O sionismo religioso
ציונות דתית
registo Interseção · depositário, não proprietário
Publicado em 2 de agosto de 2026
Corrente que conjuga o retorno a Sion e a fidelidade à Torah, dos precursores (Kalischer) ao rav Kook e ao movimento Mizrahi. Marca profundamente o Israel contemporâneo.
Introduction
Le sionisme religieux constitue l'un des courants les plus singuliers et les plus féconds du judaïsme moderne. Il se définit par la conjonction de deux fidélités que beaucoup, à l'orée du XIXᵉ siècle, tenaient pour difficilement conciliables : la fidélité à la Torah, à ses commandements et à son horizon messianique d'une part, et l'aspiration nationale moderne au retour du peuple juif sur la terre d'Israël d'autre part. La sensibilité du sionisme religieux voit dans l'État d'Israël non seulement une nécessité pratique pour le peuple juif, mais aussi une réalité chargée de signification religieuse. Là où une partie importante du monde orthodoxe a vu dans l'entreprise sioniste une tentative de « forcer la main de Dieu » — une intervention illégitime dans le plan divin de l'histoire —, le sionisme religieux a proposé une lecture inverse : le retour à Sion participe lui-même de l'œuvre rédemptrice.
Cette synthèse n'allait pas de soi. Le judaïsme rabbinique traditionnel avait, pendant des siècles, associé le retour collectif en Terre sainte à l'avènement du Messie et à une initiative purement divine. Faire du retour une tâche humaine, organisée, politique, supposait un déplacement théologique considérable. C'est ce déplacement que des précurseurs comme Yehuda Alkalaï et Zvi Hirsch Kalischer ont amorcé au milieu du XIXᵉ siècle, que le mouvement Mizrahi a institutionnalisé à partir de 1902, et que le rav Abraham Isaac Kook a porté à son expression spirituelle la plus haute. À ces grandes figures de pensée s'est adjoint un courant pionnier — des hommes et des femmes qui, au tournant des années 1920, ont choisi de conjuguer la pratique religieuse et le travail de la terre en Eretz Israël. Parmi eux, Natan Neta Gardi, halouts religieux de la première heure, incarne mieux que quiconque la jonction entre idéal et terrain. Le présent ouvrage retrace cette trajectoire — des intuitions de précurseurs isolés jusqu'au courant qui, aujourd'hui encore, marque profondément la société, la politique et la géographie de l'État d'Israël.
---
Versões (1)
- v1 · atual · 2 de ago. de 2026
Chapitre 1 : Kalischer, Alkalaï et les premières intuitions du retour
Avant que le mot même de « sionisme » ne fût forgé par Nathan Birnbaum en 1890, deux rabbins avaient déjà formulé, sur des fondements religieux, l'idée d'un retour organisé du peuple juif en Terre d'Israël. Le rabbin Yehudah Alkalaï (1798-1878) et le rabbin Zvi Hirsch Kalischer (1795-1874), précurseurs du mouvement sioniste moderne, plaidèrent dans une perspective religieuse pour l'installation en Terre d'Israël.
La figure de Kalischer est particulièrement structurante. Lui, Moses Hess et le rabbin Yehuda Alkalaï sont considérés comme les « précurseurs du sionisme » ; l'ouvrage de Kalischer, Derishat Zion (Lyck, 1862), promut l'idée d'une colonisation juive en Eretz Israël. Né à Toruń, dans la Pologne actuelle, Kalischer (1795-1874) fut couronné « précurseur du sionisme » par excellence. Sa singularité tient à ce qu'il articula sa vision dans les catégories mêmes de la tradition halakhique et messianique. Pour lui, la rédemption ne surviendrait pas d'un seul coup par une intervention miraculeuse ; elle s'amorcerait par une étape « naturelle », humaine — le travail de la terre, l'organisation de communautés, la restauration matérielle — qui préparerait la rédemption pleine et entière. C'est en ce sens qu'il faut comprendre l'intersection profonde, ici, entre la Mémoire traditionnelle de l'attente messianique et un projet historique concret.
Le premier hommage public à Kalischer fut rendu en 1919 à l'initiative du grand-rabbin de Palestine Abraham Kook — qui occupa formellement cette fonction à partir de 1921 avec la création du Mandat britannique —, le second un demi-siècle plus tard, en 1969. Ce geste de Kook envers son prédécesseur dit assez la filiation que le sionisme religieux a voulu reconnaître entre ces premières intuitions et son propre essor.
Alkalaï, de son côté, développa ses idées depuis Sarajevo, où il officia comme rabbin, et fut l'un des premiers à réclamer le rétablissement de l'hébreu comme langue vivante du peuple. Sa pensée, nourrie de Kabbale et d'une lecture littérale des prophètes, croisait celle de Kalischer sur l'essentiel : la rédemption appelle une initiative humaine préparatrice, et le retour à la terre est un commandement, non une attente passive.
L'apport des précurseurs fut donc double : théologique, en légitimant le retour comme acte religieux ; et pratique, en encourageant les premiers efforts de colonisation. Leur audace consistait à réinterpréter l'attente messianique non comme une passivité résignée, mais comme un appel à l'action. Sans eux, le sionisme religieux institutionnel du XXᵉ siècle n'aurait eu ni langue ni légitimité pour s'exprimer.
---
Versões (1)
- v1 · atual · 2 de ago. de 2026
Chapitre 2 : La fondation du Mizrahi (1902) — Torah et renaissance nationale
Lorsque Theodor Herzl convoqua le premier Congrès sioniste à Bâle en 1897, le mouvement qu'il fédérait était majoritairement laïque, voire indifférent aux questions religieuses. Les Juifs fidèles à la tradition risquaient de se retrouver écartés d'une entreprise nationale qui les concernait pourtant au premier chef. C'est pour conjurer ce risque qu'un courant religieux s'organisa au sein même de l'Organisation sioniste.
En fondant le Mizrahi en 1902, le rabbin Yitzchak Yaakov Reines garantit que les Juifs religieux joueraient un rôle vital dans le retour du peuple à sa Terre et à chaque étape de la renaissance nationale qui allait suivre. La fondation eut lieu dans un cadre précis : Reines convoqua le congrès fondateur à Vilna les 4 et 5 mars 1902, qui établit l'organisation national-religieuse au sein de l'Organisation sioniste ; sur la suggestion du rabbin Abraham Slutzky, l'organisation fut appelée Mizrahi.
Le nom lui-même condense le programme. « Mizrahi » est un terme forgé à partir des lettres des mots hébreux merkaz ruhani — « centre spirituel ». Le mouvement entendait inscrire au cœur du projet national la dimension spirituelle, de sorte que la renaissance du peuple ne se réduise pas à une affaire politique et économique, mais demeure animée par la Torah. Le Mizrahi était un mouvement sioniste religieux dont le but s'exprimait dans sa devise : « La Terre d'Israël pour le peuple d'Israël selon la Torah d'Israël ».
Du point de vue institutionnel, le Mizrahi constitue la matrice de toute la galaxie sioniste religieuse ultérieure. Fondé en 1902 par Yitzchak Yaacov Reines, il disposa au maximum de quatre députés lors des premières élections à la Knesset en 1949, donna naissance au mouvement de jeunesse Bnei Akiva, se scinda du Front religieux uni puis y fusionna avant que l'ensemble ne converge vers le Parti national religieux. Reines, par pragmatisme, défendait une conception du sionisme avant tout comme refuge et œuvre de salut national pour un peuple persécuté — position parfois plus modérée, sur le plan messianique, que celle d'autres penseurs religieux contemporains. C'est cette structuration politique et éducative — synagogues, écoles, mouvements de jeunesse — qui assura au courant sa durée et son influence.
---
Versões (1)
- v1 · atual · 2 de ago. de 2026
Chapitre 3 : Le rav Kook — métaphysique de la rédemption
Si le Mizrahi a fourni au sionisme religieux son ossature institutionnelle, c'est au rav Abraham Isaac Kook qu'il doit sa profondeur spéculative et mystique. Le rabbin Abraham Isaac Hacohen Kook (HaRaAYaH, 1865-1935) fut le premier grand-rabbin ashkénaze de la Terre d'Israël ; il est considéré comme l'un des penseurs religieux juifs les plus originaux et influents du XXᵉ siècle, et comme l'un des pères du sionisme religieux.
L'originalité de Kook tient à la manière dont il a fondu des registres ordinairement tenus séparés. Sa pensée se caractérise par une combinaison inhabituelle de halakha et d'aggadah, de Kabbale et de philosophie, et par une vision harmonieuse de la réalité. Pour le rav Kook, la création de l'État d'Israël devait être un indice selon lequel l'unité du monde œuvrait en profondeur ; il envisageait le sionisme comme l'actualisation d'une « politique monothéiste », avec union du spirituel et du temporel. Une large part de son œuvre porte sur des questions publiques telles que le sionisme et le retour en Terre d'Israël, et c'est sur cette base qu'il accomplit le tour de force théologique le plus audacieux du courant : interpréter le mouvement national juif, pourtant largement laïque et parfois ouvertement antireligieux, comme un instrument de la Providence.
Mystique de tempérament, Kook voyait le renouveau national juif comme une part du plan divin destiné à renforcer la foi contre la marée montante de l'hérésie. Pour lui, le repentir, à atteindre par la Torah, pouvait restaurer l'unité de l'homme avec le divin. Ainsi, les pionniers séculiers qui drainaient les marais et bâtissaient les villages sans observer les commandements accomplissaient à leur insu une œuvre sacrée : ils étaient les ouvriers d'une rédemption en marche. Kook tenait que la sainteté pouvait s'exprimer même à travers ceux qui la reniaient, et que le retour à la terre était lui-même le début d'une réconciliation entre le peuple et sa vocation.
Cette vision conférait au projet sioniste une dignité religieuse insigne, mais elle portait aussi en germe une charge messianique qui devait, après la mort du rav, prendre des formes plus militantes. Certains analystes contemporains discutent ainsi la qualification de Kook comme « phare du sionisme religieux » et débattent de la part de messianisme que ses héritiers en ont tirée, jusqu'à parler — non sans polémique — d'un « père du sionisme messianique militant ». Le rav Kook lui-même, homme de tolérance et de synthèse, ne saurait être tenu pour responsable de toutes les lectures ultérieures de son œuvre ; mais nul ne conteste que sa métaphysique de la rédemption ait fourni le langage dans lequel le sionisme religieux exprime désormais son rapport à l'histoire.
---
Versões (1)
- v1 · atual · 2 de ago. de 2026
Chapitre 4 : Les pionniers du Hapoel HaMizrahi — Torah et travail en Eretz Israël
L'idéologie sioniste religieuse ne se mesure pas seulement à ses textes fondateurs et à ses institutions politiques ; elle se mesure aussi à ses hommes et femmes de terrain, à ceux qui ont quitté l'Europe orientale pour aller bâtir, de leurs mains, une présence juive religieuse en Eretz Israël. C'est l'histoire de ce courant pionnier que ce chapitre retrace.
Le Mizrahi originel, à dominante bourgeoise et urbaine, s'est rapidement complété d'une aile ouvrière. Le Hapoel HaMizrahi, fondé en 1921-1922, entendait concilier la fidélité à la Torah avec les idéaux du travail, de la coopérative et du retour à la terre, donnant naissance à un réseau de kibboutzim et de mochavim religieux. La devise « Torah va-Avoda » — « Torah et travail » — résumait cet idéal d'une vie pieuse enracinée dans le labeur agricole et l'effort national. Sur le plan organisationnel, les Cairn et Wikipedia attestent qu'en 1922, le Hapoel Hamizrahi rompit avec la classe moyenne et l'organisation mère de droite Hamizrahi pour se rapprocher d'une idéologie dite de Torah ve-Avoda, combinant le judaïsme et la réalisation pionnière.
Parmi les fondateurs de cette aile ouvrière se distingue une figure dont les archives viennent tout juste d'être localisées de manière certaine : Natan Neta Gardi (Gorodetzky), né le 10 juillet 1901 à Mir (aujourd'hui en Biélorussie) et mort le 2 mai 1980 à Petah Tikva [Archives Gardi, Institut Zerah Warhaftig, université Bar-Ilan]. Gardi fut, dès 1919, le seul halouts religieux du mouvement Hehalouts de Joseph Trumpeldor, puis l'un des fondateurs du Hapoel HaMizrahi en Terre d'Israël lors de l'édification de la structure en 1921-1922. Sa trajectoire illustre la tension créatrice propre au courant : comment être pleinement pionnier — c'est-à-dire accepter la dureté du défrichage, la vie collective, l'idéal socialisant du mouvement ouvrier juif — tout en refusant de sacrifier l'observance au projet national ?
Après son décès, ses archives personnelles ont été remises par sa famille à l'Institut pour l'étude du sionisme religieux Zerah Warhaftig, à l'université Bar-Ilan (Ramat Gan), alors dirigé par le Dr Yossef Avneri [Archives Gardi, Institut Zerah Warhaftig, université Bar-Ilan]. La localisation de ce fonds constitue un apport précieux pour la recherche : les archives personnelles d'un fondateur du Hapoel HaMizrahi permettront d'éclairer, depuis l'intérieur, la formation de cette branche ouvrière du sionisme religieux — ses débats, ses correspondances, ses choix quotidiens sur le terrain.
Le mouvement de jeunesse Bnei Akiva, issu de cette même mouvance, devint l'un des principaux vecteurs de transmission du sionisme religieux aux générations nouvelles, formant des cadres pour l'armée, l'agriculture et la vie communautaire. Sur le plan politique, la convergence des composantes du courant aboutit, en 1956, à la création du Parti national religieux (Mafdal), longtemps pivot des coalitions gouvernementales israéliennes et gardien des intérêts religieux au sein d'un État dont les institutions demeuraient pour partie laïques. Le maillage éducatif et politique du sionisme religieux — synagogues, yeshivot, écoles, mouvements de jeunesse, kibbutzim — explique sa résilience : une idéologie sans institutions s'évapore, tandis que celui-ci sut se doter d'un appareil capable de la perpétuer.
---
Versões (1)
- v1 · atual · 2 de ago. de 2026
Chapitre 5 : Institutions d'enseignement et réseau éducatif national-religieux
Le sionisme religieux ne s'est pas seulement pensé dans les yeshivot ni sur les terres des pionniers : il s'est structuré, génération après génération, au travers d'un réseau éducatif sans équivalent dans le judaïsme moderne. Ce réseau est l'une des explications les plus solides de la durée et de l'influence du courant.
Le courant développa ses propres institutions d'enseignement à tous les niveaux : un réseau d'écoles religieuses nationales (Mamlakhti-dati) intégrées au système public israélien, qui scolarisent aujourd'hui plusieurs centaines de milliers d'élèves, formant des citoyens à la fois pratiquants et pleinement engagés dans la vie de la nation. Ce modèle, distinct tant de l'enseignement laïque d'État que du réseau ultra-orthodoxe (haredi), a permis au sionisme religieux de se reproduire sociologiquement tout en demeurant en prise avec les institutions nationales.
Au sommet de cette pyramide éducative se situent les yeshivot, dont la plus emblématique est la yeshiva Merkaz HaRav, fondée par le rav Abraham Isaac Kook à Jérusalem. Lieu de formation des penseurs et des rabbins du courant, la Merkaz HaRav a joué un rôle intellectuel considérable, notamment dans la diffusion de l'enseignement du rav Zvi Yehuda Kook, fils du fondateur et maître d'une génération de militants. C'est de cette yeshiva qu'est principalement sortie l'idéologie du Goush Emounim, que l'on examinera au chapitre suivant.
Parallèlement, les yeshivot hesder constituent une innovation propre au sionisme religieux : elles combinent une étude talmudique approfondie avec le service militaire, sur un modèle d'alternance. Ce dispositif a façonné une élite religieuse pleinement engagée dans la défense de l'État, distincte tant du monde séculier que du monde haredi qui, lui, a largement préservé ses distances à l'égard de l'armée. Les yeshivot hesder sont aujourd'hui nombreuses à travers Israël et entretiennent un lien étroit avec les communautés de colons en Cisjordanie comme avec les villes mixtes du littoral.
Ce réseau éducatif est indissociable du mouvement de jeunesse Bnei Akiva, fondé à Jérusalem en 1929 et devenu l'une des organisations de jeunesse juive les plus importantes au monde. Bnei Akiva a formé des générations de jeunes dans l'esprit « Torah va-Avoda », combinant pratique religieuse et engagement sioniste actif, et a fourni au mouvement ses cadres militaires, agricoles et politiques. Sans ce réseau d'institutions imbriquées — école, yeshiva, mouvement de jeunesse, parti —, le sionisme religieux n'aurait jamais pu s'ériger en force sociale aussi durable.
---
Versões (1)
- v1 · atual · 2 de ago. de 2026
Chapitre 6 : 1967, le tournant messianique et le Goush Emounim
La guerre des Six Jours de juin 1967, en plaçant sous contrôle israélien la vieille ville de Jérusalem, la Cisjordanie — la Judée-Samarie biblique — et d'autres territoires, fut vécue par une fraction du sionisme religieux comme un événement d'ordre quasi prophétique. Là où le sionisme classique du Mizrahi avait surtout cherché un refuge et une normalisation nationale, une nouvelle génération, nourrie de l'enseignement messianique du rav Zvi Yehuda Kook — fils du rav Abraham Isaac Kook et maître de la yeshiva Merkaz HaRav — y discerna une accélération manifeste de la rédemption. Le retour aux lieux saints du judaïsme ancien semblait confirmer, dans l'histoire même, la métaphysique héritée du père.
De cette effervescence naquit, en 1974, le mouvement Goush Emounim (« Bloc de la foi »), qui fit de l'implantation de colonies juives dans les territoires conquis un impératif à la fois national et religieux. Pour ses militants, peupler la Terre promise dans son intégralité — Eretz Israël ha-shelema, la « Terre d'Israël entière » — n'était pas une option politique mais un commandement, une participation active à l'œuvre divine. Ce volontarisme transforma le sionisme religieux : d'un partenaire modéré des coalitions, il devint le fer de lance d'une cause territoriale et idéologique d'une grande intensité.
Cette mutation marque l'intersection — parfois la tension — entre la tradition reçue et l'histoire réelle. La lecture messianique de 1967 relève d'une herméneutique théologique, non d'un fait établi par l'archive ; elle demeure une interprétation. Les analystes contemporains soulignent d'ailleurs les divisions internes du courant et mettent en garde contre une dérive. Une nouvelle génération de sionistes-religieux sortait des yeshivot du mouvement, influencée par le rav Zvi Yehuda Kook qui expliquait à ses étudiants que l'État n'était que l'instrument que Dieu avait choisi pour accomplir la rédemption. Certains observateurs avertissent du péril qui menacerait Israël si le sionisme religieux persistait dans la voie d'un majoritarisme militant et d'un messianisme jugé excessif.
Le sionisme religieux contemporain n'est donc pas monolithique : il oscille entre une aile messianique et nationaliste, et des courants plus modérés, libéraux ou attachés à la coexistence, qui revendiquent eux aussi l'héritage du rav Kook. La lecture que le rav Zvi Yehuda Kook donna de l'œuvre de son père est elle-même objet d'un débat historiographique sérieux. Un homme de l'importance du rav Kook père a longtemps été marginalisé dans l'histoire officielle du sionisme travailliste au pouvoir de 1948 à 1977, qui évacuait tout ce qui s'opposait à sa propre version des origines ; sa réhabilitation pleine et entière appartient aux décennies récentes.
---
Versões (1)
- v1 · atual · 2 de ago. de 2026
Chapitre 7 : Le sionisme religieux dans l'Israël contemporain
Au début du XXIᵉ siècle, le sionisme religieux n'est plus un courant parmi d'autres : il est devenu une composante structurante de la société israélienne, dont l'empreinte excède largement son poids démographique. Ses fidèles sont surreprésentés dans l'armée, en particulier dans les unités combattantes et le corps des officiers, dans l'enseignement, dans la magistrature et dans la vie politique. La synthèse de la kippa tricotée et de l'uniforme militaire est devenue l'un des symboles visibles de cette intégration militante à l'État.
Le mouvement a néanmoins connu des fractures et des recompositions. La fragmentation du Parti national religieux a donné naissance à de nouvelles formations, dont certaines, plus radicales, ont porté la cause de la « Terre d'Israël entière » jusqu'au cœur du débat national. Les organisations internationales issues du courant continuent de jouer un rôle fédérateur ; le mouvement Mizrahi mondial, par exemple, a célébré en 2022 le 120ᵉ anniversaire de sa fondation — centrant cet anniversaire sur la réflexion : il est difficile d'imaginer l'Israël d'aujourd'hui sans le cœur battant du Mizrahi et du sionisme religieux, dont nombre d'accomplissements sont aujourd'hui tenus pour acquis.
Le mouvement entretient, par ailleurs, des liens institutionnels avec les milieux académiques. L'Institut pour l'étude du sionisme religieux Zerah Warhaftig, à l'université Bar-Ilan de Ramat Gan, constitue le principal centre de recherche consacré à ce courant en Israël. C'est là que sont conservées, entre autres, les archives personnelles de Natan Neta Gardi, remises par sa famille après son décès en 1980 [Archives Gardi, Institut Zerah Warhaftig, université Bar-Ilan]. La préservation de tels fonds personnels — ceux de pionniers, de militants, de fondateurs de kibboutzim ou de dirigeants politiques — est un enjeu de mémoire collective pour un mouvement dont l'histoire s'est longtemps transmise plus par la tradition orale et le réseau institutionnel que par l'archive systématique.
L'évaluation de l'influence contemporaine du sionisme religieux demeure objet de débat. Pour ses partisans, il a sauvé l'idée nationale de la sécularisation totale et a maintenu vivante la dimension spirituelle du retour. Pour ses critiques, sa frange messianique aurait contribué à durcir le conflit territorial et à fragiliser la cohésion d'une société pluraliste. Entre ces lectures, l'historien constate au moins un fait incontestable : ce courant, né de l'intuition de quelques précurseurs au XIXᵉ siècle, est devenu un acteur déterminant de l'histoire d'Israël, dont aucune analyse sérieuse de l'État contemporain ne peut faire l'économie.
---
Versões (1)
- v1 · atual · 2 de ago. de 2026
Les grandes figures
Rabbi Yehudah Alkalaï (1798–1878) — Figure pionnière de la pensée proto-sioniste, né à Sarajevo, Alkalaï officicia comme rabbin en Serbie et développa, à partir d'une lecture prophétique et kabbalistique, l'idée que la rédemption d'Israël exigeait une initiative humaine préparatrice. Il fut l'un des premiers à réclamer le rétablissement de l'hébreu comme langue vivante nationale. Ses écrits, notamment Shema Yisrael (1834) et Minchat Yehudah (1843), firent de lui l'un des précurseurs reconnus du sionisme religieux.
Rabbi Zvi Hirsch Kalischer (1795–1874) — Né à Toruń, il est l'auteur du Derishat Zion (Lyck, 1862), traité fondateur qui articule en termes halakhiques et messianiques la nécessité d'une colonisation juive en Eretz Israël. Kalischer soutenait que la rédemption s'accomplirait par étapes, la première étant d'ordre naturel et humain. Considéré avec Alkalaï et Moses Hess comme l'un des « précurseurs du sionisme », il fut honoré à titre posthume par le rav Abraham Isaac Kook en 1919.
Rabbi Yitzchak Yaakov Reines (1839–1915) — Fondateur du mouvement Mizrahi, qu'il créa à Vilna les 4 et 5 mars 1902, Reines défendait une vision pragmatique du sionisme, d'abord comme instrument de salut national pour un peuple persécuté. Penseur et talmudiste reconnu, il imprima au Mizrahi sa devise fondatrice — « La Terre d'Israël pour le peuple d'Israël selon la Torah d'Israël » — et traça les contours institutionnels du sionisme religieux pour toutes les décennies à venir.
Rav Abraham Isaac Hacohen Kook (HaRaAYaH, 1865–1935) — Premier grand-rabbin ashkénaze de la Terre d'Israël et figure intellectuelle dominante du sionisme religieux, Kook fut l'auteur d'une synthèse spéculative mêlant halakha, Kabbale et philosophie. Il interpréta le mouvement national juif laïque comme un instrument inconscient de la Providence divine et fonda la yeshiva Merkaz HaRav à Jérusalem, centre intellectuel du courant. Son œuvre, vaste et souvent mystique, reste la référence théologique du sionisme religieux.
Rav Zvi Yehuda Kook (1891–1982) — Fils et continuateur intellectuel du rav Abraham Isaac Kook, il dirigea la yeshiva Merkaz HaRav après la mort de son père et forma plusieurs générations de rabbins et de militants. Sa lecture de la guerre des Six Jours de 1967 comme signe providentiel de l'avancement de la rédemption fut déterminante dans l'émergence du Goush Emounim. Son enseignement, plus directement politique que celui de son père, orienta durablement l'aile messiante-nationaliste du courant.
Natan Neta Gardi (Gorodetzky, 1901–1980) — Né le 10 juillet 1901 à Mir (Biélorussie) et mort le 2 mai 1980 à Petah Tikva, il fut, dès 1919, le seul halouts religieux au sein du mouvement Hehalouts de Joseph Trumpeldor, puis l'un des fondateurs du Hapoel HaMizrahi en Terre d'Israël lors de la création de la structure en 1921-1922. Sa trajectoire incarne l'idéal « Torah va-Avoda » à son degré le plus exigeant. Après son décès, ses archives personnelles ont été remises par sa famille à l'Institut pour l'étude du sionisme religieux Zerah Warhaftig, à l'université Bar-Ilan (Ramat Gan), constituant un fonds de première importance pour l'histoire du courant pionnier religieux [Archives Gardi, Institut Zerah Warhaftig, université Bar-Ilan].
Zerah Warhaftig (1906–2002) — Juriste et homme politique né en Pologne, Warhaftig fut l'une des figures majeures du sionisme religieux au XXᵉ siècle. Signataire de la Déclaration d'indépendance d'Israël en 1948, il servit comme ministre des Affaires religieuses de l'État hébreu et fut l'un des grands organisateurs du Parti national religieux. L'Institut pour l'étude du sionisme religieux à l'université Bar-Ilan porte son nom, témoignant de l'importance de son action pour la mémoire du mouvement.
---
Versões (1)
- v1 · atual · 2 de ago. de 2026
Conclusion
L'histoire du sionisme religieux est celle d'une réconciliation improbable et féconde entre deux fidélités. Des intuitions de Kalischer et d'Alkalaï, qui osèrent penser le retour comme une œuvre humaine préparant la rédemption divine, à l'institutionnalisation par Reines et le Mizrahi en 1902, puis à la grande synthèse spirituelle du rav Kook, le courant a constamment cherché à tenir ensemble la Torah et la terre, la prière et le labour, l'attente messianique et l'action politique. La guerre de 1967 a réactivé sa charge eschatologique et engendré, avec le Goush Emounim, une phase militante dont les effets travaillent encore la société israélienne.
Au-delà des débats théologiques et politiques, l'histoire du sionisme religieux est aussi celle de pionniers concrets — des hommes comme Natan Neta Gardi, qui ont quitté les villes d'Europe orientale pour mettre en pratique, sur le terrain, l'idéal de « Torah et travail ». Ces fondateurs anonymes ou peu connus, dont les archives commencent seulement à être rassemblées et étudiées, appartiennent à l'histoire profonde du mouvement autant que ses grands penseurs. La localisation des archives Gardi à l'Institut Zerah Warhaftig de l'université Bar-Ilan rappelle que l'écriture de cette histoire n'est pas close.
Ce qui demeure, au terme de ce parcours, c'est la fécondité d'une idée : que le retour du peuple juif sur sa terre puisse être lu non comme une trahison de la tradition, mais comme son accomplissement. Cette idée, contestée hier par une grande partie du monde orthodoxe et discutée aujourd'hui jusque dans ses propres rangs, a néanmoins façonné des institutions durables, formé des générations et marqué profondément la physionomie de l'État d'Israël. Le sionisme religieux reste, à ce titre, l'un des laboratoires les plus actifs où le judaïsme contemporain éprouve son rapport à l'histoire, à la souveraineté et à l'espérance.
---
Versões (1)
- v1 · atual · 2 de ago. de 2026
Continue lendo este Grande Livro
Conecte-se ou crie uma conta gratuita para ler a integralidade deste Grande Livro — e reencontre, acompanhe e enriqueça as lignagens que lhe dizem respeito.
Um e-mail, um toque. Sem senha; você sai quando quiser.
«O sionismo religioso» faz parte da sua história?
Crie seu espaço de membro para acompanhar as famílias que importam para você, receber avisos de novas descobertas e contribuir — sem senha.
Um e-mail, um toque. Sem senha; você sai quando quiser.
Fontes & recursos
- Yehudah Mirsky, Rav Kook: Mystic in a Time of Revolution (2014)
- Gershom Scholem, Fidélité et Utopie. Essais sur le judaïsme contemporain (1978)
- Walter Laqueur, Histoire du sionisme (1973)
- Yoram Hazony, The Jewish State: The Struggle for Israel's Soul (2000)
- Michael Brenner, In Search of Israel: The History of an Idea (2018)
- Anita Shapira, Israel: A History (2012)
- Colin Shindler, A History of Modern Israel (2008)
🔗 Cite / link this page
Copy any of these formats to cite this page or link to it.
Link
https://zakhor.ai/pt/grands-livres/thematiques/sionisme-religieuxHTML
<a href="https://zakhor.ai/pt/grands-livres/thematiques/sionisme-religieux">O sionismo religioso — Zakhor</a>Citation
O sionismo religioso — Zakhor, https://zakhor.ai/pt/grands-livres/thematiques/sionisme-religieux