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Zakhor
1987 – 2008 · Paris

Réjudaïser

Un rabbin né à Tunis prend la tête du judaïsme français et se donne pour objectif de ramener les Juifs à la synagogue. Il remplit Le Bourget.

EstabelecidoFranceSitrukRabbinatSéfarades

Joseph Haïm Sitruk naît à Tunis le 16 octobre 1944. Sa famille gagne la France dans les années 1950.

Ordonné en 1970 au Séminaire israélite, il est rabbin de Strasbourg, puis grand rabbin de Marseille en 1975. Il est élu grand rabbin de France en juin 1987, et le restera vingt et un ans, réélu deux fois.

Ce que son élection signifiait

Le judaïsme français d’après 1962 avait changé de composition : l’arrivée des Juifs d’Afrique du Nord en avait fait une communauté majoritairement séfarade, alors que ses institutions restaient tenues par le judaïsme ashkénaze franco-alsacien issu du Consistoire de 1808.

Son prédécesseur, René-Samuel Sirat, né à Bône, avait déjà marqué ce basculement en 1980.

Avec Sitruk, l’orientation change aussi : un rabbinat plus affirmé, plus strict sur la halakha, et tourné vers la mobilisation.

Le mot qu’il employait

Il disait vouloir « réjudaïser les Juifs » — les ramener aux synagogues, à l’étude, à la pratique.

Il lance les Yom HaTorah, journées d’étude massives au Bourget et au parc floral de Paris, qui rassemblent des dizaines de milliers de personnes. Le format — une foule, des stands, des conférences en parallèle — était neuf dans le judaïsme français.

Sa fermeté sur le droit religieux lui a valu des oppositions durables, notamment sur les questions de conversion et sur ses rapports avec les courants libéraux.

Carpentras

Le 13 mai 1990, il est à Carpentras après la profanation du cimetière juif, où un corps avait été exhumé.

Il voulait, disait-il, marquer un avant et un après. La manifestation qui suit à Paris rassemble deux cent mille personnes, avec le président de la République en tête du cortège.

L’affaire a été longtemps attribuée à tort à l’extrême droite politique organisée ; l’enquête a établi en 1996 qu’elle était le fait de jeunes néonazis locaux. Ce démenti n’a pas défait ce que la profanation avait révélé.

La fin

Victime d’un accident vasculaire en 2001, il continue d’exercer jusqu’en 2008, très diminué, en fauteuil et avec des difficultés d’élocution.

Il meurt le 25 septembre 2016.

Il aura conduit le judaïsme français pendant les vingt années où celui-ci est devenu, dans sa composition comme dans ses pratiques, autre chose que ce que le Consistoire de Napoléon avait organisé.