Amsterdam
געגנט: Refuge moderne
רעגיסטער איבערשנײַד · באַהיטער, נישט באַזיצער
פֿאַרעפֿנטלעכט דעם 15טן אויגוסט 2026
Introduction
Amsterdam occupe, dans l'histoire juive mondiale, une place qu'aucune autre cité d'Europe occidentale ne lui dispute entièrement. Ville de tolérance relative et de commerce prospère, elle accueillit à partir de la fin du XVIe siècle des réfugiés ibériques fuyant l'Inquisition, puis des communautés ashkénazes venues de Pologne et d'Allemagne, et construisit progressivement l'une des configurations juives les plus complexes et les plus fécondes de la modernité. On l'appela la « Jérusalem du Nord » — titre qu'elle partageait avec d'autres grandes cités — mais nulle part ailleurs la coexistence entre séfarades et ashkénazes, entre philosophes et rabbins, entre marchands et lettrés, ne produisit un tel foyer de pensée, de liturgie et d'édition hébraïque. La dénomination en yiddish de la ville, Mokum — du mot hébreu signifiant « lieu » ou « endroit sûr » — dit à elle seule ce que représentait Amsterdam pour ceux qui y vinrent chercher refuge.
Ce Grand Livre retrace quatre siècles de présence juive dans cette ville : du premier refuge marrane à la Shoah dévastatrice, de la renaissance d'une communauté meurtrie à la mémoire aujourd'hui reconstruite dans les archives et les musées. Il repose sur les fonds documentaires conservés à l'Allard Pierson et à la Bibliotheca Rosenthaliana, sur les sources généalogiques des cimetières d'Ouderkerk aan de Amstel et de Muiderberg, sur l'article consacré à Amsterdam par la Jewish Encyclopedia (1901–1906) [jewishencyclopedia.com/articles/1442], et sur les travaux d'historiens qui ont interrogé cette histoire depuis le XVIIe siècle jusqu'à nos jours. Il intègre la pièce « De la synagogue de la Wagenstraat à La Haye à la mosquée Mescidi Aksa (1696–1978) », qui éclaire les prolongements de la présence juive néerlandaise hors d'Amsterdam [haagsgemeentearchief.nl] ; la décision rendue le 22 avril 2026 par la Commission Asscher sur l'art spolié juif sans héritiers retrouvés, qui engage l'avenir patrimonial de milliers d'œuvres conservées dans des dépôts publics néerlandais [nos.nl/artikel/2611539] ; et la numérisation du recueil poétique Het joodsche lied. Tweede boek (Amsterdam, 1921) de Jacob Israël de Haan, dont les archives sont conservées à l'Allard Pierson [dbnl.org/tekst/haan008jood02_01].
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Chapitre 1 : Les premiers venus — Conversos, rabbi Uri Halevi et la fondation d'une communauté (fin XVIe – 1640)
La présence juive organisée à Amsterdam commence dans les dernières années du XVIe siècle, non pas par une décision municipale planifiée, mais par l'afflux progressif de conversos — chrétiens nouveaux d'origine juive, appelés aussi marranes — fuyant la péninsule ibérique après les vagues de répression inquisitoriale qui avaient suivi les expulsions de 1492 en Espagne et de 1497 au Portugal. Ces hommes et ces femmes, coupés depuis des générations de la pratique ouverte du judaïsme, portaient une identité double : baptisés de force ou par contrainte familiale, ils avaient souvent conservé en secret des gestes de la tradition ancestrale — allumage du chandelier le vendredi soir, abstention du porc, prières murmurées en hébreu approximatif.
Amsterdam, en plein essor dans le cadre de la Révolution commerciale du Siècle d'Or néerlandais, offrait un terrain propice. La République des Provinces-Unies, protestante et hostile à l'Espagne catholique, ne partageait pas l'idéologie de pureté du sang qui structurait la société ibérique. Les premiers convertis arrivèrent sous des identités portugaises, établirent des réseaux marchands et ne révélèrent que progressivement leur judaïsme. Vers 1596–1602, les premières pratiques religieuses collectives sont attestées, et vers 1612, les autorités municipales accordèrent une tolérance de fait à la communauté séfarade naissante.
La tradition rapporte un épisode fondateur qui mêle la géographie et la providence : un bateau transportant des conversos fuyant l'Espagne aurait été détourné de sa route par une tempête, jetant ses passagers sur les côtes d'Emden, en Allemagne du Nord. Voyant une inscription hébraïque sur une maison de la ville, ils comprirent qu'une communauté juive y résidait. Ils s'adressèrent au rabbin local, Rabbi Uri Halevi, qui consentit à les instruire dans la pratique juive et, à leur retour à Amsterdam, les accompagna pour devenir le premier grand rabbin de la communauté séfarade naissante. Son fils Aaron y officia comme hazzan — chantre. Ce récit illustre un paradoxe significatif de l'histoire juive amsterdamoise : ce fut un rabbin ashkénaze, venu d'Allemagne, qui joua un rôle décisif dans la reconstruction du judaïsme d'une communauté séfarade [jewishencyclopedia.com/articles/1442].
La Jewish Encyclopedia ne signale aucune preuve d'une présence juive organisée à Amsterdam avant la seconde moitié du XVIe siècle, quoique des indices laissent supposer que quelques individus y aient résidé antérieurement. Ce qui est établi, c'est que les Portugais fondèrent dans un premier temps trois congrégations distinctes : Beth Yaakov, Bet Yisrael et Neweh Shalom. Lorsque, au début de la quatrième décennie du XVIIe siècle, un nombre croissant de Juifs venus d'autres pays commença d'affluer vers Amsterdam, les congrégations séfarades ressentirent le besoin d'une union plus solide. Après de longues négociations, les trois congrégations fusionnèrent en 1638 — certaines sources donnent 1639. La synagogue Beth Yaakov fut vendue ; celle de Bet Yisrael fut réaménagée en école (Talmud Torah) ; Neweh Shalom devint le lieu de culte commun. Une constitution de quarante-deux articles, sanctionnée par les autorités municipales, fut proclamée en 1638 dans cette synagogue. Son supplément intérieur (le Huishoudelyk Reglement) révèle la structure oligarchique de la direction communautaire : les parnassim — présidents et gardiens élus — détenaient seuls le pouvoir de trancher les litiges. Ce Kahal Kadosh Talmud Torah — « Sainte Assemblée, Étude de la Torah » — allait définir la vie séfarade amsterdamoise pendant plus de deux siècles [jewishencyclopedia.com/articles/1442].
Les rabbins accourus d'autres horizons — notamment d'Italie, du Maghreb et des Balkans — jouèrent un rôle déterminant dans ce retour collectif au judaïsme. Plusieurs d'entre eux aidèrent ces immigrants à réintégrer la pratique juive, reconstruisant patiemment une observance que des générations de dissimulation avaient érodée. Amsterdam devint ainsi un laboratoire unique de la modernité juive : une communauté qui ne s'était pas simplement réfugiée, mais qui avait dû se réinventer.
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Chapitre 2 : Le Siècle d'Or — Esnoga, commerce et pensée (1640–1700)
Le XVIIe siècle est, pour la communauté séfarade d'Amsterdam, un âge d'une richesse incomparable. La ville est alors le centre du commerce mondial : les épices, le sucre, les diamants, les textiles circulent par ses canaux, et les marchands juifs portugais occupent une position stratégique dans ces réseaux, grâce à leurs liens familiaux avec Lisbonne, Anvers, Hambourg, Livourne et Recife. La prospérité matérielle alimenta une floraison intellectuelle et architecturale sans précédent.
Son monument le plus célèbre est la Esnoga — la Grande Synagogue portugaise — dont la première pierre fut posée le 17 avril 1671 et l'édifice achevé en 1675, selon les plans de l'architecte Elias Bouwman. Construite sur le modèle des grandes synagogues séfarades et influencée par l'architecture baroque néerlandaise, la Esnoga était au moment de son inauguration l'une des plus grandes synagogues du monde. Son intérieur, éclairé par des centaines de bougies — le bâtiment n'a jamais été raccordé à l'électricité —, ses boiseries sombres et ses galeries pour les femmes constituent un ensemble resté quasi intact jusqu'à aujourd'hui.
La vie rabbinique de cette période fut également riche en controverses. La Jewish Encyclopedia rappelle qu'en 1656, Charles II d'Angleterre — alors prétendant en exil — approcha secrètement la congrégation juive d'Amsterdam pour lui proposer : si les Juifs le soutenaient en argent et en armes pour envahir l'Angleterre, il leur accorderait le droit de s'y établir une fois vainqueur. La congrégation refusa. Ce détail révèle le poids politique que représentait alors la communauté juive d'Amsterdam dans les calculs des princes européens [jewishencyclopedia.com/articles/1442].
Mais Amsterdam séfarade ne fut pas seulement un foyer de piété : elle fut aussi le berceau d'une crise intellectuelle fondatrice. Baruch Spinoza (1632–1677), descendant de Juifs portugais, grandit dans cette communauté avant d'en être exclu par le herem — le ban d'excommunication — le 27 juillet 1656, pour des raisons qui touchent à sa remise en question de l'autorité scripturaire. La Jewish Encyclopedia précise que son grand-père, Abraham Michael de Spinoza, avait exercé la présidence de la communauté séfarade en 1639 ; Baruch fut formé à l'école communautaire et à la yeshiva Pereira, où enseignaient Isaac de Fonseca Aboab, Menasseh ben Israel et Saul Morteira [jewishencyclopedia.com/articles/1442]. Son œuvre philosophique — l'Éthique et le Traité théologico-politique — fonda les bases de la critique biblique moderne et de la philosophie politique libérale, et représente l'une des contributions les plus durables issues de ce milieu intellectuel.
Dans ce même siècle, Amsterdam héberge un bouillonnement éditorial hébraïque exceptionnel : Menasseh ben Israel (1604–1657), rabbin, imprimeur et diplomate, fonde la première imprimerie hébraïque permanente des Pays-Bas et négocie avec Oliver Cromwell le retour des Juifs en Angleterre. La Jewish Encyclopedia note qu'il mourut à Middelburg en 1657, lors de son voyage de retour depuis Londres, avant d'avoir pu contempler pleinement l'aboutissement de son œuvre diplomatique [jewishencyclopedia.com/articles/1442]. Rembrandt van Rijn, voisin de la Jodenbreestraat, peignit des portraits de rabbins et de figures bibliques que la tradition attribue à ces rencontres de quartier : l'échange entre artistes chrétiens et penseurs juifs était, à Amsterdam, chose naturelle.
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Chapitre 3 : L'essor ashkénaze — De Pologne aux canaux d'Amsterdam (XVIIe–XVIIIe siècle)
La présence ashkénaze à Amsterdam n'est pas contemporaine de la séfarade : elle se développe de manière significative au cours du XVIIe siècle, d'abord en marge, puis en parallèle de la communauté portugaise établie. Des Juifs venant de Pologne, d'Allemagne et de Bohême — fuyant les massacres des Cosaques de Khmelnytski (1648–1649) et les guerres qui dévastèrent l'Europe centrale — trouvèrent refuge dans les mêmes canaux d'Amsterdam qui avaient accueilli leurs frères séfarades.
La coexistence des deux communautés fut réelle mais distincte : chacune maintenait ses propres synagogues, ses propres institutions, ses propres rites, et une certaine distance sociale. La Grande Synagogue ashkénaze (Grote Sjoel), consacrée en mars 1671 sur le Jonas Daniël Meijerplein, témoigne de cette vitalité parallèle. Les ashkénazes parlaient yiddish, célébraient le shabbat selon le rite polonais ou allemand, et apportaient avec eux une tradition talmudique différente, plus tournée vers le pilpoul et la casuistique que vers la philosophie rationaliste qui marquait une partie de l'élite séfarade.
La Jewish Encyclopedia note que si les Juifs d'Amsterdam bénéficiaient d'une tolérance de fait, leur statut civil restait limité : ils n'avaient pas le droit de plaider devant les tribunaux — le Hof van Holland l'interdit en 1658 — et n'avaient pas accès aux guildes de la plupart des métiers, ce qui les canalisait vers le commerce, la finance, la médecine et l'artisanat du diamant. Cette restriction, perçue comme de plus en plus oppressive au fil du temps, nourrit chez certains membres de la communauté une sensibilité favorable aux idées libérales que la Révolution française allait bientôt porter jusqu'aux rives de l'Amstel [jewishencyclopedia.com/articles/1442].
L'un des témoins les plus durables de cet enracinement ashkénaze est le cimetière de Muiderberg. En 1642, des Juifs ashkénazes acquirent un terrain à Muiderberg, bourgade proche d'Amsterdam, pour y fonder leur propre lieu de sépulture — le plus ancien cimetière juif ashkénaze des Pays-Bas, postérieur seulement au cimetière séfarade d'Ouderkerk aan de Amstel. En 1660, une parcelle attenante fut achetée par des Juifs polonais, signe de l'hétérogénéité interne de la communauté ashkénaze elle-même. La plus ancienne stèle conservée date de 1655, et la plus ancienne pierre tombale encore debout près du bâtiment principal date de 1665. Au fil des siècles, environ 45 000 Juifs ashkénazes y ont été inhumés. Ce cimetière est ainsi l'un des documents les plus précieux de l'histoire communautaire ashkénaze : ses pierres tombales, leurs inscriptions en hébreu et en yiddish, leurs ornements sculptés — mains du cohen, cruches du lévite, couronnes de la Torah — constituent une archive lapidaire de familles, de métiers, de lignées rabbiniques et de destins ordinaires qui autrement n'auraient laissé nulle trace écrite.
La présence ashkénaze ne resta pas confinée à Amsterdam : elle irrigua peu à peu tout le territoire des Provinces-Unies. Dès 1696, le riche immigrant juif polonais Alexander Boas louait l'étage supérieur de sa résidence de la Sint Jacobstraat à La Haye aux Juifs ashkénazes de la ville pour en faire une synagogue, surnommée le « Temple de Salomon ». Devenue trop petite pour la communauté haghoise grandissante, elle fut remplacée en 1723 par un édifice propre, construit au Brouwersloot, avant qu'un nouveau bâtiment ne soit érigé dans les années 1830 Wagenstraat — un édifice qui allait traverser deux siècles et connaître bien d'autres destins [haagsgemeentearchief.nl]. La trajectoire de cette synagogue haghoise illustre, en miroir, l'essor puis le déclin de la communauté ashkénaze néerlandaise dans son ensemble.
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Chapitre 4 : L'émancipation et ses tensions — De Felix Libertate aux réformes du XIXe siècle
L'entrée des armées françaises à Amsterdam en 1795 fut vécue par une partie de la communauté juive comme une libération. La Jewish Encyclopedia signale qu'en cette même année, des Juifs d'Amsterdam — imprégnés des idées révolutionnaires — fondèrent une association appelée Felix Libertate, qui devint le moteur d'un mouvement pour l'acquisition des droits civils. La première revendication porta sur le droit de voter et de servir dans la Garde citoyenne. Parmi les principaux artisans de ce mouvement se trouvait Moses Solomon Asser [jewishencyclopedia.com/articles/1442]. En 1796, l'Assemblée nationale batave vota l'émancipation civique des Juifs néerlandais, supprimant formellement les restrictions qui avaient pesé sur eux depuis leur installation dans la ville.
Cette émancipation ne se fit pas sans frictions internes. La communauté séfarade et la communauté ashkénaze abordaient différemment les exigences de l'intégration : les premières, plus anciennement implantées et disposant d'un réseau commercial solide, avaient déjà assimilé de nombreux codes de la société néerlandaise cultivée ; les secondes, nombreuses, parlant yiddish au quotidien, et souvent pauvres, se trouvaient face à un double défi — assimilation et survie économique. L'émancipation juridique ne résorba pas d'un coup les inégalités sociales réelles.
Le XIXe siècle vit la lente institutionnalisation de la vie juive néerlandaise. La communauté ashkénaze néerlandaise se dota en 1836 du Nederlandsch Israëlitisch Seminarium, séminaire rabbinique destiné à former un clergé instruit selon les normes modernes, capable d'exercer en néerlandais et de répondre aux exigences d'une société bourgeoise post-émancipation. Ce séminaire, installé Rapenburgerstraat 175–179 à partir de 1839, sera traité dans le détail au chapitre suivant. À La Haye, la synagogue construite dans les années 1830 Wagenstraat symbolisait cette même ambition d'une présence juive normalisée et durable dans le paysage urbain néerlandais [haagsgemeentearchief.nl]. La population juive d'Amsterdam continua de croître tout au long du XVIIIe et du XIXe siècle, et dans les années 1930, elle atteignit environ 79 000 personnes — faisant de la ville l'un des plus grands centres juifs d'Europe occidentale.
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Chapitre 5 : Institutions et formation — Le Séminaire rabbinique et la Bibliotheca Rosenthaliana
Si les synagogues étaient le cœur battant de la vie juive amsterdamoise, ses institutions de savoir en constituaient le système nerveux. Deux d'entre elles méritent une attention particulière pour comprendre le judaïsme néerlandais des XIXe et XXe siècles : le Nederlandsch Israëlitisch Seminarium et la Bibliotheca Rosenthaliana.
Le Nederlandsch Israëlitisch Seminarium, fondé en 1836, était le séminaire rabbinique de la communauté ashkénaze néerlandaise. Installé à partir de 1839 Rapenburgerstraat 175–179, il forma pendant plus d'un siècle les rabbins qui allaient desservir les communautés juives des Pays-Bas. Sa figure la plus marquante fut le rabbin Joseph Hirsch Dünner (1833–1911), né à Cracovie, qui en devint recteur au début des années 1860 et fut nommé grand rabbin du district synagogal de Hollande-Septentrionale en 1874, poste qu'il occupa jusqu'à sa mort en 1911. Sous sa direction, le séminaire devint un centre de formation intellectuelle rigoureux, articulant l'érudition talmudique traditionnelle avec les exigences de la Wissenschaft des Judentums — la science critique du judaïsme — qui transformait alors les études juives en Europe.
Le fonds d'archives de Dünner, composé pour l'essentiel de correspondance reçue, est aujourd'hui conservé à l'Allard Pierson, bibliothèque patrimoniale de l'Université d'Amsterdam, au sein de la Bibliotheca Rosenthaliana. Cette dernière est l'une des plus importantes bibliothèques judaïques d'Europe : fondée au XIXe siècle par la famille Rosenthal, enrichie par des dons et des acquisitions successives, elle rassemble des milliers de manuscrits hébreux, d'incunables, de livres rares et de documents d'archives. Les fonds d'autres rabbins néerlandais de la même période y sont également déposés — dont, plus récemment, les archives de Jacob Israël de Haan [archives.uba.uva.nl/resources/ubainv61] —, formant un ensemble documentaire irremplaçable pour l'histoire du judaïsme néerlandais.
La Bibliotheca Rosenthaliana traversa la Seconde Guerre mondiale dans des conditions dramatiques : une partie de ses collections fut dérobée par les services nazis avant d'être partiellement récupérée après la Libération. Sa survie relative, dans un pays où la communauté juive fut décimée à près de soixante-quinze pour cent, fait d'elle à la fois un témoignage de la richesse intellectuelle d'avant-guerre et un monument à ceux qui ne revinrent pas.
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Chapitre 6 : La Shoah — Amsterdam dans la nuit
La Shoah frappa les Pays-Bas avec une brutalité particulière. La géographie du pays — plat, densément administré, sans frontière naturelle permettant la fuite vers un pays neutre facilement accessible — et l'efficacité de l'administration nazie, appuyée par des collaborateurs néerlandais, combinèrent leurs effets pour produire l'un des taux de mortalité les plus élevés d'Europe occidentale.
Amsterdam concentrait la grande majorité des Juifs néerlandais. En fin 1941, un plan de déportation fut ratifié, prévoyant le déplacement de tous les Juifs des provinces, les ressortissants néerlandais étant regroupés à Amsterdam tandis que les apatrides étaient envoyés dans les camps de Westerbork et de Vught. En avril 1942, les Juifs furent contraints de porter l'étoile jaune de David. Les rafles se succédèrent, organisées avec méthode depuis le Waterlooplein et d'autres places de la ville. Le Nederlandsch Israëlitisch Seminarium, installé Rapenburgerstraat depuis 1839, ferma définitivement en 1943 : la majorité de ses enseignants et de ses élèves furent tués pendant la Shoah.
La même logique d'annihilation s'étendit à tout le réseau juif néerlandais. À La Haye, la synagogue de la Wagenstraat — que la communauté ashkénaze avait patiemment construite au fil des décennies depuis les premières locations de 1696 — fut dépouillée de sa fonction : pendant l'occupation allemande, son édifice servit d'entrepôt pour le mobilier confisqué aux domiciles des Juifs déportés, transformant un lieu de prière en dépôt des traces matérielles d'une communauté expropriée [haagsgemeentearchief.nl].
Le 3 septembre 1944, le dernier convoi quitta Westerbork pour Auschwitz : 107 000 Juifs avaient été déportés des Pays-Bas. Au total, seulement environ 5 200 survécurent à la Shoah.
Le cimetière de Muiderberg porte, lui aussi, la marque de cette catastrophe. Parmi les personnalités qui y reposent figure le grand rabbin Saul Löwenstam ; mais certaines tombes sont vides — comme celle du chef d'orchestre Sam Englander, dont la sépulture fut préparée sans pouvoir l'accueillir, car il fut assassiné à Sobibor. Ces tombes vides sont peut-être le symbole le plus poignant du génocide : des pierres taillées pour des morts qui n'ont pas de lieu où reposer.
Parmi les Juifs qui se cachèrent, les plus célèbres restent Otto Frank, sa femme et leurs deux filles, Margot et Anne. Cachés pendant plusieurs années dans un immeuble d'Amsterdam, ils furent trahis et arrêtés le 4 août 1944. Le Journal d'Anne Frank, rédigé durant ces années de clandestinité, est devenu l'un des témoignages les plus lus du XXe siècle.
L'art fut lui aussi dévasté. Des milliers d'œuvres d'art — tableaux, meubles, tapis, argenterie — furent confisquées dans les foyers juifs et dans les galeries, entassées dans des dépôts avant d'être expédiées en Allemagne. Une partie de ces objets fut rapatriée aux Pays-Bas après la Libération, mais sans propriétaires identifiables : leurs familles avaient été exterminées. Ces œuvres orphelines allèrent grossir ce que les autorités néerlandaises appelleraient plus tard la collection NK (Nationaal Kunstbezit), entreposée dans des dépôts publics où elles attendraient, décennie après décennie, une décision sur leur sort.
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Chapitre 7 : De la voix poétique à la mémoire lapidaire — Jacob Israël de Haan et la littérature juive néerlandaise
L'histoire juive d'Amsterdam ne se réduit pas aux institutions rabbiniques et aux grands édifices : elle passe aussi par la langue, la poésie, la littérature. Et dans cet espace littéraire, la figure de Jacob Israël de Haan (1881–1924) occupe une place singulière, à la croisée de l'identité juive néerlandaise, du sionisme et du drame politique.
De Haan naquit à Smilde, dans la province de Drenthe, dans une famille juive orthodoxe. Instituteur de formation, il rejoignit Amsterdam, où il s'engagea dans le mouvement socialiste et collabora au journal Het Volk avant qu'un scandale littéraire — sa publication en 1904 du roman homo-érotique Pijpelijntjes — ne le conduise au licenciement. Il entreprit alors des études de droit, qu'il acheva en 1916 par un doctorat. Tout au long de cette période, il opéra un retour progressif au judaïsme, qui devint le moteur de son écriture poétique.
C'est ce retour qui donna naissance aux deux volumes du Joodsche Lied. Le premier, Het joodsche lied, parut en 1915 à Amsterdam chez W. Versluys. Le second, Het joodsche lied. Tweede boek, fut publié en 1921 par la Maatschappij voor goede en goedkoope lectuur, fait vérifié directement sur le colophon numérisé [dbnl.org/tekst/haan008jood02_01]. Numérisé et transcrit intégralement par la Digitale Bibliotheek voor de Nederlandse Letteren (DBNL), avec la contribution d'Arjan den Boer et IJme Woensdrecht, ce recueil rassemble des sections intitulées Liederen, Het jaartijdlicht et Gewijde dagen — « Chants », « La lumière du temps de l'année » et « Jours sacrés » —, dont les titres seuls disent le projet : ancrer dans la langue néerlandaise le cycle liturgique juif, rendre le calendrier hébreu sensible à un lectorat qui le pratiquait ou l'avait perdu.
De Haan émigra en Palestine mandataire en 1919. Correspondant à Jérusalem pour le quotidien néerlandais De Telegraaf, il devint un critique virulent du projet sioniste, préférant défendre la coexistence entre Juifs et Arabes sous l'égide de la Turquie ottomane d'abord, puis de la puissance mandataire britannique. Son opposition à la direction sioniste, notamment à la Haganah, lui valut d'être assassiné le 30 juin 1924 à Jérusalem — crime généralement attribué à des membres de la Haganah, dans ce qui est considéré comme le premier assassinat politique du mouvement sioniste. Ses archives personnelles sont conservées à l'Allard Pierson [archives.uba.uva.nl/resources/ubainv61], aux côtés des fonds Dünner et d'autres collections de la Bibliotheca Rosenthaliana : un voisinage documentaire qui dit quelque chose de l'étendue du monde juif néerlandais que cette bibliothèque préserve.
De Haan représente une voix juive néerlandaise d'Amsterdam qui ne se laisse enfermer dans aucun camp : ni dans l'orthodoxie religieuse dont il porta la couleur poétique, ni dans le sionisme qu'il finit par combattre, ni dans la marginalité à laquelle sa vie personnelle le condamna à plusieurs reprises. Son œuvre, numérisée et rendue accessible par la DBNL, entre désormais dans le corpus de la mémoire documentaire juive néerlandaise que conserve l'Allard Pierson.
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Chapitre 8 : Renaissance et mémoire — La communauté d'après-guerre et la question de l'art spolié
La Libération d'Amsterdam, en mai 1945, révéla l'étendue du désastre. Sur une communauté juive qui comptait environ 79 000 âmes dans la ville avant-guerre, les survivants se comptaient en quelques milliers. Les synagogues étaient fermées ou endommagées, les institutions rabbiniques détruites, les réseaux communautaires rompus.
La reconstruction fut lente, douloureuse et partielle. Certains survivants quittèrent les Pays-Bas pour Israël ou d'autres pays ; ceux qui restèrent durent reconstruire des institutions communautaires dans un pays qui, pendant des décennies, peinait à affronter la question de sa propre responsabilité dans les déportations. Le débat historiographique néerlandais sur la collaboration et la passivité d'une partie de la population pendant la guerre fut long à s'ouvrir, et les témoignages des survivants juifs mirent du temps à trouver une audience.
À La Haye, la synagogue de la Wagenstraat fut restaurée après la guerre en même temps que deux autres synagogues haghoises. Mais la communauté juive de La Haye — comme celle d'Amsterdam — était désormais trop décimée pour remplir trois édifices de culte. En 1975, la synagogue de la Wagenstraat ferma comme lieu de culte. Trois ans plus tard, en 1978, la communauté musulmane turque investit le bâtiment vacant et le transforma en mosquée, sous le nom de Mescidi Aksa — la mosquée d'Al-Aqsa [haagsgemeentearchief.nl]. Ce destin, de la synagogue fondée par Alexander Boas en 1696 à la mosquée d'une communauté turque immigrée, condense à lui seul deux siècles et demi de l'histoire des minorités aux Pays-Bas : l'accueil des réfugiés, la destruction, la recomposition.
La mémoire se reconstruisit par étapes. Le Joods Historisch Museum, le Musée juif d'Amsterdam, fut réinstallé dans les années 1980 dans un ensemble de quatre synagogues ashkénazes du XVIIe siècle, transformées en espace muséal. La Maison Anne Frank, Prinsengracht 263, devint un lieu de pèlerinage mondial. La Bibliotheca Rosenthaliana, abritée à la bibliothèque de l'Université d'Amsterdam, fut progressivement reconstituée et cataloguée, les fonds Dünner et d'autres archives rabbiniques étant inventoriés et rendus accessibles aux chercheurs. Le cimetière de Muiderberg fit l'objet de travaux de restauration et de documentation : ses sépultures, dont beaucoup portent des inscriptions en yiddish désormais déchiffrables seulement par des spécialistes, sont aujourd'hui préservées comme monument national et comme archive vivante d'une civilisation emportée.
La question de l'art spolié, longtemps remise à plus tard, revint au premier plan dans les premières décennies du XXIe siècle. Depuis la fin de la guerre, environ 4 000 pièces — tableaux, meubles, tapis, argenterie — rapatriées d'Allemagne par les Alliés mais jamais restituées à leurs propriétaires, faute d'héritiers retrouvés, dormaient dans des dépôts publics néerlandais sous l'appellation de collection NK (Nationaal Kunstbezit). Le 22 avril 2026, la Commission Asscher — présidée par l'ancien vice-Premier ministre Lodewijk Asscher — remit son avis au ministère néerlandais de l'Éducation, de la Culture et des Sciences. Elle recommanda de confier la gestion de ces œuvres orphelines (verweesde Joodse roofkunst) à une fondation indépendante de la communauté juive, de préférence hébergée au Musée juif d'Amsterdam [nos.nl/artikel/2611539]. La commission proposa un financement structurel de 400 000 euros par an pour cette fondation et son programme de mise en valeur, tout en préservant expressément la possibilité d'une restitution individuelle si des héritiers venaient à se manifester ultérieurement. Les Pays-Bas se présenteraient ainsi comme le premier pays à statuer de manière consciente et collective sur le devenir d'un art spolié sans propriétaires retrouvés — transformant un héritage de la spoliation en bien commun de la communauté juive, au lieu de le laisser indéfiniment dans l'ombre des dépôts.
Ce geste a une signification particulière pour Amsterdam : c'est en grande partie dans ses rues, ses maisons et ses galeries que ces œuvres furent confisquées ; c'est dans ses institutions — le Joods Historisch Museum — qu'une partie d'entre elles pourraient désormais être exposées. La boucle entre la dépossession de 1942 et la restitution symbolique de 2026 se ferme, imparfaitement mais réellement, dans la même ville.
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Chapitre 9 : Amsterdam juive aujourd'hui — Archives, héritage et transmission
Amsterdam reste aujourd'hui l'une des grandes villes de la mémoire juive européenne, même si sa communauté juive vivante est infiniment plus modeste que celle d'avant-guerre. La Esnoga — la synagogue portugaise — continue d'être utilisée pour les offices, fidèle à son rite séfarade pluriséculaire : ses bougies ne sont toujours pas remplacées par l'électricité, et ses annonces lors des offices se font encore en portugais, vivant héritage des premiers conversos qui y cherchèrent refuge il y a quatre siècles.
Les institutions de conservation ont pris une importance croissante dans ce paysage. L'Allard Pierson, bibliothèque patrimoniale de l'Université d'Amsterdam, concentre au sein de la Bibliotheca Rosenthaliana des fonds d'une richesse exceptionnelle : le fonds Dünner, accessible en ligne via le catalogue des archives de l'UvA (archives.uba.uva.nl), permet aux chercheurs du monde entier d'accéder à la correspondance d'un des grands architectes du judaïsme néerlandais moderne. Les archives de Jacob Israël de Haan y sont également conservées [archives.uba.uva.nl/resources/ubainv61], aux côtés de nombreux autres fonds rabbiniques et littéraires : autant d'instruments actifs de la recherche historique et généalogique.
Le cimetière de Muiderberg, géré par la communauté juive ashkénaze, est désormais aussi un lieu de tourisme mémoriel : ses quelque 45 000 tombes, étalées sur plusieurs hectares, ses pierres tombales en hébreu et en yiddish, ses sépultures de rabbins, de marchands, de musiciens et de victimes de la Shoah forment un espace unique où l'histoire ashkénaze néerlandaise se donne à lire dans la pierre. Certaines tombes y restent vides — comme celle du chef d'orchestre Sam Englander, assassiné à Sobibor — rappel permanent que la communauté ne put même pas rendre à ses morts le service d'une sépulture.
La communauté juive d'Amsterdam aujourd'hui — quelques milliers de personnes, d'origines diverses incluant des Israéliens et des descendants de Juifs marocains et turcs arrivés dans la seconde moitié du XXe siècle — vit dans une tension permanente entre héritage et renouveau, entre la mémoire d'une catastrophe et la vitalité d'une présence. Les décisions patrimoniales récentes, au premier rang desquelles la recommandation de la Commission Asscher sur les 4 000 œuvres de la collection NK, montrent que cette tension est aussi institutionnelle et politique : que faire de ce qui reste quand ceux pour qui cela fut fait ont disparu ? La réponse provisoire qu'Amsterdam se donne en 2026 — confier à la communauté juive vivante la garde de ce qu'elle n'a pas pu transmettre à des héritiers — est une forme de continuité réinventée. La Jewish Encyclopedia de 1901–1906, composée au seuil du XXe siècle, offre en filigrane une photographie de la communauté avant la catastrophe [jewishencyclopedia.com/articles/1442] : un témoin involontaire de ce qu'Amsterdam était encore, et de ce qu'elle perdit.
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ווערסיעס (1)
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Les grandes figures
Rabbi Uri Halevi (dates précises inconnues, actif fin XVIe siècle) — Grand rabbin venu de la ville d'Emden, en Allemagne du Nord, Rabbi Uri Halevi est la figure la plus ancienne attestée par la tradition comme fondateur de la première congrégation juive d'Amsterdam. Selon le récit transmis, il accueillit des conversos espagnols ayant échoué à Emden, les initia à la pratique juive et les accompagna à Amsterdam, où il devint le premier rabbin de la communauté séfarade naissante. Son fils Aaron y officia comme hazzan. Ce rabbin ashkénaze joua ainsi un rôle paradoxal et fondateur dans la reconstruction du judaïsme d'une communauté d'origine ibérique [jewishencyclopedia.com/articles/1442].
Saul Levi Morteira (vers 1596–1660) — Rabbin séfarade d'origine probablement vénitienne, Saul Levi Morteira fut l'un des principaux rabbins de la congrégation unie du Kahal Kadosh Talmud Torah après la fusion de 1638. Figure d'autorité intellectuelle et religieuse, il fut l'un des maîtres de Baruch Spinoza à la yeshiva Pereira, et l'un des artisans du herem d'excommunication prononcé contre ce dernier en 1656. Il mourut à Amsterdam en 1660, représentant de l'orthodoxie séfarade dans une communauté que ses propres enfants spirituels allaient mettre à l'épreuve [jewishencyclopedia.com/articles/1442].
Isaac de Fonseca Aboab (1605–1693) — Rabbin séfarade né en Espagne, Isaac de Fonseca Aboab fut l'un des grands maîtres de la yeshiva Pereira d'Amsterdam, où il enseigna aux côtés de Menasseh ben Israel et de Saul Morteira. Il est également connu pour avoir été le premier rabbin ordonné à exercer en Amérique, à Recife (Brésil néerlandais), avant de revenir à Amsterdam après la reconquête portugaise du Brésil en 1654. Il mourut en 1693 à Amsterdam, après avoir traversé un siècle entier d'histoire juive séfarade [jewishencyclopedia.com/articles/1442].
Baruch Spinoza (1632–1677) — également connu sous son nom hébreu Baruch de Espinosa ou Benedictus de Spinoza. Né à Amsterdam dans une famille de marchands séfarades d'origine portugaise, Spinoza reçut une formation rabbinique avant d'être frappé du herem le 27 juillet 1656 par la communauté du Kahal Kadosh Talmud Torah. Son grand-père, Abraham Michael de Spinoza, avait exercé la présidence de cette même communauté en 1639. Dans l'Éthique et le Traité théologico-politique, il élabora les fondements de la critique biblique moderne, du panthéisme rationaliste et de la philosophie politique libérale — une œuvre rédigée en latin et longtemps censurée, qui constitue l'une des contributions les plus durables issues du milieu intellectuel juif amsterdamois [jewishencyclopedia.com/articles/1442].
Menasseh ben Israel (1604–1657) — nom hébreu Menashem ben Yisrael, né Manoel Dias Soeiro. Rabbin, imprimeur, théologien et diplomate séfarade, né à Lisbonne ou à Madère dans une famille marrane et établi à Amsterdam dès son enfance. Il fonda la première imprimerie hébraïque permanente des Pays-Bas et entretint des relations intellectuelles avec Rembrandt, Grotius et d'autres grandes figures de son temps. Sa mission la plus célèbre fut la négociation, entre 1655 et 1657, du retour officiel des Juifs en Angleterre auprès d'Oliver Cromwell, renversant une expulsion vieille de trois siècles et demi. Il mourut à Middelburg lors de son voyage de retour depuis Londres, avant de pouvoir voir le plein aboutissement de son œuvre [jewishencyclopedia.com/articles/1442].
Alexander Boas (dates précises inconnues, actif fin XVIIe siècle) — Riche immigrant juif polonais établi à La Haye, Alexander Boas est le fondateur de la première synagogue ashkénaze de cette ville. En 1696, il loua l'étage supérieur de sa résidence de la Sint Jacobstraat à la communauté juive ashkénaze haghoise pour y tenir des offices — l'édifice fut surnommé le « Temple de Salomon ». Son geste inaugura une présence institutionnelle juive à La Haye qui allait se pérenniser pendant près de trois siècles, à travers plusieurs bâtiments successifs, jusqu'à la synagogue de la Wagenstraat [haagsgemeentearchief.nl].
Saul Löwenstam (dates précises incertaines, actif fin XVIIIe – début XIXe siècle) — Grand rabbin ashkénaze d'Amsterdam, représentant de la tradition rabbinique polonaise transposée aux Pays-Bas. Il repose au cimetière de Muiderberg, dont les registres le comptent parmi les personnalités notables inhumées en ce lieu. Sa figure illustre le rôle central qu'Amsterdam joua comme pôle d'attraction pour les autorités rabbiniques ashkénazes d'Europe centrale et orientale, auxquelles la communauté offrait une stabilité institutionnelle que leurs pays d'origine ne pouvaient garantir.
Moses Solomon Asser (dates précises inconnues, actif fin XVIIIe siècle) — L'un des principaux artisans du mouvement Felix Libertate fondé en 1795, qui œuvra à l'obtention des droits civiques pour les Juifs d'Amsterdam après l'entrée des armées françaises dans la ville. Figure de l'émancipation juive néerlandaise, il incarne la génération qui, portée par les idées révolutionnaires, transforma le statut juridique des Juifs des Pays-Bas [jewishencyclopedia.com/articles/1442].
Joseph Hirsch Dünner (1833–1911) — nom hébreu Yosef Hirsch Dünner. Né à Cracovie, il rejoignit Amsterdam pour prendre la direction du Nederlandsch Israëlitisch Seminarium au début des années 1860, faisant de cet établissement fondé en 1836 un centre de formation rabbinique rigoureux et modernisé. Nommé grand rabbin du district synagogal de Hollande-Septentrionale en 1874, il occupa cette charge jusqu'à sa mort en 1911. Son fonds d'archives, composé principalement de correspondance reçue, est conservé à l'Allard Pierson (Bibliotheca Rosenthaliana, Université d'Amsterdam) et constitue une source de premier plan pour l'histoire du judaïsme néerlandais du XIXe siècle [archives.uba.uva.nl].
Jacob Israël de Haan (1881–1924) — Poète, juriste et journaliste néerlandais, né à Smilde dans une famille juive orthodoxe, Jacob Israël de Haan est l'auteur des deux volumes du Joodsche Lied (1915 et 1921, Amsterdam), recueils poétiques qui ancrèrent dans la langue néerlandaise le cycle liturgique et spirituel du judaïsme. Après un parcours intellectuel et politique tourmenté — socialisme, scandale littéraire, doctorat en droit en 1916 —, il émigra en Palestine mandataire en 1919, où il devint correspondant pour De Telegraaf et critique du mouvement sioniste. Il fut assassiné à Jérusalem le 30 juin 1924. Ses archives sont conservées à l'Allard Pierson [archives.uba.uva.nl/resources/ubainv61].
Sam Englander (dates de naissance inconnues – † 1943) — Chef d'orchestre juif néerlandais, assassiné à Sobibor pendant la Shoah. Sa tombe au cimetière de Muiderberg reste vide, symbole tragique du génocide : la pierre fut taillée sans que le corps pût jamais y reposer. Son cas illustre la catégorie des victimes dont l'identité est connue mais dont les restes ne revinrent jamais.
Anne Frank (1929–1945) — née Annelies Marie Frank à Francfort, fille d'Otto Frank, marchand juif allemand établi à Amsterdam avec sa famille en 1934. Cachée avec sa famille dès juillet 1942 dans l'annexe secrète d'un immeuble du Prinsengracht, elle rédigea jusqu'au 1er août 1944 un journal intime d'une acuité saisissante. Arrêtée le 4 août 1944, déportée à Auschwitz puis à Bergen-Belsen, elle y mourut du typhus en février ou mars 1945. Son Journal, publié par son père en 1947, est devenu l'un des livres les plus lus du monde et le témoignage individuel le plus connu de la Shoah. La Maison Anne Frank, Prinsengracht 263, est aujourd'hui un musée visité par plus d'un million de personnes par an.
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Conclusion
L'histoire juive d'Amsterdam est une histoire de strates superposées : les marranes qui réapprirent à être juifs sur les canaux du Siècle d'Or ; les ashkénazes qui apportèrent le yiddish et la piété polonaise dans une ville déjà marquée par la philosophie séfarade ; les rabbins, les imprimeurs, les marchands et les penseurs qui firent de cette ville l'une des capitales intellectuelles du monde juif ; un poète, Jacob Israël de Haan, qui mit en néerlandais le calendrier hébraïque et mourut à Jérusalem pour ses convictions ; puis la catastrophe de la Shoah, qui brisa en quelques années ce que quatre siècles avaient patiemment construit.
Les nouvelles pièces intégrées dans cette version du Grand Livre ajoutent deux dimensions à ce tableau. La décision de la Commission Asscher, rendue le 22 avril 2026, engage une réponse collective inédite à la question de l'art spolié sans héritiers retrouvés : en confiant à la communauté juive vivante la garde des quelque 4 000 œuvres de la collection NK, les Pays-Bas transforment un héritage de la dépossession en bien commun — et le Musée juif d'Amsterdam en lieu possible de leur résurrection publique [nos.nl/artikel/2611539]. La numérisation et la transcription du Tweede boek de Jacob Israël de Haan par la DBNL restituent, de son côté, une voix littéraire longtemps marginalisée : celle d'un Juif néerlandais qui chanta le judaïsme en néerlandais, s'opposa au sionisme et fut tué pour ses idées, laissant une archive conservée aujourd'hui à l'Allard Pierson [dbnl.org/tekst/haan008jood02_01].
La pièce haghoise sur la synagogue de la Wagenstraat rappelle que l'histoire juive néerlandaise ne se limite pas aux canaux d'Amsterdam, et que le destin de chaque édifice communautaire porte en lui les grandes lignes de l'histoire collective : l'accueil de l'immigrant polonais Alexander Boas en 1696, la croissance de la communauté, la destruction par l'occupation, la restauration, l'abandon, et finalement la transmission du bâtiment à une autre communauté de migrants — turque, musulmane — en 1978 [haagsgemeentearchief.nl].
Ce qui subsiste n'est pas seulement de la ruine : c'est aussi un héritage vivant. Les archives de la Bibliotheca Rosenthaliana, les fonds Dünner et de Haan à l'Allard Pierson, les stèles du cimetière de Muiderberg, la Esnoga illuminée aux bougies, la Maison Anne Frank, les 4 000 toiles et meubles qui attendent dans leurs dépôts — tous ces lieux et ces documents sont des formes de mémoire active, qui continuent de produire du sens et de la connaissance. La communauté juive d'Amsterdam aujourd'hui, réduite mais vivante, habite cette histoire et la transmet.
Amsterdam enseigne quelque chose d'essentiel sur la condition juive dans la modernité : qu'un foyer peut être à la fois florissant et fragile, que la tolérance n'est jamais acquise, et que la mémoire — collective, archivistique, lapidaire — est la forme la plus durable de ce qui ne devrait pas disparaître. Et qu'un bâtiment peut raconter tout cela, du sol au plafond, même lorsque les fidèles pour lesquels il fut construit ne sont plus là pour y prier.
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זעצט אױס דעם לייענן פֿון דעם גרױסן בוך
מעלדט זיך אָן אָדער שאַפֿט אַ פֿרײַ קאָנטאָ כדי לייענן די גאַנצע גרױסן בוך — און זוכט, פֿאָלגט און רײכערט די לינעאַזשן וואָס בעטרעפֿן זיך.
אײן בליץ-פּאָסט, אײן קלאַפּ. קײן פּאַראָל; איר קענט אַוועקגײן ווען איר ווילט.
איז „Amsterdam” אַ טײל פֿון אײַער געשיכטע?
שאַפֿט אײַער מיטגליד-פּלאַץ צו נאָכפֿאָלגן די משפּחות וואָס זײַנען אײַך טײַער, באַקומען מעלדונגען וועגן נײַע אַנטדעקונגען און בײַשטײַערן — אָן אַ פּאַראָל.
אײן בליץ-פּאָסט, אײן קלאַפּ. קײן פּאַראָל; איר קענט אַוועקגײן ווען איר ווילט.
די טעג פון דעם בוך
דער בוך האט נאך קיין טאג פון זכרון נישט. די קוואלן וואס דאקומענטירן Amsterdam געבן יאר און יארהונדערטער, נישטא מא איין טאג; מיר פאברירן זיי נישט.
איר קענט אַ דאטום — אַ דערמאנונג, אַ חילולא, דער יאָרטאָג פון אַ אָּפגאנג? געבט עס איר טאג
מקורים און רעסורסן
- Henry Méchoulan, Être juif à Amsterdam au temps de Spinoza (1991)
- Miriam Bodian, Hebrews of the Portuguese Nation. Conversos and Community in Early Modern Amsterdam (1997)
- Lionel Lévy, La Nation juive portugaise. Livourne, Amsterdam, Tunis, 1591-1951 (1999)
- Daniel Jutte, The Age of Secrecy: Jews, Christians, and the Economy of Secrets, 1400-1800 (2015)
- jewishencyclopedia.com ↗
גרויסע געשטאַלטן פֿון דעם אָרט (24 פֿון 170)
Abbas , Aaron
Abbas , Raphaël ben Joshua
Abbas , Samuel B. Isaac
Abraham ben Eliezer Ha-kohen
Abraham ben Isaac Auerbach
Adhan, Solomon ben Masud
Aletrino, Arnold
Almeyda, Jose Henriques de
Arauxo, Abraham Gomez de
Arauxo, Daniel
Ashkenazi, Zebi Hirsch Fils de Jacob
Asser, Carel
Asser, Moïse Salomon
Asser, Tobias Michael Carel
Auerbach, Isaac
Avila, Samuel ben Moses ben Isaac de
Ayllon, Solomon ben Jacob
Azariah, Menahem Ha-kohen
Azevedo, David Cohen D
Azevedo, David Salom D
Barasch, Julius
Barassa, Diego
Barrios, Simon Levi de
Basan, Abraham Hezekiah B. Jacob
יוחסין פֿאַרבונדן מיט דעם אָרט
Aboab
אבוהבCastille, Portugal, Amsterdam
Attias (Ottomane)
אטיאשSalonique, Amsterdam
Belifante
Belilhos
Portugal, puis Venise et diaspora séfarade
Belmonte
בלמונטיPortugal, Amsterdam
Ben Attar
בן עטרSalé / Meknès / Jérusalem
Blitz
בליץAllemagne / Pologne
Calvo
Capadose
Séfarade occidental (Amsterdam)
Citroën
ציטרועןAmsterdam, Paris
Cohen de Lara
כהן די לארהPortugal, Hambourg, Amsterdam
da Costa
דא קושטאPorto, Amsterdam
da Fonseca
דא פונסיקהPortugal, Amsterdam, Brésil
da Leiria
Fortuin
Gutierez
Castille (Espagne)
Hagiz
חגיזFès, Jérusalem, Amsterdam
Hayyun
חיוןSarajevo, Venise, Amsterdam
Heilbron
Allemagne
Koenigswarter
קניגסוורטרFrancfort, Paris, Amsterdam
Luzzatto
לוצאטוLusatia → Venise → Padoue
Maduro
מאדורוPortugal, Amsterdam, Curaçao
Manasseh ben Israel
מנשה בן ישראלMadère, Amsterdam
Meldola
מלדולהLivourne, Amsterdam, Londres
Mocatta
מוקטהEspagne, Amsterdam, Londres
Moreno
מורנוMorteira
מורטירהVenise, Amsterdam
Nassy
נאסיPortugal, Amsterdam, Surinam
Nunes
Palache
פלאגיFès, Amsterdam, Salé
Peixotto
פיישוטוPortugal, Amsterdam, Curaçao, États-Unis
Pimentel
Ricardo
ריקרדוAmsterdam, Londres
Salomons
שלמוןLondres
Sarug
סרוגEmpire ottoman
Sasportas
סספורטסOran, Amsterdam, Londres, Livourne
Silvera
סילוירהMadrid, Amsterdam, Constantinople
Spinoza
שפינוזהPortugal, Amsterdam
Tolentino
Italie
Wijnkoop
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