Le cimetière israélite de Tlemcen
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BODLEIAN LIBRARY 5DE C85 OXFORD
LE CIMETIÈRE ISRAÉLITE DE TLEMCEN Il se trouve dans notre ville plusieurs cimetières israélites, dont la formation remonte à des époques très reculées. Nos aïeux, par une habitude bien déplorable, négligeaient souvent de marquer sur les pierres tumulaires même le simple nom de celui qu'ils pleuraient, ne se doutant pas que, s'ils avaient le droit de ne pas se préoccuper de la curiosité des historiens du Judaïsme, il était de leur devoir au moins de faire quelque chose pour leur propre famille et de sauver de l'oubli des noms d'hommes considérables dans leur temps. Cependant à une époque plus rapprochée de nous, on a fait ici une exception pour les rabbins, à qui on a accordé l'honneur d'une épitaphe. Les pierres funéraires du plus ancien des cimetières de Tlemcen, que nous avons examinées et qu'on retrouve d'ailleurs assez facilement, ne portent aucune trace d'inscription. Néanmoins nous nous sommes livré à de longues et nombreuses recherches et voici que nous découvrons, dans un des autres cimetières, d'une date relativement plus
4 récente, deux pierres portant cette fois- ci de vraies inscriptions (1). Voici le déchiffrement que nous sommes parvenu à en faire et que nous mettons sous les yeux du lecteur. La première de ces pierres recouvre la tombe d'un rabbin du nom de Sasportas, Chportoch, comme disent les Algériens (2). Nous avons pu déchiffrer l'inscription entière: זה קבר של ריהחכם הודה ששפורטש שנפטר שנת במבחר קברינו Traduction: «C'est ici la tombe du rabbin (du sage) R. Jehoudah Sasportas, qui est mort en l'année 252 (1492) (3).» Nos recherches ont été encore fructueuses par la découverte d'une deuxième tombe, un peu moins ancienne que la précédente, et qui n'est pas non plus d'une importance médiocre. Nous y avons lu ces mots: זה קבר היקר הנכבד המשכול הנבון המושל הענין היו ישוע בר כה"ר (1) Ces pierres ne sont pas debout, comme dans les cimetières de nospays occidentaux. Elles sont très grandes, très massives et recouvrent toute la tombe. (2) Les Sasportas sont une des plus anciennes familles d'Oran. Jacob Sasportas, qui a été au XVIIe siècle rabbin à Amsterdam et à Londres, était né à Oran et avait été quelque temps rabbin à Tlemcen. Voir Wolf, Bibl. hebr. III, nº 532, et Graetz, Histoire des Juifs X, note 2. (3) C'est par erreur que M. l'abbé Bargès met 1552 au lieu de 1492.
5 - מימון נ"ע בן סעדון תהיה נפשו בצרורצרורה החיים לאור באור העליון במושב אפריון ועם הצדיקים חלקו אשר בעד השי ומדשן ביתך ונחל עדניו ישתה נפטר יז בתמוז המר אשר בו במר ובכיון שנת מיקם מעפר דל מאשפות ירים אביון «C'est ici la tombe de l'homme estimé, honoré, du sage, du puissant et modeste R. Jechouhah, fils de R. Mimoûn ben - Saadoûn (1). Que son âme repose en paix! qu'elle jouisse de la lumière du Très - Haut dans le séjour des bienheureux et que sa part soit celle des justes qui (demeurent) près du Seigneur......, et qu'il s'abreuve au au fleuve des délices divines! << Mort le 17 Tammouz, jour de deuil pour Israël, et l'année 2260 (1500).» Mais ce n'est pas encore là le côté le plus intéressant de ce cimetière israélite; il faut nous transporter un peu à gauche, et ici nous trouvons (car point n'est besoin de la découvrir) une tombe, visible de loin, blanchie à la chaux, édifiée sur les ruines d'une construction antérieure, comme le dit l'épitaphe, entourée elle-même de plusieurs autres (1) Ce rabbin est probablement un parent d'Abraham ben Saadoûn, qui, grâce à sa richesse, avait pu donner l'hospitalité, lors de leur arrivée à Tlemcen (ils venaient de Majorque), à deux rabbins devenus célèbres ici, l'un Iéhoudah Hallaz, auteur d'un commentaire sur Raschi, aussi remarquable qu'étendu, que nous avons découvert en M. et que nous publierons sous peu; l'autre, son disciple, Alal-ben-Sidoûn, dont le nom est en aussi grande vénération que celui du Rabb (voir ci-après) et qui fut rabbin d'une de nos synagogues de la rue Doriba.
· 6. tombes. Dans ces dernières reposent les parents de celui dont nous nous occupons. Lui seul, il a eu l'honneur, comme les rabbins couchés dans les tombes mentionnées précédemment, d'une inscription, et il a l'honneur bienplus grand, qu'il conserve depuis de longues années, qu'on lui rend aujourd'hui plus que jamais, de recevoir les visites mensuelles, si ce n'est hebdomadaires, non seulement d'une grande partie de la population israélite de Tlemcen, mais de la population israélite de toute la province d'Oran, et surtout celle des villes d'Oran, de Mascara et de Mostaganem. Quel est donc l'homme dont les dépouilles mortelles reposent dans cette tombe? pourquoi a-t- on gravé sur la pierre qui la recouvre une inscription très-longue? pourquoi sa famille est- elle enterrée à côté de lui et, chose dont. il faut tenir compte également, pourquoi cette tombe n'estelle pas au niveau du sol, mais dans une espèce de fosse où il faut descendre? (202, 1442 Cet homme est un rabbin mort en l'année de l'ère chrétienne), un peu avant l'exil des Juifs d'Espagne. Il était de son temps le 1, la lumière d'Israël; 11173 00113), très renommé au siècle où il vivait, (détail que ne manque pas de nous donner l'ouvrage des n du את:ou l'on trouve ces mots יבין שמועהintitule רשב"ץ לשבח תלמסאן מן נ"ע אנקאווה ישראל בר אפרים ' ר החכם שלח זה Voici les paroles du rabbin Ephraïm Ankowa de Tlemcen, pour rendre hommage au mérite de ces halachoth...». Mais il était surtout on by, faiseur de miracles. Ce dernier mérite il l'a conservé dans toute sa force après sa mort, et depuis quatre cents ans, couché dans la tombe, il opère des miracles, au dire de tous, même d'hommes éclairés et nullement superstitieux qui visitent sa dernière demeure. C'est à Tlemcen que les Israélites algériens
7 viennent en pélerinage, comme on allait à Jérusalem dutemps d'Ibn - Ezra et de Jehoudah Hallévi. Le respect qu'inspire cette tombe enfante naturellement de mystiqueségarements et ce sont, il n'est pas besoin de le dire, principalement les femmes qui se portent en foule vers cet endroit saint et consacré. On ne s'en approche qu'avec crainte et recueillement; on se déchausse, comme Moïse faisait quand il s'approchait du buisson ardent; on vienty payer une dette sacrée en récitant des prières. Mais on y apporte aussi des provisions; on y fait des repas et plus que des repas; car on nous a raconté qu'on y faisait de vrais festins et qu'il n'y avait pas longtemps qu'une personne des environs avait invité toute la communauté à festoyer à côté de la tombe. N'oublions pas non plus ce détail bien curieux, à savoir que cette tombe est l'objet de la vénération de la population musulmane autant que des israélites (1). Voilà ce que nous avions à dire sur l'histoire contemporaine en quelque sorte de cette tombe, c'est là ce que nous avons tous les jours sous les yeux, et voici maintenant son histoire et ce qu'on raconte de la vie du rabbin. La légende, car elle s'empare de la biographie de tous les hommes de renom, rapporte que faisant partie des exilés qui quittèrent l'Espagne à la suite des persécutions dirigées contre les Israélites (2), il entra à Tlemcen monté sur un lion ayant (1) C'est ici qu'on peut dire avec Guizot: Dans le respect du mort est contenue la croyance à la persistance d'un lien entre ceux qui sortent du monde et ceux qui y demeurent. a (2) Nous supposions, de suite et sans plus ample informé, que ce fut après le massacre des israélites à Séville, en 1391, qu'Ankowa partit de l'Espagne. Ces jours derniers, par un hasard curieux, nous avons recueilli, de la bouche d'un de nos coréligionnaires, une tradition qui existe à Tlemcen, concernant ce point d'histoire et rapportant que
8 un serpent pour licou (1). Il trouva ses coréligionnaires. demeurant hors de la ville, à Agadir, ceux-ci n'ayant pas le droit de séjourner dans l'endroit même où résidait le souverain. La fille du prince étant tombée dangereusement malade, on eut recours, naturellement, mais sans résultat satisfaisant, à l'art de tous les médecins. On s'en rapporta enfin, sur le conseil des amis du prince, à la science du rabbin et au miracle qu'il devait opérer. Notre docteur rendit bientôt la santé à la jeune fille et le bonheur à son père. Celui ci, comme témoignage de sa reconnaissance, accorda aux Israélites l'autorisation de s'établir dès lors dans l'intérieur de la ville et dans le lieu même de sa propre résidence. Il est probable, d'après nous, qu'à la suite d'un bienfait de ce genre dont Ankowa gratifia ses nouveaux compatriotes, ceux ci, dans l'exaltation de leur enthousiasme et voyant sa puissance et son influence, en firent un opérateur de miracles et le considérèrent comme un homme divin. C'était un miracle pour eux que de pouvoir demeurer avec ceux qui les appelaient Djifa ben djifa. Voici maintenant l'inscription de la pierre: שמחו בו וגילו........ זה מצבת קבורת גאון עזנו עטרת ראשנו נר ישראל עמוד הימני אדוננו מורנו ומקובל אלהי המפורסם בכל quatre rabbins, Ephraïm Aukowa, le Ribach, le Rachbaz et R. Hadrah (ce dernier est enterré aux Beni - Snouas, près de Tlemcen), vin-rent ensemble dans les pays africains, fuyant la persécution. Or Asoulaï et d'autres historiens nous apprennent précisément que l'un d'eux, le Rachbaz, arriva à Alger en l'an 1391. (1) Cette légende est relatée dans un ouvrage, ayant pour titre «La source bénie.»
- 9 נפוצות ישראל בעל מריההנסים דהא אתרא גביר רבנא רבנא הרב הגדול רבינו אפרים אנקאווה זכותו יגין עלינו כלועל ישראל אחינו אשר קבלה בידינו מפי זקנינו נבוקש בשיבה של מעלה שנת לאלף רב השישי תנצבה ועל ידי חלום נתגלה לנו יום א חודש כסלו היתה מנוחתו כבוד היום הזה יום ג ' בשבת קדש יום שנכפל בו כי טוב ששה ימים לחודש תשרי שנת אך טוב לישראל לפק נתנדבו אנשים הרב לכבוד הזאת המצבה וחדשו........ חשובים זיע... וזכות הרב...... זרעם של..... עלינו ועל כל ישראל אחינו יאמר די לצרתינו ויביא אבור בעה בימינו במהרה צדקנו משיח לנו «C'est ici la tombe de celui qui était notre orgueil, notre force, la couronne de notre tête, la lumière d'Israël, notre maître, versé dans les choses divines, renommé dans son siècle, faiseur de miracles, le maître de cet endroit, le grand rabbin Ephraïm Ankowa. «Que son mérite nous protège, qu'il protège tout Israël! C'est une tradition de nos pères qu'il mourut en l'année 202 (1442), et il nous a été révélé dans un songe que ce fut le rer Kislev. Aujourd'hui mardi, le 6e jour de Tisri de l'année 609 (1849), sa tombe a été réédifiée. Des hommes, notables dans la communauté ont reconstruit ce monument en l'honneur du rabbin. Que son mérite les protège; qu'il protège tout Israël? que son mérite soit pour Dieu un motif de mettre fin à nos malheurs et de nous envoyer bientot le Messie! Amen! ainsi soit- il! Les historiens nous donnent des renseignements nombreux sur ce rabbin. Asoulaï, celui qu'il faut consulter le premier pour tout ce qui concerne l'histoire intellectuelle. רב גדול בעיר תלמסאן ומלומד:du Judaisme, dit a son sujet
--- ΙΟ II existait a Tlemcen un בנסים» ומופלג בחסידות וקדושה grand rabbin, célèbre comme thaumaturge et connu pour sa grande piété. מצאתי בכיד רבנו מהרחו שכתב: Et ailleurs «בן מצאתי בתשובה להרב הגדול רבינו אפרים בן הרר ישראל אלנקווא וקראה שער כבוד ה «J'ai trouvé en manuscrit cette citation de Haïm Vidal (de Sephat) Dans une n c'est-à-dire dans des n (livre de consultations) nommés «la porte de la Majesté divine de R. Ephraïm Ankowa, j'ai rencontré telle ou telle opinion... >> Dans un ouvrage, intitulé non commentaire sur les Proverbes, composé en 1575, par un rabbin du nom d'Abraham Gabichon, médecin distingué de Tlemcen, venu également de l'Espagne, on donne des renseignements et des détails très- précis sur notre héros. On y rapporte ce fait intéressant à savoir que le grand père d'Ankowa qui serait le père même d'Ankowa, d'après notre inscription) a mérité le nom de Kadosch (saint, martyr), pour avoir glorifié publiquement le nom de Dieu en prenant en mains un sépher thorah quand il fut brûlé vif à Tolède en même temps que le célèbre R. Jéhoudah, le 4° fils du R. Acher. Ce même ouvrage nous apprend à cette occasion que R. Acher avait quatre fils, Jechiel, Jacob, auteur des Tourim, Bachya, auteur d'un péruch sur la Thorah et le dernier Iehoudah. Il appelle Ankowa le fort, le puissant: והיו: et il ajoute הרב הגדול הפטיש החזק כמהר"ר נקאווהאפרים on le nommait tout simplement Rab. Ce קורים רב סתם dernier point est, certes, pour nous, un précieux témoignage. Ankowa était connu sous le nom de Rab, c'est- àdire le rabbin par excellence. On a, pour perpétuer ici son souvenir, donné le nom de synagogue du Rab à un temple construit sur l'emplacement
II de l'école où il pouvait enseigner le Talmud, à la suite de l'autorisation accordée aux Israélites dont nous avons parlé plus haut. Ajoutons que dans cette même synagogue on a allumé une lumière qu'on entretient d'une façon perpétuelle, également en son honneur et pour sa mémoire (1). Une quatrième tombe que nous avons trouvée, ou plutôt un morceau de pierre, fragment qui semble appartenir à une construction primitivement d'une grande dimension, ne nous a pas fourni, par son inscription, de grands renseignements. Après une étude longue et pénible, nous n'avons pu en tirer que ces mots du commencement: יפקוד ה ' לטובה «Que Dieu se souvienne de...» et un mot du milieu, qui est et qui indique qu'une femme (peut être la femme d'un rabbin), était enterrée sous cette pierre. Personne ne sera curieux de voir et de déchiffrer des mots qui ne sont (1) Un détail qui étonnera nos lecteurs et qu'il ne faut pa passer sous silence, c'est qu'une rue, non loin de cette synagogue, porte le nom du Rab. M. l'abbé Bargès, qui dans son livre sur Tlemcen parle longuement des Israélites, et dit quelques mots de leur cimetière, ne fait mention que d'une tombe, celle de Sasportas. Pourtant celle du Rab est plus visible que les autres et frappe plutôt les yeux. Quantà ce qu'il rapporte de l'observation que son guide lui a faite, à savoir que probablement ces pierres qu'il cherchait étaient scellées dans les piles du pont construit sur la route des cimetières, elle n'était malheureusement que trop juste. Il y a plus: on a, prétend -on,fait construire près de ces cimetières des maisons rien qu'avec des pierres tirées de ces endroits consacrés. Ne criez pas à la profanation, ce ne furent pas les seules commises dans ce pays conquis. Voir sur Ankowa, ab. Cahen, Les Juifs de l'Afrique septentrionale, Constantine 1867.
I2 représentés souvent que par un ensemble de traits verticaux et horizontaux sans aucun lien et d'examiner une inscription tronquée, et effacée dont il est difficile de tirer parti, Nous ferons une dernière remarque, c'est que ces tombes datent à peu près de la même époque et sont situées non loin l'une de l'autre. Avignon. - Imprimerie administrative SEGUIN frères. — 8,908.-