גיין צום אינהאַלט
Zakhor
24 octobre 1870 · Tours et Alger

Le décret

Trente-cinq mille Juifs d’Algérie deviennent français par un décret signé à Tours. Soixante-dix ans plus tard, un autre le leur retire.

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Le 24 octobre 1870, le gouvernement de la Défense nationale, replié à Tours après l’effondrement de l’Empire, signe un décret déclarant citoyens français les israélites indigènes des départements d’Algérie.

Il porte les signatures d’Adolphe Crémieux, ministre de la Justice, de Gambetta, de Glais-Bizoin et de Fourichon. Environ trente-cinq mille personnes sont concernées.

Ce que le décret fait et ne fait pas

Il naturalise collectivement, sans démarche individuelle, une population entière. C’est un geste sans équivalent dans l’histoire française.

Il ne concerne pas les musulmans d’Algérie, bien plus nombreux, qui restent sujets français sans être citoyens — ils devront, pour le devenir, renoncer à leur statut personnel, c’est-à-dire à la loi coranique.

Cette asymétrie est le fait central du dossier. Elle installe entre deux populations qui vivaient côte à côte depuis des siècles une différence de statut juridique, et elle est immédiatement exploitée.

Ce qu’il déclenche

L’hostilité vient d’abord des colons européens, qui voient trente-cinq mille électeurs nouveaux leur échapper. Les années 1890 voient une agitation antijuive violente en Algérie — émeutes d’Alger et d’Oran, élection de députés antijuifs, dont Édouard Drumont à Alger en 1898.

L’abrogation du décret devient une revendication permanente de ce courant, reprise pendant soixante-dix ans.

Elle finit par aboutir.

7 octobre 1940

Le gouvernement de Vichy abroge le décret Crémieux. Les Juifs d’Algérie perdent la nationalité française ; leur carte d’identité porte désormais la mention « nationalité : juif indigène ».

C’est le seul cas où la France a retiré la citoyenneté à un groupe entier qu’elle avait naturalisé.

Les enfants sont chassés des écoles publiques ; la communauté organise son propre enseignement.

Douze mois de plus

Les Alliés débarquent en Algérie le 8 novembre 1942 — avec l’aide décisive d’un groupe de résistants d’Alger en majorité juifs, qui neutralisent les points de commandement dans la nuit.

Le décret n’est pourtant rétabli que le 21 octobre 1943. Douze mois pendant lesquels les lois raciales restent en partie en vigueur en territoire libéré, sous l’autorité de Darlan puis de Giraud, malgré les protestations.

Ce délai est aujourd’hui l’un des points les mieux documentés et les moins racontés de la période. C’est pourtant celui qui dit le plus : l’abrogation n’était pas seulement une contrainte allemande.