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Zakhor
mai – juin 1944 · Balassagyarmat, Hongrie

Six semaines

Une communauté hongroise de six cents ans est enfermée le 13 mai, déportée le 12 juin. Entre les deux, on la bat pour lui faire dire où sont les objets de valeur.

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La communauté juive de Balassagyarmat, dans le nord de la Hongrie, est l’une des plus anciennes du pays — son histoire remonte à près de six cents ans.

Le recensement de 1941 y compte mille sept cent douze Juifs, un peu plus de treize pour cent de la population de la ville.

L’Allemagne occupe la Hongrie le 19 mars 1944. Le pays était allié depuis le début de la guerre et avait résisté aux demandes de déportation.

Le calendrier

Entre le 4 et le 10 mai 1944, les autorités hongroises locales — sous la direction du maire Béla Vannay — établissent un grand ghetto puis un petit.

Ils sont scellés le 13 mai, avec les Juifs de la ville et les femmes juives des villages voisins.

Fin mai, deux mille cent personnes sont conduites au site de détention de Nyírjespuszta. Elles sont déportées les 12 et 14 juin vers Auschwitz-Birkenau, après avoir été ramenées à pied à Balassagyarmat pour l’embarquement.

Ce qui se passe dans le ghetto

La nourriture y est très insuffisante.

Les autorités battent les internés pour leur faire dire où ils ont caché leurs objets de valeur. Un nombre non négligeable de personnes meurent sous les coups.

Ce détail n’est pas anecdotique : la spoliation était l’objet immédiat de l’opération, et elle était menée par des Hongrois, dans une ville où tout le monde se connaissait.

Ce que la rapidité hongroise signifie

Entre mai et juillet 1944, environ quatre cent trente-sept mille Juifs de Hongrie sont déportés en cinquante-six jours, essentiellement vers Auschwitz. C’est la déportation la plus rapide de toute la Shoah.

Elle a été rendue possible par l’administration hongroise : gendarmerie, mairies, chemins de fer. Le personnel allemand sur place était de quelques centaines d’hommes.

Elle a eu lieu alors que la guerre était perdue, que le débarquement de Normandie avait commencé, et que le sort des déportés était connu des dirigeants hongrois.

Ce qui subsiste

Près de deux mille personnes de Balassagyarmat et des environs ont été envoyées dans les camps. Presque aucune n’est revenue.

Une petite communauté existe encore dans la ville, et entretient la synagogue et le cimetière.

Six cents ans, six semaines.