גיין צום אינהאַלט
Zakhor
1953 – 1958 · Jérusalem

La synagogue de Padoue

On bâtit à Jérusalem le siège du grand rabbinat, et l’on y remonte l’intérieur d’une synagogue italienne dont la communauté n’existait plus.

באַגרינדעטRabbinatJérusalemPadoueTransfert

Le grand rabbinat d’Israël, institué sous le mandat britannique en 1921, n’avait pas de siège propre.

Un bâtiment est élevé pour lui à Jérusalem, dans le quartier de Rehavia, entre 1953 et 1958, sur les plans de l’architecte Alexander Friedman. Il est financé pour l’essentiel par Sir Isaac Wolfson, homme d’affaires britannique, qui le nomme en mémoire de son père : Heikhal Shlomo, le palais de Salomon.

Il est inauguré le jeudi 8 mai 1958.

Ce qu’on y a remonté

L’intérieur de la synagogue du bâtiment ne vient pas d’Israël. Il a été apporté de Padoue, en Italie, et remonté pièce par pièce.

Boiseries, arche, banc du chantre : un décor de synagogue italienne du XVIIᵉ siècle installé dans un édifice israélien neuf.

La communauté de Padoue, qui avait donné à l’Europe l’université où des générations de médecins juifs avaient pu étudier, ne comptait presque plus personne après 1945.

Ce que ce transfert signifie

Ce n’est pas un objet de musée. Ces boiseries ont été remises en service : on y prie.

Le geste est fréquent dans l’Israël des années 1950 et 1960. Des intérieurs de synagogues d’Italie, d’Allemagne, de Yougoslavie, dont les communautés avaient disparu, ont été démontés et réinstallés là où il y avait de nouveau des fidèles.

On peut le lire comme un sauvetage ou comme un déracinement supplémentaire. Les deux lectures ont été faites, et la seconde vient surtout des rares survivants restés sur place.

Le bâtiment et ce qu’il abritait

Heikhal Shlomo a hébergé le grand rabbinat, la bibliothèque rabbinique centrale et un musée d’art religieux.

Le rabbinat a déménagé dans les années 1990. Le bâtiment abrite aujourd’hui un campus du collège Herzog, un centre du patrimoine juif et un musée d’art juif.

La Grande Synagogue de Jérusalem, édifiée juste à côté en 1982, également financée par Wolfson, a pris le relais comme lieu de culte principal.

Une institution contestée dès l’origine

Le grand rabbinat lui-même n’a jamais fait l’unanimité. Une partie du monde orthodoxe — celle des cours hassidiques et du courant issu de la Edah HaHaredit — n’a jamais reconnu son autorité, y voyant une institution d’État sur un terrain qui ne relève pas de l’État.

L’objection est de même nature que celle qui visait le rabbinat consistorial français : un culte administré est un culte tenu.

Un palais offert par un mécène britannique, meublé d’une synagogue italienne, pour une institution qu’une part de ses administrés ne reconnaît pas — le bâtiment résume assez bien la question qu’il pose.