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Zakhor
1838 – 1851 · Ruzhyn et Sadigura

La cour

Un rebbe hassidique vit en prince, avec calèche et musiciens. Le tsar l’emprisonne vingt-deux mois ; il s’enfuit et rebâtit plus grand de l’autre côté de la frontière.

EstabelecidoHassidismeRuzhynCourEmpire russe

Israël Friedman, né en 1796, arrière-petit-fils de Dov Ber de Mezritch, s’établit à Ruzhyn, en Volhynie, et y tient une cour hassidique d’un genre nouveau.

Palais, calèche à quatre chevaux, orchestre, domesticité, vaisselle d’argent. Il ne prêche presque pas et publie peu. Sa fonction est d’être vu.

Une théorie du faste

Cette opulence a une justification explicite dans son entourage : le tsadik doit vivre en majesté parce qu’il représente la royauté d’Israël en exil. Le luxe n’est pas pour lui, il est pour ce qu’il figure.

L’argument était contesté à l’intérieur même du monde hassidique — les cours de Pologne centrale, austères, y voyaient une dérive.

Il n’empêche que le modèle a essaimé : la plupart des dynasties issues de Ruzhyn ont adopté la même tenue de cour.

L’affaire d’Ouchitsa

En 1838, il est arrêté et condamné à vingt-deux mois de détention, accusé d’avoir encouragé le meurtre de deux délateurs juifs à Ouchitsa.

Ce qui inquiétait réellement les autorités tsaristes n’était pas ce fait divers mais l’existence même de cette cour : un homme sans fonction officielle devant qui des dizaines de milliers de sujets s’inclinaient.

Libéré, surveillé, il quitte l’Empire russe.

Sadigura

Après un passage par Kichinev et Iaşi, il s’établit en 1842 à Sadhora, en Bucovine — territoire autrichien, hors de portée du tsar.

Il y bâtit une résidence plus vaste encore que celle de Ruzhyn, avec une maison d’étude pouvant contenir trois mille personnes.

Tenu pour un martyr de la foi après sa détention, il attire davantage de fidèles qu’auparavant. La prison avait fait ce que le palais n’avait pas suffi à faire.

Ce que cette cour a produit

Il meurt en 1851. Ses six fils fondent chacun une cour : Sadigura, Tchortkiv, Husiatyn, Boyan, Shtefanesti, Leova. Ces dynasties existent toujours, en Israël et aux États-Unis.

Une part importante du hassidisme contemporain descend de ce seul homme.

Le bâtiment de Sadhora, aujourd’hui en Ukraine, a été rendu à une communauté juive et restauré. Il avait été construit par quelqu’un qui venait de sortir de prison.