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Zakhor
1999 – 2001 · Berlin

Le musée vide

Le bâtiment est achevé en 1999 et n'ouvre qu'en 2001. Entre les deux, trois cent cinquante mille personnes viennent visiter un musée qui ne contient rien.

EstabelecidoBerlinArchitectureVideMémoire

Daniel Libeskind, architecte américain né à Łódź de parents rescapés, remporte en 1989 le concours pour l'extension du musée de Berlin consacrée à l'histoire juive de la ville.

Son projet s'appelle Between the Lines. Le bâtiment est un zigzag revêtu de zinc-titane, percé de fentes, sans façade lisible, sans entrée propre — on y accède par un souterrain depuis le bâtiment baroque voisin.

Les vides

L'élément central du projet n'est pas une salle : ce sont des espaces verticaux de béton nu qui traversent le bâtiment sur toute sa hauteur, non chauffés, non climatisés, pour la plupart inaccessibles. Libeskind les appelle les voids.

Ils ne servent à rien et ne peuvent rien contenir. Ils matérialisent le vide laissé par l'expulsion, la destruction et l'anéantissement de la vie juive de Berlin — un vide qui ne se comble pas après coup.

L'un d'eux, la Tour de l'Holocauste, est une pièce de béton haute et froide, éclairée par une seule fente en hauteur. La porte se referme derrière le visiteur.

Deux ans sans collection

Le bâtiment est achevé en 1999. L'exposition permanente n'ouvre que le 9 septembre 2001.

Entre les deux, il est ouvert vide. Plus de trois cent cinquante mille personnes viennent parcourir des couloirs inclinés, des salles sans objets et des vides de béton.

Ce n'était pas prévu comme un événement artistique : c'est la puissance du bâtiment lui-même qui a conduit à l'ouvrir avant terme, pour qu'on puisse le voir avant qu'il ne soit rempli.

Ce que ces deux ans ont posé

Un musée juif de Berlin devait raconter mille ans d'histoire — la vie, pas seulement la fin. C'était le projet, et l'exposition ouverte en 2001 le fait.

Or pendant deux ans, le bâtiment a dit autre chose et l'a dit très fort : l'absence. Beaucoup de visiteurs ont trouvé le bâtiment vide plus juste que le musée rempli, et l'ont écrit.

C'est le problème central de toute architecture mémorielle, et il est ici exposé en clair : un bâtiment qui exprime déjà tout n'a plus besoin de contenu, et un contenu placé dans un tel bâtiment risque de ne plus être entendu.

Ce qui a suivi

Le 9 septembre 2001, l'exposition permanente ouvre. Deux jours plus tard, les attentats de New York occupent le monde entier.

Libeskind remportera en 2003 le concours du plan directeur de Ground Zero.

Le musée est devenu l'un des plus visités d'Allemagne, et l'exposition a été entièrement refaite en 2020. La Tour de l'Holocauste, elle, n'a pas changé : c'est une pièce vide, et il n'y a rien à y actualiser.