גיין צום אינהאַלט
Zakhor
4 juillet 1946 · Kielce, Pologne

Le garçon qui avait fugué

Un enfant rentre après trois jours et invente qu’on l’a enlevé. Quarante-deux rescapés des camps sont tués le lendemain, et la Pologne se vide.

באַגרינדעטPologneAprès-guerreMeurtre rituelDépart

En juillet 1946, environ cent cinquante à cent soixante rescapés juifs vivent au 7 rue Planty, à Kielce — un immeuble qui servait de foyer de retour.

Ils sont revenus des camps, des forêts, d’Union soviétique. Avant la guerre, la ville comptait vingt-quatre mille Juifs.

Un garçon de huit ans, Henryk Błaszczyk, disparaît trois jours. Il est parti chez des connaissances à la campagne.

Le mensonge

À son retour, craignant d’être puni, il raconte qu’il a été enlevé et retenu dans une cave par des Juifs.

L’accusation de meurtre rituel — la même qu’à Blois en 1171, à Trente en 1475, à Damas en 1840, à Polná en 1899, à Kiev en 1913 — reparaît en Pologne un an après la libération d’Auschwitz.

L’immeuble du 7 rue Planty n’avait pas de cave.

Le 4 juillet

Des soldats, des policiers et des ouvriers d’usine attaquent le bâtiment.

Quarante-deux Juifs sont tués, plus de quarante blessés. Certains sont achevés à coups de pierre et de barre de fer dans la rue, sous les yeux de la foule.

Ce ne sont pas seulement des civils : la police et l’armée d’après-guerre y participent.

Ce que cela a produit

En juillet, août et septembre 1946, plus de soixante mille Juifs quittent la Pologne. D’autres décomptes vont jusqu’à soixante-quinze mille en trois mois.

Ceux qui étaient revenus chercher leur famille, leur maison, leur ville, comprennent qu’il n’y a rien à reprendre.

Le gouvernement fait exécuter neuf des assaillants dès le 14 juillet, après une instruction expéditive. Cela n’a retenu personne.

Ce qu’il faut se garder de conclure

Les causes du pogrom de Kielce restent discutées : rôle éventuel des services communistes, hostilité envers les Juifs perçus comme liés au nouveau régime, banditisme de l’après-guerre, antisémitisme ancien.

L’accusation de meurtre rituel, elle, n’a rien de discuté : elle est le déclencheur, et elle est vieille de huit siècles.

C’est le fait qui rend ce récit nécessaire ici. Une accusation réfutée mille fois, condamnée par des papes, démontée dans des tribunaux, a suffi à tuer quarante-deux rescapés en 1946.