La congrégation de Newport est fondée en 1658 par des familles juives descendantes des expulsés d’Espagne et du Portugal, venues des Caraïbes chercher la tolérance que le Rhode Island offrait.
Elle inaugure sa synagogue en 1763. C’est le plus ancien édifice synagogal des États-Unis, et l’un des plus beaux bâtiments américains du XVIIIᵉ siècle.
Le 17 août 1790, George Washington, en tournée dans le Rhode Island, s’y arrête.
La lettre de Seixas
Moses Seixas, marguillier de la synagogue, lui lit une adresse.
Il y écrit que la communauté remercie Dieu pour un gouvernement qui ne donne à la bigoterie aucune sanction, à la persécution aucune assistance.
La formule est de lui.
La réponse
Washington répond par écrit le lendemain, et REPREND la phrase à son compte : le gouvernement des États-Unis, qui ne donne à la bigoterie aucune sanction, à la persécution aucune assistance, ne requiert de ceux qui vivent sous sa protection que de se conduire en bons citoyens.
Il ajoute que les enfants du peuple d’Abraham qui demeurent dans ce pays y jouiront de la bonne volonté des autres habitants.
Et il écrit que ce n’est plus de TOLÉRANCE qu’il s’agit — car la tolérance suppose que l’indulgence d’une classe s’exerce sur une autre — mais de droits naturels inhérents.
Ce que cette distinction tranche
Toute l’émancipation européenne du siècle suivant reposera sur la tolérance : un pouvoir concède, et ce qu’il concède il peut le reprendre. C’est l’édit de Joseph II, c’est le billet d’entrée de Heine.
Washington écarte le mot en une phrase et pose l’autre principe : le droit ne vient pas d’une faveur.
Il l’écrit en 1790, un an avant que la France ne vote l’émancipation, et alors que la plupart des États américains conservaient encore des restrictions religieuses pour les charges publiques.
Ce que la lettre est devenue
Elle est lue publiquement à Touro chaque année depuis 1948.
Sa force tient à ce qu’elle n’a rien coûté : il n’y avait à Newport que quelques dizaines de familles juives, et aucun enjeu politique.
C’est une réponse de courtoisie à une adresse de bienvenue, écrite en un jour, et elle a servi de référence à deux siècles de jurisprudence.