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Zakhor
XVIᵉ siècle – 1941 · Bosnie (Foča, Višegrad, Zenica, Jajce)

Les petites villes

Quatorze mille Juifs en Bosnie, dix mille à Sarajevo. Les quatre mille autres vivaient dans des bourgs dont on ne sait presque rien.

ProbableBosnieSéfaradesPetites communautés1941

Les séfarades expulsés d’Espagne arrivent en Bosnie ottomane au début du XVIᵉ siècle, accueillis par Bayezid II. Ils atteignent Sarajevo sous Soliman le Magnifique.

Sarajevo devient le centre : synagogues, imprimerie, tribunal rabbinique, et une langue — le judéo-espagnol — parlée là jusqu’au XXᵉ siècle.

L’essaimage

Des quatre villes principales — Sarajevo, Travnik, Banja Luka, Bijeljina —, des familles se sont installées ailleurs : Gradiška, Prijedor, Bosanski Novi, Kostajnica, Derventa, Bihać, Sanski Most, Foča, Višegrad, Zenica, Jajce.

Foča est sur la Drina, dans l’est du pays. Elle apparaît dans les listes de ces implantations secondaires, et à peu près nulle part ailleurs.

Combien de familles, à partir de quand, avec quelles institutions : on l’ignore. D’où le registre du probable pour ce récit, qui porte sur une couche entière de l’histoire juive bosniaque, non sur une localité documentée.

Le chiffre d’avril 1941

En avril 1941, la Bosnie-Herzégovine compte quatorze mille Juifs, dont environ dix mille à Sarajevo. Une grande majorité sont séfarades ; les ashkénazes, venus après l’annexion austro-hongroise de 1878, sont environ deux mille deux cents.

Restent donc quelque quatre mille personnes réparties dans les petites villes.

Ce sont elles dont on ne sait presque rien, et c’est mécanique : une communauté de trente familles n’imprime pas, ne publie pas de bulletin, et ses registres tiennent dans une armoire.

1941

La Bosnie est intégrée à l’État indépendant de Croatie, régime oustachi. Les Allemands occupent Sarajevo la même année.

Environ dix mille Juifs de Bosnie ont été assassinés.

Les petites communautés ont été anéanties en premier et le plus complètement : trop peu nombreuses pour se cacher, trop visibles dans un bourg où chacun se connaît, et sans le moindre relais ailleurs.

Ce que la double disparition produit

Une communauté qui n’a pas laissé d’archives et dont les membres ont été tués disparaît deux fois : dans les faits, puis dans la documentation.

L’armoire brûle avec la maison, et il ne reste personne pour dire ce qu’elle contenait.

Ce récit ne raconte donc pas Foča. Il note qu’il y avait, en Bosnie, quatre mille personnes dont l’histoire tient dans une énumération de noms de villes — et que ce constat vaut pour des milliers de bourgs, de la Baltique à la mer Noire.