DIESSENHOFEN
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Ville du canton suisse de Thurgovie, reliée par un pont au village de Gailingen en Bade. Elle attira les Juifs aux temps anciens par sa position favorable. En 1348, les Juifs d'ici furent accusés d'avoir empoisonné les puits : leurs maisons furent pillées par la foule, et certains Juifs furent brûlés vifs. Plus de trois cents se réfugièrent à la forteresse de Kyburg, où ils furent protégés par le gouverneur autrichien ; mais quand celui-ci lui-même fut menacé par les villes de Diessenhofen et Winterthur, les fugitifs furent soit expulsés et livrés à la merci de leurs persécuteurs, soit, selon d'autres autorités, brûlés par le gouverneur le 18 septembre 1349, pour sauver les « innocents » de la fureur de la foule (Pupikofer, "Gesch. des Thurgaus," i. 204 ; matériel manuscrit dans Löwenstein, "Gesch. der Juden am Bodensee," p. 81).
Les Juifs s'établirent à nouveau à Diessenhofen dans moins d'un demi-siècle ; mais en 1401 une fausse accusation donna lieu à nouveau à des massacres. Le cavalier du gouverneur avait assassiné Konrad, le fils âgé de quatre ans du Conseiller Hermann Lory de Diessenhofen. Pour se sauver, l'homme déclara que le Juif Michael Vinelmann (Veitelmann), qui, avec son fils Gütlieb, avait été admis en 1396 à condition de payer une taxe annuelle de huit florins, avait instigué le meurtre et avait promis trois florins « pour le sang chaud de l'enfant chrétien ». Le cavalier fut roué ; le Juif fut brûlé vif sans aucun examen ; et le petit Konrad fut canonisé. À cette occasion, les Juifs à Schaffhouse, Winterthur et d'autres lieux furent soit brûlés, soit forcés d'accepter le baptême.
Contrairement à toute attente, les Juifs revinrent bientôt à Diessenhofen. Dès 1426, quand ses citoyens « étaient en grande dette et obligés d'admettre les Juifs et d'autres personnes afin de mieux supporter la grande taxe annuelle », comme on peut le lire dans l'« ainunge » (registres municipaux) de Diessenhofen (Pupikofer, _l.c._ p. 63), un Juif fut admis comme citoyen, malgré l'objection du Junker Molli de Diessenhofen, une personne de mauvaise intention qui avait voté pour la condamnation au bûcher de Huss au Concile de Constance. Le nombre de Juifs dans la ville augmenta graduellement. En 1453, les Juifs Triefus (Dreifus) et Mennlis payaient une taxe de deux livres de heller chacun ; ce dernier, à qui on accorda en 1479 un sauf-conduit pour deux ans, s'établit en 1481 à Thiengen. Dès 1482, des tentatives furent faites pour expulser les Juifs de Thurgovie, mais heureusement pour eux les gouverneurs étaient ouverts à la corruption. En 1489, les Juifs de Diessenhofen furent accordé une protection pour trois ans, mais en 1494 ils durent quitter les lieux avec les autres Juifs du canton.
Rien n'est connu de la condition religieuse des Juifs de Diessenhofen, sauf qu'il leur fut interdit de vendre de la viande abattue selon le rite sur les étalages ordinaires de boucher. La synagogue aurait été située sur le site occupé maintenant par la maison « Zum Erker ». Pendant plusieurs siècles, aucun Juif ne vécut ici. Ceux qui venaient de Gailingen pour affaires devaient payer la soi-disant taxe des Juifs, ou droit d'enjeu des Juifs, de trois à cinq batzen. Même vers la fin du dix-huitième siècle, il était interdit aux Juifs de traverser la Rheinbrücke le dimanche, sauf au médecin, apothicaire ou sage-femme. En 1865, un Juif fut accordé le privilège de s'établir à Diessenhofen. En 1902, environ vingt familles juives vivaient dans la ville.