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Zakhor
930 – 937 · Bagdad

Deux excommunications

Le chef de l’exil et le chef de l’académie se déposent mutuellement et s’excommunient. Sept ans plus tard, ils se réconcilient — et l’un protège le petit-fils de l’autre.

EstabelecidoExilarqueSaadia GaonAutoritéBabylonie

Le judaïsme de Babylonie repose sur deux autorités distinctes. L’exilarque, chef séculier, descendant supposé de David, représente les Juifs auprès du calife et perçoit l’impôt. Les gaonim dirigent les académies de Soura et de Poumbedita et disent le droit.

En 928, David ben Zakkaï, exilarque, nomme Saadia à la tête de Soura. C’est un choix audacieux : Saadia est égyptien, jeune, sans lignage babylonien, et il vient de s’illustrer dans la querelle du calendrier.

Une signature refusée

Vers 930, l’affaire éclate sur un dossier de succession. Saadia refuse de contresigner un jugement de l’exilarque qu’il tient pour injuste — or la validité de l’acte suppose la signature des deux gaonim.

Le fils de l’exilarque vient la lui arracher par la menace ; il est malmené par un serviteur de Saadia.

La guerre est ouverte. Chacun excommunie l’autre et le déclare déposé. David ben Zakkaï nomme un autre gaon de Soura ; Saadia proclame exilarque le frère de David.

Ce que le conflit met à nu

Derrière l’incident, c’est la question de la primauté : le pouvoir vient-il du lignage ou du savoir ?

L’exilarque tire son autorité d’une ascendance et d’une charge reconnue par le califat. Le gaon la tire de sa compétence. Aucun texte ne dit lequel l’emporte quand ils se contredisent.

Le conflit dure sept ans et divise les communautés jusqu’en Espagne et en Égypte. La cour abbasside est saisie, et arbitre en fonction de ses propres intérêts.

Ce que Saadia fait pendant ce temps

Écarté de sa charge, il se consacre à écrire. C’est de ces années que datent ses œuvres majeures, dont le Livre des croyances et des opinions — première grande théologie juive systématique, écrite en arabe.

Sa disgrâce a donc produit ce pour quoi on le lit encore. La chose se dit sans ironie : privé d’administration, il a écrit.

La réconciliation

Elle intervient le 27 février 937, par l’entremise d’un notable. Saadia est rétabli à Soura ; il n’y restera que cinq ans.

David ben Zakkaï meurt vers 940, son fils Judah quelques mois plus tard. Saadia prend alors sous sa protection le jeune petit-fils de l’exilarque, et l’élève comme un père.

C’est la fin la plus inattendue de ce dossier, et c’est celle que les sources rapportent. Sept ans d’excommunications réciproques, et un homme qui recueille l’héritier de son adversaire.