Avant son expulsion de 1669, la communauté juive d'Oran priait selon un rite qui lui était propre, consigné dans un maḥzor — le livre de prières des fêtes — copié à la main en plusieurs volumes.
Quand l'Espagne, qui tenait alors Oran, en chassa ses juifs en 1669, la communauté se dispersa. Ses livres voyagèrent avec elle ou sans elle. Le Musée des Manuscrits du Judaïsme Maghrébin a reconstitué l'itinéraire de cinq de ces volumes, passés par Livourne — grande plaque tournante du livre hébreu méditerranéen — avant d'échouer dans les collections d'Oxford.
Ces cinq tomes sont aujourd'hui l'un des rares témoins directs de la spiritualité d'une communauté qui n'existe plus. Là où les hommes ont disparu, le livre garde la trace de leurs mots, de leur calendrier, des mélodies notées entre les lignes.
Reconstituer le trajet d'un manuscrit, c'est reconstituer un peu de la communauté qui le portait. Le maḥzor d'Oran rappelle qu'un livre de prières n'est jamais seulement un texte : c'est l'empreinte d'une assemblée.