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Zakhor
1844 · Brunswick

La formule encombrante

Une prière que les tribunaux d’Europe citaient pour prouver qu’un serment juif ne vaut rien. Des rabbins ont voté sa suppression.

EstabelecidoKol NidreRéformeSermentÉmancipation

Kol Nidre ouvre le soir de Yom Kippour. La formule, en araméen, annule par avance les vœux que l’on prononcera envers soi-même et envers Dieu au cours de l’année.

Elle ne porte pas sur les engagements pris envers autrui, et la tradition halakhique le dit sans ambiguïté.

Elle a néanmoins servi, pendant des siècles, d’argument pour dire qu’un Juif ne peut pas prêter serment.

Le serment more judaico

Les tribunaux d’Europe ont imposé aux Juifs une forme particulière de serment, dite more judaico, distincte de celle des chrétiens.

Elle était assortie de rituels humiliants variables selon les lieux : prêter debout sur une peau de truie, ceint d’épines, ou sous des imprécations détaillées appelant sur soi les malédictions du Deutéronome.

Kol Nidre était le motif invoqué. Une prière liturgique servait ainsi de fondement à une incapacité juridique.

1844

La première conférence des rabbins réformateurs allemands se tient à Brunswick en 1844, convoquée par Levi Herzfeld et Ludwig Philippson ; y siègent notamment Samuel Holdheim, Samuel Hirsch, Salomon Formstecher.

Elle décide à l’unanimité que la formule n’est pas essentielle, et que ses membres doivent user de leur influence pour en obtenir la suppression rapide.

La délibération est explicitement liée à la campagne menée auprès des États allemands pour l’abolition du serment more judaico.

Ce que cette décision engage

L’argument est le suivant : puisqu’une prière fournit un prétexte à l’exclusion civile, et puisqu’elle n’est pas essentielle, il faut la retirer.

L’objection est aussi immédiate : modifier sa liturgie pour convenir à ceux qui la lisent de travers, c’est leur donner la main sur elle. Et le prétexte suivant sera trouvé ailleurs.

Les deux positions ont leurs partisans en 1844 comme aujourd’hui. C’est l’une des questions les plus nues de l’émancipation : que consent-on à changer pour être admis ?

Ce qui s’est passé ensuite

Le serment more judaico a été aboli progressivement : en France en 1846 sur la plaidoirie d’Adolphe Crémieux, dans les États allemands au fil des décennies, en Roumanie beaucoup plus tard.

Kol Nidre, lui, n’a pas disparu. Une part du judaïsme réformé l’a retiré ou récrit, puis l’a souvent réintroduit au XXᵉ siècle.

Ce qui l’a sauvé n’est pas un argument mais la mélodie. Le texte était contestable, l’air ne l’était pas — et c’est l’air que les fidèles venaient entendre.