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געגנט: Maghreb — communautés
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פֿאַרעפֿנטלעכט דעם 24טן יוני 2026
Cité savante et lieu de pèlerinage de Rabbi Ephraïm Enkaoua.

Mosaïque Université de Tlemcen - 1708005397705
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Tlemcen-ville-d'art-et-d'histoire
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Tlemcen — cimetière israélite (carte postale ancienne, Éditions CAP)
Éditions CAP · Carte postale ancienne · Wikimedia Commons
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<a href="https://zakhor.ai/yi/grands-livres/lieux/tlemcen">Tlemcen — Zakhor</a>Citation
Tlemcen — Zakhor, https://zakhor.ai/yi/grands-livres/lieux/tlemcenTlemcen, cité de l'extrême ouest algérien adossée aux contreforts des monts qui portent son nom, occupe dans la mémoire juive du Maghreb une place singulière. Capitale du royaume zianide au Moyen Âge, carrefour des routes caravanières reliant le Sahara à la Méditerranée, elle fut, pour les communautés israélites d'Afrique du Nord, à la fois un foyer d'étude rabbinique et un sanctuaire. Jusqu'au XXe siècle, Tlemcen fut connue comme « la Jérusalem de l'Occident », appellation dérivée de la vigueur de la communauté juive de la ville — tant par sa taille que par sa piété.
Le destin juif de Tlemcen est inséparable d'une figure : Rabbi Ephraïm Enkaoua, dit « le Rab », réfugié de la péninsule Ibérique dont l'arrivée à la fin du XIVe siècle refonda la communauté et fit de sa tombe l'un des grands lieux de pèlerinage du judaïsme nord-africain. Autour de cette mémoire s'est tissée une histoire qui mêle l'archive zianide, les responsa des grands maîtres séfarades exilés et le récit hagiographique transmis de génération en génération. Le présent ouvrage entend démêler, sans les confondre, ce qui relève de l'établi et ce qui relève du transmis.
La présence juive à Tlemcen s'inscrit dans une histoire plus large des communautés du Maghreb, antérieure aux grandes migrations ibériques. On trouve la mention historique de la présence de communautés juives et chrétiennes à Tlemcen au XIIIe siècle, à l'époque des Almohades ; si la communauté chrétienne ne survit pas aux persécutions menées par ces derniers, la communauté juive reparaît notamment à la suite d'arrivées ultérieures.
Ces juifs autochtones, profondément enracinés dans le monde maghrébin, se distinguaient nettement, par la culture comme par les usages, des nouveaux venus séfarades qui afflueront plus tard. La distinction est devenue proverbiale dans les sources : les anciens juifs algériens étaient connus comme les « porteurs de turbans », les nouveaux venus comme les « porteurs de bérets ». Cette opposition vestimentaire recouvrait une véritable fracture sociale et rituelle, dont les communautés du Maghreb central, et Tlemcen au premier chef, furent durablement marquées.
Cité savante et commerçante, Tlemcen tirait sa prospérité de sa position de carrefour. Les juifs prospéraient particulièrement au XVe siècle à Tlemcen, capitale du royaume zianide, où se développaient le commerce et les études rabbiniques. Le négoce transsaharien et méditerranéen offrait aux familles juives un rôle d'intermédiaires et de financiers, tandis que l'essor des académies talmudiques attirait maîtres et disciples.
L'année 1391 constitue une césure majeure dans l'histoire des juifs de la péninsule Ibérique et, par contrecoup, dans celle de Tlemcen. Les massacres et conversions forcées de 1391 provoquèrent une vague massive d'émigration, principalement vers Tlemcen, Alger, les villes du littoral tunisien et, dans une moindre mesure, le Maroc, alors en période d'instabilité dynastique.
Cet afflux transforma en profondeur la physionomie des communautés du Maghreb central. Très supérieur au juif africain par la culture et par l'activité intellectuelle et commerciale, le juif espagnol prit bientôt l'ascendant, et dès les premières années du XVe siècle, des rabbins émigrés d'Espagne se trouvent à la tête de presque toutes les communautés juives d'Algérie. Le grand maître Isaac ben Sheshet Perfet, le Ribash, s'établit ainsi à Alger, tandis que d'autres autorités séfarades essaimaient dans les cités voisines.
À Tlemcen, ce mouvement prit corps autour d'un homme. L'histoire de la Tlemcen juive se verra transformée par l'arrivée d'un réfugié d'Espagne, l'illustre Ephraïm Enkaoua. Les sources rabbiniques le confirment sans ambiguïté : R. Ephraïm Ankawa rétablit la communauté de Tlemcen, tandis que les éminentes autorités talmudiques R. Isaac b. Sheshet Perfet (Ribash) et R. Simeon b. Ẓemaḥ Duran (Rashbaẓ) furent principalement responsables de l'essor d'Alger comme centre religieux et intellectuel.
La figure de Rabbi Ephraïm ben Israël Enkaoua — dont le nom se décline en al-Naqawa, Alnaqua ou Encaoua — domine toute l'histoire juive de la cité. Rabbi Ephraïm ben Israël Alnaqua fut médecin, rabbin, auteur d'ouvrages théologiques et fondateur de la communauté juive de Tlemcen, en Algérie, où il mourut en 1442.
Son itinéraire le rattache directement au drame ibérique. Figure emblématique de la communauté juive de Tlemcen, il est connu de nombreux juifs algériens sous le seul nom du Rab (« [le] Maître ») ; né en 1359 à Tolède, il fuit l'Espagne en 1391 à la suite des persécutions. Sa mort même fut investie d'une charge symbolique par la tradition : personnage hautement vénéré par les juifs de Tlemcen, il meurt en 1442, en l'année Rab (ר"ב) du calendrier hébraïque. La coïncidence entre son surnom et la valeur numérique de l'année hébraïque de son décès relève d'une lecture qui appartient à la mémoire autant qu'à la chronologie.
Son œuvre première fut institutionnelle et religieuse. Le premier soin d'Alnaqua fut d'établir une grande synagogue : celle-ci existait encore et portait son nom. Cet édifice, la « synagogue du Rab », devint le cœur de la vie communautaire tlemcénienne pour les siècles suivants. Au-delà de la fondation, l'homme jouit d'une réputation de thaumaturge qui contribua à sa renommée durable : le rabbin, mort en 1442, était renommé pour ses miracles et est considéré comme le fondateur de la communauté juive de Tlemcen.
Si la fondation de la communauté relève de l'histoire établie, le culte qui se développa autour du tombeau du Rab appartient au registre de la mémoire et de la dévotion populaire. La tradition rapporte que le rabbin fut inhumé hors les murs : il vécut à Tlemcen jusqu'à son décès survenu en 1442 et fut inhumé au dehors de la ville, dans un petit cimetière.
Autour de cette sépulture s'agrégèrent récits de miracles et rituels. La tradition tlemcénienne associe la tombe à une source dont l'eau, au plus fort des chaleurs estivales, passait pour miraculeuse, et au lieu duquel les pèlerins venaient formuler leurs vœux — récit transmis par la mémoire des juifs de la ville plutôt qu'établi par l'archive. La tombe acquit rapidement un rayonnement régional : elle devint l'un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés par les juifs d'Afrique du Nord à l'occasion de la hiloula de Lag Ba'omer.
L'ampleur de ce pèlerinage à l'époque moderne est attestée par les chiffres rapportés. Aux XIXe et XXe siècles, plus de dix mille pèlerins convergeaient chaque printemps vers la ville algérienne de Tlemcen, doublant presque sa population, le cimetière juif situé alors aux abords de la ville étant le foyer de leur pèlerinage. Cette affluence printanière, articulée autour de la fête de Lag Ba'omer, fit de Tlemcen un centre dévotionnel comparable, dans l'imaginaire nord-africain, aux grands sanctuaires de Galilée.
L'histoire juive de Tlemcen bascula dans un nouvel âge avec la conquête française. À la suite de la conquête de l'Algérie à partir de 1830, les juifs algériens, comme les musulmans, furent classés comme indigènes sous un statut juridique particulier qui leur déniait la citoyenneté française.
Le bouleversement juridique majeur survint quarante ans plus tard. Le décret Crémieux du 24 octobre 1870 conféra la citoyenneté française à tous les juifs nés dans la colonie d'Algérie ; ils avaient eu le statut de sujets français depuis la conquête de 1830. Ce texte transforma radicalement la condition des israélites de Tlemcen comme de l'ensemble de l'Algérie, mais creusa aussi un fossé politique durable. Le décret fit automatiquement des juifs algériens autochtones des citoyens français, tandis que leurs voisins musulmans arabes et berbères en furent exclus et demeurèrent sous le statut indigène de second rang défini par le code de l'Indigénat.
La francisation progressive de la communauté, son intégration scolaire et administrative, son adoption de la langue et des usages français, marquèrent le dernier siècle de présence juive continue à Tlemcen. Les juifs y demeurèrent jusqu'à l'indépendance de l'Algérie, ayant construit là la synagogue du Rab.
L'histoire juive de Tlemcen se déploie en strates successives : une présence autochtone ancienne, attestée dès l'époque almohade ; une refondation séfarade au lendemain des persécutions de 1391, incarnée par Rabbi Ephraïm Enkaoua ; un essor de cité savante et commerçante sous les Zianides ; et enfin un long crépuscule colonial scellé par le décret Crémieux et clos par l'indépendance algérienne.
Au cœur de cette trajectoire demeure la figure du Rab, dont la mémoire fait le pont entre l'établi et le transmis. La fondation de la synagogue et le rétablissement de la communauté relèvent de l'archive et des responsa ; le culte du tombeau, ses miracles et la grande hiloula de Lag Ba'omer relèvent de la dévotion transmise. C'est précisément dans cette tension — entre la cité savante documentée et le sanctuaire vénéré — que Tlemcen mérita son nom de « Jérusalem de l'Occident », demeuré, longtemps après le départ de ses juifs, comme l'écho d'une présence millénaire.