Samuel David Luzzatto — Shadal — fut, au XIXᵉ siècle, l'une des plus grandes figures de la science juive à Padoue. Poète, grammairien, exégète, il avait aussi réuni une remarquable collection de manuscrits hébreux.
À sa mort, en 1865, cette bibliothèque devint un trésor convoité. Pour la céder, on en dressa l'inventaire. Ce catalogue, établi à la fin des années 1860, listait pièce par pièce un ensemble qui allait bientôt se disperser entre plusieurs pays.
Un siècle et demi plus tard, ce sont précisément ces vieilles listes qui permettent de retrouver la trace des manuscrits. Le Musée des Manuscrits du Judaïsme Maghrébin s'appuie sur l'inventaire de 1868 pour reconstituer ce qui a quitté Padoue et reconnaître, dans les rayons d'Oxford et d'ailleurs, les volumes qui en venaient.
C'est l'un des paradoxes de l'archive : un catalogue rédigé pour vendre — et donc disperser — une collection devient, des générations plus tard, l'instrument qui permet de la rassembler à nouveau, au moins sur le papier.