גיין צום אינהאַלט
Zakhor
vers 130 – 150 · Asie Mineure et Judée

La traduction illisible

Un converti au judaïsme retraduit la Bible en grec, si littéralement que le résultat n'est presque plus du grec. C'était le but.

מסתּמאAquilaTraductionSeptantePolémique

Aquila, originaire de Sinope sur la mer Noire, est un prosélyte — un non-Juif converti au judaïsme. La tradition en fait un disciple de Rabbi Akiva.

Vers 130-150, il traduit la Bible hébraïque en grec. Sa version se distingue de la Septante par une méthode si littérale qu'elle en devient, en grec, à la limite du compréhensible.

Une méthode qui rend le grec bancal

Aquila suit le texte hébreu mot à mot : il conserve l'ordre des mots, rend chaque racine hébraïque par une racine grecque fixe, traduit les particules grammaticales qui n'ont pas d'équivalent, décalque les étymologies.

Le résultat n'est pas de la belle langue. Il ne cherchait pas à en faire.

Sa traduction n'est pas destinée à être lue comme un texte grec : elle sert à retrouver l'hébreu à travers le grec, pour qui ne lit plus l'hébreu mais veut savoir ce que le mot dit exactement.

Pourquoi refaire ce qui existait

La Septante existait depuis quatre siècles. Elle était devenue, entre-temps, l'Écriture des chrétiens, qui y appuyaient leurs lectures christologiques — le fameux verset d'Isaïe où le grec dit « vierge » là où l'hébreu dit « jeune femme ».

Une traduction serrée sur la lettre hébraïque retire cet appui. Ce n'est pas seulement une querelle : c'est une conséquence méthodique de la fidélité au texte consonantique.

Cette exigence est exactement celle d'Akiva, pour qui chaque détail du texte porte un sens. Qu'Aquila ait été ou non son disciple, sa philosophie de traduction est la mise en pratique de cette école.

Aquila et Onkelos

On a longtemps identifié Aquila à Onkelos, l'auteur du Targoum araméen de la Torah qui porte ce nom — les deux étant présentés comme des prosélytes traducteurs.

L'identification a été contestée dès 1937 par Leon Leibrich, et la recherche actuelle la tient pour douteuse : ce sont probablement deux figures que la tradition a fondues.

C'est pourquoi ce récit est au registre du probable : la traduction existe, ses fragments sont conservés, mais l'homme est en partie une construction.

Ce qui en reste

L'œuvre complète est perdue. On la connaît par les colonnes des Hexaples d'Origène, par des citations patristiques, et par des fragments retrouvés dans la gueniza du Caire — des palimpsestes où un texte chrétien avait été écrit par-dessus.

Elle fut longtemps lue dans les synagogues de langue grecque ; Justinien la mentionne encore au VIᵉ siècle.

Une traduction volontairement rugueuse, faite pour serrer l'original de près, a donc été utilisée pendant des siècles — puis effacée, littéralement, sous d'autres textes.