ANJOU
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ANJOU
Ancienne province de France, bornée par le Poitou, la Bretagne, le Maine et la Touraine. Elle comprend maintenant la totalité du département Maine-et-Loire ainsi que des parties de la Mayenne, de la Sarthe et d'Indre-et-Loire. Cette province, qui fut autrefois un duché, semble, comme toute la région voisine, avoir été habitée par des Juifs à une époque très ancienne. L'un des plus anciens rabbins connus, Joseph Ṭob-Elem (vers 1050), portait le titre de chef de la communauté du Limousin et d'Anjou. Les rabbins de la province participèrent aux synodes présidés par Rabbenu Tam antérieurement à l'année 1171. Un certain Samuel d'Anjou fut un disciple du célèbre Tosafiste R. Isaac, abrégé « RI » de Dampierre. Mais on ne sait presque rien de l'histoire des Juifs d'Anjou. Les premières informations circonstanciées fournies par des documents contemporains sont la mention des massacres dont les Juifs furent victimes en 1236 ; mais on ignore si les meurtriers étaient habitants de la province. Ces massacres étaient en effet l'œuvre des Croisés, qui commencèrent leurs exploits en Bretagne et les poursuivirent en Poitou. Trois mille Juifs d'Anjou furent tués et cinq cents se soumirent au baptême l'année en question. Un rabbin, Solomon b. Joseph D'Avallon, composa une élégie sur les martyrs.
Cette catastrophe n'anéantit pas complètement les Juifs de la province. On les retrouve en 1239 et en 1271, date à laquelle ils se plaignent d'être obligés de porter la « roue » ou insigne juif, et que certaines personnes s'emparent de biens qui devraient leur revenir en tant que patrimoine légitime. Charles Ier, duc d'Anjou, les protégea contre l'avidité et l'arbitraire des baillis. Mais leur période de répit semble avoir été brève. En décembre 1288, les Juifs furent formellement expulsés d'Anjou par Charles II sous l'accusation de propagandisme religieux, d'usure et d'engagement dans le commerce avec les Chrétiens. C'étaient les accusations stéréotypées qui accompagnaient presque invariablement de telles mesures ; jusqu'à quel point elles étaient fondées dans ce cas, il est impossible de le déterminer.
Un certain nombre de Juifs revinrent à Angers au quatorzième siècle, où ils habitaient un quartier particulier et étaient soumis à des règlements vexatoires, peu d'encouragement leur étant donné pour rester. À partir de cette époque, toute trace d'eux se perd. À l'époque moderne, aucune communauté juive n'a été réétablie dans la province. Quelques localités, comme Saumur, Segré et Baugé — dont l'un des rabbins, Moïse, était un contemporain de R. Tam — ont conservé les noms de rues ou de quartiers qui attestent la présence de Juifs en ces lieux au Moyen Âge.