Un siècle après 1391, une seconde catastrophe frappa Sefarad : l'expulsion de 1492, puis la conversion forcée des juifs du Portugal en 1497. Une nouvelle vague de réfugiés se déversa sur le Maghreb, où les exilés de la première heure étaient déjà installés.
Abraham Saba, auteur du commentaire Tseror ha-Mor, fut de ceux-là. Chassé d'Espagne, dépouillé au Portugal — la tradition dit qu'on lui arracha ses fils et ses manuscrits —, il erra sur la côte africaine. À Tlemcen et dans les villes voisines, les descendants des Aln'kaoua, venus en 1391, accueillaient désormais les nouveaux exilés.
Le Musée des Manuscrits du Judaïsme Maghrébin a montré comment, au début du XVIᵉ siècle, ces lignées se rencontrèrent et parfois s'allièrent : Aln'kaoua et Duran, héritiers de 1391, Saba, héritier de 1492. Dans une même cité convergeaient deux générations de naufragés du même monde.
Cette convergence n'est pas un détail d'érudition. Elle explique comment le Maghreb devint le conservatoire d'un judaïsme ibérique deux fois exilé — et comment des familles qui ne se seraient jamais croisées en Espagne firent souche ensemble sur l'autre rive.