Ir para o conteúdo
Zakhor
1937 – 1941 · Manille, Philippines

La porte ouverte

Pendant que les nations se ferment, un président des Philippines offre l'asile à dix mille réfugiés. Il en arrivera mille deux cents — et l'obstacle ne sera pas de son côté.

EstabelecidoRéfugiésPhilippinesShoahAsile

En juillet 1938, trente-deux pays se réunissent à Évian pour discuter du sort des réfugiés juifs d'Allemagne et d'Autriche. Presque tous expliquent qu'ils ne peuvent pas en accueillir davantage.

Au même moment, à l'autre bout du monde, un Commonwealth qui n'était pas encore un État indépendant en accueillait. Les Philippines, alors sous tutelle américaine, avaient à leur tête un président élu, Manuel Quezon.

Cinq frères et un fabricant de cigares

La filière ne part pas d'un gouvernement mais d'une famille. Les frères Frieder — Alex, Henry, Herbert, Philip et Morris —, juifs américains de l'Ohio, s'étaient installés à Manille en 1920 pour y fabriquer des cigares. Ils se relayaient sur place, un frère à la fois.

Avec le Haut-Commissaire américain Paul McNutt et quelques autres, ils forment un comité de secours. Leur méthode est concrète : établir des listes de professions dont les Philippines ont besoin — médecins, chimistes, mécaniciens, musiciens —, puis obtenir des visas nominatifs pour des personnes correspondant à ces besoins.

C'est une réponse directe à l'argument le plus employé pour refuser les réfugiés : qu'ils seraient une charge. Le comité prouve le contraire dossier par dossier.

Dix mille offerts, douze cents arrivés

Quezon offre l'asile à dix mille réfugiés, et met à disposition un terrain lui appartenant, Marikina Hall, pour les loger.

Environ mille deux cents arrivèrent effectivement entre 1937 et 1941. On les appelle les Manilaners.

L'écart entre les deux chiffres n'est pas dû aux Philippines. Les visas relevaient de l'administration américaine, et Washington freina : crainte de créer un précédent, réticences du Département d'État, hostilité de fonctionnaires. La porte était ouverte ; c'est le couloir qui était étroit.

Ce qui les attendait ensuite

En décembre 1941, le Japon envahit les Philippines. Les réfugiés qui avaient fui l'Allemagne se retrouvèrent sous occupation japonaise.

Paradoxalement, la plupart y furent relativement épargnés : les autorités japonaises les traitaient comme des ressortissants allemands, donc d'un pays allié. Ceux qui portaient un passeport britannique ou américain furent internés.

La bataille de Manille, en 1945, fut l'une des plus meurtrières de la guerre du Pacifique et détruisit la ville. Des Manilaners y moururent — après avoir échappé à l'Europe.

Ce que cet épisode permet de mesurer

Mille deux cents personnes, c'est peu à l'échelle du désastre. Ce n'est pas rien à l'échelle des pays qui n'en prirent aucune.

L'intérêt de cette histoire est qu'elle enlève l'excuse. On répète que rien n'était possible en 1938 ; les Philippines, territoire pauvre et non souverain, ont montré ce qu'un exécutif décidé pouvait faire avec les moyens qu'il avait.

Quezon mourut en exil aux États-Unis en 1944, sans revoir son pays. Un mémorial des Manilaners a été élevé à Rishon LeZion, en Israël, en reconnaissance de ce que les Philippines avaient fait.