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Zakhor
juillet 67 · Yodfat, Galilée

Le dernier tirage

Quarante hommes dans une grotte décident de se tuer les uns les autres. Celui qui a organisé le tirage se retrouve, par hasard, l’avant-dernier.

ProvávelJosèpheGaliléeRedditionSource unique

Yossef ben Matityahou, prêtre de Jérusalem, est nommé commandant de la Galilée au début de la révolte contre Rome.

Vespasien assiège la place forte de Yodfat. Elle tient quarante-sept jours et tombe le 20 juillet 67.

Le commandant et une quarantaine d’hommes se réfugient dans une citerne.

Ce qu’il raconte

Ses compagnons veulent mourir plutôt que d’être pris. Lui plaide pour la reddition et n’est pas suivi.

Il propose alors une méthode : on tire au sort, on se tient en cercle, chacun tue celui que le sort désigne après lui, jusqu’au dernier.

Il écrit s’être arrangé pour tirer l’un des deux derniers rangs — ou que la chance, ou Dieu, l’y ait placé. Resté seul avec un autre, il le convainc de se rendre avec lui.

Devant Vespasien

Prisonnier, il demande à parler au général et lui annonce qu’il sera empereur — invoquant un oracle juif qui promettait qu’un maître du monde sortirait de Judée.

Vespasien le garde enchaîné. En 69, les légions le proclament empereur.

Le prisonnier est libéré, prend le nom de son bienfaiteur — Flavius Josèphe — et devient l’historien de la guerre qu’il avait perdue.

Le problème

Tout cela est raconté par lui seul, dans un livre écrit à Rome, sous protection impériale, pour expliquer sa conduite.

L’épisode de la grotte est invérifiable par construction : les autres témoins sont morts selon son propre récit. D’où le registre du probable.

Il a d’ailleurs racontée l’affaire deux fois, avec des accents différents, et n’a jamais résolu la contradiction entre son plaidoyer pour la vie et le procédé qui a tué trente-neuf hommes.

Ce qu’on lui doit malgré tout

Sans lui, on ne saurait presque rien de la guerre de 66-70, de la destruction du Temple, de Massada, des courants religieux du Iᵉʳ siècle.

La tradition rabbinique l’a ignoré ; ce sont les chrétiens qui l’ont copié. Il n’est revenu au judaïsme qu’au XIXᵉ siècle, et il reste tenu pour un traître par beaucoup.

L’essentiel de ce que nous savons d’une catastrophe nous vient de l’homme qui a choisi de ne pas mourir avec elle. C’est presque toujours ainsi, et il faut le dire chaque fois.