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Zakhor
1558 · Mantoue, Crémone

Le livre qu’on n’imprimait pas

Quatre-vingt-dix ans d’imprimerie hébraïque sans que personne ose le publier. Puis deux éditions rivales sortent la même année.

ÉtabliZoharKabbaleImprimerieSecret

Le Zohar — le Livre de la splendeur — est le texte central de la kabbale. Il paraît en Castille à la fin du XIIIᵉ siècle, attribué au maître du IIᵉ siècle Chimon bar Yohaï.

Il circule en manuscrit pendant deux siècles et demi, réservé à un petit nombre.

L’imprimerie hébraïque existe depuis les années 1470. Pendant quatre-vingt-dix ans, le Zohar n’est pas imprimé.

Pourquoi on ne l’imprimait pas

La kabbale se transmettait de maître à disciple, à l’âge mûr, sous condition. L’imprimer, c’est la mettre entre les mains de n’importe qui.

L’objection est sérieuse et elle est interne : ce ne sont pas des censeurs chrétiens qui retiennent le livre, ce sont des rabbins.

Le débat est vif dans l’Italie du XVIᵉ siècle, où se concentrent les presses hébraïques et où arrivent les expulsés d’Espagne.

1558

Le ban tombe, et le livre paraît DEUX FOIS la même année.

À Crémone, chez l’imprimeur chrétien Vincenzo Conti, en un volume, sans approbation rabbinique ni introduction.

À Mantoue, en trois volumes, avec approbations. Les deux éditions sont rivales, sorties à moins d’un an d’écart, et elles ne reposent pas sur les mêmes manuscrits.

Ce que la publication a changé

Un texte réservé devient accessible à tout lecteur d’hébreu.

La kabbale de Safed — Cordovero, puis Louria — se diffuse sur cette base dans toute l’Europe en une génération.

Et l’attente messianique qui portera Shabbetaï Tsevi un siècle plus tard s’alimente à des textes que la génération précédente n’aurait pas pu lire. Les opposants de 1558 avaient exactement prévu cela.

Ce que l’imprimerie fait aux secrets

Une doctrine ésotérique se définit par le contrôle de son accès. L’imprimerie détruit ce contrôle, non par hostilité mais par nature.

Le même siècle qui imprime le Talmud, le Choulhan Aroukh et le Zohar rend impossible ce qui définissait la transmission juive depuis toujours : que le maître choisisse à qui il parle.

Ce que ce site fait relève du même mouvement, quatre cent soixante-dix ans plus tard, et il faut le savoir en le faisant.