גיין צום אינהאַלט
Zakhor
février 1413 – novembre 1414 · Tortosa, Aragon

Soixante-neuf séances

Vingt mois de débat présidé par un pape qui y prend lui-même la parole. Pendant que la discussion dure, des délégués juifs se font baptiser.

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En 1412, l’antipape Benoît XIII, reconnu en Espagne, ordonne aux communautés d’Aragon et de Catalogne d’envoyer des délégués débattre devant lui.

Face à eux : Gerónimo de Santa Fe, né Josué Halorki, médecin juif converti, qui prétend démontrer la messianité de Jésus À PARTIR des sources juives.

C’est la même méthode qu’à Barcelone en 1263, mais l’échelle n’a rien à voir.

La durée comme arme

La dispute s’étale sur une vingtaine de mois et compte soixante-neuf séances.

Les délégués juifs — parmi les plus savants d’Espagne, dont Joseph Albo et Astruc ha-Levi — sont retenus loin de chez eux, de leurs affaires et de leurs communautés, pendant près de deux ans.

L’épuisement est le mécanisme. On ne cherche pas à les convaincre en une séance : on les use.

Le pape entre en lice

Benoît XIII préside et participe activement. Au début de 1414, il exige d’abréger et d’en venir à des conclusions pratiques.

Aux arguments des Juifs, il répond en les accusant d’hérésie contre leur propre religion.

Les délégués, écrit une source hébraïque, furent saisis de peur et de confusion, et parfois n’osèrent pas — ou ne surent pas — répondre correctement.

Ce que la dispute a produit

Pendant qu’elle dure, des Juifs affluent à Tortosa et s’y convertissent. Des communautés entières d’Aragon suivent leurs notables au baptême.

Ce n’était pas un accident : c’était la fonction du dispositif. Quand les délégués les plus savants du royaume ne répondent plus, ceux qui les avaient envoyés en tirent la conclusion.

Une bulle de 1415 impose ensuite la censure du Talmud, l’écoute obligatoire de sermons chrétiens et l’interdiction de nombreux métiers.

Ce qui distingue 1413 de 1263

À Barcelone, Nahmanide avait obtenu la liberté de parole, en avait usé, et le compte rendu qu’il en fit lui coûta l’exil.

À Tortosa, la liberté de parole n’existe plus : le juge est partie, la durée est illimitée, et le désaccord vaut aveu d’hérésie.

Cent cinquante ans séparent les deux, et l’on mesure entre elles tout ce que l’Espagne a perdu — d’abord pour ses Juifs, ensuite pour elle-même.