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Zakhor
1475 – 1965 · Trente

Le culte aboli en 1965

Un enfant de deux ans retrouvé mort, quinze hommes brûlés, cent miracles en un an — et un culte que Rome n’a supprimé que le jour de Nostra aetate.

EstabelecidoMeurtre rituelTrenteCulteNostra aetate

Le dimanche de Pâques 1475, le corps d’un enfant chrétien de deux ans, Simon, est retrouvé dans la cave d’une maison juive de Trente.

Pendant le carême, le franciscain Bernardin de Feltre y avait prononcé plusieurs sermons contre les Juifs de la ville, annonçant le meurtre d’un enfant chrétien pour la Pâque juive.

Dix-huit hommes et cinq femmes sont arrêtés.

Le procès

Les magistrats obtiennent les aveux des hommes par un usage large de la torture judiciaire.

L’accusation est précise : ils auraient torturé, étranglé et saigné l’enfant pour employer son sang à la fabrication des pains azymes.

Quinze sont condamnés à mort et brûlés, dont Samuel, chef de la communauté. La communauté juive de Trente disparaît.

Le culte

Plus de cent miracles sont attribués à Simon dans l’année qui suit sa disparition.

Le culte se répand en Italie, en Autriche et en Allemagne, porté par des images imprimées — l’imprimerie a vingt ans, et c’est l’un de ses premiers succès de diffusion.

En 1588, Sixte V le béatifie et approuve sa vénération à Trente. Il n’a jamais été canonisé.

1965

Le culte de Simon de Trente n’est abrogé que le 28 octobre 1965.

C’est le jour même où le concile Vatican II promulgue Nostra aetate, la déclaration qui écarte l’accusation de déicide et refonde le rapport de l’Église au judaïsme.

Paul VI retire Simon du calendrier des saints. Les traces du culte sont effacées de la ville, et le corps de l’enfant est inhumé en un lieu resté inconnu.

Ce que cette date dit

Quatre cent quatre-vingt-dix ans séparent le bûcher de l’abrogation du culte qu’il avait fondé.

L’accusation n’a pas survécu par ignorance : les procès-verbaux du procès existent depuis 1475, et l’on savait comment les aveux avaient été obtenus. Un pape, Sixte IV, avait même tenté d’arrêter la procédure.

Ce qui a duré, ce n’est pas la croyance : c’est le culte, avec ses pèlerinages, ses images et sa date. Il est plus facile de réfuter une accusation que de supprimer une fête.