גיין צום אינהאַלט
Zakhor
165 av. n. è. – IIIᵉ siècle · Emmaüs (vallée d’Ayalon)

La source chaude

Un village nommé d’après ses eaux, une victoire des Maccabées, une légion romaine, et un nom grec qui célèbre la défaite des habitants.

באַגרינדעטMaccabéesJudéeToponymieRome

Emmaüs est un village de la vallée d’Ayalon, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Jérusalem, à la charnière entre la plaine et la montagne de Judée.

Son nom vient probablement de l’hébreu ḥammat, la source chaude. Un village se nomme d’après ce qui y sort de terre.

165 avant notre ère

Le premier texte qui le mentionne est le premier livre des Maccabées, aux chapitres 3 et 4 : Judas Maccabée y remporte une victoire décisive sur l’armée gréco-syrienne.

Cette bataille ouvre la route de Jérusalem et rend possible la purification du Temple — la fête de Hanouka en procède.

Emmaüs est donc, dans la mémoire juive, un nom de passage : le verrou qui saute.

Ce que le Talmud en dit

Le Talmud de Jérusalem donne la position d’Emmaüs dans le traité Cheviit, à propos des limites du pays soumises aux lois de la septième année — une question qui exige de savoir exactement où sont les villages.

Une autre tradition retient qu’il y avait des musiciens d’Emmaüs parmi ceux qui jouaient au Temple de Jérusalem.

Ce sont deux mentions ordinaires, et c’est leur intérêt : elles montrent un village banal, agricole et habité, entre deux évènements qui, eux, ont fait date.

La légion, puis le nom

Flavius Josèphe rapporte que Vespasien y installe la cinquième légion Macedonica pendant la guerre de 66-70. Les archéologues ont retrouvé sur place des stèles funéraires de soldats de cette légion.

Au IIIᵉ siècle, sous l’empereur Élagabal, le village reçoit le statut de cité et un nom neuf : Nicopolis, la ville de la victoire.

Il faut lire ce nom pour ce qu’il est. La victoire célébrée n’est pas celle de 165 : c’est celle de Rome sur les Juifs. Le même lieu porte successivement le nom d’une victoire juive dans la mémoire, et le nom de sa défaite dans la pierre.

Ce que le lieu est devenu

Le christianisme y a identifié l’Emmaüs de l’Évangile de Luc, lieu d’une apparition — identification discutée depuis toujours, plusieurs sites la revendiquant.

Un village palestinien, Imwas, occupait l’emplacement jusqu’en 1967 ; il a été détruit après la guerre des Six Jours, et un parc l’a remplacé.

Trois strates de noms sur un même sol : une source, une victoire, une défaite. Et sous chacune, un village qu’on a fini par effacer.