גיין צום אינהאַלט
Zakhor
1818 – 1819 · Berlin

Cinquante pages

Un étudiant de vingt-quatre ans publie un opuscule demandant qu’on étudie le judaïsme comme on étudie le reste. Une discipline entière en sort.

באַגרינדעטWissenschaftBerlinÉruditionÉmancipation

En 1818, Leopold Zunz, étudiant à l’université Friedrich-Wilhelm de Berlin, a vingt-quatre ans.

Il publie un opuscule d’une cinquantaine de pages : Etwas über die rabbinische Literatur — Quelque chose sur la littérature rabbinique.

Il y demande que le judaïsme soit étudié scientifiquement, et que cette étude entre à l’université.

Ce que cela suppose

Que la littérature rabbinique — Talmud, midrash, responsa, poésie liturgique — soit traitée comme un objet HISTORIQUE : datée, située, comparée, éditée.

Cela n’allait pas de soi des deux côtés. Pour l’université allemande, ces textes n’étaient pas un objet ; pour le monde des yeshivot, ils étaient une loi vivante qu’on n’historicise pas.

Zunz propose de les regarder comme une littérature, ce qui suppose d’admettre qu’elle a une histoire, donc qu’elle a changé.

L’association

En 1819, un groupe de jeunes universitaires juifs fonde à Berlin une société pour l’amélioration de la condition des Juifs dans la Confédération germanique. Zunz en est.

En 1821, elle se rebaptise Verein für Cultur und Wissenschaft des Judenthums — Association pour la culture et la science du judaïsme.

Elle compte parmi ses membres Heinrich Heine et Eduard Gans. Elle dure quatre ans et se disperse. Ses deux membres les plus connus se font baptiser.

Le calcul, et son échec

L’idée était politique autant que savante : si l’on démontre que le judaïsme a une histoire, une littérature et une pensée, on démontre qu’il mérite des droits.

L’érudition devait servir l’émancipation. Zunz l’a écrit explicitement.

Ce calcul n’a pas fonctionné : l’émancipation est venue d’ailleurs, et l’université allemande n’a jamais ouvert de chaire à Zunz, qui a vécu de préceptorat et de postes précaires jusqu’à sa mort en 1886.

Ce qui est resté

La méthode. Toute l’érudition juive moderne — éditions critiques, histoire des communautés, catalogues de manuscrits — descend de ces cinquante pages.

Le séminaire de Breslau en 1854, l’Hebrew Union College en 1875, le Jewish Theological Seminary : tous appliquent ce programme.

Ce site aussi, à sa mesure : dater, situer, sourcer, dire ce qu’on ignore. Zunz l’a formulé le premier, à vingt-quatre ans, dans une brochure que personne n’attendait.