גיין צום אינהאַלט
Zakhor
IIᵉ siècle · Judée romaine

La seule citée

C'est la seule femme de toute la littérature rabbinique dont les avis juridiques sont rapportés et retenus. Ce que la tradition en a fait ensuite mérite d'être regardé.

איבערגעגעבןBeruriaFemmesTalmudRéception

Beruria est la fille de Hanina ben Teradyon, l'un des maîtres exécutés par Rome, et l'épouse de Rabbi Meïr, figure majeure de la génération qui suit Akiva.

Elle est la seule femme, dans l'ensemble de la littérature rabbinique, dont les opinions juridiques soient citées et tenues pour autorisées.

Ce que les textes lui prêtent

Le Talmud rapporte qu'elle apprit trois cents enseignements de trois cents maîtres en une journée, et qu'elle passa trois ans sur un seul traité.

Elle corrige des sages, et la correction est acceptée. Dans un passage célèbre, elle reprend son mari qui priait pour la mort de voisins malfaisants : le verset, lui fait-elle observer, demande la disparition des péchés, non des pécheurs — lis-le exactement.

L'argument est de méthode : il se règle sur la lettre du texte, exactement comme le ferait un maître.

Deux Beruria

Les portraits ne concordent pas. Dans les récits où elle est nommée comme la femme de Rabbi Meïr, elle est patiente, douce, compatissante ; ailleurs, elle est cinglante, y compris avec de grands savants.

Un des récits les plus durs la montre demandant à son mari de risquer sa vie pour aller délivrer sa sœur, emmenée par les Romains à Antioche.

Ces divergences signalent moins une personnalité complexe qu'un personnage travaillé par plusieurs mains à des époques différentes.

Ce que Rachi rapporte, et qui n'est nulle part ailleurs

Mille ans plus tard, Rachi rapporte un récit qu'aucune source talmudique connue ne contient : Beruria aurait moqué la maxime rabbinique selon laquelle les femmes sont légères d'esprit ; son mari, pour lui prouver le contraire, aurait envoyé un disciple la séduire ; elle aurait cédé, puis se serait donné la mort.

Ce texte n'a pas de parallèle. Les historiens le tiennent pour une addition tardive, dont on discute l'origine et la fonction.

Il faut le dire pour ce qu'il est : la seule femme savante que la tradition avait admise finit, dans un récit ajouté longtemps après, punie par où elle avait péché — d'avoir contesté ce qu'on disait des femmes.

Ce qu'on peut en garder

L'historicité de Beruria n'est pas établie, et ce récit est au registre du transmis. Ce qui est certain, c'est qu'un corpus qui n'accorde aucune place aux femmes dans l'étude en a nommé une, a rapporté ses avis, et les a retenus.

C'est peu, et ce n'est pas rien : cela signifie que rien, dans le système, ne rendait la chose impossible.

Son nom est aujourd'hui celui d'écoles et de programmes d'études talmudiques pour femmes. La réception a donc, à son tour, choisi laquelle des Beruria elle gardait.