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Zakhor
1345 – aujourd’hui · Pologne, Silésie, Europe centrale

La pierre retournée

On a pavé des rues avec des stèles funéraires juives. Elles ressortent encore, une par une, quand on refait la chaussée.

EstabelecidoCimetièresMatzevotRéemploiRestitution

Une matzeva est une stèle funéraire. Elle porte un nom, une filiation, une date hébraïque, souvent une formule et un symbole.

C’est, pour d’innombrables communautés disparues, le dernier document qui les nomme.

Le réemploi

Sur ordre des autorités allemandes, pendant la guerre, des cimetières juifs ont été traités comme des carrières : les stèles ont pavé des rues et des places, servi de matériau de construction, de meules, de dalles.

Le geste s’est poursuivi après 1945. Des centaines de cimetières abandonnés ou détruits ont été démontés à l’époque communiste pour paver des routes et monter des murs — non par doctrine, mais parce que la pierre taillée manquait et que plus personne ne réclamait.

En 2020, plus de cent cinquante stèles employées à la construction d’une route pendant la guerre ont été mises au jour dans une ville polonaise. Ce genre de découverte est signalé toutes les quelques semaines.

Ce qui remonte

La plus ancienne matzeva médiévale conservée de Wrocław a été retrouvée dans un presbytère catholique de Leśnica, aujourd’hui quartier de la ville. Elle est datée du 1ᵉʳ février 1345.

Une pierre posée sur une tombe en 1345 a passé six siècles dans un mur, et se lit encore.

C’est le retournement le plus étrange de cette histoire : le réemploi, qui est une profanation, a parfois conservé ce qu’un cimetière laissé en place n’aurait pas gardé.

Que faire de ce qui ressort

L’usage s’est établi : on transporte la pierre au cimetière juif le plus proche, ou on la remet à un musée.

Le musée POLIN, à Varsovie, conserve une collection d’objets faits de matzevot — meules, marches, bordures — présentés comme tels.

Des projets de documentation en trois dimensions relèvent aujourd’hui ces pierres avant qu’elles ne se dégradent, car beaucoup sortent de terre en très mauvais état.

Ce qu’on ne peut pas faire

Les remettre à leur place. On a la pierre, on n’a plus la tombe : les cimetières d’origine sont rasés, bâtis, ou introuvables.

Alors on les dresse en murs commémoratifs — des rangées de stèles debout, appuyées les unes aux autres, sans personne dessous.

C’est une solution imparfaite et tout le monde le sait. Elle a au moins ceci pour elle : le nom redevient lisible, et c’était précisément ce qu’une matzeva servait à faire.