailliste et la politique britannique. Jabotinsky défendait une conception affirmée de la souveraineté nationale et plaida pour l'évacuation des Juifs d'Europe orientale face à la montée des périls. Le mouvement donna naissance à des organisations de jeunesse comme le Betar et fut lié à l'organisation paramilitaire de l'Irgoun. Après l'indépendance, le courant révisionniste se prolongea dans le parti Hérout, dirigé par Menahem Begin, qui devint l'une des principales composantes du futur Likoud.
Abrir →Allemagne, Europe centrale · XIXe siècle
La néo-orthodoxie est le courant formulé au XIXe siècle par le rabbin Samson Raphael Hirsch, principalement à Francfort-sur-le-Main, en réponse au judaïsme réformé et aux défis de l'émancipation. Sa devise « Torah im Derekh Eretz » (la Torah avec la voie du monde) prônait une observance rigoureuse de la loi juive conjuguée à l'engagement dans la culture, l'éducation et la vie civique allemandes. Hirsch défendit l'idée que la fidélité à la tradition n'était pas incompatible avec la modernité, mais devait au contraire l'intégrer dans un cadre religieux affirmé. Il œuvra aussi à l'organisation séparée des communautés orthodoxes face aux institutions réformées (Austrittsorthodoxie). Cette synthèse exerça une influence durable sur l'orthodoxie moderne en Europe centrale puis dans ses prolongements américains et israéliens.
Abrir →Europe · XIXe–XXe siècle
Le sionisme culturel est le courant associé à Ahad HaAm, pseudonyme d'Asher Ginsberg (1856-1927), qui mettait l'accent sur le renouveau spirituel et culturel du peuple juif plutôt que sur la seule création d'un État. Critique du sionisme purement politique de Theodor Herzl, il défendait l'idée que la Palestine devait d'abord devenir un « centre spirituel » irriguant l'ensemble de la diaspora par la renaissance de la culture et de la langue hébraïques. Ses essais, écrits dans un hébreu d'une grande clarté, exercèrent une influence considérable sur les intellectuels et les éducateurs du yishouv. Il insistait aussi sur la dimension morale du projet national et s'inquiéta des relations avec la population arabe de Palestine. Sa pensée nourrit durablement les débats sur l'identité et la finalité du sionisme.
Abrir →Palestine / Israël · XXe siècle
Le sionisme de gauche désigne l'ensemble des mouvements ouvriers qui structurèrent le yishouv autour d'une vision socialiste de la renaissance nationale juive. Issus de courants comme Poaleï Tsion, ces mouvements donnèrent naissance à des partis tels qu'Ahdout HaAvoda puis Mapaï, et à la puissante centrale syndicale Histadrout, fondée en 1920. Ils promurent la valorisation du travail, l'agriculture collective et la création d'institutions économiques et sociales contrôlées par le mouvement travailliste. Sous l'impulsion de figures comme David Ben Gourion, ce camp domina la vie politique du yishouv puis de l'État d'Israël jusqu'aux années 1970. Son éthos pionnier marqua profondément la culture, l'éducation et l'imaginaire national israéliens.
Abrir →Palestine · 1917–1948
La période du Mandat britannique sur la Palestine (1920-1948) fut marquée par la montée des tensions entre la communauté juive (le Yishouv) et la population arabe palestinienne, dans le cadre fixé par la déclaration Balfour de 1917 favorable à un « foyer national juif ». L'immigration juive croissante, l'achat de terres et l'affirmation des aspirations nationales des deux camps nourrirent des affrontements récurrents : émeutes de 1920 et 1921, violences autour du Mur des Lamentations en 1929, et grande révolte arabe de 1936-1939. Les autorités britanniques tentèrent diverses solutions — commissions d'enquête, plan de partage de la commission Peel (1937), Livre blanc de 1939 limitant l'immigration juive — sans parvenir à concilier les revendications. Quelques voix, comme celles de Judah Magnes, recteur de l'Université hébraïque, et du mouvement Brit Shalom, plaidèrent pour un État binational et la coexistence judéo-arabe, mais demeurèrent minoritaires et sans effet durable. L'échec de ces tentatives ouvrit la voie au plan de partage de l'ONU de 1947 et à la guerre de 1948.
Abrir →Palestine / Israël · 1948
La guerre de 1948, appelée Guerre d'indépendance par les Israéliens et Nakba (« catastrophe ») par les Palestiniens, accompagna la naissance de l'État d'Israël, proclamé le 14 mai 1948 par David Ben Gourion. Elle s'ouvrit dès l'adoption du plan de partage de l'ONU en novembre 1947 par une phase de guerre civile entre communautés juive et arabe de Palestine, puis se transforma, au lendemain de la proclamation de l'État, en conflit interétatique avec l'intervention des armées de plusieurs pays arabes voisins. Au terme de combats meurtriers, ponctués de plusieurs trêves, les forces israéliennes l'emportèrent et étendirent le territoire au-delà des lignes prévues par le plan de partage, des armistices étant signés en 1949. La guerre fit des milliers de morts dans les deux camps et entraîna le déplacement de quelque 700 000 réfugiés arabes palestiniens, dont le sort demeure au cœur du conflit. Événement fondateur pour Israël comme traumatisme fondateur pour les Palestiniens, elle reste le pivot de toute compréhension du conflit israélo-palestinien.
Abrir →États-Unis · XVIIIe siècle
La communauté juive des colonies nord-américaines, encore modeste au XVIIIe siècle, prit part à la fondation des États-Unis et bénéficia du cadre nouveau qu'elle instaura. Lors de la guerre d'Indépendance, le financier Haym Salomon, courtier d'origine polonaise établi à Philadelphie, joua un rôle notable dans le financement de la cause révolutionnaire et le soutien au crédit du jeune Congrès. La Constitution de 1787, en interdisant tout critère religieux pour l'accès aux fonctions fédérales, puis le premier amendement (1791) garantissant la liberté religieuse et la non-établissement d'une religion d'État, offrirent aux Juifs un statut juridique d'égalité bien antérieur à celui dont ils jouissaient en Europe. Ce principe fut symboliquement scellé par la lettre adressée en 1790 par George Washington à la congrégation hébraïque de Newport, affirmant que le nouveau gouvernement ne donnait « ni sanction au fanatisme, ni assistance à la persécution ». Ce document fondateur de la liberté religieuse américaine inaugura un modèle original d'intégration juive.
Abrir →Europe · XVIIIe–XIXe siècle
La Révolution française et l'émancipation des Juifs ouvrirent les armées françaises aux soldats juifs, et un nombre significatif d'entre eux servirent sous l'Empire napoléonien, contribuant à leur intégration civique. Napoléon convoqua en 1806-1807 une Assemblée de notables puis un Grand Sanhédrin afin de définir les rapports entre la loi juive et la citoyenneté. En Europe centrale et orientale, en revanche, la conscription fut souvent vécue comme une épreuve : en Russie, le système des cantonistes instauré sous Nicolas Ier à partir de 1827 enrôla de jeunes garçons juifs pour de longues années, dans des conditions visant fréquemment leur conversion. Le service militaire devint ainsi un puissant facteur d'intégration là où il accompagnait l'égalité des droits, et un instrument de pression ailleurs. Ces expériences contrastées illustrent les ambivalences de la modernité politique pour les communautés juives.
Abrir →Europe · XIXe–XXe siècle
À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, des intellectuels et des militants juifs jouèrent un rôle significatif dans les mouvements socialistes, sociaux-démocrates, communistes et anarchistes d'Europe, attirés par des idéaux d'égalité et d'émancipation qui contrastaient avec l'exclusion sociale et les persécutions dont ils étaient l'objet. Dans la Zone de résidence de l'Empire russe et en Pologne, le Bund (Union générale des travailleurs juifs, fondé en 1897) défendit un socialisme combinant lutte des classes et autonomie culturelle yiddish, en tension avec le sionisme. Des figures comme Rosa Luxemburg, Leon Trotski, ou plus tard Emma Goldman dans le monde anarchiste, marquèrent durablement l'histoire des gauches révolutionnaires. Cette visibilité fut exploitée par l'antisémitisme d'extrême droite, qui forgea le mythe du « judéo-bolchevisme » assimilant les Juifs à une conspiration révolutionnaire mondiale. La réalité historique fut plus nuancée : si beaucoup de Juifs furent attirés par ces engagements, la majorité d'entre eux n'était pas révolutionnaire, et nombre de militants juifs entretenaient avec la tradition un rapport conflictuel.
Abrir →Antissemitismo, disputas, guetos, Shoá, resistência e Justos.
Europe et monde · De l'Antiquité à nos jours
Grand Livre thématique sur les relations judéo-chrétiennes : disputations, ghettos et protections, accusations et persécutions, échanges intellectuels, et le dialogue contemporain. Sans polémique, avec rigueur.
Abrir →Les formes de l'hostilité antijuive, de l'antijudaïsme religieux médiéval aux théories raciales modernes et au complotisme. Elle analyse calomnies, libelles de sang, discriminations légales et persécutions.
Abrir →Controverses publiques imposées aux Juifs — Paris (1240), Barcelone (1263), Tortose (1413-1414). Elles mêlent théologie, polémique et pressions politiques.
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Brûlements du Talmud et censure chrétienne des livres hébreux, du XIIIe siècle à l'imprimerie. Une histoire de la répression et de la résistance du livre juif.
Abrir →Quartiers d'assignation des Juifs, du ghetto de Venise (1516) aux juiveries médiévales. Espaces de contrainte mais aussi de vie communautaire intense.
Abrir →Marques discriminatoires — rouelle, chapeau pointu — imposées après le concile de Latran IV (1215). Une longue histoire de stigmatisation visuelle.
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Europe, monde méditerranéen et arabe · Du Moyen Âge à nos jours
Grand Livre thématique consacré à la mémoire des persécutions antijuives et des pogroms, du Moyen Âge aux résurgences contemporaines, en amont de la Shoah. Documenté avec rigueur — lieux, dates, sources — et sans polémique : faire mémoire des communautés détruites et des victimes, éclairer les ressorts historiques de l'antisémitisme, sans jamais transformer le savoir en arme. Registre à l'intersection de la Mémoire et de l'Histoire ; tant de mondes juifs disparus le sont à cause de ces violences.
Abrir →Europe · 1939-1945
Grand Livre thématique sur la résistance juive : soulèvements de ghettos (Varsovie) et de camps, maquis et partisans, résistance spirituelle et culturelle, archives clandestines (Oneg Shabbat).
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Le génocide perpétré par l'Allemagne nazie et ses complices, de la persécution aux ghettos et aux centres de mise à mort. Elle couvre les mécanismes du crime, l'historiographie et les enjeux de mémoire et de témoignage.
Abrir →Europe · 1939-1945
Grand Livre thématique sur le sauvetage des Juifs durant la Shoah : Justes parmi les nations, réseaux d'entraide, villages et institutions refuges, et la mémoire de ces actes (Yad Vashem).
Abrir →La reconnaissance des non-Juifs ayant sauvé des Juifs au péril de leur vie pendant la Shoah, distinction décernée par Yad Vashem. Elle examine les motivations, les récits et la portée mémorielle de ces actes.
Abrir →France · 1894–1906
L'affaire Dreyfus éclata en 1894 avec la condamnation injuste du capitaine Alfred Dreyfus, officier juif accusé à tort de trahison au profit de l'Allemagne. La révélation d'erreurs et de manipulations judiciaires divisa profondément la France entre dreyfusards et antidreyfusards, l'écrivain Émile Zola publiant en 1898 son célèbre « J'accuse… ! ». L'affaire libéra une virulente vague antisémite et mit en question les acquis de l'émancipation des Juifs et l'universalisme républicain. Theodor Herzl, qui en fut témoin comme journaliste, y vit une confirmation de la nécessité d'un État juif, dans la genèse de son engagement sioniste. Dreyfus fut finalement réhabilité en 1906. L'affaire laissa une empreinte durable sur la vie politique française et sur la mémoire de l'antisémitisme moderne.
Abrir →Empire russe, Ukraine · 1881–1921
Entre 1881 et 1921, l'Empire russe et les régions qui en relevaient connurent plusieurs vagues de pogroms, violences collectives dirigées contre les Juifs. La première vague, à partir de 1881, suivit l'assassinat du tsar Alexandre II ; le pogrom de Kichinev en 1903 suscita une émotion internationale et inspira des œuvres marquantes. Les violences les plus meurtrières survinrent durant la guerre civile de 1918-1921, notamment en Ukraine, où des dizaines de milliers de Juifs furent tués. Ces persécutions précipitèrent l'émigration de millions de Juifs vers l'Europe occidentale, les Amériques et la Palestine. Elles renforcèrent aussi le sentiment d'urgence d'une solution à la condition juive et alimentèrent le sionisme ainsi que diverses formes d'auto-organisation et d'auto-défense.
Abrir →Israël, Monde · 1945–aujourd'hui
Dès l'après-guerre, survivants, communautés et États entreprirent de documenter et de commémorer l'extermination des Juifs d'Europe. En Israël, l'institution de Yad Vashem fut établie par une loi de 1953 pour préserver la mémoire des victimes, recueillir témoignages et archives, et honorer les « Justes parmi les nations ». De nombreux mémoriaux et musées virent le jour dans le monde, dont le Mémorial de la Shoah à Paris et, plus tard, le United States Holocaust Memorial Museum à Washington. La muséologie de la Shoah suscite des débats sur les formes de représentation, l'usage du témoignage et la transmission aux générations qui n'ont pas connu les événements. La question de l'universalisation de la mémoire et de son articulation avec d'autres génocides reste un enjeu central de ce champ.
Abrir →Provence, Espagne · XIIIᵉ–XIVᵉ siècle
Aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles, la diffusion du Guide des égarés de Maïmonide et de sa philosophie rationaliste provoqua une intense controverse au sein du judaïsme. Partisans de l'étude philosophique et défenseurs d'une foi plus traditionnelle s'opposèrent, avec excommunications et, selon certaines sources, des autodafés d'ouvrages. Ce conflit pose la question des rapports entre raison, foi et autorité dans la pensée juive.
Abrir →Espagne, Portugal, Amériques · XVe–XVIIe siècle
Les Marranes — terme historiquement péjoratif, aujourd'hui souvent remplacé par Conversos ou crypto-juifs — désignent les Juifs de la péninsule Ibérique convertis au christianisme, de gré ou de force, et leurs descendants soupçonnés de continuer secrètement à pratiquer le judaïsme. Le phénomène prit une ampleur massive après les pogroms et conversions de 1391, puis lors de l'expulsion de 1492 en Espagne et de la conversion forcée de 1497 au Portugal. Pour traquer ces « judaïsants », la monarchie espagnole institua en 1478 l'Inquisition, qui mena des procès, recourut à la torture et organisa des autodafés. Beaucoup de Conversos émigrèrent vers des terres plus tolérantes — Amsterdam, l'Empire ottoman, l'Italie, le sud-ouest de la France ou les colonies américaines — où certains revinrent ouvertement au judaïsme. Étudié de l'Europe au Mexique et au Brésil, le crypto-judaïsme soulève des questions profondes sur l'identité, la mémoire et la transmission clandestine d'une foi à travers les générations.
Abrir →URSS · 1917–1953
Sous le régime soviétique, les Juifs subirent des vagues successives de répression qui frappèrent à la fois leurs institutions religieuses et culturelles et de nombreux individus. La politique stalinienne combina la liquidation des structures communautaires traditionnelles, la persécution des intellectuels et l'interdiction de l'émigration. À la fin des années 1940 et au début des années 1950, la campagne contre le « cosmopolitisme », l'assassinat de l'acteur Solomon Mikhoels et l'exécution de membres du Comité antifasciste juif marquèrent une intensification de la répression. Le « complot des blouses blanches » de 1952-1953, accusant des médecins majoritairement juifs, en fut le point culminant, interrompu par la mort de Staline en 1953. De nombreux Juifs furent aussi déportés ou envoyés dans le système concentrationnaire du Goulag au gré des purges et déplacements de populations.
Abrir →Allemagne, Autriche · 1938
Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, des pogroms organisés par le régime nazi frappèrent les Juifs d'Allemagne et d'Autriche, dans ce qui fut appelé la Nuit de Cristal (Kristallnacht). Des synagogues furent incendiées, des milliers de commerces et de domiciles juifs saccagés, et de nombreuses personnes tuées ou blessées. Environ trente mille hommes juifs furent arrêtés et envoyés dans des camps de concentration. Présenté faussement comme une réaction spontanée, l'événement fut en réalité coordonné par les autorités, qui imposèrent ensuite aux Juifs une lourde amende collective. La Nuit de Cristal marqua un tournant dans la persécution des Juifs du Reich, accélérant leur exclusion économique et sociale et préfigurant la radicalisation qui mènerait à la Shoah.
Abrir →France, Israël · XXe siècle
André Neher (1914-1988), penseur de l'École de pensée juive de Paris, médita sur le prophétisme biblique et le silence divin. Son ouvrage L'Exil de la parole (1970) interroge le mutisme de Dieu face à la Shoah. Professeur à Strasbourg puis émigré à Jérusalem, il contribua au renouveau de la pensée juive francophone d'après-guerre.
Abrir →Rhénanie, Europe · XIe–XIIIe siècle
Les croisades inaugurèrent un cycle de violences anti-juives d'une ampleur nouvelle en Europe occidentale. Au printemps 1096, lors de la première croisade, des bandes armées en route vers la Terre sainte se livrèrent à des massacres dans les communautés juives de la vallée du Rhin, notamment à Worms, à Mayence et à Cologne, sommant les Juifs de se convertir ou de mourir. Face à ce choix, beaucoup choisirent le martyre (kiddoush ha-Chem, la « sanctification du Nom »), allant parfois jusqu'à se donner la mort plutôt que d'abjurer, geste qui marqua profondément la conscience collective ashkénaze. Ces pogroms se reproduisirent lors des croisades ultérieures et préparèrent un climat durable d'hostilité, où apparurent ensuite l'accusation de meurtre rituel et la diabolisation du Juif. Les survivants et témoins composèrent des chroniques et des poèmes de deuil (kinot), bouleversants récits du martyre, qui furent intégrés à la liturgie et constituent une source historique et littéraire majeure sur ces traumatismes fondateurs.
Abrir →La théologie chrétienne de la substitution (ou supersessionnisme) affirme que, depuis la venue du Christ, l'Église a remplacé le peuple d'Israël dans l'alliance avec Dieu, le judaïsme étant dès lors tenu pour caduc ou simple préfiguration du christianisme. Élaborée dès les premiers siècles par les Pères de l'Église, cette doctrine a longtemps fondé une vision dévalorisante du judaïsme et nourri l'« enseignement du mépris » : accusation de déicide, lecture des malheurs juifs comme châtiment divin, attente de la conversion des Juifs. Elle a contribué à légitimer théologiquement les discriminations et les persécutions au cours de l'histoire chrétienne. Après la Shoah, plusieurs Églises entreprirent une révision profonde de ce paradigme. Le tournant majeur fut la déclaration conciliaire catholique Nostra Aetate (1965), qui récusa l'accusation collective de déicide et reconnut la pérennité de l'alliance de Dieu avec le peuple juif. La critique du supersessionnisme demeure au cœur du dialogue judéo-chrétien contemporain.
Abrir →États-Unis, Israël, Europe · XXᵉ siècle
Après la Shoah, des penseurs juifs ont rouvert avec acuité la question du mal, de la souffrance des innocents et de la présence ou de l'absence de Dieu dans l'histoire. Des positions très diverses se sont exprimées, de Richard Rubenstein à Emil Fackenheim, en passant par Eliezer Berkovits, Abraham Joshua Heschel et Hans Jonas. Ce champ théologique interroge l'alliance, le silence divin et la fidélité après la catastrophe.
Abrir →Pologne · 1940–1943
Le ghetto de Varsovie, établi par les autorités nazies en 1940, fut le plus grand des ghettos juifs d'Europe occupée : jusqu'à 400 000 personnes y furent entassées dans des conditions de surpopulation, de famine et d'épidémies effroyables. À partir de l'été 1942, la grande déportation vers le centre d'extermination de Treblinka vida le ghetto de la majorité de ses habitants. Face à la perspective de l'anéantissement total, des organisations de résistance se constituèrent, principalement l'Organisation juive de combat (ŻOB), dirigée par Mordechai Anielewicz, et l'Union militaire juive (ŻZW). Lorsque les Allemands entreprirent la liquidation finale, le 19 avril 1943, les combattants juifs, faiblement armés, déclenchèrent un soulèvement qui tint en échec les forces allemandes pendant près d'un mois avant d'être écrasé dans les flammes et les ruines. Premier soulèvement urbain d'envergure dans l'Europe occupée, l'insurrection du ghetto de Varsovie est devenue un symbole universel de la résistance humaine face à l'extermination.
Abrir →Monde · 1939–1945
Au-delà de leur statut de victimes de la Shoah, les Juifs participèrent activement à l'effort de guerre allié durant la Seconde Guerre mondiale. Un grand nombre d'entre eux servirent dans les armées américaine, soviétique, britannique et de la France libre, prenant part aux combats contre les puissances de l'Axe. La Brigade juive, constituée au sein de l'armée britannique vers la fin du conflit, regroupa des volontaires du yishouv et combattit notamment en Italie, avant de jouer un rôle dans l'aide aux survivants. Des Juifs prirent également part à la résistance dans plusieurs pays occupés, ainsi qu'au mouvement partisan en Europe de l'Est. Cet engagement militaire et résistant constitue un volet important de l'histoire des Juifs durant la guerre.
Abrir →Espagne, Portugal, Amériques · XVe–XIXe siècle
L'Inquisition espagnole fut établie en 1478 par les Rois Catholiques Ferdinand et Isabelle, avec l'autorisation pontificale, principalement pour surveiller la sincérité religieuse des Conversos, ces Juifs convertis au christianisme soupçonnés de continuer à pratiquer secrètement le judaïsme. À la différence des juifs demeurés ouvertement dans leur foi (expulsés en 1492), les Conversos relevaient de la juridiction de l'Église en tant que chrétiens baptisés. L'Inquisition mit en place un système élaboré de dénonciations, d'enquêtes, d'interrogatoires sous la torture et de procès, dont l'aboutissement public pouvait être l'autodafé (acte de foi), où les condamnés étaient réconciliés ou livrés au bras séculier pour être brûlés. Premier grand inquisiteur, Tomás de Torquemada donna à l'institution son organisation redoutable. Étendue aux colonies américaines et au Portugal, l'Inquisition poursuivit son activité contre les « judaïsants » pendant plusieurs siècles et ne fut définitivement abolie qu'au XIXe siècle, laissant une empreinte durable dans la mémoire séfarade.
Abrir →Allemagne · 1935–1939
Les lois de Nuremberg, promulguées par le régime nazi en septembre 1935, constituèrent le socle juridique de l'exclusion des Juifs de la société allemande. La « loi sur la citoyenneté du Reich » les priva de la citoyenneté allemande, les réduisant au statut de « sujets », tandis que la « loi pour la protection du sang et de l'honneur allemands » interdisait les mariages et les relations entre Juifs et « Aryens ». Des décrets d'application définirent qui était juif selon des critères pseudo-raciaux fondés sur l'ascendance, étendant la persécution à des personnes parfois éloignées de toute pratique religieuse. Cette mise au ban légale s'accompagna et fut suivie d'une spoliation systématique : exclusion des professions, « aryanisation » forcée des entreprises et des biens juifs au profit de propriétaires non juifs, confiscations et taxes discriminatoires. L'expropriation s'accéléra brutalement après le pogrom de la Nuit de Cristal en novembre 1938. Ce processus d'exclusion juridique et de dépossession économique prépara le terrain de la déportation et de l'extermination.
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