RUSSIE
Este verbete ainda não está traduzido: é apresentado em francês.
—Pologne. En raison des récents troubles en Russie, l'article Pologne, qui avait été confié à un collaborateur russe et qui devait paraître à sa place alphabétique régulière, n'a pas été reçu. La seule autre rubrique sous laquelle il pouvait être inséré est celle sous laquelle il paraît maintenant. (Polonais, « Polska » ; allemand, « Polen » ; hébreu,  ; russe, « Polsha ») :
- [Charte juive de 905.](#anchor79) - [Frappeurs de monnaies juifs.](#anchor80) - [Anciens marchands d'esclaves juifs.](#anchor81) - [L'invasion tatare.](#anchor82) - [Hostilité de l'Église.](#anchor83) - [L'insigne institué.](#anchor84) - [Prospérité sous Casimir III.](#anchor85) - [Persécutions étendues au quatorzième siècle.](#anchor86) - [Charte de Casimir IV.](#anchor87) - [Importance de la Juiverie polonaise.](#anchor88) - [Règne favorable de Sigismond Ier.](#anchor89) - [Certains Juifs admis à la dénization.](#anchor90) - [Deux congrégations à Cracovie.](#anchor91) - [Favoris juifs de Sigismond.](#anchor92) - [Convertis au judaïsme.](#anchor93) - [Sous Sigismond II.](#anchor94) - [Accusations de profanation d'hostie.](#anchor95) - [Sous Étienne Báthory.](#anchor96) - [Pionniers de l'étude talmudique.](#anchor97) - [Sigismond III.](#anchor98) - [Accusations de crimes rituels.](#anchor99) - [Étude du Talmud.](#anchor100) - [Soulèvement des Cosaques.](#anchor101) - [Accession de la dynastie des Saxons.](#anchor102) - [Prévalence de la superstition.](#anchor103) - [Période de décadence.](#anchor104) - [Mesures de réforme.](#anchor105) - [Premier partage.](#anchor106) - [Deuxième et troisième partages.](#anchor107)
—Histoire :
\[Une grande partie de l'histoire des Juifs de Russie ayant déjà paru sous les rubriques [Alexandre](/articles/1120-alexander-the-great), [Arménie](/articles/1787-armenia), [Caucase](/articles/4156-caucasus), [Cosaques](/articles/4685-cossacks-uprising), etc., le présent article a été conçu de manière à inclure seulement les faits qui sont nécessaires pour compléter les données données dans ces articles.\] Sur une partie du territoire compris dans les limites de l'empire russe actuel, on trouvait des habitants juifs dans un passé très reculé ; les historiens arméniens et géorgiens rapportent qu'après la destruction du Premier Temple (587 av. J.-C.), Nabuchodonosor déporta des nombres de captifs juifs en Arménie et dans le Caucase. Ces exilés furent rejoints plus tard par des coreligionnaires en provenance de Médie et de Judée. Certains membres de ces colonies primitives, notamment les [Bagratuni](/articles/2355-bagratuni), devinrent éminents dans la vie politique locale. La famille Bagratuni occupait une position élevée dans les conseils du gouvernement arménien jusqu'au quatrième siècle de l'ère présente ; mais la pression religieuse finit par contraindre ses membres à adopter le christianisme. Selon la tradition, une autre famille juive influente, les [Amatuni](/articles/1370-amatuni), vint en Arménie sous le règne d'Artashe (85-127 de l'ère commune). À la fin du quatrième siècle, il y avait des villes arméniennes possédant des populations juives s'échelonnant de 10 000 à 30 000 habitants. Les Juifs subirent de grandes souffrances lors de l'invasion de l'Arménie par les Perses, la plupart des villes étant détruites et nombre de Juifs étant menés en captivité (360-370).
Des Juifs avaient vécu en Géorgie aussi depuis la destruction du Premier Temple. Le souverain de Mzchet leur assigna un lieu de peuplement sur le fleuve Zanav. Cette localité fut par la suite nommée « Kerk », signifiant « tribut », en raison des impôts imposés aux Juifs. Après la capture de Jérusalem par Vespasien (70 de l'ère commune), d'autres exilés juifs rejoignirent leurs coreligionnaires à Mzchet (voir Jew. Enscyc. ii. 117b, _s.v._ [Arménie](/articles/1787-armenia), et _ib._ iii. 628, _s.v._ [Caucase](/articles/4156-caucasus)).
Des monuments consistant en dalles de marbre portant des inscriptions grecques, et conservés à l'Ermitage, Saint-Pétersbourg, et au musée de Féodosia (Kaffa), montrent que des Juifs ont vécu en Crimée et le long de toute la côte orientale de la mer Noire au commencement de l'ère commune, et qu'ils possédaient des communautés bien organisées avec des synagogues. Ils étaient déjà hellénisés à cette époque, portant de tels noms grecs que Hermis, Dionisiodorus et Héracles. Sous le règne de Julius l'Isaurien (175-210), le nom « Volamiros » était courant parmi les Juifs de Crimée. C'était l'origine du nom russe « Vladimir ». La plupart des inscriptions grecques se rapportent à la libération d'esclaves qui, en obéissance à des vœux religieux, avaient été consacrés à la Synagogue. Toute la communauté juive devint ainsi le gardien de ces esclaves libérés.
Période primitive.
La présence de communautés juives bien organisées dans cette région sert à prouver que des Juifs y ont vécu longtemps avant l'ère commune, et confirme la déclaration de Strabon (né en Pont, 63 av. J.-C.) selon laquelle il n'est pas facile de trouver dans le monde habité un endroit sans habitants juifs. Philon le Juif remarque aussi que les Juifs peuplaient de nombreuses villes sur le continent et les îles d'Europe et d'Asie. À partir de la deuxième moitié du deuxième siècle, les inscriptions criméennes sont exclusivement en hébreu, au lieu de l'être en grec comme elles l'avaient été auparavant, ce qui tend à montrer que les premiers colons juifs en Crimée ne venaient pas d'Europe occidentale, mais étaient des Juifs du Bosphore et d'Asie. De telles inscriptions, environ 120 sont incontestablement authentiques ; et elles couvrent la période 157 à 1773 (voir Jew. Encyc. iii. 329b, _s.v._ [Bosphore](/articles/3595-bosporus-cimmerian); aussi [Crimée](/articles/4765-crimea); [Kaffa](/articles/9116-kaffa); [Kertch](/articles/9288-kertch)).
Les Juifs de la Crimée se déplacèrent vers l'est et vers le nord et devinrent les fondateurs de communautés juives le long des côtes de la mer Caspienne et de la Volga inférieure ([voir Atel](/articles/2076-atel)), apportant avec eux une civilisation plus avancée que celle des tribus indigènes parmi lesquelles ils s'établirent. Sous leur influence, [Bulan](/articles/3815-bulan), le « chaghan » des Khazars, et les classes dirigeantes de la Khazarie adoptèrent le judaïsme en 731 ou 740. La propagation du judaïsme parmi les Khazars rendit toute la région du Don inférieur, de la Volga et du Dniepr particulièrement attrayante pour les colons juifs (voir Jew. Encyc. iv. i, _s.v._ [Chazars](/articles/4279-chazars)). Après le renversement du royaume khazar par Swyatoslaw (969), les Juifs s'enfuirent en grand nombre vers la Crimée, le Caucase et la principauté russe de [Kiev](/articles/9314-kiev), autrefois partie du territoire khazar. Il existe même une tradition (cependant non soutenue par des preuves documentaires suffisantes) selon laquelle la ville de Kiev aurait été fondée par les Khazars. Les chroniques russes font mention, pour l'année 987, de Juifs khazars qui vinrent auprès du Prince Vladimir désirant le convertir au judaïsme. Aux XIe et XIIe siècles, les Juifs occupaient à Kiev un quartier séparé, appelé la ville juive (« Zhidy »), les portes donnant accès à celui-ci étant connues sous le nom de portes juives (« Zhidovskiye vorota »). À cette époque, on trouve aussi des Juifs dans la Russie nord-orientale, dans les domaines du Prince Andrei [Bogolyubski](/articles/3469-bogolyubski-andrei) (1169-1174).
Des écrits d'Ilarion, Métropolite de Kiev dans la première moitié du XIe siècle, il appert que la communauté juive locale possédait une influence très considérable. Il est également évident que la connaissance que cet auteur avait des affaires juives avait été acquise par un contact personnel avec les Juifs, et qu'il trouvait nécessaire de combattre la propagation du judaïsme. En 1321, Kiev, la Volhynie et la Podolie furent conquises par le grand-duc lituanien Gedimin, qui accorda aux habitants juifs de ces territoires les mêmes droits dont jouissaient ses sujets juifs en [Lituanie](/articles/10033-lithuania). Ces droits furent par la suite amplifiés par la charte bien connue de Witold en 1388, aux termes de laquelle les Juifs de Kiev et des autres principautés russes se virent reconnaître la citoyenneté entière, un grand nombre d'entre eux servant dans le corps des gardes des princes russes.
Les Juifs habitaient la Lituanie et la Pologne dès le Xe siècle, étant venus de la Russie du Sud, d'Allemagne et d'autres pays d'Europe occidentale. [Voir Russia](/articles/12943-russia) : [Poland](/articles/12236-poland).
Russie moscovite.
Les preuves documentaires de la présence de Juifs en Russie moscovite se trouvent pour la première fois dans les chroniques de 1471. Le Grand-Duc de Moscou, [Ivan III.](/articles/8351-ivan-iii-vassilivich-the-great) (1462-1505), fut le premier prince moscovite à abolir l'organisation féodale et à établir un gouvernement centralisé. Les villes indépendantes de Novgorod et de Pskov restèrent seules non annexées à la Russie. Novgorod, qui était un membre de la Ligue hanséatique, était fréquemment visitée par des marchands étrangers, qui contribuèrent ainsi à introduire les idées occidentales parmi le peuple russe. Le grand-duc Ivan observait attentivement les événements à Novgorod, où des partis politiques rivaux luttaient pour la suprématie. L'un de ces partis était fortement en faveur de l'annexion au centre spirituel de l'Orthodoxie grecque, tandis que l'autre, désapprouvant le formalisme religieux croissant et le cérémonial, tentait de conduire les Russes vers les formes plus progressistes de l'Europe occidentale. Cette agitation politique et religieuse prépara un terrain favorable à l'hérésie religieuse. En 1470, les habitants de Novgorod invoquèrent l'aide du Prince Michael Olelkovich, frère du vice-roi de Kiev, dans leur lutte contre Moscou. Il amena avec lui le Juif savant Skhariyah, qui convertit le prêtre Dionis au judaïsme ([voir Aleksei](/articles/1109-aleksei) ; [Ivan III., Vassilivich](/articles/8351-ivan-iii-vassilivich-the-great) ; [Judaizing Heresy](/articles/9030-judaizing-heresy-zhidovstu-yushchaya-yeres)).
La secte judaïsante gagna rapidement des adhérents et s'étendit à Moscou, où elle remporta le soutien d'hommes influents proches du grand-duc. Ivan lui-même était favorablement disposé envers ce nouveau mouvement religieux, et pour des raisons politiques, ne fit aucune tentative pour le réprimer. C'est avec une évidente répugnance qu'il céda à l'appel de l'Évêque de Novgorod et du Métropolite de Moscou pour punir les contrevenants et enrayer la propagation de l'hérésie. Très probablement Ivan tenta de renforcer son influence en Lituanie avec l'aide de Michael Olelkovich et de Skhariyah ([voir Lithuania](/articles/10033-lithuania)). Il y a peut-être eu une certaine connexion entre l'expulsion des Juifs de Lituanie par Alexandre en 1495 et l'attitude d'Ivan envers l'hérésie judaïsante. Il est connu que, bien que les Juifs aient été réadmis en 1503, des mesures rigoureuses contre les Judaïsants ne furent prises qu'en 1504. En tout cas, il est évident à partir de nombreuses sources qu'Ivan tenta de poursuivre ses plans de conquête en Lituanie ainsi qu'en Crimée en gagnant le soutien des Juifs. Panov conclut (« Yeres Zhidovstvuyushchikh », dans « Zhurnal Ministerstva Narodnavo Prosvyescheniya », 1876) que Skhariyah (Zacharias) de Kiev et Zacharias Guizolfi étaient une seule et même personne—une déduction qui n'a que très peu de justification, comme on peut le voir à partir des faits énoncés dans l'article [Guizolfi](/articles/6936-guizolfi-giexulfis-zacharias-de).
Les relations d'Ivan avec les Juifs ne se limitaient pas, cependant, aux deux Zacharias. Il existe des preuves documentaires que le grand-duc correspondait avec le Juif Khozei Kokos. Il instruisit l'ambassadeur Beklemishev en 1474 de transmettre ses salutations à Kokos, et dans un message à ce dernier le priait d'user de son influence auprès du khan de Crimée Mengli-Girei pour amener ce souverain à envoyer non seulement ses affirmations d'amitié, mais un traité formel avec Ivan. Le grand-duc demandait aussi à Kokos d'assister ses agents comme auparavant, promettant une compensation appropriée pour cette aide ; et il expliqua que les présents alors envoyés à Kokos avaient moins de valeur qu'ils auraient pu en avoir « parce que l'ambassadeur était incapable de porter beaucoup de bagages ». Le grand-duc demanda en outre à Kokos de s'abstenir d'employer l'écriture hébraïque dans sa correspondance, et d'employer au lieu de cela des caractères russes ou tatars. Cette dernière demande montre que, lors d'occasions précédentes, des lettres en hébreu avaient été reçues et traduites à la cour de Moscou. D'autres documents montrent que Kokos conduisit des négociations relatives au mariage de l'héritier du trône de Moscovie avec la fille du Prince de Mangup ; et en 1486, l'ambassadeur russe fut instruit d'informer Kokos que, si ses services s'avéraient aussi acceptables qu'auparavant, il serait récompensé par le grand-duc « de palais, d'améthystes et de fines perles ».
L'invitation du grand-duc à Zacharias Guizolfi de résider à Moscou indique qu'il n'existait aucune restriction concernant la résidence dans cette ville de Juifs riches et influents. L'exécution du médecin de cour juif [Leo](/articles/3392-bloch-louis) (ou Leon) n'affecta pas l'attitude d'Ivan envers les Juifs ; car dans sa correspondance ultérieure (jusqu'en 1500) il pressait toujours Guizolfi de s'établir à Moscou.
On sait que sous le règne de Vasili Ivanovich IV. (1505-33) les Juifs étaient tenus en mauvaise estime principalement en raison de l'hérésie judaïsante. Bien qu'il y ait preuve que des marchands juifs lituaniens menaient du commerce avec Moscou et Smolensk et les visitaient, leurs transactions n'étaient rendues possibles que par l'application laxiste des règlements restrictifs concernant les Juifs ; l'ambassadeur spécial du grand-duc auprès de Rome, Dmitri Gerasimov, dont la mission était d'établir une union entre les églises gréco-orthodoxe et catholique romaine (1526), fit remarquer à l'historien Paolo Giovio, « Nous abhorrons les Juifs et ne les laissons pas entrer en Russie ».
Le traitement des Juifs par Moscou devint plus sévère sous le règne d'[Ivan IV., le Terrible](/articles/8352-ivan-iv-vassilivich-the-terrible) (1533-84). Outre les instincts sauvages du tsar, dont tous ses sujets souffrirent, il épancha sur les Juifs son fanatisme religieux et sa haine, qui étaient renforcés par l'attitude hostile de l'Église catholique envers les Juifs d'Europe occidentale. À sa conquête de Polotsk, Ivan IV. ordonna que tous les Juifs qui refuseraient d'adopter le christianisme fussent noyés dans la Düna. Dans la période de trente ans qui s'écoula entre la mort d'Ivan IV. et l'accession du premier Romanof, les Juifs furent liés plus ou moins intimement aux événements politiques de l'histoire du royaume de Moscovie. Ainsi mention est faite de Juifs parmi les partisans de l'usurpateur Grishka Otrepyev. Il existe même une tradition selon laquelle il serait lui-même d'origine juive.
Le chroniqueur russe qui décrit les temps du premier pseudo-Demetrius (voir « Regesty », i. 338) affirme que le royaume de Moscovie était envahi d'hérétiques étrangers, de Lituaniens, de Polonais et de Juifs à tel point qu'il y avait à peine des Russes véritables à voir (1605).
Les Romanofs.
Sous le règne du premier Romanof, Michael Feodorovich (1613-45), certains édits placèrent les Juifs sur un pied d'égalité avec les Lituaniens, les Allemands, les Tatars et les Circassiens, toutes les nationalités étant traitées dans un esprit de tolérance. Dans un message du 9 oct. 1634 au gouverneur de la Grande Permie, le tsar ordonna la libération de certains prisonniers lituaniens (Allemands, Juifs, Tatars et Circassiens), qui devaient être autorisés à retourner dans leurs terres natales ou à rester en Russie, selon qu'ils le décideraient.
Quatre ans plus tard (1638) le tsar dans son message de félicitations au Roi de Pologne affichait une attitude changée envers les Juifs. Il instruisit ses représentants à la cour de Pologne de proposer que les marchands polonais fussent interdits d'apporter en Russie certaines marchandises, « et que les Juifs fussent interdits d'entrer en Russie du tout » ([voir Aaron Markovich de Wilna](/articles/67-aaron-markovich-of-wilna)). Cette attitude était indubitement inspirée par des motifs purement religieux ; et le message du tsar indique que, malgré la persécution des Juifs en Russie, ils entraient encore dans le pays à des fins commerciales. Dans l'ensemble, il est tout à fait certain qu'il n'existait aucune politique fixe dans le traitement des Juifs par le gouvernement de Michael, et que les ordres et décrets étaient fréquemment émis selon que les occasions particulières l'exigeaient.
RUSSIE
Dans le code de 1649, sous le successeur de Michael, Alexis (Aleksei) Mikhailovich (1645-76), l'attitude du gouvernement envers les Juifs fut plus clairement définie. Ce code ne contient aucune limitation générale et directe des droits des Juifs vivant alors en Russie, et quand dans des cas exceptionnels de telles limitations sont apportées, elles concernent des questions religieuses et les Juifs étrangers uniquement. Le document fournit une preuve solide que les anciennes restrictions contre les Juifs étaient inspirées par l'intolérance religieuse, et que l'expression d'une telle intolérance était officiellement évitée dans le code écrit. On peut en déduire des décrets émis après le code que les Juifs avaient accès à toutes les villes de Russie, y compris Moscou. Par le premier de ces décrets, l'oukase du 30 juillet 1654, l'établissement de barrières de péage fut ordonné afin que toutes les personnes se rendant à Moscou puissent être examinées : « et telles personnes qui s'avèreront être de Mstislavl et d'autres villes frontières, Lituaniens, Catholiques, dissidents, Juifs, Tatars, et diverses personnes non-chrétiennes, tous seront admis à Moscou. » Cette loi, incorporée plus tard dans le code légal, montre que les Juifs n'étaient pas isolés parmi les autres peuples, et qu'ils étaient soumis aux lois générales. À des occasions spéciales, cependant, des décrets qui leur étaient défavorables furent émis, comme par exemple dans le cas de l'expulsion des Juifs de [Moghilef](/articles/10915-moghilef-mohilev) en 1654.
L'oukase du 7 mars 1655, ordonnant le transfert des « Lituaniens et Juifs » de Kalouga vers Nijni-Novgorod, prévoyait leur protection appropriée et le paiement à leur intention d'une allocation généreuse pour les frais de voyage. De plus, l'article ii. du traité d'Andrusov (1667), établissant une trêve entre la Russie et la Pologne pour une période de treize années et demi, stipulait que tous les Juifs qui le désiraient et qui n'étaient pas devenus convertis au christianisme seraient autorisés par le tsar à retourner en territoire polonais, en emportant avec eux leurs femmes, enfants et biens, et que ceux préférant rester en Russie recevraient la permission requise.
L'écrivain ukrainien Joanniki [Golyatovski](/articles/6784-golyatovski-joanniki), dans son ouvrage « Messia Pravdivy » (1676), attaqua les Juifs avec l'intention de prédisposer le tsar contre eux. Kostomarov, en commentant ce fait, affirme que, malgré la répugnance des Grands Russes à admettre les Juifs dans leur pays, ces derniers trouvaient leur chemin vers Moscou, habituellement en cachant leurs affiliations raciales et religieuses. Il est digne de noter ici qu'il y avait à cette époque à Moscou un nombre considérable de Juifs baptisés dans les monastères, particulièrement au monastère Voskresenski, concernant lesquels l'Archevêque Nikon écrivit à Alexis se plaignant qu'ils « avaient recommencé à pratiquer leur ancienne religion juive, et à démoraliser les jeunes moines. » On peut voir des faits présentés ici et dans les articles [Alexis Mikhailovich](/articles/1178-alexis-mikhailovich) et [Gaden](/articles/6459-gaden-stephan-daniel-von) que durant ce règne les Juifs de Moscou avaient augmenté tant en nombre qu'en influence. Le fils et successeur d'Alexis, Feodor Alekseyevich (1676-82), stipula dans son traité (1678) avec le Roi John Sobieski de Pologne que tous les marchands polonais, exceptés ceux de foi juive, devraient être autorisés à visiter Moscou (« Polnoye Sobraniye Zakonov, » i. 148).
Sous Pierre le Grand
Les documents russes jusqu'à présent accessibles ne permettent pas une conclusion définie quant à l'attitude de Pierre le Grand (1682-1725) envers ses sujets juifs. L'historien russe Solovyev, qui n'était lui-même pas sans préjugé envers les Juifs, fait remarquer (« Istoriya Rossii, » vol. xv.) que quand Pierre invita des étrangers talentueux en Russie, il exceptait invariablement les Juifs. Aucune preuve documentaire en soutien de cette affirmation ne nous est cependant fournie. L'édit de Pierre du 16 avril 1702, que Solevyev cite, ne contient aucune référence aux Juifs ; et l'affirmation de l'historien est évidemment basée sur l'anecdote de Nartov concernant le séjour de Pierre en Hollande (1698). Quand les Juifs d'Amsterdam le pétitionnèrent, par l'intermédiaire de son vieil ami le Burgmestre Witsen, pour l'admission de leurs coreligionnaires en Russie, Pierre aurait répondu : « Le temps n'est pas encore venu pour une union des Juifs et des Russes. » Nartov cite également Pierre comme ayant affirmé qu'il appellerait plutôt en Russie des Mahométans ou des païens que des Juifs, qui sont « des trompeurs et des escrocs. » Nartov ajoute que Pierre aurait remarqué à la délégation juive pétitionnant pour le droit de commercer en Grande Russie : « Vous imaginez que les Juifs sont si rusés qu'ils peuvent tirer avantage sur les marchands chrétiens ; mais je vous assure que mon peuple est encore plus rusé que les Juifs, et ne se laissera pas tromper. »
D'autre part, la sélection du Baron Shafirov, un Juif baptisé, comme chancelier de l'empire, et la confiance qui lui fut manifestée, ainsi que l'avancement par Pierre de Dewier, supposément fils d'un barbier juif portugais, indiquent que le tsar personnellement n'avait pas de préjugés raciaux, et qu'il découragea la superstition dans l'Église gréco-orthodoxe. Néanmoins il trouva expédient de laisser inchangée la législation religieuse formulée par son père, Aleksei, qui contenait de nombreuses restrictions des droits des sujets non-chrétiens de l'empire. Dans un document du pinḳes de Mstislavl, gouvernement de Moghilef, il est affirmé :
". . . Nos enfants, qui naîtront encore, doivent rapporter aux générations futures que notre premier libérateur ne nous a jamais abandonnés. Et si tous les hommes se mettaient à écrire, ils ne pourraient enregistrer tous les miracles qui nous ont été accordés [jusqu'à présent]. Car même maintenant, jeudi, le 28 d'Elul 5468, le César, appelé le Czar de Moscou, nommé Pierre Alekseyevitch—que sa renommée s'accroisse !—est venu avec toutes ses forces, une grande et nombreuse armée ; et des brigands et des assassins parmi son peuple nous ont attaqués à son insu, et le sang aurait coulé. Et si Dieu notre Maître n'avait pas inspiré au czar de venir personnellement à notre synagogue, le sang aurait sûrement coulé. Ce n'est que par l'aide de Dieu que le czar nous a sauvés et nous a vengés, et a ordonné qu'on pende immédiatement treize de ces hommes, et il y a eu la paix de nouveau."
Cet incident ne montre pas nécessairement, cependant, que Pierre ait été un ami fidèle des Juifs (Dubnow, in "Voskhod," 1889, pp. 1-2, 177).
Des mesures actives contre les Juifs, particulièrement ceux vivant en Ukraine, ont été inaugurées par la successeure de Pierre, Catherine I. (1725-27). Le 25 mars 1727, l'impératrice publia un oukaze interdisant aux Juifs la location des auberges et des douanes à Smolensk, et ordonnant la déportation au-delà de la frontière de Baruch Leibov et de ceux associés à lui. Le 7 mai de la même année, un autre édit fut promulgué ordonnant l'expulsion des Juifs de Russie :
« Les Juifs, hommes et femmes, qui vivent en Ukraine et dans d'autres villes russes doivent être immédiatement déportés au-delà de la frontière, et ne doivent pas être autorisés à entrer en Russie à l'avenir sous aucune circonstance. Les mesures nécessaires pour empêcher cela doivent être prises en tous lieux. En retirant lesdits Juifs, on doit veiller à ce qu'ils ne sortent pas de Russie avec des ducats d'or ou quelque monnaie russe similaire. Si une telle monnaie était trouvée en leur possession, elle devrait être échangée contre du cuivre. »
En signant ce décret, Catherine semble avoir été motivée par des motifs purement religieux. Elle était fortement influencée par ses conseillers religieux, notamment par Feofan Prokopovich, ancien du Saint-Synode. Prokopovich obtint aussi la coopération de Menchikov, qui peut-être avait été provoqué contre les Juifs par sa querelle avec Shafirov. C'est Menchikov qui interdit l'élection des Juifs comme anciens généraux ou militaires en Petite Russie. Les Ukrainiens découvrirent bientôt que le départ des marchands juifs d'entre eux entraînait un grand préjudice économique au pays, et leur hetman, [Apostol](/articles/1657-apostol-daniil-pavlovich), pétitionna le Sénat pour une révocation de cette loi drastique (1728).
Sous Pierre II. (1727-30) et Anne Ivanovna (1730-40), les mesures strictes contre les Juifs furent d'abord quelque peu relâchées. Vers la fin du règne d'Anne, les influences religieuses juives se manifestèrent davantage. C'est sous son règne que le susmentionné Baruch Leibov et le capitaine de marine Voznitzyn furent brûlés sur le bûcher (15 juillet 1738), le premier pour prosélytisme, le second pour apostasie. Par un décret du 22 juillet 1739, Anne ordonna l'expulsion des Juifs de Petite Russie ; et le 29 août de la même année, elle publia un autre décret interdisant aux Juifs de posséder ou de louer des auberges ou d'autres propriétés sur ce territoire. C'est aussi sous son règne et sous le règne subséquent d'Élisabeth Petrovna que les Juifs de Lituanie et d'Ukraine souffrirent des excès des [Haidamacks](/articles/7056-haidamacks).
Élisabeth (1741-62), la fille de Pierre le Grand, fut particulièrement dure dans l'application de la législation antijuive. Dans son édit expulsant les Juifs de Petite Russie, elle déclara que « nulle autre conséquence ne peut être attendue des ennemis du nom du Christ Sauveur que l'extrême préjudice à nos fidèles sujets ». Quand le Sénat, pressé par les Cosaques de Petite Russie et les marchands de Riga, décida de recommander à l'impératrice un traitement plus libéral des Juifs, en vue des grandes pertes qui en résulteraient sinon pour les deux pays et le trésor impérial, Élisabeth écrivit en marge du rapport : « Je ne tirerai aucun profit des ennemis du Christ » (1742). Ayant découvert que son médecin de cour [Sanchez](/articles/13168-sanchez-sanches-antonio-ribeiro) était un adhérent de la religion juive, Élisabeth, malgré l'estime dans laquelle il était tenu, lui ordonna sommairement de se démettre de l'Académie des sciences et d'abandonner sa pratique à la cour (1748). Le mathématicien Léonhard Euler, qui était aussi membre de l'Académie des sciences, écrivit de Berlin : « Je doute fort que de telles procédures étranges puissent ajouter à la gloire de l'Académie des sciences. » Il faut ajouter, cependant, que l'impératrice fanatique persécuta aussi les Mahométans. En 1743, elle détruisit 418 des 536 mosquées dans le gouvernement de Kazan.
Catherine II.
Une conception plus large des droits des Juifs obtenue sous Catherine II (1762-96)
Car tandis que l'impératrice, bien que talentueuse et libérale dans ses vues personnelles, prenait soin de ne pas heurter les préjugés du clergé gréco-orthodoxe, et trouvait encore inopportun d'abolir entièrement les discriminations séculaires contre les Juifs qui étaient devenues partie intégrante de la politique impériale des Romanovs, elle n'en trouvait pas moins nécessaire de faire quelque concession à l'esprit de l'époque. Pour cette raison, et reconnaissant aussi les services utiles que les marchands juifs pourraient rendre au commerce de l'empire, elle encouragea une application moins stricte des lois existantes. Ainsi, malgré les protestations des marchands de Riga, elle ordonna au gouverneur général Browne de Livonie de permettre le séjour temporaire à Riga d'un groupe de Juifs, qui ostensiblement avaient l'intention de s'établir dans les nouvelles provinces russes (1765) ; et en 1769 les Juifs furent autorisés à s'établir dans ces provinces aux mêmes conditions que les autres étrangers qui avaient été invités à développer cette région inhabitée. À peu près à cette époque eut lieu le premier partage de la Pologne, ayant pour résultat l'annexion à la Russie du territoire de la Biélorussie (1772), avec sa vaste population juive.
L'édit de Catherine, tel qu'il fut promulgué par le gouverneur général Chernyshov, contenait le passage suivant concernant les Juifs :
« La liberté religieuse et l'inviolabilité de la propriété sont par la présente accordées à tous les sujets de Russie, et certainement aussi aux Juifs ; car les principes humanitaires de Sa Majesté ne permettent pas l'exclusion des Juifs seuls des faveurs accordées à tous, tant qu'ils, comme de fidèles sujets, continueront à s'employer comme par le passé dans le commerce et les métiers, chacun selon sa vocation. »
Pétition des Juifs de Biélorussie
Nonobstant la promesse de Chernyshov (1772) selon laquelle les Juifs de Biélorussie seraient autorisés à jouir de tous les droits et privilèges qui leur avaient été accordés auparavant, ils continuèrent de souffrir de l'oppression des administrations locales. En 1784 les Juifs de Biélorussie pétitionnèrent l'impératrice en faveur de l'amélioration de leur condition. Ils faisaient remarquer que, ayant vécu pendant des générations dans des villages sur les domaines des propriétaires terriens, ils avaient établi des distilleries, des brasseries, etc., à grands frais, et que les propriétaires avaient eu le plaisir de leur louer diverses sources de revenus. Le gouverneur général avait maintenant interdit aux propriétaires de leur faire aucune location, de sorte qu'ils étaient en danger de s'appauvrir. Par un ordre impérial, les Juifs de Biélorussie étaient éligibles aux fonctions municipales, mais ils n'avaient jamais été élus en pratique, et se trouvaient ainsi privés de garanties légales. Ils se trouvaient à un désavantage supplémentaire en raison de leur ignorance de la langue russe. Ils demandaient donc une représentation aux tribunaux, particulièrement dans les affaires entre Juifs et Chrétiens, et que les affaires purement juives et religieuses soient jugées aux cours juives selon la loi juive. Ils pétitionnèrent en outre pour une protection appropriée dans l'observance de leur religion en conformité avec les promesses qui leur avaient été faites. Dans certaines villes et villages, les Juifs avaient construit des maisons sous un arrangement spécial avec les propriétaires terriens concernant les rentes foncières ; maintenant, les propriétaires avaient dans certains cas relevé les rentes sans avertissement, et les Juifs avaient en conséquence été contraints d'abandonner leurs maisons. Ils demandaient donc que les rentes soient maintenues comme auparavant, ou qu'au moins quelques années de grâce leur soient accordées pour qu'ils puissent prendre les arrangements nécessaires pour se transférer à d'autres endroits. Dans certaines villes, afin de faire place à des places et de faciliter l'arrangement plus moderne des rues de la cité, des habitations et d'autres bâtiments avaient été démolis sans compensation pour les propriétaires juifs. Les Juifs appartenant à des villages et bourgs avaient été contraints par les autorités de construire des maisons dans les cités, et se trouvaient ainsi au bord de la ruine.
Après le mûr examen de cette pétition par le Sénat, un oukase fut émis (7 mai 1786) autorisant les propriétaires de nouveau à louer leurs distilleries et auberges aux Juifs, et permettant l'élection des Juifs aux tribunaux, aux corporations marchandes, à la magistrature, et aux conseils municipaux. La demande pour des tribunaux juifs spéciaux ne fut pas accordée, bien que les affaires religieuses fussent placées sous la juridiction des rabbins et des ḳahals. Les questions concernant les prétendues rentes excessives et les dommages subis par la démolition des bâtiments appartenant aux Juifs furent laissées à l'ajustement par les autorités locales. La pétition des Juifs pour la protection dans l'exercice de leur religion fut accordée.
Peu de temps après la publication de cet oukase, des Juifs de la Russie blanche vinrent en plus grand nombre à Moscou, provoquant ainsi l'opposition des marchands de cette ville. Ces derniers adressèrent une demande au commandant militaire de Moscou (février 1790) pour obtenir l'exclusion des Juifs, qui, prétendait-on, sapaient la prospérité des marchands en vendant des marchandises au-dessous du prix standard. D'autres accusations stéréotypées furent également formulées. D'après cette demande (conservée dans les « Archives » de Vorontzov), il ressort que les marchands moscovites, dont la devise habituelle était « Celui qui ne trompe pas ne vend rien », étaient alarmés par la concurrence des Juifs ; et, sachant que l'impératrice tolérante ne permettrait pas une discrimination fondée sur des motifs religieux, ils déclaraient qu'ils étaient exempts de préjugés religieux et cherchaient simplement à protéger leurs intérêts commerciaux. Qu'ils aient réussi dans leurs efforts, c'est ce que montre la décision du conseil impérial du 7 octobre 1790 et l'oukase de l'impératrice du 23 décembre 1791, par lequel les Juifs furent interdits d'inscription à la corporation marchande de Moscou.
Malgré les idées libérales de Catherine, la perplexe question juive en Russie eut son origine au moment du premier partage de la Pologne.
Paul Ier.
Les événements tragiques dans la vie de Paul Ier (1796-1801), comme par exemple la déchéance et la mort violente de son père Pierre III, et les tentatives subséquentes de sa mère Catherine II de le priver du droit de succession, firent une impression sérieuse sur lui ; et son règne fut l'une des périodes les plus sombres de l'histoire de la Russie. Néanmoins, son règne tumultueux fut une période propice pour les Juifs, envers lesquels l'attitude de Paul fut une de tolérance et de bienveillance. Ceci est en partie confirmé par la législation contemporaine, qui ne consistait qu'en quelques dispositions. Sur les conseils de son confident, le baron Heiking, il accorda aux Juifs de la Courlande le privilège de citoyenneté et leur donna aussi des droits municipaux — une concession très importante, car jusqu'alors les Juifs de Courlande avaient été privés de tels privilèges. Mais encore plus important est le fait que Paul Ier s'opposa à l'expulsion des Juifs des villes. Ainsi il interdit leur expulsion de Kamianets-Podilsk et de Kiev. À peu près à cette époque (1796) le Sénat, sans la connaissance de l'empereur, promulgua une loi exigeant un paiement double pour la licence de corporation des marchands juifs. Quant au décret de 1797 inclus dans le code légal et imposant une taxation double sur les Juifs, il est à tort attribué à Paul Ier. Un tel décret avait été publié sous Catherine II en 1794, et bien que, en vertu de celui-ci, les Juifs aient continué à payer des taxes doubles sous Paul, il ne le réédita pas.
L'attitude de Paul envers les Juifs et le rôle qu'il joua dans leur vie historique avaient une plus grande importance que celle qui pourrait apparaître de ses mesures législatives. Cela est montré par des règlements officiels contemporains qui ne furent pas incorporés dans le code légal.
En 1799, le sénateur Derjavine, un poète russe, fut envoyé en Russie blanche mandaté pour enquêter sur les plaintes des habitants juifs de Shklov contre son propriétaire, le général Zorich. À peu près au même moment l'une des cours de Russie blanche enquêtait sur une accusation de meurtre rituel contre les Juifs ; et Derjavine, qui les haïssait comme « ennemis du Christ » et souhaitait aussi aider Zorich, proposa à Paul Ier que le témoignage des témoins juifs ne soit pas accepté jusqu'à ce que les Juifs aient prouvé qu'ils étaient innocents de l'accusation portée contre eux. Cette proposition, si elle avait été acceptée, aurait été désastreuse pour les Juifs russes, car ils auraient été privés du droit de témoigner à chaque procès de cette nature, et l'effet général aurait été de priver la population juive du droit de citoyenneté. Paul Ier, cependant, notifica à Derjavine que lorsqu'une cause était une fois devant un tribunal, il n'était pas nécessaire de la confondre avec des questions concernant les témoins juifs.
Les Ḥasidim.
Encore plus importante fut la solution de la question impliquant l'attitude du gouvernement envers le schisme juif qui concernait les Juifs de Russie et conduisit à la formation de la secte des ḤASIDIM. Sous Paul, l'antagonisme des Ḥasidim envers leurs adversaires devint violent. Les deux partis commencèrent à faire de fausses accusations contre l'autre au gouvernement. Le représentant honoré des Ḥasidim, Zalman Borukhovich, fut arrêté et conduit à Saint-Pétersbourg. Selon la déclaration de ses adversaires, il aurait participé activement à une tentative de nuire au gouvernement. Zalman réussit, cependant, à prouver son innocence, et en même temps à placer les Ḥasidim sous un jour favorable. Il fut libéré, et des ordres furent émis ordonnant que le ḥasidisme soit toléré et que ses adhérents soient laissés tranquilles. Par la suite, les ennemis de Zalman réussirent à nouveau à causer son emprisonnement, mais à l'avènement au trône d'Alexandre Ier, il fut libéré, et la secte fut à nouveau déclarée digne de tolérance. Ces incidents eurent pour résultat de confiner à nouveau la controverse religieuse aux Juifs eux-mêmes, et de diminuer quelque peu l'agressivité de l'antagonisme.
RUSSIA — Fragment 8
Paul I. s'opposa aux tentatives des communautés chrétiennes d'expulser, en vertu des anciens privilèges polonais, les Juifs des villes. Par son ordre, le différend entre les chrétiens et les Juifs de Kovno, qui avait duré de nombreuses décennies, fut réglé. Il décréta que les Juifs seraient autorisés à demeurer dans la ville, et qu'aucun obstacle ne serait mis en travers de leur chemin dans l'exercice de leurs commerces ou métiers. Il en résulta d'autres décrets interdisant l'expulsion des Juifs de Kiev et de Kamenetz-Podolsk. Après la mort de Paul I., les chrétiens de Kovno présentèrent à nouveau une pétition pour l'expulsion des Juifs, mais en raison du décret de Paul, leur pétition ne fut pas accordée. Pendant son règne, et apparemment à son instigation, le Sénat commença à rassembler des matériaux pour une législation complète concernant les Juifs. Sa mort prématurée, cependant, empêcha la réalisation immédiate de son projet, lequel ne fut achevé que sous Alexandre I.
Outre les restrictions générales de censure auxquelles la littérature russe était soumise sous le règne de Paul, il fut établi une censure pour les livres juifs. Elle avait son centre à Riga. Leon Elkan fut nommé censeur en chef et se vit confier deux adjoints, tous étant placés sous la commission générale de censure russe à Riga. Paul I. était constamment informé des rapports des censeurs sur les livres condamnés, et pouvait ainsi prendre des mesures pour renforcer les lois relatives aux livres répréhensibles.
Alexandre I.
Les premières années du règne d'Alexandre I. (1801-1825) furent marquées par la prévalence des idées libérales et par des tentatives de législation libérale. En tant qu'élève de Laharpe et admirateur de Rousseau, le jeune monarque était d'abord enclin à appliquer leurs enseignements au gouvernement pratique. L'esprit plus large dans la législation russe pour l'empire dans son ensemble affecta favorablement la condition de ses sujets juifs aussi.
Après la publication du décret du Sénat du 9 déc. 1802, concernant l'éligibilité des Juifs aux fonctions municipales dans la proportion d'un tiers du nombre total de telles fonctions, les représentants des habitants chrétiens de la ville de Wilna adressèrent (1 fév. 1803) une demande au chancelier de l'empire, le comte Vorontzov, pour l'abrogation de cet édit, au motif qu'il était contraire à leurs anciens privilèges lituaniens. Un esprit similaire se manifesta dans beaucoup d'autres villes de Russie.
Malgré l'hostilité des marchands chrétiens, on peut dire que le commencement de l'émancipation politique des Juifs a commencé avec l'édit de 1804. Les départements administratifs, cependant, soit délibérément soit inconsciemment, négligèrent le véritable but de cette loi, et ne firent aucune tentative sincère pour favoriser la solution de la question juive en améliorant la condition économique des Juifs eux-mêmes. Le but de l'édit était d'encourager d'abord la diffusion de l'éducation moderne parmi les masses juives, d'accélérer leur russification, et de les conduire aux poursuites agricoles. Malheureusement ceux chargés de l'exécution de ces mesures n'étaient pas guidés simplement par des motifs d'humanité et de justice ; et ils s'efforcèrent de répandre le baptême forcé parmi les Juifs. Par suite de cette attitude, les masses juives devinrent suspectes du gouvernement et de ses mesures ; et ces dernières ne purent donc pas être exécutées avec succès ([voir Alexander I., Pavlovich](/articles/1130-alexander-i-pavlovich-emperor-of-russia); [Israelite-Christians](/articles/8303-israelite-christians-izrailskiye-christiyanye)).
Nicolas I.
Le règne de Nicolas I., Pavlovich (né en 1796 ; régna de 1825 à 1855), dont le règne oppressif s'abattit comme un linceul sur le peuple russe, fut une période d'affliction constante pour ses sujets juifs aussi. Des édictes légaux concernant les Juifs promulgués en Russie de 1649 jusqu'en 1881, pas moins de six cents, ou la moitié, appartiennent à la période embrassée par le règne de Nicolas I. Ces lois furent rédigées presque entièrement sous la supervision immédiate de l'empereur. Son attitude envers les Juifs était marquée, d'une part, par une haine de leur foi et par des tentatives persistantes de les convertir au christianisme ; d'autre part, par une méfiance envers eux, qui provenait de la conviction que ces derniers, ou du moins la majorité d'entre eux, formaient une association fanatique et criminelle, qui trouvait dans la religion un soutien pour ses actes malveillants. Il ne fait aucun doute que les Juifs, alors concentrés dans la [Pale de résidence](/articles/11862-pale-of-settlement), et séparés des chrétiens par une série de restrictions légales et soumis à l'administration du [Ḳahal](/articles/9117-kahal) sanctionnée par le gouvernement, menaient une vie religieuse nationale, étroite et marquée par l'ignorance et le fanatisme. À cela s'ajoutait l'extrême pauvreté de ceux au sein de la Pale, qui dans une certaine mesure dépravait la population juive proscrite. Mais cette condition malheureuse n'était pas due aux exactions de leur foi, et ne fit qu'être aggravée par les mesures alors adoptées.
Politique Anti-Juive.
RUSSIE
Le système de limitations qui s'étaient développées sous les règnes précédents et qui considéraient les Juifs, en tant que non-chrétiens, comme les exploiteurs naturels des chrétiens, assuma sous Nicolas I^er des caractéristiques particulièrement prononcées. En fait, la législation de Nicolas I^er relative aux Juifs envisageait les problèmes suivants : Premièrement, selon le sens d'un document officiel, « diminuer le nombre de Juifs dans l'empire », ce qui signifiait convertir au christianisme aussi grand nombre d'entre eux que possible. Deuxièmement, réduquer les Juifs de manière à les priver de leur individualité ; c'est-à-dire de leur caractère spécifique, religieux et national. Troisièmement, rendre la population juive inoffensive pour les chrétiens tant économiquement que moralement. Les deux derniers problèmes s'avérèrent impossibles à résoudre par le gouvernement, principalement parce qu'il recourait à des mesures violentes. Afin d'affaiblir l'influence économique des Juifs et de les éloigner de leur isolement religieux et national, il aurait été nécessaire de les disperser en leur donnant l'occasion de s'établir dans une vaste région peu habitée. Craignant cependant que même de petits groupes de Juifs ne s'avérassent économiquement plus puissants que le peuple ignorant et lourd, dont la plupart étaient encore des serfs ; et craignant aussi que les Juifs n'exerçassent une influence éthique ou même religieuse sur les Russes, le gouvernement s'abstint d'encourager des relations plus intimes entre Juifs et chrétiens, et reconcentra les premiers, renforçant ainsi leur isolement. C'est seulement par des mesures soudaines et violentes que le gouvernement retira jamais une partie de la population juive de son environnement.
Mesures de conversion.
Afin d'encourager la conversion au christianisme, le gouvernement recourut à diverses mesures, dont la plus importante était la dotation des Juifs baptisés de tous les droits accordés aux chrétiens du même rang. Il y avait aussi d'autres mesures auxiliaires. Par exemple, les Juifs baptisés étaient exemptés du paiement des taxes pendant trois ans ; les meurtriers et autres criminels qui adoptaient le christianisme recevaient une indulgence comparativement plus grande que celle qu'ils auraient reçue autrement. Mais des mesures furent aussi prises pour une conversion forcée au christianisme. Il ne fait pas de doute que c'était en vertu de cette considération que les Juifs, qui jusqu'en 1827 avaient payé une somme spécifiée pour se libérer du service militaire, comme le faisaient aussi la classe marchande russe, furent appelés cette année-là à comparaître pour le service personnel dans l'armée. Ce règlement était formulé ostensiblement pour une distribution plus équitable des charges militaires parmi tous les citoyens, mais, en réalité, le gouvernement était poussé par le désir de détacher de la société juive, par l'aide du service militaire, un grand nombre de Juifs, et de les transplanter ailleurs sur le territoire russe afin de les priver de leurs traits juifs, et, le cas échéant, aussi de les baptiser. Les conditions du service sous Nicolas étaient telles que ces transferts pouvaient être effectués impunément.
Mesures de conscription.
La conscription, en dépit du fait que l'exemption avait été achetée, continua pendant vingt-cinq ans, l'âge des recrues s'échelonnant de douze à vingt-cinq ans. (Pour son effet sur les enfants voir l'article Cantonistes.) Des conditions spécialement oppressives de conscription furent conçues pour les Juifs afin d'augmenter le nombre de soldats juifs. Les Juifs étaient obligés de fournir dix conscrits par mille de leur population, tandis que les chrétiens ne devaient en fournir que sept ; de plus, les Juifs étaient obligés de fournir des conscrits à chaque terme de conscription, tandis que les chrétiens en étaient exemptés à certains intervalles. Les Juifs étaient en outre tenus de fournir des conscrits pour les arriérés dans le paiement des taxes, un conscrit pour chaque mille roubles. Ultérieurement ces recrues supplémentaires étaient prélevées comme simple amende pour arriérés sans s'acquitter de la dette par là. Cela mena à des souffrances terribles. Faute d'hommes valides (beaucoup s'enfuirent, craignant les misères de la guerre et le baptême forcé), les communautés juives, représentées par les ḳahals, étaient incapables de fournir un nombre de recrues aussi excessif ; et pourtant pour chaque conscrit qui n'était pas fourni en temps voulu, deux nouveaux conscrits étaient demandés. Il devint ainsi nécessaire d'enrôler des infirmes, des invalides et des vieillards, qui étaient placés dans les compagnies auxiliaires ; parfois même des membres du ḳahal étaient mis en service, en dépit de leur grand âge. Les seuls soutiens de familles étaient aussi pris, et enfin des garçons de seulement huit ans. Malgré toutes ces mesures cependant, les arriérés de conscription ne cessaient d'augmenter. Afin de remédier à la pénurie, les communautés juives furent autorisées en 1853 à saisir dans leur propre district tous les Juifs qui n'avaient pas de passeports et appartenaient à d'autres communautés juives, et à les enrôler dans leur propre quota de recrues. Les chefs de familles, quel que fût leur rang, avaient le droit de saisir de tels Juifs et de les livrer aux autorités comme substituts pour eux-mêmes ou pour les membres de leurs familles. Entre autres objets, le gouvernement entendait par là se débarrasser de ces Juifs auxquels les ḳahals refusaient de fournir des passeports afin d'éviter l'augmentation des arriérés de taxes et de conscription.
Les « Poimaniki ».
Cette mesure fut suivie par la persécution généralisée et la capture de Juifs qui n'avaient pas de passeports et qui étaient connus sous le nom de « poimaniki ». En outre, dans les localités où des recrues étaient nécessaires, les soi-disant « lovchiki » (ravisseurs) commencèrent à s'emparer même des Juifs possédant des passeports. Les passeports étaient volés et détruits, et les « poimaniki » étaient enrôlés de force sans pouvoir obtenir réparation. Il n'était plus sûr pour aucun homme de quitter sa maison. Par des motifs d'égoïsme, les autorités locales encourageaient ce trafic d'êtres humains. Les enfants étaient l'objet spécial des rafles. Ils étaient arrachés de force ou enlevés par la ruse des bras de leurs mères en plein jour, et vendus comme n'ayant pas de passeports. Nicolas Ier lui-même était impatient d'augmenter le nombre de « cantonistes » juifs. Il arriva parfois qu'il permit aux Juifs de rester dans les localités d'où ils avaient été sommés de partir, à condition qu'ils fissent des cantonistes de leurs fils, nés ou à naître.
Politique éducative.
Les réformes scolaires initiées par Nicolas Ier avaient dans leur tendance fondamentale une ressemblance avec ses réformes militaires. L'éducation des enfants et de la jeunesse juifs à cette époque avait un caractère distinctement religieux et national. Ceci était causé largement par les conditions de la vie civique contemporaine, qui décourageaient les relations intimes entre Juifs et Chrétiens. La voie vers l'illumination générale aurait pu être tracée le plus facilement par la réduction des incapacités des Juifs et par l'amélioration de leur condition sociale. Mais Nicolas Ier n'était pas, dans l'ensemble, ami de l'illumination ou de la tolérance civique, et son consentement final à l'initiation des réformes scolaires fut motivé, il y a raison de le croire, par un espoir secret de la conversion des Juifs. Quoi qu'il en soit, la réforme scolaire fut dirigée sous son influence en vue de forcer la rééducation de la génération croissante de Juifs dans les affaires religieuses. Les réformes furent esquissées par le ministre de l'instruction publique, Uvarov, qui était apparemment un véritable ami des Juifs, et qui trouva un assistant capable en la personne d'un Juif allemand, Max [Lilienthal](/articles/9984-lilienthal-max). Le gouvernement établit les soi-disant « écoles gouvernementales » de première et deuxième classe, et à cet effet usage fut fait de fonds juifs spéciaux et non des fonds généraux, nonobstant le fait que les Juifs payaient leur part de tous les impôts généraux. Selon un programme préalablement élaboré, l'instruction dans le Talmud était à être incluse, mais était à être nominale seulement, et était à être finalement discontinuée, puisque, dans l'opinion du gouvernement, elle tendait à favoriser divers maux. À Wilna et Jitomir deux écoles rabbiniques pour la formation des maîtres et des rabbins furent établies. Les écoles furent placées sous la direction de directeurs chrétiens, qui étaient dans la plupart des cas grossiers et sans instruction, et qui furent instruits d'inculquer aux étudiants un esprit contraire aux enseignements de la foi juive. À peu près au même moment, la persécution des maîtres populaires juifs (« melammedim »), qui avaient été en charge de l'éducation juive pendant des générations, fut initiée. Bien qu'il soit vrai que les écoles gouvernementales eussent servi l'utile fin de communiquer aux masses juives une éducation générale, elles avaient échoué à réaliser le succès qui avait été attendu d'elles. Les méthodes dures, mentionnées ci-dessus, créèrent la méfiance et l'anxiété dans l'esprit du peuple juif, qui ne fut jamais informé des intentions du gouvernement. En outre, certaines lois furent édictées simultanément à l'ouverture des écoles, et aussi plus tard, qui de même éveillèrent la peur parmi les Juifs. Elles défendirent impitoyablement l'observation des habitudes et coutumes rendues sacrées par l'antiquité, mais qui étaient sans importance en elles-mêmes, et qui au cours du temps auraient peut-être naturellement tombé en désuétude. Pour la législation sur les vêtements juifs voir l'article [Costume](/articles/4699-costume).
Comme mesure éducative, le gouvernement de Nicolas Ier tenta de diriger les Juifs vers des poursuites agricoles. Cet entreprise sage avait son origine dans le règne précédent, mais assuma une importance pratique considérable sous Nicolas Ier. Les agriculteurs reçurent divers privilèges dans le paiement des impôts, et eux et leurs descendants furent libérés du service militaire pour une période de cinquante ans. Malheureusement, la sévérité ultérieurement affichée réduisit considérablement le nombre d'aspirants agriculteurs. L'exécution des règlements pour la gestion appropriée des fermes fut confiée à des sous-officiers congédiés, des personnes nullement aptes à la supervision des colonies juives. De plus, il fut interdit aux Juifs d'engager des Chrétiens pour travailler pour eux. En 1844, cependant, ces mesures oppressives furent abrogées, et en 1852 de nouvelles et plus larges dispositions furent édictées pour inciter les Juifs à entreprendre l'agriculture à plus grande échelle.
Expulsions et fiscalité spéciale.
Bien que le gouvernement ait fait des efforts pour « rééduquer » les Juifs, en en plaçant un certain nombre dans des environnements russes, et bien qu'il ait introduit l'influence russe parmi la jeune génération de Juifs, également par des moyens coercitifs, cependant, les redoutant, il pourvut également à la séparation des Juifs d'avec les Chrétiens, sans tenir compte du fait que cette ségrégation contrecarrait tous ses autres décrets. Pour isoler les Juifs, un grand nombre d'entre eux furent expulsés, sous diverses prétextes, de villages, de villes et de provinces entières, bien qu'à intervalles les mesures d'expulsion fussent relâchées. En 1843, les Juifs furent ordonnés de quitter la zone limite de 50 verstes confinant à la Prusse et à l'Autriche, ostensiblement parce qu'on les soupçonnait de se livrer au commerce de contrebande (voir ci-dessous, _s.v._ Communautés rurales). L'application de ces mesures fournit ample occasion à l'abus et à l'oppression, et mena à une ruine économique graduelle des Juifs, la grande majorité desquels étaient déjà considérablement appauvris. Outre les causes générales, leur condition économique s'était constamment aggravée parce qu'ils avaient été contraints de payer une double imposition de 1794 à 1817, et lorsque ces doubles taxes furent abolies elles furent remplacées par des taxes spéciales juives. Il est vrai que la loi stipulait que ces taxes étaient imposées pour le maintien du bon ordre et pour le renforcement du travail caritatif au sein des communautés juives ; néanmoins, le gouvernement ne remit pas aux Juifs pour leurs propres besoins la totalité des sommes collectées, une part considérable restant entre les mains du gouvernement.
Abolition du Ḳahal.
L'abolition du ḳahal (1844) peut peut-être être considérée comme la mesure la plus avantageuse et la plus utile du règne de Nicolas I. Cette institution populaire d'élection avait servi en son temps un but utile en Pologne, où elle protégeait les Juifs des classes hostiles et turbulentes qui les entouraient. Aussi en Russie le ḳahal combattit à plusieurs reprises dans la défense des intérêts juifs, mais les dissensions religieuses qui éclatèrent au sein de la Juiverie russe transformèrent le ḳahal en arène de lutte partisane et de conflit interne. Les ḳahals utilisaient les évaluations fiscales et autres prérogatives comme instruments par lesquels ils pourraient persécuter leurs ennemis. Ces abus paralysèrent les activités bénéfiques du ḳahal, le transformèrent en bête noire pour la populace, et le privèrent de toute apparence d'autorité aux yeux du gouvernement. Aux jours de Nicolas I., il avait déjà perdu le caractère d'un corps représentatif, et avait dégénéré en une institution concernée uniquement par la contribution des taxes juives au trésor impérial. Le gouvernement renforça le pouvoir du ḳahal afin d'assurer une collecte plus uniforme des taxes et une conscription plus uniforme parmi les Juifs. Le pouvoir accru apporta avec lui de nouveaux abus. À ses vieilles armes le ḳahal en ajouta une nouvelle—la conscription. Cette période coïncida avec celle du désir éveillé parmi les Juifs d'une éducation ouest-européenne, particulièrement pour l'étude de l'allemand. Les chefs fanatiques du ḳahal persécutèrent ceux imbibés des nouvelles idées, et retardèrent ainsi considérablement le nouveau mouvement culturel.
Mais l'abolition du ḳahal eut aussi son côté négatif. Quand dans les règnes suivants la condition des Juifs fut améliorée, ils ne possédaient plus l'institution représentative qui aurait pu leur servir à bon escient dans l'obtention de certaines réformes. Avec l'abolition du ḳahal fut perdu aussi ce lien d'union parmi les Juifs qui leur était indispensable dans la défense de leurs intérêts communs en tant que portion distincte de la population urbaine. La plupart des Juifs vivaient dans les villes, et presque tous appartenaient à la classe bourgeoise ou marchande ; mais bien qu'à cette époque les guildes urbaines et les guildes de marchands et d'artisans jouissent d'un certain degré d'autonomie gouvernementale dans les matières administratives, économiques et judiciaires, les droits des Juifs en ce qui concerne ce point avaient été limités même avant l'accession de Nicolas I., et il imposa encore des restrictions plus grandes. Il y avait une règle que même aux endroits où la population juive était quantitativement plus grande que la chrétienne, les Juifs ne pouvaient participer à l'autonomie locale que jusqu'à concurrence d'un tiers du nombre total de votes. De plus, la tenue de certaines positions ne leur était pas ouverte. Ainsi, étant sans représentation adéquate, ils ne pouvaient protéger leurs intérêts, et d'où des devoirs municipaux et généraux leur étaient imposés dans une proportion indue. Ils en furent entièrement exclus de la participation aux jurys, même dans les tribunaux de commerce. Dans certaines villes dans lesquelles la classe marchande était entièrement composée de Juifs, des forgerons chrétiens étaient sélectionnés comme membres du tribunal, et ils décidaient des différends commerciaux des Juifs. Tout cela naturellement abaissa les Juifs dans l'estime de leurs voisins et les estrangea des Chrétiens.
Nonobstant son inimité envers les Juifs Nicolas I. assuma le rôle de protecteur quand l'[Accusation de sang](/articles/3408-blood-accusation) fut portée contre ceux de Velizh. Croyant d'abord à la vérité de l'accusation, il traita les accusés avec une grande sévérité ; mais quand il devint clair pour lui que l'accusation était fausse il condamna les procédures irrégulières de la commission enquêtrice, et il devint ainsi possible de disculper tous les accusés. Beaucoup des décrets de limitation promulgués sous Nicolas I. sont encore (1905) en vigueur.
Alexandre II. Faveurs les Juifs.
Une nouvelle ère d'espoir et de réalisation partielle commença pour les Juifs de Russie avec l'avènement au trône d'Alexandre II., Nikolaïévitch (1855-81). Les résultats désastreux de la guerre de Crimée avaient démontré l'inaptitude de l'appareil gouvernemental et de la législation existante à faire face aux besoins du jour. Des réformes devinrent nécessaires, et quelques-unes furent introduites. Néanmoins, limitée qu'était l'application de ces réformes, l'effet en fut remarquable. Indépendamment des lois elles-mêmes, la société russe manifesta une attitude plus tolérante envers les Juifs, contribuant ainsi à leur russification rapide et à la propagation du savoir séculier parmi eux. Malheureusement ce mouvement fut bientôt traversé par deux courants opposés dans la vie russe—le Nihilisme et le Panslavisme. Ceux-ci eurent pour résultat d'amener un sentiment moins tolérant envers les Juifs, mais c'était sans la faute d'Alexandre II., que Lord Beaconsfield désigna comme « le prince le plus bienveillant qui ait jamais régné en Russie » ([voir Alexander II., Nikolaievich](/articles/1131-alexander-ii-nikolaievich-emperor-of-russia)).
Attitude réactionnaire d'Alexandre III.
Le règne d'Alexandre III. (1881-94) marque une ère non seulement de réaction, mais de retour aux méthodes médiévales ([voir Alexander III., Alexandrovich](/articles/1132-alexander-iii-alexandrovich-emperor-of-russia)). Pendant ce règne, une commission, sous la présidence du Comte Pahlen, fut chargée de l'investigation de la question juive ; et ses conclusions furent plutôt favorables aux Juifs. L'un des membres de la commission, [Demidov](/articles/5083-demidov-pavel-pavlovich), Prince de San-Donato, préconisa même l'abolition de la Pale of Settlement et l'octroi de droits égaux aux Juifs. Cependant, les [Lois de Mai](/articles/10508-may-laws), introduites par Ignatiev en 1882 comme mesure temporaire jusqu'à l'achèvement des investigations de la commission Pahlen, eurent des conséquences désastreuses. Alexandre III. continua d'être guidé dans son attitude envers les Juifs par le procureur du Saint-Synode, Pobiedonostzev, qui fut nommé procureur-général en 1880, et qui aurait déclaré qu'un tiers des Juifs en Russie seraient forcés d'émigrer, un autre tiers seraient contraints d'accepter le baptême, et le reste serait porté au bord de la famine. Le programme de Pobiedonostzev maintenait que l'absolutisme et l'Orthodoxie grecque étaient les piliers de l'empire, puisqu'ils étaient sanctionnés par Dieu et fondés sur des antécédents historiques. Il assura ainsi l'approbation d'Alexandre III. dans l'exécution de mesures despotiques non seulement contre les Juifs, mais aussi contre les Catholiques, les Luthériens et les Arméniens.
Les restrictions limitant le nombre d'étudiants juifs dans les écoles secondaires et les universités (1887), l'exclusion des Juifs de la nomination ou de l'élection comme membres des conseils de ville ou des conseils d'échevins, et le licenciement des employés juifs des chemins de fer, des compagnies de navigation à vapeur, et même de certaines institutions, comme les hôpitaux (bien que partiellement soutenus par les Juifs), furent parmi les incapacités civiles ; et des obstacles furent aussi soulevés à l'exercice de la religion juive. La violence des fonctionnaires subalternes augmenta, et la situation fut rendue plus critique par la conversion de nombreuses villes et bourgades en villages, et par l'expulsion des Juifs de ceux-ci. Les districts de Rostov et Taganrog, qui avaient formé une partie de la Pale, furent inclus dans le district militaire du Don, leurs habitants juifs étant expulsés sommairement (1889). Un grand nombre de mécaniciens juifs fut expulsé de Saint-Pétersbourg entre 1888 et 1890. Au début de 1891, avec la nomination du Grand-Duc Serge (assassiné en 1905) comme gouverneur-général de Moscou, l'expulsion des Juifs de cette ville fut décidée. L'intention de l'administration fut tenue secrète jusqu'aux premier et second jours de la Pâque, un moment jugé commode par la police pour piéger un grand nombre de Juifs. On estime que d'ici le 14 juin 1892, 14 000 artisans juifs avaient été bannis de Moscou. N'étant pas capables de trouver des acheteurs pour leurs effets ménagers, les exilés les abandonnèrent fréquemment ; et beaucoup de dettes restèrent impayées. L'inhumanité et la brutalité avec lesquelles ce bannissement fut exécuté ne trouvent d'analogie que dans l'histoire sombre de l'Espagne (voir Jew. Encyc. ix. 41a, _s.v._ Moscow). Des expulsions similaires se produisirent à Tula, Novgorod, Kaluga, Ryazan, Riga, etc. Des Juifs étrangers en grand nombre furent expulsés du pays, et spécialement de la Russie du Sud. De nombreuses familles reçurent l'ordre de quitter Riga et Libau en 1893 ; et la même année tous les résidents juifs de Yalta reçurent l'ordre de quitter cette ville.
Les conditions économiques étaient mauvaises dans le Pale avant ces expulsions, elles devinrent indescriptiblement pires après que sa population eut été augmentée de milliers de réfugiés appauvris de l'intérieur de la Russie. La lutte pour la simple existence devint si féroce que les pauvres travaillaient souvent quinze, dix-huit, ou même vingt heures par jour et ne pouvaient se permettre une nourriture meilleure que du pain et de l'eau. Une large partie du prolétariat vivait dans une condition de semi-famine. Dans un article du « Journal du Nord » de 1892 (Errera, « Les Juifs Russes », pp. 120-121) il était énoncé : « Il n'y a en Russie que 10 000 à 15 000 Juifs qui possèdent des moyens d'existence quelconque. Quant aux masses, elles ne possèdent rien ; et elles sont beaucoup plus pauvres que la populace chrétienne, qui du moins possède quelques terres. » L'ignorance générale qui prévalait dans les pays étrangers concernant ces terribles conditions était due en grande partie à la suppression par la censure de toute mention dans les journaux russes des actes brutaux de la police. Mais des avis isolés qui trouvèrent leur chemin dans la presse étrangère créèrent une vague d'indignation à travers l'Europe, et forcèrent même Pobiedonostzev à faire des explications apologétiques. Dans une interview avec Arnold White il déclara que « tout le monde regrettait la brutalité du chef de police à Moscou. » Il est bien connu, cependant, que cet officier exécutait simplement les instructions du Grand-duc Sergius, qui lui-même appliquait en pratique les enseignements de Pobiedonostzev. Parlant de ceux-ci, l'historien Mommsen dit (1er nov. 1903) : « N'est-il pas possible d'arrêter la décadence d'une civilisation si vantée, le suicide de la Russie ? ... Mais nous pouvons encore espérer que les hommes d'État d'un grand empire et l'arbitre souverain de l'Europe ne soient plus dominés par l'action aveugle d'un Torquemada ressuscité. »
Comme résultat de cette politique médiévale, les diverses factions de la Juiverie russe s'unirent pour les objectifs de l'autodéfense nationale. Des comités furent organisés dans toute la Russie et dans d'autres pays pour le secours des Juifs opprimés. Des nombres considérables des plus entreprenant d'entre eux cherchèrent un secours dans l'émigration, avec le résultat que pendant les deux dernières décennies du dix-neuvième siècle plus de 1 000 000 de Juifs quittèrent la Russie, la grande majorité desquels allèrent aux États-Unis d'Amérique, tandis que des nombres plus petits émigrèrent en Palestine, en Amérique du Sud, et en Afrique du Sud. Un autre mouvement directement traçable à la législation répressive en Russie fut la croissance du nationalisme parmi les Juifs russes, aboutissant à la colonisation agricole en Palestine, et à l'organisation de sociétés sionistes ([voir Colonies Agricoles](/articles/905-agricultural-colonies-in-the-argentine-republic-argentina); [Alexandre III., Alexandrovitch](/articles/1132-alexander-iii-alexandrovich-emperor-of-russia); [Ignatiev](/articles/8065-ignatiev-ignatyev-ignatieff-count-nikolai-pavlovich); [May Laws](/articles/10508-may-laws); [Moscou](/articles/11042-moscow)).
Nicolas II.
Les espérances que les Juifs de Russie avaient placées en Nicolas II., l'héritier pusillanime d'Alexandre III., ne furent pas justifiées par les événements subséquents à son accession (1er nov. 1894). Le traitement oppressif des Juifs par Alexandre III. laissait du moins aucune place au malentendu quant à ses véritables intentions. La politique de Nicolas II., bien que non moins oppressive, était plus évasive. Là où les discriminations légales contre les Juifs furent quelque peu relaxées, comme dans la discontinuation de l'expulsion des provinces intérieures, ou dans l'application plus libérale de la loi de limite de 50-verstes, une telle relaxation était due à des motifs utilitaires plutôt qu'à ceux de la justice. Une certaine influence dans cette direction fut indéniablement exercée par les pétitions de nombreux marchands chrétiens et fermiers d'Astrakan, Tambov, Borisoglyebsk, Tzaritzyn, etc., qui virent la ruine économique dans le départ des Juifs. D'autre part, des fardeaux additionnels et lourds furent imposés par le gouvernement de Nicolas sur les Juifs de Russie. L'établissement du monopole gouvernemental de l'alcool (1896) priva des milliers de familles juives d'un moyen de subsistance. Pour des raisons éthiques les Juifs éminents de Russie furent satisfaits de voir leurs coreligionnaires éliminés du commerce de l'alcool au détail ; cependant il fut senti que dans l'exécution de la loi un traitement plus équitable aurait dû être accordé aux taverniers juifs. Dans la même année de nouvelles mesures restrictives furent introduites concernant le droit de résidence des étudiants juifs à l'Université de Moscou, et un ordre fut émis prohibant l'emploi de Juifs dans la construction du Chemin de fer sibérien. Le nombre de femmes juives admissibles pour l'admission à l'école médicale de Saint-Pétersbourg fut limité à trois pour cent du nombre total d'étudiants ; et à la nouvelle école d'ingénieurs établie à Moscou aucun Juif ne fut admis. Une ordonnance fut également émise prohibant l'emploi de la langue hébraïque ou du dialecte yiddish par les marchands juifs dans leurs comptes commerciaux ; et en 1899 de nouvelles restrictions furent imposées sur les marchands juifs de Moscou qui par la loi avaient jusqu'alors été exempts de certaines incapacités en tant que membres de la première gilde marchande.
Une accusation de crime rituel avec sa séquence usuelle—une émeute anti-juive—fut portée contre les Juifs d'Irkoutsk en 1896. En fév. 1897, une émeute anti-juive eut lieu à Shpola, gouvernement de Kiev, aboutissant à la destruction de nombreuses propriétés juives. Une émeute anti-juive eut lieu également à Kantakuzov, gouvernement de Kherson, et une accusation de crime rituel dans le gouvernement de Vladimir ; en 1899 un nombre d'émeutes anti-juives eurent lieu à Nikolaiev et ailleurs dans le sud de la Russie, et l'année suivante les Juifs souffrirent d'émeutes additionnelles et d'accusations de crime rituel. Comme résultat les masses juives furent ruinées, et leur état pitoyable fut intensifié par la famine qui s'étendit en Bessarabie et en Kherson.
La crise économique qui culmina en 1899 apporta une grande détresse sur de nombreuses communautés juives du sud de la Russie, mais l'Association pour la Colonisation des Juifs prit des mesures énergiques pour envoyer une aide opportune aux nécessiteux. C'est à l'honneur des plus riches parmi les Juifs russes qu'ils aient réagi immédiatement aux appels à l'aide, et de cette manière atténuèrent grandement la misère. La charité juive s'exprima aussi cette année-là dans l'établissement d'associations de prêts, d'écoles modèles, et de maisons de logement bon marché pour les pauvres. De plus, des écoles commerciales et techniques furent fondées dans de nombreuses villes de la Pale.
Émeutes à Kichinef et Homel.
En 1899 soixante-dix familles juives qui avaient habité Nijni-Novgorod sous des permis temporaires furent expulsées, de même que soixante-cinq paveurs de la ville de Kiev sous le prétexte qu'ils ne poursuivaient pas leur métier. L'admission des Juifs aux universités et à d'autres institutions éducatives fut rendue de plus en plus difficile. En 1903 des expulsions notoires eurent lieu à Kiev, dans le Caucase, et à Moscou. Une émeute anti-juive destructrice fut tolérée à Kichinef par la connivence des autorités locales, qui étaient encouragées par le ministre de l'Intérieur von Plehve (assassiné 1904) ; et en septembre de la même année une émeute similaire eut lieu à Homel. Cette année-là aussi une ordonnance fut édictée interdisant la tenue de réunions sionistes. Toutes ces mesures d'oppression furent menées par le gouvernement (comme l'admit von Plehve au leader sioniste, le Dr Herzl) en raison de la participation de la jeunesse juive au mouvement socialiste.
Les émeutes à Kichinef et Homel et la dépression économique générale donnèrent une impulsion à l'émigration juive de Russie, qui fut presque doublée en l'espace d'un an. Les choses furent rendues encore pires par l'éclatement de la guerre russo-japonaise en février 1904, quand environ 30 000 Juifs furent inclus dans les régiments envoyés en Extrême-Orient. Particulièrement grand était le nombre de médecins juifs ordonnés au front, un nombre largement disproportionné à la population juive. Le mécontentement général provoqué par l'organisation des réserves militaires trouva expression dans des soulèvements contre le gouvernement, et dans des émeutes anti-juives qui, s'ajoutant à la grave crise économique, amenèrent des milliers de familles juives au bord de la famine.
Un rayon d'espoir apparut aux Juifs russes à la nomination du ministre libéral, le Prince Svyatopolk-Mirski, pour succéder à von Plehve. Dans sa promesse de réformes générales ils virent l'amélioration de leur triste condition ; mais leurs espoirs, ainsi que ceux de toute la Russie, furent brisés par les événements rigoureux du 22 janvier 1905, quand des centaines d'ouvriers furent tués ou blessés à Saint-Pétersbourg. Dans la lutte pour une forme de gouvernement plus libérale maintenant en cours (1905) les Juifs sont naturellement du côté des Libéraux.
Conditions en 1905.
La portion intelligente de la société russe, autrefois plus ou moins influencée par la croisade antisémite de la « Novoye Vremya », « Svyet », etc., en est venue à reconnaître que les Juifs ne sont pas responsables de la plight économique de la Russie, et que les Russes eux-mêmes, plus que d'autres, ont été les victimes d'un régime bureaucratique corrompu. Des écrivains éminents comme le comte Léon Tolstoï, Maxime Gorki, et Korolenko ont protesté contre le mouvement antisémite organisé comme une menace non seulement pour les Juifs, mais pour la civilisation elle-même. D'un autre côté, il y a une portion du peuple russe inculte parmi laquelle la prédication systématique contre les Juifs a pris un hold ferme. Ainsi la bourse de valeurs de Koursk résolut d'exclure les Juifs de l'adhésion, de même que la société horticole bessarabienne ; bien que le ministre de l'agriculture eût accordé son éloge à la viticulture modèle pratiquée par les Juifs de Bessarabie. Une résolution similaire d'exclusion fut passée par l'association des cordonniers d'Odessa. Les élèves juifs de l'école commerciale de Libau qui avaient été emmenés par le directeur en excursion scientifique à Moscou ne furent pas autorisés à entrer dans la ville. Cela et diverses autres discriminations particulièrement cruelles contre les Juifs à Moscou étaient largement dues à l'attitude qui fut prise par le gouverneur-général, le Grand-Duc Sergius. Les petits fonctionnaires interprétaient la loi selon leur convenance, et continuèrent dans leur cours même après que le Sénat eut annulé bon nombre de leurs décisions. Les procédures judiciaires dans les cas découlant des émeutes de Homel furent une parodie de justice, et furent marquées par de vains efforts de la part de la magistrature de justifier la conduite de l'administration et de rejeter le blâme des conditions existantes sur les Juifs. Les avocats engagés pour défendre les Juifs furent tellement dégoûtés par les insultes et les restrictions auxquelles ils furent soumis par le tribunal qu'ils se retirèrent en corps, laissant les accusés sans conseil.
Les grands maux du régime réactionnaire d'Alexandre III, et du règne de Nicolas II, infligeant comme ils l'ont fait des souffrances innombrables aux Juifs de Russie, ne sont pas restés sans quelque compensation. D'une part, l'intention avouée des officiels réactionnaires de faire du Juif le bouc émissaire de toute la corruption gouvernementale et du retard économique de la Russie a conduit à des démonstrations anti-juives et à des extorsions sans fin, à la destruction presque complète du respect pour la loi, à l'appauvrissement de milliers de familles juives et non-juives, à des baptêmes pratiquement obligatoires et largement répandus, et à une émigration généralisée. D'autre part, les mesures gouvernementales ont poussé un grand nombre de Juifs à chercher du travail dans l'artisanat et comme ouvriers agricoles dans les fermes, ont contraint les fabricants juifs à établir et développer des industries nouvelles sur une échelle sans précédent dans le Pale, et ont créé parmi les Juifs de Russie une prise de conscience nationale qui trouve son expression dans une auto-éducation plus large, dans l'établissement de sociétés littéraires et de cercles de lecture, dans la croissance du sionisme, et dans la détermination de poursuivre une propagande organisée pour l'amélioration morale, mentale et physique des masses juives.
— Statistiques de Recensement :
Le premier recensement russe fondé sur des sources fiables est celui de 1897. La population juive porta un grand intérêt à ce recensement, car tous les actes législatifs relatifs aux Juifs avaient précédemment reposé sur des statistiques peu fiables, le nombre de Juifs avait été surestimé, et, par conséquent, la population juive avait souvent été surchargée d'impôts et autres devoirs envers l'État. Le recensement de 1897 incluait tout le territoire russe excepté la Finlande, Boukhara et Khiva.
Selon ce recensement, la population totale de la Russie en 1897 était de 126,368,827. Ce nombre incluait 5,189,401 Juifs, soit 4,13 pour cent. L'établissement de ce seul fait concernant la population juive fut d'une grande importance pour les intérêts des Juifs. Sur la base de ces chiffres sont apparus tant dans la presse juive que dans la presse générale de nombreux articles qui montrent clairement que selon leur proportion numérique à la population générale, les Juifs payent des impôts et des devoirs plus lourds qu'ils ne le devraient. La même situation existe quant au service militaire. Il existe en Russie une série entière de législations spéciales dirigées contre les Juifs et fondées sur la supposition qu'ils cherchent à éviter le service militaire ; en conséquence, les mesures prises contre eux sont tout à fait anormales. Un exemple de cette législation spéciale est l'amende de 300 roubles imposée aux parents, du plus proche au plus éloigné, de quiconque a évité le service militaire. Cette lourde amende a ruiné plusieurs centaines de familles juives car, pour lever l'amende, les officiels gouvernementaux ont été contraints de vendre les propriétés des Juifs aux enchères. Parfois, les biens ménagers, y compris les articles les plus nécessaires, ont été vendus par le commissaire-priseur. Le résultat du recensement montra que les suppositions concernant le service militaire des Juifs étaient entièrement sans fondement. En 1901, par exemple, 303,897 personnes ont été appelées au service militaire, dont 17,412, soit 5,73 pour cent, étaient Juifs. Selon la loi, cependant, seulement 12,550 Juifs étaient assujettis au service militaire ; c'est-à-dire qu'il aurait été nécessaire que les Juifs fournissent seulement 4,13 pour cent au lieu de 5,73 pour cent. De cela il apparaît que la population juive non seulement ne cherchait pas à éviter le service militaire, mais a effectivement fourni 4,862 soldats de plus que la loi et le devoir ne l'exigeaient.
La distribution des 5,189,401 Juifs dans tout le territoire russe est fort inégale. À des fins administratives, l'empire russe est divisé en huit grands territoires : (1) Russie européenne, avec cinquante gouvernements ; (2) Pologne, avec dix gouvernements ; (3) Caucase, avec onze gouvernements ; (4) Sibérie, avec neuf gouvernements ; (5) Asie centrale, avec neuf gouvernements ; (6) Finlande ; (7) Boukhara ; (8) Khiva.
La plus grande partie des Juifs russes vit dans le Pale de Résidence, qui occupe seulement un vingt-troisième du territoire général. La proportion de la population juive à la population chrétienne dans ce Pale est 11,46 pour cent, tandis qu'en dehors du Pale elle n'est que 0,38 pour cent. Le pourcentage de Juifs vivant dans le Pale est 93,93, contre 6,07 pour cent vivant en dehors du Pale.
Russie Européenne. En dehors du Pale de Résidence Juif.
Gouvernements.
Population Juive.
Population Totale.
Pourcentage de Juifs à la Population Totale.
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Hommes.
Femmes.
Total.
I.
Russie du Nord.
Arkhangelsk
152
100
252
346,536
.08
Kazan
1,179
1,107
2,286
2,176,424
.11
Kostroma
461
369
830
1,389,812
.06
Novgorod
3,338
1,402
4,740
1,367,022
.035
Olonetz
201
202
403
364,156
.11
Perm
1,129
890
2,019
2,993,562
.07
Pskov
3,113
3,341
6,454
1,122,152
.58
Saint-Pétersbourg
11,462
9,808
21,270
2,109,463
1.01
Oufa
355
340
695
2,196,642
.03
Vologda
242
183
425
1,341,785
.03
Viatka
394
423
817
3,032,552
.03
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Totaux
22,026
18,165
40,191
18,440,106
.22
II.
Russie Centrale.
Kalouga
945
536
1,481
1,132,843
.13
Koursk
2,252
1,889
4,141
2,371,213
.17
Moscou
5,437
3,312
8,749
2,427,415
.36
Nijni-Novgorod
1,390
1,283
2,673
1,584,774
.12
Orel
3,488
2,770
6,258
2,039,808
.31
Penza
353
207
560
1,470,968
.04
Ryazan
1,079
468
1,547
1,803,617
.09
Saratov
1,768
1,274
3,042
2,406,919
.13
Simbirsk
329
242
571
1,527,481
.04
Smolensk
5,711
4,785
10,496
1,525,629
.69
Tambov
1,258
905
2,163
2,683,059
.08
Tula
1,605
1,045
2,650
1,422,291
.19
Tver
756
640
1,396
1,769,443
.08
Vladimir
693
474
1,167
RUSSIE
1,515,693 .09
Yaroslav
985
661
1,646
1,071,579
.15
_________
___________
___________
____________________
___________________________
Totaux
28,049
20,491
48,540
26,752,732
.18
III.
Russie du Sud-Est.
Astrakhan
1,637
1,536
3,173
1,003,542
.31
Territoire du Don
7,847
7,593
15,440
2,562,754
.69
Kharkov
7,531
6,194
13,725
2,492,367
.55
Orenbourg
1,099
994
2,093
1,600,500
.13
Samara
1,293
1,208
2,501
2,748,876
.09
Voronèje
1,418
1,262
2,680
2,531,253
.11
_________
___________
___________
____________________
___________________________
Totaux
20,825
18,787
39,612
12,939,292
.31
IV.
Provinces Baltiques.
Courlande
23,327
25,986
49,313
672,308
7.33
Estonie
909
487
1,396
418,817
.33
Livonie
14,703
13,951
28,654
1,299,523
2.24
_________
___________
___________
____________________
___________________________
Totaux
38,939
40,424
79,363
2,390,648
3.32
\==========
\===========
\===========
\============
\====================
Totaux, Russie européenne, excepté la Pale
109,839
97,867
207,706
60,522,778
0.34
Pale du Peuplement.
Gouvernements.
Population Juive.
Population Totale.
Pourcentage de Juifs par rapport à la Population Totale.
__________________________________________________________________________
Hommes.
Femmes.
Total.
I.
Russie du Nord-Ouest.
Grodno
134,126
142,748
276,874
1,602,681
17.28
Kovno
101,290
110,940
212,230
1,548,410
13.71
Minsk
163,457
175,200
338,657
2,147,911
15.77
Moghilef
96,686
104,615
201,301
1,688,573
11.92
Vitebsk
83,238
92,440
175,678
1,489,228
11.80
Wilna
98,443
106,818
205,261
1,591,207
12.90
_________
___________
___________
_____________________
___________________________
Totaux
677,240
732,761
1,410,001
10,068,010
14.00
II.
Russie du Sud-Ouest.
Chernigov
55,091
59,539
114,630
2,298,834
4.99
Kiev
207,245
220,618
427,863
3,559,481
12.03
Podolie
177,458
189,139
366,597
3,018,551
12.15
Poltava
55,337
56,080
111,417
2,780,424
4.02
Volhynie
193,059
204,713
397,772
2,987,970
13.31
_________
___________
___________
_____________________
___________________________
Totaux
688,190
730,089
1,418,279
14,645,260
9.70
III.
Russie du Sud.
Bessarabie
110,573
115,064
225,637
1,936,392
11.65
Crimée
33,880
32,245
66,125
1,448,973
4.57
Kherson (y compris Odessa)
165,900
171,382
337,282
2,738,923
12.32
Yekaterinoslav
51,327
49,409
100,736
2,113,384
4.77
_________
___________
___________
_____________________
___________________________
Totaux
361,680
368,100
729,780
8,237,672
8.86
IV.
Pologne (Territoire de la Vistule).
Kalisz
34,915
37,424
72,339
842,398
8.59
Kielce
40,044
42,383
82,427
761,689
10.82
Lomza
44,483
46,429
90,912
579,300
15.69
Lublin
74,357
79,371
153,728
1,159,273
13.26
Piotrkow
109,497
112,802
222,299
1,404,031
15.83
Plock
23,769
26,704
50,473
553,094
9.13
Radom
55,160
58,117
113,277
815,062
13.89
Suwalki
28,468
30,340
58,808
582,696
10.09
Syedlitz
59,656
62,714
122,370
772,386
15.84
Varsovie
169,978
179,965
349,943
1,931,168
18.12
_________
___________
___________
_____________________
___________________________
Totaux
640,327
676,249
1,316,576
9,401,097
14.01
\=========
\==========
\==========
\================
\===================
Totaux généraux
2,367,437
2,507,199
4,874,636
42,352,039
11.46
Carte de la Russie occidentale montrant la Pale du Peuplement juif.
Caucase.
Gouvernements.
Population Juive.
Population Totale.
Pourcentage de Juifs par rapport à la Population Totale.
__________________________
Hommes.
Femmes.
Total.
Baku
6,040
5,610
11,650
826,806
1.41
Territoire de la Mer Noire
587
467
1,054
57,478
1.83
Daghestan
5,256
4,594
9,850
571,381
1.72
Elizabethpol
992
1,031
2,023
878,185
.23
Erwan
1,197
876
2,073
829,550
.25
Kars
1,118
90
1,208
290,654
.42
Kouban
2,453
2,343
4,796
1,919,397
.25
Koutaïs
4,703
4,199
8,902
1,057,243
.84
Stavropol
717
574
1,291
873,805
.15
Territoire de Tersk
4,272
2,848
7,120
932,341
.76
Tiflis
4,666
3,838
8,504
1,054,250
.81
_____
_____
_____
________________
___________________________
Totaux
32,001
26,470
58,471
9,291,090
.63
Asie Centrale.
Gouvernements.
Population Juive.
Population Totale.
Pourcentage de Juifs par rapport à la Population Totale.
__________________________
Hommes.
Femmes.
Total.
Akmolinsk
811
817
1,628
682,429
.24
Ferghana
1,366
903
2,269
1,575,869
.14
Samarcande
2,352
2,027
4,379
859,123
.51
Semipalatinsk
156
146
302
686,909
.04
Semiryechensk
153
126
279
990,211
.03
Syrdarian
1,646
1,131
2,777
1,466,249
.19
Torgay
36
22
58
453,691
.02
Transcaspien
669
240
909
380,323
.24
Oural
70
58
128
645,590
.02
_______
______
______
________________
___________________________
Totaux
7,259
5,470
12,729
7,740,394
.16
Sibérie.
Gouvernements.
Population Juive.
Population Totale.
Pourcentage de Juifs par rapport à la Population Totale.
__________________________
Hommes.
Femmes.
Total.
Amour
231
163
394
120,306
.33
Territoire du Littoral (Khabarovsk)
1,441
150
1,591
223,336
.72
Irkoutsk
4,396
3,843
8,239
514,202
1.60
Île de Sakhaline
80
47
127
28,113
.45
Tobolsk
1,241
1,212
2,453
1,434,482
.17
Tomsk
3,852
3,844
7,696
1,928,257
.40
Transbaikal (Chita)
3,934
3,616
7,550
637,777
1.18
Iakoutsk
391
306
697
209,607
.26
Énisseï
2,917
2,813
5,730
570,579
1.00
_____
_____
_____
________________
___________________________
Totaux
18,483
15,994
34,477
5,666,659
.60
\======
\======
\=====
\=============
\=============================
Totaux Russie asiatique
57,743
47,934
105,677
22,698,143
.48
Densité de la Population Juive.
Des chiffres précédents on peut tirer les conclusions suivantes : (1) Qu'il n'existe guère une seule province en Russie sans population juive. Les Juifs se trouvent même dans les steppes d'Astrakhan, parmi les Kalmouks et les Kirghizes, dans l'île de Sakhaline, et même dans le territoire reculé d'Iakoutsk. (2) Que ce n'est que dans l'extrême nord que la population juive est très peu importante, comme par exemple dans le gouvernement d'Arkhangelsk. Dans les gouvernements de Viatka, Vologda et Olonetz il n'y a aucun Juif ; mais parmi les 592 districts (uyezdy) de la Russie européenne, seulement 17 sont sans aucune population juive. Dans les gouvernements asiatiques la proportion est plus grande, puisque 18 districts sur 176 n'ont aucune population juive. Dans la Pale du Peuplement proprement dite—consistant en Pologne, Lituanie, Volhynie, Kiev, Bessarabie, Podolie et Odessa—la population juive varie de 10 à 15 pour cent ; dans la région d'immigration—également partie de la Pale, et consistant des gouvernements de Poltava, Chernigov, Yekaterinoslav, Crimée et Kherson (excepté Odessa)—de 4 à 5 pour cent ; et dans le reste de la Russie, de 0,03 à 0,5 pour cent. Dans le district d'immigration, les Juifs se sont établis à la fin du dix-huitième siècle en grand nombre, et une immigration constante a suivi depuis les anciens gouvernements de Pologne.
Il est intéressant de noter la proportion des sexes parmi la population juive et non-juive de Russie. Le tableau suivant indique le pourcentage de femmes par rapport à la population masculine dans la Pale du Peuplement :
Territoire.
Parmi les Juifs.
En Russie du Nord-Ouest
108.2
101.5
En Russie du Sud-Ouest
106.1
101.5
En Russie du Sud
101.8
93.9
En Pologne
105.6
99.5
Des conditions directement opposées se rencontrent dans l'intérieur de la Russie. En dehors de la Pale du Peuplement, pour cent mâles il existe les nombres suivants de femelles :
Territoire.
Chez les Juifs.
En Russie du Nord
82.4
106.5
En Russie Centrale
73.1
110.5
En Russie du Sud-Est
99.2
100.4
Provinces Baltiques
103.8
106.2
Caucase
82.7
90.1
Sibérie
86.5
94.3
Asie Centrale
75.4
85.8
Cette différence peut s'expliquer par le fait que l'émigration de la Pale vers l'intérieur de la Russie amène naturellement plus d'hommes que de femmes, en raison des conditions particulières qui y existent, tandis que l'émigration vers l'Amérique, l'Afrique, etc., se compose principalement de familles entières.
RECENSEMENT DE 1897. I.—Population des Gouvernements de la Pale du Peuplement.
Gouvernements.
Hommes.
Femmes.
Total.
Pourcentage d'Hommes par rapport aux Femmes.
Pourcentage de Juifs par rapport à la Population générale.
Bessarabie
110,573
115,064
225,637
96.09
11.90
Tchernigov
55,091
59,539
114,630
92.52
4.99
Grodno
134,126
142,748
276,874
93.96
17.28
Kherson
165,900
171,382
337,282
96.80
12.32
Kiev
207,245
220,618
427,863
93.93
12.03
Kovno
101,290
110,940
212,230
91.30
13.71
Minsk
163,457
175,200
338,657
93.29
15.77
Moguilev
96,686
104,615
201,301
92.42
11.92
Podolie
177,458
189,139
366,597
93.82
12.15
Poltava
55,337
56,080
111,417
98.67
4.02
Tauride
33,880
32,245
66,125
105.07
4.57
Vitebsk
83,238
92,440
175,678
90.04
11.80
Volhynie
193,059
204,713
397,772
94.30
13.31
Wilna
98,443
106,818
205,261
92.15
12.90
Yékatérinoslav
51,327
49,409
100,736
103.88
4.77
\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Totaux
1,727,110
1,830,950
3,558,060
94.32
10.79
II—Population des Gouvernements de la Pologne Russe.
Gouvernements.
Hommes.
Femmes.
Total.
Pourcentage d'Hommes par rapport aux Femmes.
Pourcentage de Juifs par rapport à la Population générale.
Kalisz
34,915
37,424
72,339
93.29
8.59
Kielce
40,044
42,383
82,427
94.48
10.82
Lomza
44,483
46,429
90,912
95.80
15.69
Lublin
74,357
79,371
153,728
93.68
13.26
Piotrkow
109,497
112,802
222,299
97.06
15.83
Plock
23,769
26,704
50,473
89.00
9.13
Radom
55,160
58,117
113,277
94.91
13.89
Suwalki
28,468
30,340
58,808
93.85
10.09
Syedlitz
59,656
62,714
122,370
95.12
15.84
Varsovie
169,978
179,965
349,943
94.45
18.12
\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Totaux
640,327
676,249
1,316,576
94.68
14.01
Totaux, Tableau I.
1,727,110
1,830,950
3,558,060
94.32
10.79
\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Totaux de l'ensemble de la Pale du Peuplement
2,367,437
2,507,199
4,874,636
94.42
11.51
III.—Population de la Russie Européenne (En dehors de la Pale).
Gouvernements.
Hommes.
Femmes.
Total.
Pourcentage d'Hommes par rapport aux Femmes.
Pourcentage de Juifs par rapport à la Population générale.
Arkhangelsk
152
100
252
152.00
.08
Astrakhan
1,637
1,536
3,173
106.51
.31
Courlande
23,327
25,986
49,318
89.76
7.33
District des Cosaques du Don
7,847
7,593
15,440
103.34
.60
Estonie
909
487
1,396
186.65
.33
Kalouga
945
536
1,481
176.30
.13
Kazan
1,179
1,107
2,286
106.50
.11
Kharkov
7,531
6,194
13,725
121.58
.55
Kostroma
461
369
830
124.93
.06
Koursk
2,252
1,889
4,141
119.21
.17
Livonie
14,703
13,951
28,654
105.32
2.24
Moscou
5,437
3,312
8,749
164.16
.36
Nijni-Novgorod
1,390
1,283
2,673
108.34
.12
Novgorod
3,338
1,402
4,740
238.08
.35
Olonetz
201
202
403
99.50
.11
Orel
3,488
2,770
6,258
125.92
.31
Orenbourg
1,099
994
2,093
110.56
.13
Penza
353
207
560
170.53
.04
Perm
1,129
890
2,019
126.85
.07
Pskov
3,113
3,341
6,454
93.17
.58
Ryazan
1,079
468
1,547
230.55
.09
Saint-Pétersbourg
11,462
9,808
21,270
116.86
1.01
Samara
1,293
1,208
2,501
107.03
.09
Saratov
1,768
1,274
3,042
138.77
.13
Simbirsk
329
242
571
135.95
.04
Smolensk
5,711
4,785
10,496
119.35
.69
Tambov
1,258
905
2,163
139.00
.08
Toula
1,605
1,045
2,650
114.23
.19
Tver
756
640
1,396
118.12
.08
Oufa
355
340
595
104.41
.03
Vladimir
693
474
1,167
146.20
.09
Vologda
242
183
425
132.24
.03
Voronèje
1,418
1,262
2,680
104.11
.11
Vyatka
394
423
817
93.14
.03
Yaroslav
985
661
1,646
149.02
10.15
\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Totaux
109,839
97,867
207,706
112.12
.34
Totaux de l'ensemble de la Pale du Peuplement
2,367,437
2,507,199
4,874,636
94.42
11.51
\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Grands totaux en Russie Européenne
2,477,276
2,605,066
5,082,342
95.23
4.03
En dehors de la Pale (Sibérie incluse, etc.)
168,747
146,018
314,765
115.28
.37
\========
\=======
\========
\=======================
\==================================
Grands totaux dans l'empire
2,536,184
2,653,217
5,189,401
95.58
4.13
Occupations des Juifs En dehors de la Pale du Peuplement.
Gouvernements.
Alimentation.
Vêtements.
Cuirs.
Bois.
Métaux.
Produits Chimiques.
Bâtiment.
Textiles.
Papier.
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Arts usuels.
Juifs.
Non-Juifs.
Total.
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Juifs.
Non-Juifs.
Total.
Juifs.
Non-Juifs.
Total.
Juifs.
Non-Juifs.
Total.
Juifs.
Non-Juifs.
Total.
Juifs.
Non-Juifs.
Total.
Juifs.
Non-Juifs.
Total.
Juifs.
Non-Juifs.
Total.
Juifs.
Non-Juifs.
Total.
Juifs.
Non-Juifs.
Total
Kazan
4
108
112
15
269
284
..
225
225
..
130
130
3
204
207
10
77
87
..
8
8
..
95
95
..
5
5
3
32
35
Kostroma
..
58
58
7
141
148
3
158
161
..
74
74
1
94
95
8
35
43
..
1
1
..
34
34
..
2
2
1
12
13
Koursk
3
42
45
50
180
230
3
161
164
1
107
108
7
141
148
20
42
62
..
..
..
1
24
25
1
13
14
7
22
29
Moscou
1
220
221
19
1,239
1,258
6
365
371
..
268
268
6
238
244
9
398
407
..
17
17
1
155
156
..
75
75
1
191
192
Orel
10
170
180
98
398
496
22
414
436
4
197
201
12
185
197
40
68
108
6
15
21
4
113
117
19
99
118
12
41
53
Pskov
20
53
73
131
Congestion d'Artisans dans le Pale. — Artisans:
Dans le Pale de l'Établissement : Au milieu du dix-neuvième siècle, le gouvernement russe, réalisant l'utilité des artisans juifs, promulgua un oukase (28 juin 1865) les autorisant à résider n'importe où dans l'empire. Cet édit, cependant, n'améliora pas dans une très grande mesure la condition des artisans juifs entassés dans le Pale ; car son caractère indéfini offrit de nombreuses occasions d'abus dans son exécution par les administrations locales. C'est pourquoi seul un nombre relativement restreint d'artisans osèrent se prévaloir de l'opportunité de s'établir à l'intérieur, le territoire leur étant inconnu. De plus, ils devaient tenir compte du fait que leurs enfants, une fois adultes, seraient renvoyés au Pale s'ils ne se livraient à un métier quelconque, et qu'eux-mêmes, lorsqu'empêchés par la maladie ou une autre incapacité d'exercer leurs professions, pourraient être expulsés des endroits où ils s'étaient établis, même s'ils y avaient vécu pendant des décennies. Il n'est donc pas surprenant de constater que seuls 2 pour cent des artisans juifs du Pale et de Pologne se prévalirent des dispositions de la nouvelle loi. D'autre part, les « Réglementations Temporaires » ([May Laws](/articles/10508-may-laws)) de 1882, qui provoquèrent l'expulsion en masse des Juifs des villages vers les villes et bourgades, contribuèrent encore davantage à l'encombrement des artisans au sein du Pale. Ni l'émigration en Amérique ni la croissance des manufactures n'améliorèrent la condition des artisans juifs, puisque l'émigration de ces derniers ne fut pas suffisamment importante, et puisque de nombreux établissements manufacturiers étaient fermés aux employés juifs parce qu'ils ne travailleraient pas le samedi ou les jours saints juifs.
Le nombre d'artisans juifs dans les vingt-cinq gouvernements du Pale de l'Établissement et de Pologne en 1898 était de 500,986, soit 13,2 pour cent de la population juive de ce territoire. C'est un pourcentage très élevé considérant qu'en Allemagne les artisans ne forment que de 6 à 7 pour cent de la population entière. La proportion d'artisans juifs à la population juive entière varie dans les différentes portions de Russie occidentale. Le plus bas pourcentage est celui de la Pologne occidentale, à savoir 9,9 pour cent ; le plus élevé, celui de la Lituanie, à savoir 14,8 pour cent. Dans le gouvernement de Varsovie il est seulement de 7,5 pour cent ; à Suwalki 8,7 pour cent ; à Grodno 18,5 pour cent ; en Taurida et à Radom 20 pour cent. En moyenne, dans les vingt-cinq gouvernements de Russie occidentale, un dixième à un cinquième des Juifs sont engagés dans des métiers.
Le tableau suivant montre la proportion des artisans juifs par rapport à la population juive totale dans les quinze gouvernements de la Zone de Résidence, selon des statistiques de 1887 rassemblées par un comité gouvernemental, et celles de 1898 recueillies par l'Association de Colonisation Juive :
Statistiques des Artisans juifs dans la Zone de Résidence en 1887 et 1898.
Gouvernements.
1887
1898
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Population juive.
Nombre d'artisans juifs.
Pourcentage d'artisans juifs par rapport à la population juive.
Population juive.
Nombre d'artisans juifs.
Pourcentage d'artisans juifs par rapport à la population juive.
Bessarabie
136 053
18 193
13,4
173 641
20 976
12,1
Tchernigov
57 339
7 315
12,8
71 357
11 063
15,5
Grodno
155 149
34 442
22,2
243 556
44 829
18,5
Kherson
197 338
17 573
8,9
230 669
24 782
10,8
Kiev
194 471
23 321
12,0
269 305
43 386
16,1
Kovno
252 492
21 275
8,4
200 133
23 525
11,8
Minsk
215 013
30 875
14,4
250 578
35 587
14,2
Moghilev
155 732
14 969
9,6
178 714
25 849
14,5
Podolia
304 955
37 080
12,2
319 691
40 621
12,7
Poltava
49 208
5 909
12,0
76 541
8 815
11,5
Taurida
34 940
5 264
15,1
36 091
7 466
20,0
Vitebsk
115 116
14 534
12,6
146 612
23 473
16,1
Volhynie
290 962
28 167
9,7
241 512
36 964
15,3
Wilna
192 988
27 660
14,3
193 461
26 240
13,6
Ekatérinoslav
52 500
6 932
13,2
71 086
8 039
11,2
Des augmentations nettement importantes apparaissent pour les gouvernements de Kovno, Moghilev, Taurida et Volhynie. La proportion d'artisans juifs par rapport aux artisans non juifs peut s'illustrer comme suit : en 1880, dans le gouvernement de Moghilev, il y avait 5 509 maîtres artisans, parmi lesquels 4 290 Juifs, soit 78 pour cent ; en 1897, dans celui de Grodno, il y avait 26 515 artisans juifs, soit 61 pour cent du total ; et en 1903, dans celui de Vitebsk, le nombre total de maîtres artisans était 2 820, dont 72 pour cent étaient des Juifs. Il devient ainsi clair que, compte tenu de la rareté des artisans parmi la classe paysanne et de la demande croissante dans les villages d'articles manufacturés bon marché, les Juifs sont des facteurs importants dans la vie économique de la Russie Occidentale.
Les 500 986 artisans juifs en Russie Occidentale en 1898 étaient répartis comme suit : Lituanie, 94 594 ; Pologne, 119 371 ; Russie du Sud, 61 263 ; Russie du Sud-Ouest, 140 849 ; et Russie Blanche, 84 909.
En Russie Blanche, 55 pour cent de tous les artisans juifs vivaient dans les villes de Vitebsk, Dünaburg (Dvinsk) et Polotsk. Dans le gouvernement de Poltava, 57 pour cent vivaient dans les villes de Poltava, Krementchug et Kobyliaki ; et dans celui de Kherson, 77 pour cent vivaient à Odessa, Kherson et Yelizavetgrad. Ce nombre disproportionné d'artisans juifs dans les villes ayant de larges populations juives était dû aux incapacités économiques et légales des Juifs dans la Zone de Résidence. Le pourcentage d'artisans juifs dans les différents métiers dans la Zone et en Pologne était le suivant :
Fabrication de bottes, de chaussures, etc.
17,0
Construction et céramique
6,3
Menuiserie, ébénisterie, etc.
9,9
Chimie
0,7
Vêtements, etc.
38,7
Préparation d'aliments
11,6
Travail des métaux, haut de gamme
4,1
Travail des métaux, bas de gamme
5,7
Fabrication de papier, de boîtes en papier, etc.
2,3
Tissage, filage, cordonnerie, etc.
3,7
On voit ainsi que la moitié des artisans juifs dans la Zone est engagée dans la fabrication de vêtements et de chaussures.
La répartition des artisans juifs dans la Zone et en Pologne selon les métiers est la suivante :
Métiers.
Vingt-cinq Gouvernements.
Lituanie.
Russie Blanche.
Russie du Sud-Ouest.
Russie du Sud.
Pologne Occidentale.
Pologne Orientale.
Boulangers
4,6
6,3
4,3
3,2
2,8
5,6
6,6
Barbiers et fabricants de perruques
1,2
1,2
0,9
1,2
1,1
1,5
1,5
Forgerons
3,1
3,2
4,2
4,0
3,4
0,7
1,7
Reliures
1,4
1,1
1,3
1,7
1,8
1,5
1,2
Bouchers
4,4
4,8
4,3
4,4
3,1
4,6
5,5
Ébénistes et menuisiers
6,0
5,2
7,9
7,3
5,8
3,8
4,3
Fabricants de casquettes
3,2
2,0
2,8
4,1
4,7
2,8
2,7
Charpentiers
2,3
3,9
3,1
2,0
1,2
0,6
2,6
Chaudronniers
2,4
2,2
2,0
2,5
3,4
2,5
1,5
Modistes
6,5
7,3
8,5
5,9
7,5
3,7
6,3
Teinturiers
1,2
1,4
1,5
1,1
1,5
0,7
1,0
Vitriers
1,3
1,2
1,2
1,6
1,2
1,3
1,5
Serruriers
1,1
1,0
1,2
0,9
2,3
0,5
1,4
Musiciens et accordeurs de pianos
1,1
0,6
1,1
1,6
1,2
0,9
0,7
Fabricants de fours et briquetiers
2,2
4,0
3,2
2,1
0,7
0,5
2,2
Peintres
1,6
1,9
1,4
1,3
2,8
1,3
1,7
Selliers et fabricants de harnachement
1,0
0,8
0,7
1,2
1,7
0,9
0,7
Couturières
3,8
3,2
3,4
4,3
2,8
4,7
4,1
Cordonniers
14,4
13,9
16,7
12,6
13,2
14,4
17,5
Fabricants de bas
1,5
3,0
1,5
1,1
0,8
1,2
0,7
Tailleurs
19,1
13,8
14,5
19,7
21,4
27,7
20,7
Tannneurs
1,4
2,1
1,4
1,6
0,2
1,1
1,5
Coupeurs de tabac
1,2
1,5
1,3
1,4
1,6
0,3
0,8
Horlogers
1,0
0,8
0,8
0,9
1,7
1,1
0,9
Tisserands
1,7
2,7
0,7
0,5
0,03
6,1
0,3
On remarquera que, à l'exception de la Pologne, la répartition est passablement uniforme. La plupart des tisserands juifs sont concentrés en Pologne Occidentale et en Lituanie.
Le tableau suivant montre la classification des artisans juifs dans les vingt-cinq gouvernements de la Zone et de la Pologne en maîtres, assistants et apprentis, avec les pourcentages dans chaque classe :
Territoire.
Maîtres.
Assistants.
Apprentis.
Total.
Pourcentage de maîtres.
Pourcentage d'assistants.
Pourcentage d'apprentis.
Lituanie
55 980
18 393
20 221
94 594
59
19
22
Pologne, Orientale
25 420
13 380
10 748
49 548
51
25
24
Pologne, Occidentale
38 234
17 121
14 468
69 823
54
24
22
Russie du Sud
28 258
20 062
12 943
61 263
46
33
21
Russie du Sud-Ouest
69 583
46 395
24 871
140 849
50
33
17
Russie Blanche
41 921
25 177
17 811
84 909
50
30
20
\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Totaux
259 396
140 528
101 062
500 986
52
28
20
Ici la Lituanie présente la plus grande proportion de maîtres (59 pour cent) ; la Russie du Sud, la plus petite (46 pour cent). Le petit nombre d'apprentis en Lituanie indique une plus grande pauvreté parmi les compagnons-ouvriers qui y résident.
Les femmes juives engagées dans les divers métiers à l'intérieur de la Limite de résidence se distribuent comme suit :
Territoire.
Nombre.
Pourcentage du Total des Artisans Juifs.
Lituanie
16,754
18
Pologne, Orientale
7,263
14
Pologne, Occidentale
7,671
11
Russie du Sud
8,581
14
Russie du Sud-Ouest
21,233
15
Russie Blanche
15,046
18
Les métiers qu'elles exercent se présentent dans le tableau ci-dessous :
Territoire.
Couturières.
Seamstresses.
Modistes.
Fabricantes de Bas.
Fabricantes de Cigarettes.
Gantières.
Autres Métiers.
Total.
Lituanie
6,860
2,799
523
2,566
630
101
3,275
16,754
Pologne, Orientale
3,104
1,851
295
249
37
173
1,554
7,263
Pologne, Occidentale
2,594
2,833
579
268
33
34
1,330
7,671
Russie du Sud
4,596
1,605
792
335
153
28
1,072
8,581
Russie du Sud-Ouest
8,285
5,798
1,147
1,191
484
89
4,239
21,233
Russie Blanche
7,180
2,445
678
1,091
363
39
3,250
15,046
\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_
Totaux
32,619
17,331
4,014
5,700
1,700
464
14,720
76,548
Écoles de Métiers.
Les artisans juifs apprennent leurs métiers de la manière ancienne, l'appréciation de l'importance de la formation technique n'étant que de date récente. Les écoles de métiers et les écoles du soir récemment ouvertes à Pinsk, Byelostok, Varsovie, etc., sont surpeuplées et tout à fait insuffisantes pour les besoins actuels. En général, on peut dire que l'état des métiers juifs à la Limite de résidence au moment présent est semblable à celui des métiers allemands au début du dix-neuvième siècle. En même temps, dans les grandes villes, où il existe une demande croissante d'articles d'une meilleure facture, les Juifs fournissent les meilleurs tailleurs, cordonniers, menuisiers, horlogers, etc.
Salaires des Artisans.
En raison de la concurrence vive et des conditions défavorables du crédit et du marché, par lesquelles les prêteurs sur gages et les intermédiaires reçoivent une grande partie des profits, le revenu des travailleurs juifs est très faible. Le tailleur juif moyen en Pologne gagne 250 à 300 roubles par an ; le cordonnier, 150 à 250 roubles. Les couturières gagnent en moyenne pas plus de 100 roubles ; les dentellières, environ 45 roubles, en raison du fait que la demande de dentelle ne dure que peu de temps. Les salaires les plus élevés, de 8 à 12 roubles par semaine, sont gagnés par les brodeuses. Les conditions sont un peu meilleures en Russie du Sud, où certains artisans juifs gagnent de 400 à 1,000 roubles par an. En règle générale, dans toute la Limite de résidence, les revenus des artisans juifs sont insuffisants pour soutenir convenablement leurs familles. Des milliers vivent au jour le jour et sont forcés de chercher l'aide de la charité. En 1900, à Odessa, 1,427 artisans juifs vivaient dans une extrême pauvreté et au milieu d'conditions sanitaires indescriptibles. Ces conditions ne peuvent être améliorées que par la dispersion des artisans dans tout l'empire ou par leur émigration plus extensive vers d'autres pays.
À l'Intérieur de la Russie : Les statistiques concernant les artisans juifs dans les gouvernements de l'intérieur de la Russie, en dehors de la Limite de résidence, sont tirées des rapports des corporations d'artisans au Ministère de l'Intérieur en 1893. Le tableau à la page 537, donnant des données concernant les artisans juifs dans les quinze gouvernements les plus importants, est basé sur ces rapports.
Position Légale. Artisans Juifs en Russie Occidentale en 1898-99.
Gouvernements.
Préparation Alimentaire.
Vêtements, etc.
Articles de Cuir.
Menuiserie, Ébénisterie, etc.
Travail des Métaux (bas grade).
Travail des Métaux (haut grade).
Métiers Chimiques.
Métiers du Bâtiment et Céramique.
Tissage, Filature, Fabrication de Cordages, etc.
Fabrication de Papier, Fabrication de Cartons, etc.
Totaux de Tous les Groupes.
Grodno
5,988
13,158
8,460
5,254
2,394
1,383
498
3,793
3,297
604
44,829
Kovno
3,906
8,195
3,907
2,091
1,139
717
213
2,289
698
370
23,525
Wilna
3,752
10,017
3,943
2,351
1,670
760
205
2,139
571
832
26,240
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Total Lituanie
13,646
31,370
16,310
9,696
5,203
2,860
916
8,221
4,566
1,806
94,594
Pourcentage
14.42
3.17
17.22
10.24
5.51
2.03
0.98
8.68
4.83
1.92
100
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
Minsk
3,780
12,476
6,417
5,210
2,318
1,422
347
2,418
524
675
35,587
Moghilef
3,029
8,154
5,763
2,358
1,909
973
151
1,900
962
650
25,849
Vitebsk
2,719
8,637
3,802
2,527
1,071
911
121
2,215
941
529
23,473
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Total Russie Blanche
9,528
29,267
15,982
10,095
5,298
3,306
619
6,533
2,427
1,854
84,909
Pourcentage
11.22
34.47
18.82
11.89
6.25
3.89
0.73
7.69
2.86
2.18
100
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
Tchernigov
1,407
5,326
1,203
688
772
691
53
428
191
304
11,063
Kiev
4,322
17,509
7,137
5,273
3,260
1,544
430
2,202
1,016
693
43,386
Podolia
4,275
16,921
6,284
4,943
2,572
1,608
280
1,863
1,189
686
40,621
Poltava
752
3,460
892
389
677
767
97
464
143
1,174
8,815
Volhynie
3,645
13,024
6,337
5,089
2,127
1,688
238
3,050
883
783
36,964
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Total Russie du Sud-Ouest
14,401
56,240
21,853
16,382
9,408
6,298
1,198
8,007
3,422
3,640
140,849
Pourcentage
0.22
39.93
15.52
11.63
6.68
4.47
0.85
5.69
2.43
2.58
100
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
Bessarabie
1,784
9,340
3,235
2,337
1,278
1,014
100
1,291
229
368
20,976
Kherson
2,473
9,739
3,566
1,917
2,155
1,802
169
1,404
470
1,087
24,782
Taurida
347
3,395
1,451
411
510
574
27
282
41
428
7,466
Yekaterinoslav
479
3,749
1,096
611
570
650
26
434
69
355
8,039
Total Russie du Sud
5,083
26,223
9,348
5,276
4,513
4,040
322
3,411
809
2,238
61,263
Pourcentage
8.30
42.80
15.20
8.61
7.37
6.59
0.53
5.57
1.32
3.65
100
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
Total Pale of Settlement
42,658
143,100
63,493
41,449
24,222
16,504
3,055
26,172
11,224
9,538
381,615
Pourcentage
11.19
37.49
16.65
10.87
6.40
4.32
0.79
6.86
2.94
2.49
100
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
Kalisz
1,012
4,636
688
149
140
163
35
216
636
110
7,795
Kielce
850
2,818
1,665
402
128
173
43
269
48
58
6,454
Piotrkow
1,676
6,334
1,957
762
615
501
53
496
3,538
417
16,349
Radom
1,540
8,904
2,582
960
370
426
92
575
352
137
15,938
Varsovie
2,953
9,288
4,849
1,890
1,090
1,055
84
847
546
685
23,287
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Total Pologne Occidentale
8,031
31,980
11,741
4,163
2,343
2,318
307
2,403
5,120
1,407
69,823
Pourcentage
11.50
45.80
16.82
5.96
3.37
3.32
0.44
3.44
7.33
2.02
100
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
Lomza (Lomzha)
1,762
3,575
2,576
785
485
301
56
497
141
125
10,303
Lublin
2,213
7,191
2,938
1,638
316
607
49
1,032
365
282
16,631
Plock
802
2,806
1,217
162
149
315
37
112
122
104
5,826
Suwalki
991
1,802
836
354
283
193
36
382
362
82
5,391
Syedlitz
1,430
3,500
2,505
1,037
385
290
77
992
1,094
157
11,467
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Total Pologne Orientale
7,198
18,874
10,072
3,976
1,618
1,706
255
3,015
2,084
750
49,548
Pourcentage
14.53
38.09
20.33
8.02
3.27
3.44
0.51
6.09
4.21
1.51
100
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
Total Territoire de la Vistule
15,229
50,854
21,813
8,139
3,971
4,024
562
5,418
7,204
2,157
119,371
Pourcentage
12.76
42.60
18.27
6.82
3.33
3.38
0.47
4.54
6.03
1.80
100
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
\==========
Total Russie Occidentale
57,887
193,954
85,306
49,588
28,393
20,528
3,617
31,590
18,428
11,695
500,986
Pourcentage
11.57
38.71
17.04
9.90
5.67
4.10
0.71
6.30
3.67
2.33
100
Dans l'édit de 1804 on reconnut la nécessité d'accorder aux artisans juifs le droit de résidence dans des gouvernements situés en dehors de la Pale ; mais les formalités compliquées, le manque de familiarité avec la vie de la Russie intérieure, l'insuffisance des moyens de communication, et l'ignorance de la langue russe empêchèrent la majorité des artisans juifs de Pologne-Lituanie de profiter de cette permission. Les individus possédant de l'entreprise et du courage trouvèrent cependant des occasions dans les gouvernements intérieurs, où ils non seulement prospérèrent, mais furent les moyens d'établir la réputation de l'artisan juif. Les distillateurs juifs surtout étaient en demande auprès des propriétaires de domaines russes. En conséquence, les lois de 1819 et de 1827 accordèrent aux distillateurs juifs le droit de vivre n'importe où à l'intérieur de la Russie, et aussi à Irkoutsk, en Sibérie.
Par l'ukaze de 1835, des limitations furent imposées aux droits des artisans juifs dans l'intérieur. Là-dessus le gouverneur militaire d'Astrakan demanda la permission de retenir quarante-neuf artisans juifs en raison de leur utilité (Second Complete Code, vol. x., No. 8481) ; mais sa demande ne fut pas accordée. En revanche, une demande du vice-roi du Caucase pour que les artisans juifs fussent autorisés à rester dans ce territoire fut accueillie favorablement. Il convient d'ajouter que le vice-roi fit remarquer que les Juifs, étant les seuls tailleurs, cordonniers, etc., là-bas, étaient indispensables aux garnisons. Ces mobiles utilitaristes permirent dès le quatrième quart du dix-neuvième siècle à des artisans juifs de s'établir à Toula, Voronezh (Voronej), Saratov, et dans d'autres gouvernements de Grande-Russie. Comme énoncé ci-dessus, le gouvernement russe en 1865 jugea opportun pour des raisons économiques (loi du 28 juin 1865) de permettre aux artisans juifs de s'établir librement à l'intérieur de la Russie et d'y rester aussi longtemps qu'ils continueraient à suivre leurs vocations.
Cette ordonnance, cependant, n'autorisait point les artisans juifs à se faire enregistrer dans les communautés locales, et ne leur permettait d'y demeurer que munis de passeports temporaires. Cette dépendance envers leurs communautés d'origine, et l'extorsion pratiquée à ce sujet par les administrations locales rendaient impossible pour les artisans juifs du Pale d'émigrer en grand nombre vers les gouvernements de l'intérieur. Néanmoins à partir de ce moment jusqu'en 1881, permission fut accordée à 682 artisans juifs d'ouvrir des ateliers, comme suit : dans le gouvernement de Saint-Pétersbourg, 187 ; Smolensk, 142 ; Pskov, 108 ; Orel, 66 ; Kursk, 32 ; Voronezh, 6 ; Saratov, 25 ; Moscou, 24 ; etc. Les émeutes de 1881 et les May Laws de 1882 contraignirent beaucoup d'entre eux à abandonner leurs nouveaux domiciles. De grands nombres émigrèrent vers la Russie occidentale et l'Amérique. De 1881 à 1887, des ateliers furent établis par 479 familles juives dans les quinze gouvernements. De 1887 à 1893, pas moins de 779 ateliers de cette sorte furent établis par des Juifs dans les gouvernements de l'intérieur. D'après les rapports de 1893, il y avait dans les quinze gouvernements de l'intérieur 1 948 ateliers juifs, contre 24 020 appartenant à des non-Juifs, soit 7,5 pour cent de ces derniers. Le plus grand nombre de ceux-ci étaient situés à Saint-Pétersbourg. Dans le gouvernement de Pskov, contre 667 ateliers non-juifs il y avait 308 ateliers juifs, soit 31,58 pour cent du total. Dans le gouvernement de Smolensk les chiffres étaient 1 125 ateliers non-juifs et 347 ateliers juifs (23,5 pour cent) ; Orel avait 11,52 pour cent, et Kursk 10,9 pour cent.
La distribution des artisans juifs comparée avec celle des non-Juifs parmi les divers métiers est d'importance, et est illustrée par le tableau suivant :
Métiers.
Dans les Quinze Gouvernements.
Dans le Gouvernement de Vitebsk.
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Ateliers juifs.
Pourcentage.
Ateliers non-juifs.
Pourcentage.
Total.
Pourcentage.
Ateliers juifs.
Pourcentage.
Ateliers non-juifs.
Pourcentage.
Total.
Pourcentage.
Bâtiment et céramique
40
2,1
1 495
6,3
1 535
2,6
187
9,0
76
9,4
263
71,1
Menuiserie et articles en bois
54
2,8
2 657
11,3
2 711
1,9
163
7,8
152
18,8
315
23,7
Chimie
27
1,3
124
0,5
151
17,8
7
0,3
..
..
7
100,0
Vêtements, etc.
902
46,6
6 034
25,6
6 936
13,0
749
36,0
70
8,7
819
91,4
Préparation des aliments
70
3,6
2 950
12,5
3 020
2,3
206
9,9
86
10,6
292
70,5
Gants et articles en cuir
175
9,1
4 580
19,4
4 755
3,7
400
19,2
286
35,4
686
58,3
Travail des métaux (haut de gamme)
352
18,2
1 812
7,7
2 164
16,2
135
6,5
22
2,7
157
85,9
Travail des métaux (bas de gamme)
156
8,1
2 479
10,5
2 635
5,9
158
7,6
82
10,2
240
65,8
Fabrication du papier, etc.
117
6,0
722
3,1
839
13,9
61
2,9
2
0,2
63
96,8
Tissage, filage, fabrication de cordages
42
2,2
727
3,1
769
5,4
16
0,8
32
4,0
48
66,6
\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_
\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Totaux
1 935
100
23 580
100
25 515
..
2 082
100
808
100
2 890
..
Ce compte ne comprend point les métiers en dehors de ceux classifiés ci-dessus. On verra que les Juifs sont les plus nombreux dans la confection, vêtements, etc. (902) ; mais parmi les artisans chrétiens aussi la confection prédomine (6 034). Tandis que les tailleurs non-juifs ne forment que 25,6 pour cent du total des non-Juifs, les tailleurs juifs forment 46,6 du nombre total des Juifs. Une autre profession dans laquelle les Juifs sont remarquables est le travail des métaux de haut de gamme, mais dans le travail des métaux de bas de gamme ils ne sont point nombreux. La fabrication du papier, la reliure, et la fabrication de cartons à papier emploient aussi beaucoup de Juifs de l'intérieur.
En dehors des artisans il y a dans les quinze gouvernements du Pale et dans les dix gouvernements de Pologne environ 105 000 journaliers juifs, soit environ 2 pour cent de la totalité de la population juive de cette région. Ivan S. Blioch, dans sa brochure sur les conditions morales de la population du Pale juif de Russie (voir Jew. Encyc. iii. 251a), donne le pourcentage des journaliers juifs à l'ensemble de la population juive comme 6,2. Ceci peut s'expliquer par le fait que Blioch avait en vue non seulement les journaliers ordinaires mais aussi ceux qui travaillent dans les manufactures ou qui s'occupent de colportage et comme intermédiaires.
—Charités :
Les statistiques des charités de Pâque dans 1 200 villes russes montrent que 132 855 familles ont fait une demande de secours en 1898. Elles ont été distribuées comme suit, les chiffres entre parenthèses, suivant les provinces, représentant le pourcentage des familles pauvres par rapport au total des familles juives : Kalisz, Varsovie, Syedlitz, Plock, Lomza, Suwalki (14) ; Taurida (16) ; Vitebsk, Moghilef, Minsk, Volhynia, Chernigov (17) ; Podolia, Kiev, Poltava, Yekaterinoslav, Kherson, Bessarabie (20) ; Lublin, Radom, Kielce, Piotrkow, Kovno, Wilna, Grodno (22). Cela donne une moyenne de 18,8, qui est 7 pour cent de la population urbaine totale de la Russie.
Le tableau suivant est donné à titre de comparaison :
Pays.
Année d'investigation.
Pourcentage de pauvres juifs par rapport à la population totale.
Autriche-Hongrie
1892
1,0
France
1892
4,7
Hollande
1892
5,4
Suède
1893
5,5
Norvège
1892
4,1
Allemagne
1885
3,4
Grande-Bretagne
1896
2,9
États-Unis
1890
0,14
En Allemagne la proportion de pauvres dans les villes ayant une population de 10 000 à 20 000 habitants était 4,93, de 20 000 à 50 000 était 5,53, de 50 000 à 100 000 était 6,31, plus de 100 000 était 6,9 ; à Hambourg elle était 9,66 ; et à Paris (1883), 7,5.
En 1898 les Charités du Combustible ont signalé 59 468 familles demandant du secours — 8 pour cent du nombre total des familles juives sur le territoire couvert par le rapport : Nord-Ouest, 14 203 familles ; Sud-Ouest, 20 920 ; Nouvelle Russie, 15 311 ; autres districts, 9 034.
Ville.
Pourcentage de familles juives recevant du combustible.
Wilna
37,7
Dvinsk
30,9
Jitomir
29,5
Nikolaief
28,7
Poltava
27,8
Krementchug
26,7
Yelizavetgrad
26,7
Kovno
25,8
Yekaterinoslav
25,4
Kherson
22,8
Berdychev
19,7
Minsk
17,2
Kishinef
14,9
Dans le territoire couvert par le rapport des Charités du combustible, donc, de 25 à 37,7 pour cent de la population sont des pauvres.
Augmentation du paupérisme.
Le nombre de familles juives démunies s'est accru, selon les statistiques, de 85 183 en 1894 à 108 922 en 1898 ; cela est encore bien au-dessous du nombre réel, car de nombreuses villes n'ont fourni que des rapports partiels. De nombreux milliers de « réticents » rechignent devant l'assistance ouverte, et les pensionnaires des asiles ne sont pas compris. L'augmentation au cours de ces quatre années s'est distribuée comme suit :
Division.
Pour cent.
Sud
39,9
Sud-Ouest
32,5
Nord-Ouest
26,3
Pologne
21,3
Province.
Pour cent.
Syedlitz
46,8
Chernigov
46,1
Piotrkow
42,3
Bessarabie
42,0
Yekaterinoslav
41,9
Kherson
39,6
Volhynie
39,4
Podolie
38,2
Moghilef
38,1
Kielce
35,7
Kovno
33,3
Vitebsk
31,6
Taurida
29,2
Suwalki
27,9
Poltava
26,0
Lomza
25,7
Wilna
25,5
Grodno
20,8
Kiev
20,2
Kalisz
18,8
Radom
17,5
Minsk
17,3
Lublin
15,5
Plock
13,3
Varsovie
6,7
La dépression commerciale générale, le développement des chemins de fer et des banques, et l'expulsion des Juifs des villages et de la bande frontalière de 50 verstes rendent compte de cette augmentation.
Associations de prêts.
Des caisses de prêts sans intérêt sont organisées pour aider les artisans et les petits commerçants à mener leurs affaires indépendamment de l'usurier. Ces fonds proviennent généralement de contributions ou de legs, ainsi que de cotisations d'adhésion variant de 25 copecks à 3 roubles par an. Le nombre d'associations de prêts est le suivant :
Division.
Nord-Ouest
205
Sud-Ouest
50
Sud
71
Pologne
350
Dans les provinces distinctes de la Russie du Nord-Ouest, il y a :
Province.
Kovno
47
Grodno
44
Wilna
36
Minsk
27
Vitebsk
13
Dans les autres sections de la Russie occidentale, il y a :
Province.
Suwalki
16
Chernigov
14
Kalisz
13
Syedlitz
1
Kielce
2
Lublin
2
Varsovie
4
Plock
4
Kherson
4
Nombre d'associations de prêts, avec leurs revenus annuels.
100 roubles.
100-500 roubles.
500-1 000 roubles.
Plus de 1 000 roubles.
Nord-Ouest
57
70
22
9
Sud-Ouest
5
18
3
7
Sud
2
7
3
3
Pologne
13
17
10
7
Les prêts s'élèvent généralement de 5 à 15 roubles. De si petites sommes sont généralement garanties par des gages, qui sont parfois restitués même en cas de non-paiement. Dans certaines associations, les montants prêtés sont plus élevés. En 1898, les transactions de l'association à Poniewicz, dont le capital était de 3 402 roubles, s'élevaient à 8 581 roubles. Les prêts de 100 roubles ou plus sont garantis par un billet et deux avals. L'association de Volkovisk prête jusqu'à 50 roubles à la fois.
La plupart de ces associations ne sont pas constituées en société et sont gérées par un ou plusieurs administrateurs. L'association de Grodno est constituée en société, avec un capital social de 7 000 roubles (en 1900). De 1893 à 1900, ses prêts ont varié de 3,86 à 4,47 roubles. La garantie acceptée est la propriété mobilière. Même dans cette association modèle, d'un cinquième à un quart du montant prêté reste impayé. La banque de prêts de Varsovie avance de petites sommes sans intérêt, en prenant des gages comme garantie. En 1901, le nombre de personnes ainsi obligées atteignait 6 671 ; les prêts se chiffraient à 76 062 roubles ; 155 gages non rachetés furent vendus.
Un certain nombre de conseils de charité approprient une partie de leurs fonds pour les prêts de bienfaisance, gérés par un conseil auxiliaire, comme dans le cas de la Société Linat ha-Ẓedeḳ de Byelostok. En 1901, la société avait affecté 1 300 roubles à cet effet. Elle avance de petits prêts aux artisans et commerçants pour des termes ne dépassant pas six mois, et charge 0,5 pour cent par mois pour couvrir les dépenses. Seules les meubles facilement conservables sont acceptés comme garantie.
Dans environ 36 villes, 50 associations de prêts et d'épargne du type Schulze-Delitsch et Reifersen ont été organisées. Les actions vont de 10 à 25 roubles chacune. L'adhésion, de 1 000 à 3 000, se compose largement de petits commerçants et artisans juifs. Les prêts ne doivent pas dépasser huit fois le montant de l'action d'un membre. L'intérêt facturé sur les prêts est de 9 pour cent à 12 pour cent. Les plus grandes associations se trouvent à Wilna (capital social de 230 000 roubles), Varsovie (capital social de 200 000 roubles), Kishinef (capital social de 70 000 roubles), et Grodno (capital social de 38 000 roubles).
Il y a 126 refuges et maisons d'accueil pour les pauvres en transit dans les grandes villes ; 6 pour cent d'entre eux se trouvent en Russie du Sud-Ouest. Ils sont entretenus principalement par des appropriations provenant de la taxe sur la viande, rarement par les contributions privées. Les plus importants se trouvent à Wilna, Minsk, Berdychev, Krementchug, Odessa, Yelizavetgrad, et Varsovie. Le refuge de Krementchug a 455 pensionnaires et accueille de 3 000 à 4 000 pauvres en transit par an. Il y a en outre 100 maisons d'accueil, appelées « heḳdeshim », dans les petites villes des 25 provinces de la Russie occidentale, particulièrement dans les provinces de Grodno, Wilna, Suwalki, Lomza, et Plock (dans lesquelles il y a 96 de ces maisons). Les pauvres en transit sont entassés dans de petites pièces non meublées et très insalubres, où ils restent aussi longtemps qu'ils le désirent. Les refuges [Heḳdesh](/articles/7518-hekdesh) sont entretenus par les cotisations d'adhésion et les petites contributions.
Dans les petites villes situées dans la Pale, les pauvres démunis sont nourris principalement par les ménages privés ; les institutions régulières pour cette forme d'assistance sont présentées dans le tableau suivant :
Nombre d'institutions.
Dans les villes principales.
Dans les villes de taille moyenne.
Dans les petites villes.
Total.
Russie du Nord-Ouest
8
10
5
23
Russie du Sud-Ouest
3
7
4
14
Russie du Sud
7
1
1
9
Pologne
1
2
1
4
Quatre de ces institutions fournissent aux soldats juifs une nourriture kasher, et la plupart d'entre elles sont soutenues par les cotisations des membres. La plus grande est la maison de restauration bon marché d'Odessa, où 400 dîners sont fournis chaque jour au tarif de trois cents par dîner. Environ 30 pour cent de ceux-ci sont gratuits, étant donné surtout à de pauvres étudiants.
Il y a 72 sociétés pour fournir aux pauvres étudiants des vêtements, 37 dans la Russie du Nord-ouest, 5 dans la Russie du Sud-ouest, 8 dans la Russie du Sud, et 22 en Pologne. Dans les provinces suivantes il y a 37 de ces sociétés :
| Province | Sociétés | Dépense moyenne : Roubles | | --- | --- | --- | | Wilna | 5 | 67 | | Kovno | 6 | 408 | | Grodno | 6 | 319 | | Vitebsk | 4 | 217 | | Minsk | 10 | 137 | | Moghilef | 6 | 126 |
Le nombre de comités médicaux et d'hôpitaux dans la Zone de Résidence est considérable, et se distribue comme suit :
| Division | Comités Médicaux | Hôpitaux | | --- | --- | --- | | Nord-ouest | 349 | 29 | | Sud-ouest | 111 | 48 | | Sud | 32 | 16 | | Pologne | 173 | 19 | | \_\_\_\_ | \_\_\_\_ | | Totaux | 665 | 112 |
Les comités médicaux sont limités aux petites villes. Ils prennent arrangement avec le médecin local pour traiter les pauvres ; souvent ils envoient des patients aux stations thermales ou dans des villes où ils peuvent obtenir un meilleur traitement, en assumant une partie ou la totalité du coût du traitement. Les membres se relaient pour soigner les malades. Le revenu annuel de 124 de ces comités dépasse 500 roubles chacun ; de 43, plus de 1 000 roubles ; de quelques-uns, plus de 5 000 roubles — tous provenant des cotisations des membres. Les hôpitaux et dispensaires gratuits se trouvent principalement dans les grandes villes. Le revenu de la plupart d'entre eux ne dépasse pas 10 000 roubles. Les exceptions sont les hôpitaux juifs de Varsovie (116 000 roubles) et de Kiev (60 000 roubles). L'hôpital de Vilkomir (gouvernement de Kovno) possède une pharmacie, le bain public, le marché à la viande, et l'abattoir, dont le revenu aide à l'entretien de l'hôpital. La plupart des autres hôpitaux sont soutenus par des allocations prélevées sur la taxe de viande en plus des cotisations des membres et autres ; ils hébergent généralement de 15 à 20 patients résidents, de préférence des Juifs vivant en ville, et traitent un grand nombre de patients ambulatoires. Les non-Juifs et non-résidents sont admis quand il y a de la place.
Pour aider les pauvres mariées, il y a 51 sociétés dans les petites villes de la Russie occidentale. Leurs revenus, de 50 à 400 roubles annuellement dans la plupart des cas, proviennent des collectes faites chaque vendredi. Cinq roubles est la somme maximale donnée à une mariée. Il y a 486 sociétés charitables d'un type général au sein de la Zone de Résidence. Le tableau suivant montre les montants, en roubles, annuellement dépensés par ces sociétés, ainsi que leur distribution :
| Divisions | 500 | 500 à 1 000 | 1 000 à 5 000 | Plus de 5 000 | Total | | --- | --- | --- | --- | --- | --- | | Nord-ouest | 90 | 12 | 20 | 5 | 127 | | Sud-ouest | 47 | 6 | 13 | 3 | 69 | | Sud | 10 | 4 | 8 | 2 | 24 | | Pologne | 13 | 3 | 6 | 1 | 23 |
Parmi celles-ci, 75 reçoivent des allocations de la taxe de viande ; les autres sont soutenues par les cotisations des membres. En outre, 89 « sociétés pour aider les pauvres » ont vu le jour à l'occasion d'une circulaire ministérielle spéciale. Ces sociétés se distribuent comme suit : Nord-ouest, 37 ; Sud-ouest, 4 ; Sud, 39 ; Pologne, 6 ; en dehors de la Zone de Résidence, 3. Elles donnent principalement une aide pécuniaire, mais fréquemment elles font le travail des charités spécialisées, fournissant une aide médicale, payant les frais d'enterrement, distribuant des livres, entretenant des salles de repas gratuits, et soignant les malades.
Les chartes accordées à quelques sociétés permettent l'investissement d'argent en prêts, l'ouverture de magasins coopératifs, et l'enseignement professionnel aux orphelins et pauvres enfants. Les deux sociétés les plus riches sont celles de Lodz (revenu annuel 35 925 roubles) et Yekaterinoslav (50 352 roubles). Les sociétés sont bien organisées, et elles modifient profondément la condition économique des pauvres juifs. La société de Khotin (Bessarabie) est typique à cet égard. Depuis 1898 elle a absorbé toutes les charités locales, le pauvre-asile, la salle de repas bon marché, et les secours médicaux. Elle a entrepris le soin des orphelins et pauvres enfants et organisé des ḥeders modèles. Elle fournit aux pauvres du pain sans levain à la Pâque et prend arrangement avec les boulangers selon lequel ces derniers livrent des maẓẓot à prix réduit à ceux qui le méritent.
Nombre de Familles Juives Ayant Demandé une Charité à la Pâque de 1894 à 1898.
| Gouvernements | 1894 | 1895 | 1896 | 1897 | 1898 | | --- | --- | --- | --- | --- | --- | | Territoire du Nord-ouest. | | Wilna | 6 439 | 6 730 | 6 500 | 7 646 | 8 082 | | Kovno | 5 559 | 5 831 | 6 163 | 6 619 | 7 414 | | Grodno | 5 695 | 5 793 | 6 006 | 6 261 | 6 878 | | Vitebsk | 3 658 | 3 676 | 3 696 | 4 211 | 4 814 | | Minsk | 5 923 | 5 977 | 6 308 | 6 507 | 6 946 | | Moghilef | 2 725 | 2 908 | 3 220 | 3 437 | 3 763 | | \_\_\_\_\_\_\_\_ | \_\_\_\_\_\_\_ | \_\_\_\_\_\_\_ | \_\_\_\_\_\_\_\_ | \_\_\_\_\_\_\_\_ | | Totaux | 29 999 | 30 915 | 31 893 | 34 681 | 37 897 | | Territoire du Sud-ouest. | | Chernigov | 1 591 | 1 657 | 1 779 | 2 003 | 2 324 | | Poltava | 2 770 | 2 857 | 3 075 | 3 258 | 3 490 | | Kiev | 6 724 | 6 976 | 7 245 | 7 526 | 8 081 | | Volhynia | 5 461 | 5 951 | 6 575 | 7 320 | 7 614 | | Podolia | 7 127 | 7 646 | 8 284 | 9 161 | 9 848 | | \_\_\_\_\_\_\_\_ | \_\_\_\_\_\_\_ | \_\_\_\_\_\_\_ | \_\_\_\_\_\_\_\_ | \_\_\_\_\_\_\_\_ | | Totaux | 23 673 | 25 087 | 26 958 | 29 268 | 31 357 | | Territoire du Sud. | | Yekaterinoslav | 515 | 566 | 622 | 612 | 731 | | Kherson | 2 873 | 3 025 | 3 306 | 3 835 | 4 012 | | Taurida | 784 | 840 | 873 | 907 | 1 008 | | Bessarabia | 4 076 | 4 423 | 4 705 | 5 084 | 5 788 | | \_\_\_\_\_\_\_\_ | \_\_\_\_\_\_\_ | \_\_\_\_\_\_\_ | \_\_\_\_\_\_\_\_ | \_\_\_\_\_\_\_\_ | | Totaux | 8 248 | 8 854 | 9 506 | 10 438 | 11 539 | | ======== | ======= | ======= | ======= | ======= | | Totaux dans la Zone de Résidence | 61 920 | 64 856 | 68 357 | 74 387 | 80 793 | | ======== | ======= | ======= | ======= | ======= | | Pologne. | | Varsovie | 6 715 | 6 779 | 7 120 | 7 199 | 7 166 | | Kalisz | 1 394 | 1 475 | 1 541 | 1 639 | 1 656 | | Piotrkow | 2 117 | 2 099 | 2 192 | 2 190 | 3 012 | | Kielce | 1 690 | 1 734 | 1 965 | 2 093 | 2 293 | | Radom | 2 136 | 2 063 | 2 112 | 2 268 | 2 513 | | Lublin | 4 396 | 4 440 | 4 563 | 4 787 | 5 177 | | Syedlitz | 1 635 | 1 737 | 1 811 | 1 986 | 2 401 | | Lomza | 1 659 | 1 722 | 1 819 | 1 875 | 2 086 | | Plock (Plotzk) | 846 | 850 | 891 | 915 | 964 | | Suwalki | 673 | 704 | 755 | 767 | 861 |
Totaux
23 261
23 603
24 769
25 719
28 129
========
=======
=======
=======
=======
Totaux en Russie occidentale, y compris la Zone de résidence
85 181
88 459
93 126
100 106
108 922
Degrés. — Éducation :
Une tentative systématique et organisée fut faite par le gouvernement russe en 1840 pour améliorer la condition intellectuelle et morale de ses sujets juifs par l'établissement d'écoles juives modernes. Conformément à cette idée, des comités furent convoqués à partir des six principales villes de la Zone de résidence, dont la tâche était de formuler des plans pour l'éducation laïque des Juifs de Russie. Ces comités donnèrent une impulsion au mouvement pour la culture parmi les Juifs eux-mêmes, et suscitèrent l'intérêt du ministère de l'instruction publique, à la tête duquel se trouvait le comte Uvarov. Cependant, bien avant l'époque d'Uvarov, il y avait eu diverses tentatives pour encourager l'éducation générale parmi les Juifs russes. Les célèbres « Ordonnances » de 1804 accordèrent une certaine attention à la question et prévirent l'admission d'étudiants juifs aux institutions éducationnelles générales de l'empire. Ces dispositions sont marquées par un esprit humanitaire et tolérant, et déclarent qu'aucune tentative ne devrait être faite pour éloigner de leur religion les enfants juifs recevant leur éducation dans les écoles, et que les Juifs ayant obtenu l'éducation universitaire habituelle en médecine, chirurgie, physique, mathématiques, ou autres branches du savoir devraient recevoir les degrés appropriés à égalité avec les autres sujets de Russie. Par la loi de 1811, les étudiants juifs ayant complété leurs études universitaires furent exemptés de la capitation. Mais malgré ces dispositions, les rares étudiants juifs qui tentèrent de se prévaloir des privilèges furent discriminés. Ainsi Simon Levin Wolf, qui en 1816 avait complété le cours complet à l'Université de Dorpat, demanda la permission de passer ses examens pour le degré de docteur en jurisprudence, mais il fut informé par la faculté que, en tant que Juif, il ne pouvait pas recevoir cette permission. Quand l'affaire fut renvoyée aux ministres, cette décision fut confirmée. De nouveau, en 1836, un docteur juif, Joseph Bertensohn, demanda au ministère de l'intérieur un poste au gouvernement. Le ministre de l'intérieur présenta la question au comité des ministres, et la sanction du tsar fut obtenue pour une nomination, mais « dans les provinces occidentales seulement ».
Telles étaient les difficultés rencontrées par la jeunesse juive à cette époque. En outre, les Juifs de l'ancienne école regardaient avec une hostilité décidée tous les efforts de la part de leurs fils pour obtenir une éducation laïque, tandis que ces derniers devaient affronter des préjugés profondément enracinés parmi les classes plus aisées de la société chrétienne. Parmi les Juifs eux-mêmes, l'étroitesse d'esprit et l'intolérance étaient les plus intenses, avant les années quarante du dix-neuvième siècle, dans les provinces du Nord-Ouest, tandis qu'un esprit plus libéral prévalait dans les provinces du Sud-Ouest.
Écoles.
Odessa se distingua spécialement par sa libéralité, et à sa communauté revient le mérite d'avoir établi la première école juive moderne en Russie. Cette école fut fondée en 1826 par l'initiative de Jacob Nathansohn, Leon Landau, H. Herzenstein, et Joseph Schwefelberg, et fut soutenue par la communauté juive. Elle contenait originalement quatre classes, dans lesquelles, en plus des sujets spécifiquement juifs, on enseignait les mathématiques, la calligraphie, le russe et l'allemand. L'école était sous la direction d'un directeur et d'un conseil scolaire dont la nomination devait être sanctionnée par le gouverneur-général de la Nouvelle-Russie. Le premier conseil scolaire était composé de Dr Rosenblum, David Friedman, Behr Bernstein, et Solomon Gurovich, et le premier directeur était un Juif allemand, Sittenfeldt. À une exception près, tous les instructeurs étaient des Juifs, autrichiens ou allemands, et tous les manuels utilisés étaient allemands ; même l'histoire de Russie de Karamzin fut utilisée dans la traduction allemande de Jaffe. Les dépenses de l'école étaient couvertes par une allocation initiale de 9 000 roubles et une allocation annuelle de 7 600 roubles pour l'entretien.
Le nombre d'élèves au début était de 208, et l'année suivante le nombre augmenta à tel point que les premières allocations s'avérèrent insuffisantes ; des fonds supplémentaires furent fournis par une taxe spéciale sur la viande cachère, imposée par ordre du comte Pahlen, le gouverneur-général. Odessa fut ainsi la première ville dans laquelle la taxe sur la viande fut levée, son introduction ailleurs ne prenant place qu'en 1844. Même à Odessa, qui possédait à cette époque probablement la communauté juive la plus éclairée de Russie, l'établissement de l'école créa beaucoup d'amertume dans les cercles orthodoxes, où on craignait qu'elle ne s'avère une menace pour le judaïsme orthodoxe. Les Juifs d'Odessa pétitionnèrent même le comte Pahlen contre le projet, affirmant qu'il n'y avait aucune nécessité pour une telle institution, que les écoles hébraïques locales étaient suffisantes pour les sujets juifs, et que l'allemand et le russe pouvaient s'acquérir au lycée. La réponse du comte Pahlen, qui avait perdu patience avec les membres réfractaires de la communauté, causa à cette dernière d'abandonner son opposition. À la mort du premier directeur, Sittenfeldt, en 1828, Basilius Stern fut nommé, et conserva le poste pendant de nombreuses années.
À l'exemple d'Odessa, la communauté juive de Kichinev établit une école, qu'elle plaça sous la direction du Dr. Goldenthal. En 1838, une école similaire fut fondée à Riga sous la direction du Dr. Lilienthal. Le curriculum de l'école de Riga, tel qu'établi par ses fondateurs, comprenait, entre autres sujets, la lecture, l'écriture, la grammaire et l'histoire (russe). Le directeur, selon le programme, devait être un étranger de foi juive, « éduqué dans l'esprit du vrai savoir ». Selon un rapport officiel du 18 juillet 1840, l'école prospérait.
À l'exception de ces écoles, dont l'établissement était largement dû à une influence étrangère, les Juifs de Russie étaient presque des étrangers à l'éducation européenne. L'ancienne organisation du ḳahal, le respect de la tradition et des coutumes antiques, ainsi que la pauvreté, l'ignorance et les préjugés, rendaient très difficile l'établissement d'un système éducatif efficace. Avant les années quarante, la population juive des provinces du Nord-Ouest insistait sur une interprétation stricte du Talmud et une adhésion étroite aux dogmes de la religion, tandis que les Juifs dans les provinces du Sud-Ouest, depuis le début du dix-neuvième siècle, avaient penché vers une interprétation libérale des lois religieuses. Entre ces deux positions se trouvait un parti peu nombreux plaidant pour l'éducation européenne, qui trouvait nécessaire de dissimuler ses inclinations et était contraint de lire des livres non-juifs dans des caves ou des greniers pour échapper à la détection.
Des sociétés secrètes furent formées parmi les jeunes hommes pour la promotion du travail d'illumination. À la tête de l'une de ces organisations se trouvait un étranger nommé Dr. Rothenberg, qui travailla avec grand enthousiasme pour la cause. La société russe, ignorant les aspirations de ces jeunes Juifs, y prit peu d'intérêt ; cela explique pourquoi les meilleurs Juifs de cette époque furent éduqués dans l'esprit allemand et étudièrent la littérature allemande, tandis que les choses russes leur étaient étrangères.
Rapport du Comte Uvarov
Selon Lilienthal, l'idée d'améliorer la condition des Juifs russes en les éduquant dans un esprit moderne provint du tsar lui-même, et une tentative sérieuse de mettre cette idée en œuvre fut entreprise par le Comte Uvarov, alors ministre de l'instruction publique. Il élabora le premier plan pour l'établissement d'écoles juives spéciales et le présenta à l'Empereur Nicolas Ier. (22 juin 1842). Son rapport, remarquable par son ampleur de vue, affirme que « des réformes radicales sont impératives pour l'éducation de la génération croissante de Juifs russes ». Il montre que les mesures répressives contre les Juifs dans nombre de pays européens avaient échoué à produire des résultats bénéfiques, et il signale ensuite les excellents effets des mesures humanitaires adoptées depuis le début du dix-neuvième siècle. Ses suggestions furent approuvées par Nicolas, qui écrivit en marge du rapport : « Ces déductions sont correctes ». Le tsar demanda à ses ministres de se familiariser avec la condition des Juifs afin de rendre possible l'adoption de lois appropriées. Pour faciliter le travail, des commissions furent nommées dans les provinces où les Juifs était autorisés à vivre. Ces commissions devaient rendre des rapports, et c'est sur la base de ces rapports qu'Uvarov élabora son projet. Il chargea le Dr. Lilienthal de visiter les différents centres de peuplement juif dans la Pale, de déterminer l'attitude des Juifs envers les mesures proposées, et d'apaiser les soupçons existants quant aux intentions du gouvernement. De la lettre circulaire émise par le Comte Uvarov à cette fin, il est évident que les masses juives considéraient avec animosité l'établissement des écoles juives à Odessa, Kichinev et Riga, et croyaient que les promoteurs de ces écoles avaient l'intention d'éloigner la jeunesse juive du judaïsme. Les soupçons de cette nature n'étaient pas sans quelque apparence de raison ; en effet, ils étaient partiellement justifiés par les mesures prises pendant la dernière partie du règne d'Alexandre Ier et par l'attitude de Nicolas Ier envers les [Cantonistes](/articles/3989-cantonists).
Le plan du Comte Uvarov pour l'établissement d'écoles juives était substantiellement comme suit : Les écoles devaient être divisées en deux classes—supérieure et inférieure. Les écoles supérieures devaient être établies dans les villes et devaient contenir l'équivalent de la première quatre ou cinq classes d'un gymnasium classique. Ces écoles pouvaient, si nécessaire, être modifiées pour servir d'écoles préparatoires pour des institutions d'enseignement moyen ou supérieur. Les écoles inférieures devaient être établies dans les villes de district et devaient ultimement remplacer les écoles privées juives. Pour l'exécution des plans du gouvernement, Uvarov proposa une commission de rabbins et d'érudits, dont la nomination devait être approuvée par les gouverneurs de leurs provinces respectives et qui devaient être connus sous le nom de « Commission pour l'Éducation des Juifs de Russie ». Ce plan fut approuvé par le tsar, qui ajouta de sa propre main : « Je l'approuve à condition que la commission ne consiste en plus de quatre rabbins, un de chacune des provinces dans lesquelles les Juifs sont autorisés à résider. »
Wilna.
Lilienthal s'occupa à mettre au point les détails de l'organisation, correspondant avec les Juifs étrangers afin de déterminer combien de maîtres pourraient être recrutés pour les écoles projetées, et visitant personnellement quelques-unes des plus grandes villes. En se rendant à Wilna, il ne tarda pas à se convaincre qu'il y rencontrerait une opposition très sérieuse. Les Juifs de cette ville lui donnèrent l'impression d'être « familiers avec le savoir talmudique et rabbinique, mais très ignorants en autres matières et sans grande connaissance des branches modernes de la science ; pleins de préjugés et d'étroitesse d'esprit, et imbibés du Ḥasidisme sauvage et absurde qui dépasse toute compréhension ». Mais après beaucoup d'efforts, Lilienthal réussit à convaincre les chefs de la communauté que l'école ne serait pas une menace pour leur religion, sur quoi une somme annuelle de 5 100 roubles leur fut promise pour le soutien de l'institution. Lilienthal fut alors invité à Minsk par les rabbins et le ḳahal, mais y rencontra une opposition très déterminée. Les opposants prétendaient que sans droits égaux, l'éducation pour le Juif serait un malheur — paroles qui se sont avérées être presque prophétiques.
De retour à Wilna, Lilienthal constata que l'opposition y avait gagné en force pendant son absence. La communauté retira sa promesse et s'efforça de discréditer les efforts de Lilienthal. La minorité en faveur de l'éducation moderne aggrava les choses par son attitude belliqueuse. Lilienthal quitta Wilna grandement découragé et remit son rapport au comte Uvarov. Malgré les résultats décourageants du premier voyage, Lilienthal fut à nouveau envoyé, encouragé au début du second voyage par l'attitude bienveillante des Juifs de Berdychev. Cette fois, ses efforts s'avérèrent plus fructueux. Il rencontra peu de difficultés dans les provinces baltiques, où les Juifs étaient quelque peu acquis aux écoles modernes. Lilienthal envoya une circulaire aux communautés des provinces occidentales, dans laquelle il montrait clairement leurs vrais intérêts et le danger d'une opposition étroite ; cela produisit indubitablement une profonde impression. On l'attendait avec impatience à Berdychev, et son message y fut reçu avec un grand enthousiasme. Des réceptions similaires lui furent accordées en Russie du Sud. La Nouvelle Russie était préparée pour des écoles modernes. Lilienthal y fut reçu joyeusement, et fut agréablement surpris par les progrès déjà réalisés par les Juifs d'Odessa en matière d'éducation. Il fut chaleureusement reçu aussi à Kherson et à Kishinef. À son retour à Saint-Pétersbourg, Lilienthal participa aux sessions de la commission rabbinique en qualité de représentant du gouvernement. La commission était composée de Voronchenko (président), Dukst-Dukshinski (secrétaire enregistreur), Lilienthal (représentant du gouvernement), Kusnetzov (secrétaire), et du rabbin [Isaac ben Ḥayyim de Volozhin](/articles/8172-isaac-ben-hayyim-of-volozhin), Mendel Shneersohn, rabbin de Luybavich, Bezaleel Stern, directeur de l'école d'Odessa, et Israel Halperin, banquier de Berdychev.
Difficultés des écoles d'Uvarov.
Les écoles établies selon les plans d'Uvarov ne rencontrèrent pas le succès attendu. D'une part, il y avait une pénurie d'instructeurs compétents. C'était l'attente de Lilienthal que des Juifs étrangers soient nommés comme instructeurs, et il en avait pratiquement engagé environ 200 pour le travail projeté. Les autorités décidèrent cependant d'employer uniquement des natifs, croyant que suffisamment d'instructeurs juifs pourraient être trouvés en Russie elle-même. Il n'y eut pas de difficulté à sécuriser des directeurs chrétiens pour les écoles ; et pour les classes consacrées aux matières générales (russe, géographie, arithmétique, etc.), des instructeurs des écoles non-juives furent nommés. Il n'était cependant pas facile de trouver des maîtres convenables pour les matières juives et pour l'allemand, et des nominations furent faites parmi des personnes ne possédant pas une complète compétence pour leur tâche. Une difficulté considérable fut rencontrée dans l'enseignement de l'allemand. Le professeur Mukhlinski, qui visita, à l'instance du ministère de l'instruction publique, les écoles juives de la Russie occidentale, écrivit en 1851 que « les Juifs des provinces occidentales se plaignent du faible progrès de leurs enfants dans la langue allemande, et pour cette raison il serait souhaitable d'avoir dans les écoles des maîtres spécialement qualifiés pour cette langue, car l'influence de la langue allemande dans l'éducation des Juifs pourrait s'avérer d'une grande importance ». Le « Juif savant » M. Berlin, assigné au gouverneur-général des provinces de Smolensk, Vitebsk et Moghilef, effectua une tournée d'inspection en 1854 parmi quelques-unes des écoles juives, dont le résultat fut un avertissement écrit à un certain nombre des maîtres et directeurs que leurs devoirs étaient très insatisfaisamment remplis.
La situation des instructeurs dans les écoles juives n'était pas enviable. Les salaires payés étaient pour cette époque plutôt élevés — 250 roubles par an aux directeurs et 225 roubles aux instructeurs. Néanmoins, puisque l'argent à cet effet provenait de la taxe sur les chandelles, les autorités retardaient souvent le paiement pendant des mois, laissant ainsi les maîtres presque dans le dénuement.
Outre ces difficultés, il y avait l'hostilité de la population juive, qui regardait les instructeurs comme des traîtres à leur religion, et, les redoutant comme représentants du gouvernement, était toujours prête à exprimer son inimité envers eux. Par exemple, les instructeurs et leurs enfants n'étaient pas assujettis au service militaire ; néanmoins les communautés juives assouvissaient leur ressentiment en présentant aux autorités les noms des parents des instructeurs. Quand ces parents disparaissaient, les instructeurs, selon la loi, étaient tenus responsables de la dissimulation de leurs allées et venues et étaient ainsi assujettis à beaucoup d'ennuis.
Quant aux élèves des écoles juives, il paraît que peu en ont été envoyés volontairement par leurs parents ou tuteurs. L'organisation d'une école commençait ordinairement avec l'arrivée du directeur chrétien, dont le devoir était d'inscrire des élèves. À cette fin il s'adressait à la communauté juive, déclarant qu'il était absolument nécessaire de créer un contingent d'élèves. La communauté, craignant les autorités administratives, agissait dans le même esprit qu'elle manifestait dans la question du service militaire. Les orphelins, les enfants d'artisans et les mendiants étaient forcés par les membres influents de la communauté de constituer le contingent scolaire ; l'école était recrutée, en fait, dans les couches les plus basses de la population juive ; parfois les parents recevaient une rémunération pour envoyer leurs enfants à l'école. La communauté prenait soin de ne recruter que le nombre minimum d'élèves nécessaire pour donner à l'école l'apparence d'une institution d'éducation. Ainsi dans une ville où, selon les statistiques officielles, la population juive était de 10 000 habitants, il n'y avait, en 1852, que 27 élèves à l'école juive ; à Vitebsk, en 1849, il n'y en avait que 13 ; en janvier 1851, que 19 ; et 50 en novembre suivant.
Expédients des directeurs.
Mais même ces chiffres ne révèlent pas la condition exacte des choses. Un directeur aurait été embarrassé, par exemple, s'il avait dû faire rapport que son école, avec trois maîtres, avait souvent moins de dix élèves. Pour cette raison il ferait figurer comme présents même ceux qui avaient quitté l'école pendant l'année. Par exemple, dans une école vingt-trois élèves étaient portés aux registres, bien qu'en réalité quinze d'entre eux avaient quitté l'école pendant le trimestre. Dans une autre école la plupart des élèves qui avaient été admis pendant l'année précédente figuraient dans le rapport de l'année courante, bien que la plupart d'entre eux fussent marqués dans le registre de classe comme ayant quitté « en raison de la pauvreté ». L'assiduité irrégulière avait donné lieu à de nombreuses tentatives d'amélioration. Ainsi le Professeur Mukhlinski suggéra qu'« il devrait y avoir dans chaque école juive un préposé juif qui pourrait être envoyé après les élèves qui ne se présenteraient pas » ; et en 1855 les directeurs des écoles juives du gouvernement de Minsk reçurent l'ordre de veiller à ce que les maîtres juifs visitent les demeures des élèves et rapportent les causes de leurs absences. Les autorités scolaires attribuaient ordinairement toutes les absences soit à la pauvreté, soit à la maladie ; en vérité, il ne fait aucun doute que la pauvreté en était responsable en partie, puisque, comme on l'a déjà dit, la plupart des élèves venaient des foyers les plus pauvres.
Le programme d'instruction des écoles prévoyait seize leçons d'une heure et demie chacune par semaine. De ces leçons sept étaient consacrées à l'instruction religieuse, deux à l'hébreu, quatre au russe et à la calligraphie, deux à l'arithmétique, et une à l'allemand. Avant et après les leçons des prières étaient récitées en russe et en hébreu. Les écoles furent ordonnées par les autorités supérieures d'omettre certains passages des livres hébreux. Par exemple, en 1854, quand les autorités scolaires du gouvernement de Minsk remplacèrent le Shulḥan 'Aruk par le Ḥayye Adam, elles signalèrent les passages à omettre de ce dernier. En 1853 les mêmes autorités ordonnèrent que l'enseignement de la Mishnah soit discontinué. Ces changements et omissions étaient sans doute dus à la suspicion entretenue par le gouvernement que les livres hébreux contenaient des déclarations, exprimées ou implicites, dirigées contre le gouvernement civil ou contre le christianisme. Nonobstant le fait que dans certains endroits la population consistait presque exclusivement en Ḥasidim, le ministère de l'instruction publique rendit obligatoire dans les écoles l'usage du livre de prières Ashkenaze avec sa traduction allemande. Parmi les manuels employés, plusieurs avaient été préparés par Leon Mandelstamm, notamment des grammaires hébraïques, allemandes et russes.
Échec reconnu.
L'échec évident des écoles gouvernementales juives convainquit le gouvernement après quelques années qu'une réorganisation de ces écoles était souhaitable. À la suggestion de plusieurs gouverneurs des provinces du sud de la Russie, le ministère de l'instruction publique prit le problème en considération. La question fut soulevée de savoir si ces écoles devaient être abolies comme inutiles. Après une enquête approfondie couvrant une période de huit mois l'agent spécial remit son rapport au gouverneur-général de la Nouvelle-Russie et au surintendant de l'instruction dans le district d'Odessa. Le rapport déclara que ces écoles, bien qu'elles eussent besoin d'une réorganisation, ne devaient pas être abolies entièrement, et que les défauts principaux dans l'organisation existante étaient dus à une connaissance inadéquate de la langue russe de la part des enfants admis et aux méthodes peu sympathiques et sévères des directeurs chrétiens, qui possédaient ordinairement très peu de formation pédagogique. De plus, les élèves qui venaient des ḥadarim n'étaient pas accoutumés à la discipline scolaire, et les maîtres capables ne restaient pas longtemps dans des postes offrant un salaire de seulement 225 roubles par an. En conséquence, le nombre des ḥadarim avait augmenté plutôt que diminué depuis l'établissement des écoles ; d'autant plus que les directeurs des écoles juives, à qui était donnée la surveillance des melammedim, fournissaient souvent à ces derniers des certificats sur des bases personnelles et illégales. Une instance de l'accroissement des ḥadarim nous est fournie par le cas de Kishinev, où il y en avait 100 en 1864.
Les recommandations suivantes furent formulées dans le rapport de l'agent spécial au gouverneur général : (1) Les écoles devraient être réorganisées de telle sorte que celles de première classe préparent à l'entrée au gymnase classique ; celles de deuxième classe devraient avoir un curriculum plus pratique, afin que les élèves soient mieux préparés à la vie dans une certaine mesure, s'ils devaient interrompre leurs études avant la graduation. (2) Des classes élémentaires pour les enfants plus jeunes devraient être instituées, supprimant ainsi la nécessité du ḥeder. (3) Seules des personnes ayant complété leurs études dans une école rabbinique ou dans quelque institution supérieure d'enseignement devraient être nommées directrices de telles écoles. (4) De l'argent suffisant pour l'achat de livres et d'autres matériaux scolaires devrait être alloué à chaque élève pauvre. La rémunération des maîtres juifs devrait être augmentée, et les directeurs devraient être choisis parmi eux. (5) Il devrait être obligatoire pour les maîtres et les directeurs de servir au moins cinq ans au même endroit. (6) Les melammedim devraient être placés sous la supervision des administrations scolaires, et les ḥadarim devraient être autorisés seulement dans les lieux où les écoles n'existaient pas. Le rapport signala aussi que la réorganisation devrait être de telle nature qu'elle ne conduise pas les parents à penser que l'objectif principal de l'école était de décourager les sympathies religieuses et nationales de leurs enfants. « L'abolition de ces écoles, » dit le comte Kotzebu, « reconduirait les Juifs dans leur fanatisme et leur isolement. Il est nécessaire de faire des Juifs des citoyens utiles, et je ne vois pas d'autre moyen d'y parvenir que par leur éducation. »
Les Recommandations d'Artzimovich.
Artzimovich, l'inspecteur de l'instruction publique du district d'Odessa, arriva à une conclusion quelque peu différente, comme le montre son rapport au ministre de l'instruction publique. Il insista sur la suggestion du Dr. Shwabacher, alors rabbin d'Odessa, de fonder des séminaires rabbiniques ; il recommanda l'établissement d'un tel séminaire à Odessa et la nomination du Dr. Shwabacher comme directeur, les fonds pour son soutien devant être tirés de taxes juives spéciales. Il suggéra en outre de transférer l'une des écoles rabbiniques de la Russie occidentale à Odessa, où existait moins de préjugé et plus d'intelligence parmi la population juive, où les nombreux Juifs instruits—médecins, avocats, banquiers, etc.—exerceraient une influence bénéfique sur les étudiants, et où il y avait de nombreux enfants juifs qui avaient obtenu l'éducation préliminaire désirée dans les écoles générales. Ainsi au Second Gymnase d'Odessa, en 1862, il y avait 115 Juifs ; au gymnase pour jeunes filles 36 filles juives ; à l'école commerciale 39 Juifs ; tandis que le nombre d'étudiants dans les écoles spécialement juives diminuait constamment. En 1862 il y avait dans les écoles juives gouvernementales de première classe d'Odessa 316 élèves ; en 1863 et 1864, 300 élèves ; et en janvier 1865, seulement 260 élèves. Dans l'école de deuxième classe il y avait 114 en 1862, 135 en 1863, et seulement 45 en 1864.
La suggestion pour l'établissement de séminaires rabbiniques ne reçut pas le soutien du gouvernement, et le plan restait encore non réalisé vingt-cinq ans plus tard, quand la Société pour la Promotion de la Culture parmi les Juifs de Russie souleva à nouveau la question de l'établissement d'un séminaire à Odessa.
L'Éducation dans les Colonies Agricoles.
En avril 1866, le Général Zelenoi, alors secrétaire des domaines impériaux, signala dans un rapport que le grand obstacle au succès des colonies juives agricoles dans le sud de la Russie était l'extrême fanatisme religieux des colons, et que le moyen le plus sûr de l'éliminer serait d'abolir le système qui permettait l'enseignement des enfants à domicile. En conséquence, Marcus Gurovich, un Juif instruit, fut chargé d'inspecter les colonies juives et d'esquisser des réformes scolaires praticables. Gurovich suggéra que dans les écoles à ouvrir les melammedim devraient être conservés comme instructeurs en hébreu, de crainte que des changements de nature trop radicale n'excitent les préjugés des colons. Son plan prévoyait l'établissement d'écoles à deux classes avec un personnel enseignant de deux melammedim et un maître laïque. Dans les colonies plus grandes une école à deux salles devrait être ouverte, une salle pour les sujets généraux, comme la Bible, l'hébreu, l'allemand, le russe, l'arithmétique, et la calligraphie, et l'autre pour les études complémentaires, comme la géographie, l'histoire russe, le dessin, et l'agriculture. L'instructeur laïque devrait être payé par le gouvernement, tandis que les melammedim devraient recevoir une rémunération des parents selon accord.
Le ministre de l'instruction publique adopta ce plan avec de légères modifications, excluant l'allemand comme inutile, et augmentant l'attention accordée à la langue russe. Il fut d'accord avec Gurovich que le plus grand soin devrait être exercé pour effectuer les changements proposés. L'inertie officielle causa que l'exécution des mesures proposées soit retardée jusqu'à 1868, quand les communautés dans les diverses colonies offrirent de fournir l'argent nécessaire pour poursuivre le travail d'instruction pourvu que des fonds leur fussent avancés pour la dépense initiale. Cette année-là il y eut ouverture dans les dix colonies de douze écoles (dix pour les garçons, et deux pour les filles), dont l'entretien fut entrepris par les communautés respectives. En reconnaissance de ses services le ruban de l'Ordre de Saint-Stanislas (3e degré) lui fut conféré, ainsi qu'une bourse de 500 roubles.
Les Bons Effets de l'Attitude du Gouvernement.
Les efforts bienveillants du gouvernement pendant les règnes de Nicolas Ier et d'Alexandre II ont graduellement mais sûrement effectué d'importants changements dans l'attitude des Juifs russes envers l'éducation moderne. Des milliers de familles juives se sont établies hors de la Pale, se sont familiarisées avec la langue et les coutumes russes, ont perdu une partie de leur étroitesse d'esprit, et n'ont plus empêché leurs enfants de fréquenter des institutions éducatives non juives. Les gymnases classiques et les universités ont bientôt accueilli bien plus qu'une simple minorité d'étudiants juifs, et tandis que dans les petites villes à l'intérieur de la Pale l'éducation laïque était encore considérée par les masses avec un extrême disfaveur, les éléments éduqués et progressistes de la société juive dans les plus grandes villes gagnaient constamment en force et en importance.
Attitude ultérieure du Gouvernement.
Avec le règne réactionnaire d'Alexandre III, l'interprétation libérale des lois existantes a été abandonnée, et de nouveaux règlements ont été promulgués concernant la fréquentation des étudiants juifs dans les écoles moyennes et supérieures. En 1887, un règlement a été mis en vigueur selon lequel seuls 3 à 6 pour cent des étudiants de tout gymnase ou université pouvaient être des Juifs. Naturellement, tandis qu'en dehors de la Pale les Juifs sont relativement peu nombreux et que les places disponibles dans ces institutions ne sont pas toujours remplies, le nombre de Juifs dans les villes à l'intérieur de la Pale qui souhaitent y entrer dépasse le nombre de places disponibles. Ainsi l'enseignement supérieur est difficile à obtenir pour la plupart de la jeunesse juive. L'interprétation très stricte de cette loi rend les choses encore pires. Il apparaît qu'il existe une détermination de la part des autorités à réduire le nombre d'étudiants juifs au minimum. Beaucoup d'étudiants juifs sortant des écoles moyennes avec honneur ne sont pas autorisés à entrer à l'université, la raison alléguée étant le manque de places disponibles. Dans toute la province de Wilna, par exemple, il y avait une certaine année seulement trois ou quatre places disponibles. Le résultat en est que ceux qui en ont les moyens se dirigent vers des écoles ou des universités en Allemagne, en France, ou en Suisse.
Les écoles générales inférieures, bien que nominalement ouvertes aux enfants juifs, ne leur sont pas toujours accessibles. Les écoles de ville et de district admettent les étudiants juifs sur un pied d'égalité avec les autres, pourtant le règlement, émis par le ministère de l'instruction publique en 1901, qui exige que les étudiants juifs fassent des travaux écrits le samedi, exclut virtuellement les enfants des Juifs orthodoxes. À Lubny, gouvernement de Poltava, il y avait eu douze étudiants juifs à l'école de district, mais après l'application du nouveau règlement, il n'en restait qu'un. Il en est de même dans beaucoup d'autres endroits. Beaucoup des écoles inférieures refusent même de recevoir des enfants juifs, prétendant qu'il n'y a pas de places disponibles. Les communautés juives sont ainsi obligées de pourvoir à l'éducation élémentaire de leurs enfants, et en conséquence les écoles juives sont indispensables.
Écoles spécifiquement juives.
Les écoles spécifiquement juives en Russie aujourd'hui peuvent être divisées en trois classes : (1) écoles gouvernementales, (2) écoles communales, (3) écoles privées. La première classe comprend les écoles établies dans les années quarante et décrites ci-dessus, et le séminaire pour maîtres à Wilna. Les écoles gouvernementales fondées en 1844 ont été réorganisées en 1873. Le ministre de l'instruction publique a souligné à cette époque que ces écoles devaient être considérées comme temporaires et devaient être supprimées quand « les Juifs commenceraient à envoyer leurs enfants aux écoles générales ». Apparemment, il n'a pas été soupçonné à cette époque que finalement les écoles générales seraient fermées à la plupart des étudiants juifs. Les écoles élémentaires juives sont divisées en écoles à une ou deux classes, chacune ayant une classe préparatoire. Le cours complet s'étend sur six ans. Les instructeurs sont généralement des diplômés du séminaire juif de Wilna, mais en cas de nécessité, des nominations sont faites parmi les chrétiens familiers avec l'allemand judéo-allemand. Ces écoles ne sont pas populaires auprès des masses juives parce que trop peu de temps est consacré aux sujets juifs ; néanmoins elles sont bien fréquentées là où d'autres écoles font défaut.
Les écoles juives privées offrent généralement un cours de deux ou trois ans, mais dans quelques cas un cours de quatre ans. Sur vingt-quatre leçons par semaine, quatre au maximum sont consacrées à l'enseignement de la religion juive. Dans la plupart des cas, le temps consacré aux sujets juifs est beaucoup moins important, et rarement suffisant pour autre chose que l'étude des prières et de l'histoire biblique. Les maîtres des écoles privées sont mal payés — en moyenne, de 300 à 400 roubles annuellement pour l'instruction de trente à quarante étudiants. Dans beaucoup de cas, les dépenses des écoles privées ne dépassent pas les revenus.
Talmud Torahs et Ḥadarim.
RUSSIE
En addition à ces écoles, il y a les Talmud Torahs et les ḥadarim. Le Talmud Torah est venu à l'existence en raison de la nécessité de prendre soin des orphelins. N'étant pas en mesure de maintenir des asiles pour orphelins, la communauté devait se contenter d'accueillir les orphelins pendant le jour. Les enfants étaient nourris, vêtus et instruits. L'instruction consistait généralement à la lecture de l'hébreu et à l'étude des prières, de la Bible et d'autres livres religieux. Les Talmud Torahs sont toujours maintenus pour les classes pauvres et sont sous la supervision directe des anciens de la communauté. En règle générale, l'enseignement est irrégulier et sans système. Malgré le grand intérêt des masses pour le Talmud Torah et leurs contributions consciencieuses, elles ont peu de voix dans sa gestion ; les dirigeants de la communauté le conduisent généralement selon leurs propres idées. De plus, le revenu du Talmud Torah moyen ne dépasse guère 400 à 500 roubles par an, et avec de si petits moyens peu de choses peuvent être accomplies. Les méthodes en vogue dans le ḥeder sont généralement suivies, et les enfants sont à peine moins ignorants quand ils quittent le Talmud Torah qu'ils ne l'étaient en y entrant. Il y a cependant quelques exceptions, dans lesquelles les Talmud Torahs sont conduits selon les principes pédagogiques modernes. Généralement, les personnes qui peuvent se permettre d'envoyer leurs enfants ailleurs ne les envoient pas au Talmud Torah.
Le ḥeder, qui est un type d'école développé pendant de nombreuses générations d'isolement religieux, est une école purement religieuse. Le soi-disant ḥeder « modèle » est le type plus moderne, dans lequel une tentative est faite pour inclure des matières séculières. En 1875, une loi a été promulguée qui interdisait au ḥeder d'admettre ceux qui n'étaient pas des diplômés d'une école rabbinique ou d'une école de classe moyenne. Cette loi n'a pas atteint son objectif en raison de la légère rémunération offerte par le ḥeder—souvent pas plus de 100 roubles par an ; les personnes qui avaient obtenu une éducation dans une école rabbinique ou de classe moyenne n'étaient pas tentées de postuler. Le gouvernement, réalisant l'inutilité de la réglementation, a promulgué une nouvelle loi en 1893, qui permet à quiconque le souhaite de conduire un ḥeder moyennant le paiement d'une taxe annuelle de trois roubles.
Le ḥeder en tant qu'institution est intimement lié à la vie des masses juives, et il faudra de nombreuses années et beaucoup d'efforts pour le remplacer par des écoles hébraïques modernes. Le ḥeder transforme les enfants sains en enfants maladifs et nerveux, et il a été dit avec beaucoup de vérité que la dégénérescence physique des masses juives est due en partie à l'influence néfaste de cette classe d'écoles. Le ḥeder est généralement conduit dans la maison du melammed, et souvent dans la salle de séjour de la famille. Le melammed s'occupe généralement d'un ou deux enfants à la fois, tandis que le reste répète ses leçons à haute voix. Le ḥeder contient des enfants de tous les âges, rendant le système impossible ; ses séances se déroulent pendant six jours de la semaine, pendant toute la journée. Il n'y a pas de vacances d'été pour le garçon juif, et la majorité de son temps est passée au ḥeder. Le ḥeder modèle est plus propre et a l'apparence d'une salle de classe convenablement meublée. Malheureusement, le ḥeder modèle ne se rencontre pas très fréquemment.
Une meilleure conception du vieux ḥeder et du vieux Talmud Torah peut être obtenue à partir de ce qui suit, tiré du « Voskhod » : « Nos ḥadarim, » écrit un correspondant de Zvenigorodka, gouvernement de Kiev, « avec leurs melammedim, représentent une copie en miniature de l'Inquisition médiévale appliquée aux enfants. Il n'y a pas de règles et pas de système. . . . Notre Talmud Torah fait un tableau encore plus triste. . . . Son programme consiste en froid, faim, châtiment corporel et lecture d'hébreu. » Un autre correspondant, de Vitebsk, écrit : « Nos Talmud Torahs sont des pièces sales, bondées de neuf heures du matin à neuf heures du soir d'enfants pâles et affamés. Ceux-ci restent dans cette atmosphère contaminée pendant douze heures à la fois et ne voient que leurs maîtres courbés et épuisés. . . . La plupart d'entre eux sont vêtus de haillons ; certains d'entre eux sont presque nus. . . . Leurs visages sont pâles et malades, et leurs corps ne sont évidemment pas forts. Par groupes de vingt ou trente, et parfois plus, ils répètent tous une certaine leçon à haute voix après leur instructeur. Celui qui n'a pas écouté les commentaires presque absurdes du melammed ignorant ne peut même pas imaginer à quel point peu les enfants tirent de telle instruction. » Ces citations pourraient être multipliées indéfiniment. Celles qui sont données sont cependant suffisantes pour montrer comment les masses juives au sein du Pale of Settlement obtiennent leur éducation au ḥeder.
—Émigration :
L'émigration extensive des Juifs d'Europe de l'Est, où une large population juive s'est concentrée au cours du dernier siècle, forme un phénomène très significatif de la vie juive au cours des deux dernières décennies, et est riche de sens pour tout le peuple juif. Cette émigration a été dirigée vers différentes régions ; à savoir, l'Amérique du Nord, l'Angleterre, l'Afrique du Sud, la Palestine, l'Argentine et l'Australie. Il ne fait aucun doute, cependant, que le courant principal a été dirigé vers les États-Unis, et par conséquent la population juive de ce pays, qui jusqu'à la huitième décennie du dix-neuvième siècle était faible, s'élève maintenant à environ 1 500 000 personnes.
Sources d'information.
L'étude de ce sujet présente des difficultés considérables. Les statistiques officielles russes ne fournissent aucune information, tandis que l'enregistrement à certains ports étrangers indique les pays d'où proviennent les émigrés, mais non leur nationalité ou leur religion. Bien que des données sur l'émigration russe par tous les ports allemands et par Anvers soient disponibles, il semblerait que durant certaines années plus d'émigrés en provenance de Russie soient entrés aux États-Unis seuls qu'il n'en a transité par tous ces ports réunis ; néanmoins un nombre non négligeable d'émigrés partent d'Anvers et d'Allemagne vers l'Argentine, le Brésil et l'Afrique du Sud. Il devient nécessaire, par conséquent, de chercher l'information désirée dans les statistiques d'immigration du pays qui est la destination principale des émigrés, à savoir les États-Unis. Ces statistiques, qui ont été tenues depuis 1820 et qui sont absolument dignes de confiance, ne sont cependant pas entièrement satisfaisantes pour les fins de cet article ; car jusqu'à l'année 1898 les immigrants ont été classifiés seulement selon les pays d'où ils venaient, et non selon la race et la religion également. Depuis l'année 1898-99, cependant, cette information supplémentaire a été enregistrée, de sorte qu'il est maintenant possible de déterminer l'étendue et le caractère de l'émigration juive vers le continent nord-américain. De plus, les autorités compétentes s'accordent à dire qu'jusqu'à la neuvième décade du dix-neuvième siècle les immigrants en provenance de Russie (excluant la Pologne et la Finlande) étaient, à l'exception de quelques milliers de Mennonites, presque exclusivement des Juifs. Ces dernières années, les immigrants russes ont inclus un nombre considérable de Lituaniens et d'Allemands ; mais pour l'année 1903-4 les deux tiers des immigrants en provenance de Russie (exclusive de la Pologne et de la Finlande) étaient des Juifs. Le tableau suivant montre l'immigration totale aux États-Unis, et celle en provenance de Russie, commençant avec l'année 1870-71 :
Immigration aux États-Unis.
Année.
Immigrants totaux.
Immigrants russes.
1870-1871
321,350
1,005
1871-1872
404,806
1,311
1872-1873
452,803
3,490
1873-1874
313,339
7,477
1874-1875
227,498
4,369
1875-1876
169,986
6,787
1876-1877
141,857
3,370
1877-1878
138,469
4,216
1878-1879
177,826
3,784
1879-1880
457,257
5,278
1880-1881
669,431
8,193
1881-1882
788,992
17,497
1882-1883
518,592
6,907
1883-1884
395,346
15,122
1884-1885
334,203
16,603
1885-1886
490,109
17,309
1886-1887
546,889
28,944
1887-1888
444,427
31,256
1888-1889
444,427
31,889
1889-1890
455,302
33,147
1890-1891
560,319
42,195
1891-1892
479,663
76,417
1892-1893
439,730
35,626
1893-1894
285,631
36,725
1894-1895
258,536
33,232
1895-1896
343,267
45,137
1896-1897
230,832
22,750
1897-1898
229,299
27,221
1898-1899
311,715
24,275
1899-1900
448,572
37,011
1900-1901
487,918
37,660
1901-1902
648,743
37,846
1902-1903
857,046
47,689
1903-1904
812,870
77,544
Juifs chassés de la Pale.
Les données concernant l'immigration totale ont été données à dessein, puisque l'immigration vers n'importe quel pays est influencée principalement par deux facteurs. Elle dépend, en premier lieu, des avantages à obtenir dans le nouveau pays, et en second lieu des forces tendant à envoyer les émigrés de l'ancien. En années de prospérité industrielle, quand il existe une grande demande de main-d'œuvre, l'immigration augmente rapidement, et durant une crise industrielle elle diminue proportionnellement. Il est naturel que les causes générales influençant la vie économique des États-Unis modifient l'étendue de l'immigration russe. D'une influence encore plus grande dans le cas des Juifs russes sont les forces qui poussent la population juive hors de la Pale de l'Établissement. Un examen du tableau précédent montre qu'il y a eu deux vagues distinctes d'immigration russe. La première n'était pas grande, l'intensité maximale étant atteinte en 1873-74, quand il y eut 7,477 arrivées aux États-Unis. C'était une époque de prospérité dans ce pays. Après la crise qui a mené à une diminution de l'immigration totale, une augmentation est de nouveau apparente en 1879-80 ; et les chiffres s'élèvent graduellement jusqu'en 1881-82, quand le point culminant de 788,992 dans l'immigration totale est atteint. Ceci s'accompagne d'une augmentation similaire de l'immigration en provenance de Russie, les arrivées cette année-là se chiffrant à 17,497, une augmentation supérieure à 100 pour cent par rapport à l'année précédente. Dans cette augmentation rapide sont vues les preuves des résultats des événements bien connus du début des années quatre-vingts en Russie—les émeutes anti-juives, le ministère du comte Ignatiev, et l'adoption des « Règlements temporaires » ([May Laws](/articles/10508-may-laws)). Avec la démission d'Ignatiev (12 juin 1882) le nombre d'immigrants en provenance de Russie a diminué à 6,907 ; mais en 1883-84 il augmenta de nouveau, à 15,122. Depuis ce temps l'émigration de la Russie vers les États-Unis a augmenté régulièrement.
Effet des « Règlements temporaires ».
Il est évident que dans la Pale de l'Établissement des conditions chroniques s'étaient produites qui poussaient sa population vers d'autres pays. Ces conditions n'étaient rien moins qu'une crise économique dans la vie de la population juive, intimement liée aux limitations légales et particulièrement à l'application rigide des « Règlements temporaires ». En 1891-92 l'immigration juive progressivement croissante a fait un nouveau bond vers le haut, de 42,195 à 76,417. C'était l'année de l'expulsion des Juifs de Moscou par ordre du fanatique Grand-Duc Sergius, et de leur enlèvement extensif de l'intérieur du pays et des villages. Après cela le nombre d'immigrants en provenance de Russie a diminué jusqu'en 1896-97, quand le minimum de 22,750 a été atteint. Un résumé des chiffres du tableau précédent par décennies depuis 1870 montre que durant la première décennie entraient annuellement aux États-Unis une moyenne de 4,108 immigrants russes ; durant la deuxième décennie, 20,686 ; et durant la troisième, 38,058. Pour des données statistiques supplémentaires [voir Migration](/articles/10821-migration); [United States](/articles/14589-united-states).
—Legislation:
RUSSIA — fragment 33
Avec l'expulsion des Juifs par la czarine Élisabeth Petrovna (2 déc. 1742), le problème juif en Russie semblait résolu ; mais au partage de la Pologne, la Russie reçut le territoire aujourd'hui connu sous le nom de « Russie-Blanche » et d'autres provinces ayant une importante population juive. Les habitants de ces régions se virent accorder tous les droits « sans distinction de foi ou de nationalité » (26 février 1785). Mais dès le règne de Catherine II, ce décret ne fut pas strictement observé, et par la suite les Juifs furent soumis à diverses lois de caractère spécial, dont l'origine peut être attribuée à plusieurs motifs : (1) Le Motif Religieux : La conversion d'un Juif au christianisme le libère de toutes les restrictions. Le seul obstacle à la jouissance de droits égaux par les Juifs est leur religion (décisions du Sénat, 1889, § 25). (2) Le Motif Économique : Protéger la population autochtone du soi-disant exploitation juive. (3) Le Motif Fiscal : La crainte que les Juifs ne se livrent au commerce de contrebande. Cela provoqua l'adoption de mesures restrictives à leur encontre et entraîna, par exemple, leur éloignement des frontières occidentales à une distance d'un cercle de 50 verstes. (4) Réduire la Population : L'autorisation d'établir une association de colonisation juive pour l'émigration des Juifs. Les Juifs quittant la Russie avec des permis pour coloniser ailleurs sont considérés (Règlements, 8 mai 1892) comme ayant abandonné la Russie pour toujours. (5) Le Motif d'Assimilation : Les Juifs sont interdits de porter des vêtements différents de ceux portés par le reste de la population ; les Juives sont interdites de se raser la tête (oukase, 31 mars 1856).
Le 19 octobre 1881, la commission qui avait été nommée pour faire rapport sur les affaires juives, ayant complété un projet d'enregistrement des Juifs, fut congédiée, et à sa place on forma un comité pour l'examen du matériel recueilli par les commissions locales sur la question juive. Ce comité fut placé sous la présidence du sous-ministre de l'Intérieur Gotovtzev. Quand le comité fut convoqué, les personnes suivantes prirent part aux débats : I. N. Durnovo, le Prince de Tzertelev, et les Professeurs Andreyevski, Grigoryev et Bestyuzhev-Ryumin. Peu après, ce comité fut fusionné dans une haute commission nommée pour examiner l'application des lois affectant les Juifs. Son premier président fut Makov, le ministre de l'Intérieur, qui servit jusqu'à sa mort en 1883, et fut remplacé par le Comte K. N. Pahlen. Cette commission fut supprimée le 17 novembre 1888.
Les lois existantes affectant les Juifs se trouvent aux articles 952-989, 992, 993, 1004, du volume ix. du Code (éd. 1876) ; articles 11-25, 157-165, 289-291, du volume xi., partie 1 (éd. 1890) ; et articles 700-705, 1060-1096, 1135-1139, du volume xi., partie 1.
Voici un résumé de la législation spéciale concernant les Juifs de Russie :
I. Législation sur la Subdivision : Cette législation concernait la séparation des Juifs en trois classes : (a) Karaïtes ; (b) Juifs étrangers ; (c) Juifs polonais. En ce qui concerne (a) : L'impératrice Catherine II., en l'année 1795, suggéra au gouverneur général de Voznesensk et Taurida que certaines régions de ces districts soient assignées aux Karaïtes. À partir de ce moment, des droits additionnels leur furent accordés jusqu'en 1863, quand il fut déclaré que les Karaïtes « jouissaient de tous les droits accordés aux sujets russes ». Au début, tous les Juifs étrangers (b) étaient autorisés à résider en Russie dans le Pale of Settlement. En 1824, cependant, ce privilège fut restreint, et à présent seuls les suivants sont autorisés à vivre dans le Pale : rabbins, envoyés par le gouvernement ; médecins pour l'armée ou la marine ; fabricants ayant l'intention d'établir des manufactures (non des distilleries) ; mécaniciens pour les manufactures juives. Les Juifs étrangers n'ayant pas le droit de résidence ne peuvent pas posséder de propriété immobilière dans le Pale ; et s'ils en héritent, elle doit être vendue dans les six mois suivant la notification de l'héritage. Le droit de résidence et la liberté d'exercer toute occupation furent accordés aux Juifs polonais (c) sous certaines restrictions jusqu'en 1862, mais ils ne furent pas autorisés à posséder des biens immobiliers. Bien que le 24 mai 1862 ils aient été investis de droits pleins, en ces dernières années des mesures restrictives ont été ravivées.
II. Législation Concernant les Organisations Religieuses et Communales : Dans le Pale, les Juifs peuvent avoir un bet ha-midrash pour trente habitations et une synagogue pour quatre-vingts. En dehors du Pale, un permis pour établir un bet ha-midrash ou une synagogue doit d'abord être obtenu du ministère de l'intérieur (25 déc. 1867). Les assistants réguliers d'une synagogue constituent une communauté de prière et peuvent élire leur propre gouvernement ecclésiastique, qui se compose d'un homme versé dans le rituel, d'un ancien et d'un trésorier, les rabbins locaux étant membres d'office. Les Juifs de chaque localité sont organisés en une communauté imposable, qui peut élire son propre collecteur de taxes et ses assistants, ces derniers étant également assesseurs. En 1842 une commission juive fut nommée pour résoudre certains problèmes religieux. De celle-ci se développa une commission rabbinique qui fut attachée au ministère de l'intérieur (24 juin 1848) ; son but était de sanctionner par l'autorité religieuse les réformes envisagées par le gouvernement. Des séances de la commission furent tenues en 1852, 1857, 1861, 1879 et 1893.
III. Législation Concernant le Pale of Settlement : Pour les conditions dans le Pale voir Pale of Settlement. En ce qui concerne les Juifs en dehors du Pale, c'est-à-dire ceux jouissant du droit de vivre dans des localités isolées, la législation suivante fut édictée : (1) Seuls les Juifs qui avaient été enregistrés antérieurement au 18 avril 1835 furent autorisés à résider en Courlande et dans la banlieue Shlok Livonie. (2) À Nikolaïev et Sébastopol les Juifs furent investis du droit de résidence le 23 déc. 1791, mais furent expulsés le 20 nov. 1829, malgré l'intercession du gouverneur général. En 1859 il fut à nouveau jugé utile de leur accorder la résidence permanente dans ces villes. (3) Dans la ville de Kiev, le 23 juin 1794, les Juifs furent autorisés à s'adonner au commerce ; ils furent expulsés en 1827, mais le 11 déc. 1861, les Juifs des première et deuxième guildes marchandes (à présent la permission est étendue seulement à ceux de la première guilde) furent investis de la résidence permanente dans les districts de Lybedskaya et Ploskaya. (4) Par les décisions du Sénat de 1888 les Juifs des montagnes natifs du Caucase jouissent des mêmes droits que les Caucasiens natifs (no 10). (5) En Turkestan le nom « natif », selon l'article 262 du Code de Turkestan, s'applique aussi aux anciens colons juifs et à leur descendance (23 mai 1889). (6) En Sibérie, des colonies agricoles juives furent établies à Tobolsk et Omsk en 1835. L'émigration vers ces régions fut arrêtée en 1857, et des mesures furent prises pour diminuer le nombre de Juifs là-bas. À présent le domicile en Sibérie est permis aux colons juifs bannis et à leurs enfants.
IV. Législation Concernant le Séjour Temporaire : Les classes de Juifs suivantes peuvent rester temporairement en dehors du Pale : héritiers, à titre de receveurs de legs ; plaideurs devant les tribunaux de justice ; marchands ; et soumissionnaires de contrats. Ceux-ci peuvent rester six semaines, avec une possible extension à deux mois. Les porteurs sont autorisés à rester deux semaines ; un marchand de la première guilde, six mois : un de la deuxième guilde, deux mois ; et les Juifs lettrés attachés aux états-majors des gouverneurs, pendant leur période de service. Ceux n'ayant aucun droit sont déportés.
V. Législation Concernant le Droit d'Acquérir ou de Louer une Propriété : Pendant le dix-neuvième siècle le gouvernement russe, désirant intéresser les Juifs à l'agriculture, émit diverses règles pour faciliter leur acquisition ou location de terres. Cette encouragement continua durant le règne de Nicolas Ier. Partout où ils étaient autorisés à avoir la résidence permanente, les Juifs pouvaient acquérir tous les types de propriété foncière, sauf les domaines habités. À présent (1905), cependant, il leur est interdit d'acquérir, de détenir sous hypothèque ou de louer une propriété foncière dans l'une quelconque des localités suivantes : (1) En dehors des villes et towns dans le Pale. (2) Dans neuf des provinces occidentales du Pale. (3) Sur une bande de 50 verstes de large le long de la frontière occidentale, quand non enregistrés là. (4) Dans les provinces de Courlande, Donarmy, Finlande, Kuban, Livonie, Akmolinsk, Semipalatinsk, Semirechinsk, Terek et Oural.
VI. Législation Concernant les Droits Commerciaux et Industriels : Les Juifs dans le Pale peuvent se joindre aux guildes marchandes et s'adonner sans restriction au commerce et aux manufactures. Les artisans et ouvriers juifs peuvent se joindre aux corporations de métiers (« tzekh ») même en dehors du Pale ; dans le Pale, les Juifs forment leurs propres corporations (Règles, 1852). Les marchands de première guilde dans le Pale peuvent importer ou exporter des marchandises par l'entremise de Chrétiens. Les restrictions imposées aux fabricants peuvent être levées par les fournisseurs gouvernementaux de leurs produits. Les Juifs, là où résidence temporaire est autorisée, ne peuvent ni vendre des marchandises à domicile ni les colporter, sous peine de confiscation des marchandises ou de déportation de la personne les offrant à la vente. Cette loi est à présent appliquée même aux Juifs ayant le droit commun de résidence (Décisions, Département de Cassations Criminelles 731/743, 12/17, 20/77, 7/89), etc.
VII. Législation Concernant l'Éducation : (1) Institutions Générales : Les lois de 1835 exprimaient le principe que les enfants juifs pouvaient être reçus dans toutes les écoles. En 1886 et 1887 le nombre des étudiants juifs dans les institutions secondaires et supérieures fut restreint dans le Pale à 10 pour cent, ailleurs sauf à Saint-Pétersbourg et Moscou à 5 pour cent, et dans ces villes à 3 pour cent. À certaines écoles les Juifs ne sont pas admis. (2) Écoles Gouvernementales pour Juifs : Le 13 nov. 1844, un décret ordonna l'établissement d'écoles primaires et secondaires pour enfants juifs, et d'écoles rabbiniques pour la formation de maîtres et rabbins. Le 16 mars 1873, il fut décré que : (a) les écoles rabbiniques à Wilna et Jitomir soient transformées en instituts pour maîtres juifs ; (b) les écoles de grammaire soient fermées ; (c) les écoles primaires juives soient conservées seulement là où le nombre d'écoles générales était insuffisant. À présent seul l'institut des maîtres à Wilna et quelques écoles primaires subsistent. (3) Écoles Privées : En 1856 des règles furent émises pour la supervision de l'éducation privée des enfants juifs. Les maîtres furent contraints de se procurer des certificats, et furent restreints quant aux sujets et méthodes d'enseignement. Depuis 1893 les certificats de maîtres sont émis pour une année seulement, contre une rétribution de un à trois dollars.
VIII. Législation Concernant le Droit d'Exercer une Fonction : (1) Service d'État : En 1835 le service d'État fut ouvert aux Juifs en dehors du Pale tenant le diplôme de docteur et possédant un témoignage du ministre de l'éducation et un permis du tsar. À ceux-ci s'ajoutèrent en 1836 et 1838 les Juifs vivant dans le Pale qui tenaient des diplômes similaires, et le 28 nov. 1861, tous les Juifs avec des diplômes académiques furent inclus, sans restriction de résidence. Ces privilèges furent étendus en 1865, 1866 et 1867, quelque peu restrictivement, aux médecins ne possédant pas de titres académiques. À présent les droits susmentionnés sont pratiquement nuls. En 1882 le nombre des médecins et infirmiers juifs dans l'armée fut limité à 5 pour cent. (2) Service Communal : (a) Dans les institutions antérieures à la réforme. Des représentants municipaux juifs, limités à un tiers du conseil, furent élus (1839) par leurs communautés respectives. Les Juifs ne sont éligibles à aucune autre fonction municipale. (b) Dans les nouvelles institutions (1er janv. 1864). Les droits électoraux juifs, qui d'abord n'étaient pas restreints, furent suspendus le 12 juin 1890, et des règlements ordonnant la préparation d'une liste de Juifs éligibles parmi lesquels les conseillers puissent élire un nombre (ne dépassant pas un dixième de l'ensemble du conseil) à la chambre, furent substitués le 11 juin 1892. (c) Comme jurés, les Juifs sont élus en proportion de la population. Ils ne peuvent pas être présidents, ni ne peuvent juger les cas d'infraction aux lois ecclésiastiques. (3) Dans l'Armée : Les simples soldats ou volontaires juifs ne peuvent pas recevoir de commissions ni être admis aux écoles militaires (1887). Ils ne peuvent pas diriger les orchestres militaires, ni être assignés au service de quarantaine, de frontière, de marine ou de gendarmerie, ni au service à Varsovie ou en Caucasie.
IX. Législation Concernant la Pratique du Droit : Le code du 20 nov. 1864 ne met aucune limitation à la pratique du droit par les Juifs. Les règlements du 8 nov. 1884 et du 10 avril 1890 rendent l'admission des Juifs à la profession d'avocat dépendante d'un permis du ministre de la justice. Celui-ci, cependant, n'a jamais été accordé.
X. Législation Concernant le Service Militaire : Jusqu'en 1827 les Juifs, au lieu de faire le service militaire, durent payer une taxe en argent. Le 26 août 1827, le service militaire personnel de la part des Juifs fut introduit, les âges des recrues étant de douze à vingt-cinq ans, et le taux dix pour mille males par an (à cette époque le taux non-juif était de sept pour mille chaque deuxième année). Le 26 août 1856, les Juifs furent investis de droits égaux aux autres citoyens quant au service militaire. Le code militaire du 1er janv. 1864 ne contient pas de règles spéciales pour les Juifs. Plus tard, des ordres furent émis (3 févr. 1876) que les recrues inaptes soient remplacées par leurs coreligionnaires sains ; (9 mai 1878) que tout déficit dans un secteur soit fourni par l'incorporation de ceux exemptés de service dans ce secteur ; et (12 avril 1886) que le transfert de Juifs d'un secteur de recrutement à un autre soit restreint. La famille d'un Juif ayant esquivé le service fut passible d'une amende de 300 roubles, et une récompense de 50 roubles fut offerte pour sa capture. Le nombre des recrues juives incorporées durant la période embrassée par les années 1874 à 1892 (exceptant 1883, pour laquelle aucun chiffre fiable n'est obtainable) fut 173 434.
XI. Législation Concernant le Serment Juif : La particularité principale du serment juif est qu'il implique la méfiance envers la personne qui le prête et suppose qu'elle jura faux. La personne jure qu'elle témoignera ou agira non avec réserve mentale ni selon aucun sens secret du serment prêté, mais en accord avec l'intention de ceux l'administrant. Les imprécations et renunciations de la foi juive en cas de violation du serment sont éliminées du serment tel qu'à présent administré. H. R. M. My.
XII. Législation Concernant la Taxation Spéciale : La Double Taxe : Par le décret de 1794 les Juifs furent ordonnés de payer le double de taxes pour le privilège de s'adonner aux métiers ou entreprises commerciales. Ceux déjà adonnés à de telles entreprises reçurent l'alternative de quitter la Russie après l'expiration de trois ans, pendant lesquels, cependant, le double des taxes sur leurs occupations respectives devait être payé. En 1799, quand les Juifs de Courlande furent investis du droit de résidence permanente, ce décret fut réaffirmé, mais modifié en faveur de ceux des Juifs de Courlande qui étaient trop pauvres pour payer la double taxe pendant trois ans, et ils furent immédiatement envoyés au-delà de la frontière. En 1800 cette modification fut abolie, et les personnes trop pauvres pour payer la double taxe furent mises au travail dans les manufactures gouvernementales de traitement des minerais. La double taxe fut retenue dans les règlements de 1804, des exceptions étant faites en faveur des fermiers juifs, des ouvriers d'usine et des artisans. À cette époque le gouvernement promit de prendre les mesures appropriées pour mettre les Juifs au même niveau que les autres sujets, « quand tous les Juifs s'adonnant à l'agriculture, manufactures et commerce montreront de la ténacité de propos et de la diligence ». Cette taxe fut imposée sur les deux sexes et rendue ainsi plus onéreuse.
Après 1818 un décret fut promulgué déclarant que « en raison de la condition appauvrie des Juifs » ils devraient être tenus de payer seulement une taxe simple ; mais le gouvernement prit des mesures dures pour la collection des arriérés. Ainsi, en 1830, afin de les recouvrer dans les gouvernements de Minsk, Grodno, Wilna et Podolia, les Juifs furent impressionnés au service militaire avec la disposition que chaque communauté fournissant des recrues devrait être créditée de 1 000 roubles pour chaque recrue de plus de vingt ans et avec 500 roubles pour chaque recrue au-dessous de cet âge. Ce règlement fut aboli la même année, ravivé en 1851, et finalement aboli en 1857.
Une autre mesure, passée en 1831, appelait à un paiement additionnel par les marchands juifs chaque fois que le montant payé par leurs concitoyens juifs était insuffisant. Ceci fut aboli en 1856.
Une troisième mesure, le but de laquelle était de pourvoir aux déficits fiscaux et aussi de fournir des fonds pour l'éducation de la jeunesse juive, engendra la taxe du panier, la taxe de la chandelle, la taxe sur les vêtements juifs et la taxe sur les établissements d'imprimerie juifs. Pour les détails de la Taxe du Panier voir Jew. Encyc. ii. 578b.
La Taxe de la Chandelle : Cette taxe est levée sur les chandelles allumées par les Juives le samedi soir. Elle fut établie en 1844 et était destinée exclusivement au soutien des écoles juives. Elle fut d'abord sujette à la location, mais comme ceci menait à des abus les règlements suivants furent formulés en 1851, pour être en vigueur pour une période de trois ans : (1) Le montant total à être prélevé par la taxe de la chandelle était 230 000 roubles. Ceci devait être collecté pendant trois ans commençant avec 1853. (2) Ce montant devait être réparti annuellement par le ministère de l'intérieur. (3) Chaque communauté devait subdiviser sa part de taxe proportionnelle. (4) Chaque communauté devait être responsable de la collection de sa part appropriée. (5) La taxe devait être collectée par les anciens et leurs assistants, et devait être remise aux conseils municipaux. (6) Les anciens, leurs assistants, les membres des conseils municipaux, etc., devaient être tenus responsables auprès du gouvernement pour l'accomplissement de leurs devoirs. (7) Le ministère de l'instruction publique devait informer annuellement le ministère de l'intérieur du montant du fonds de taxe de chandelle dû par les diverses communautés. (8) Les dates quand les taxes devraient être remises devaient être déterminées par le consentement commun des deux ministères. (9) Le ministère de l'intérieur devait être confié aux détails affectant la distribution des fonds.
En accord avec un décret émis 24 déc. 1858, ces règles sont encore en vigueur.
La Taxe sur les Vêtements Juifs : Pour la législation sur les vêtements juifs voir l'article Costume.
La Taxe sur les Établissements d'Imprimerie Juifs : En 1845 l'imprimerie de livres juifs fut confinée à deux imprimeries ; le privilège d'imprimer était vendu aux enchères publiques au plus offrant parmi les Juifs en règle. En outre, un droit ne dépassant pas 1½ kopecks par feuille imprimée fut imposé sur les livres juifs apportés de l'étranger, exception étant faite en faveur de ceux traitant les sujets scientifiques ou se rapportant à l'étude des langues. En résultat de cette taxe les prix des livres montèrent au-delà des moyens des masses juives. L'attention d'Alexandre II. ayant été dirigée vers cette matière, il ordonna par un décret daté du 1er juillet 1862, que les Juifs soient autorisés à ouvrir des établissements pour l'imprimerie de livres juifs exclusivement, (1) dans tous les lieux où les Juifs étaient autorisés à résider, et partout où le ministère de l'instruction publique pourrait trouver possible et convenable d'avoir des censeurs juifs spéciaux, et (2) à Saint-Pétersbourg, les livres à être vendus aux Juifs jouissant du droit de résidence dans la capitale. Ces établissements d'imprimerie furent taxés pour soutenir les écoles juives—20 roubles pour chaque presse manuelle ; 120 roubles pour chaque petite presse d'imprimerie à moteur ; et 240 roubles pour chaque grande presse d'imprimerie à moteur.
—Le Juif dans la littérature russe :
Le traitement le plus ancien du Juif dans la littérature russe est un traitement abstrait, la conception de son caractère étant fondée sur l'ancienne inimitié de l'Église. Cette conception ne cède que très graduellement la place à une attitude tolérante inspirée par une connaissance plus large. Malgré le fait que certaines relations avec les Juifs aient été maintenues par la Moscovie ancienne, et qu'à la fin du dix-huitième siècle la Russie comptait parmi ses sujets des centaines de milliers de Juifs, toutes les références aux Juifs dans la littérature russe jusqu'au milieu du dix-neuvième siècle sont marquées par l'intolérance et une profonde ignorance. La plus ancienne littérature, qui est de caractère religieux et polémique, est dirigée non pas tant contre les hommes que contre la religion ; son but est de montrer la supériorité de la « grâce » du Nouveau Testament à la « Loi » de l'Ancien Testament, et d'exposer du point de vue dogmatique les enseignements de la religion juive.
Premières tentatives.
Les prétendues fautes sociales et éthiques des Juifs, mises en avant par l'Europe médiévale, sont à peine effleurées. La Moscovie ancienne expulsait ou massacrait occasionnellement ses Juifs, non parce qu'ils étaient usuriers, ni parce qu'ils exploitaient la population, mais au motif que leurs ancêtres avaient crucifié Jésus. Cette circonstance détermina le point de vue de la littérature, dans laquelle, jusqu'à sa renaissance dans la première moitié du dix-neuvième siècle, les références aux Juifs sont extrêmement rares. Ce n'est que sous le règne de Nicolas Ier, quand les questions de la vie juive appelaient avec une insistance particulière l'attention du gouvernement, que la littérature russe créa pour la première fois des types juifs et trouva une expression pour sa conception des Juifs.
Malgré le fait que ces premières tentatives de dépeindre les Juifs aient été faites par les plus grands écrivains contemporains, les descriptions ne témoignent pas d'une connaissance intime de la vie juive ; elles reproduisent simplement des types banals, en partie des caricatures et en partie des monstruosités repoussantes. Tels sont l'empoisonneur détestable dans le « Skupoi Rytzar » de Pushkin ; le traître et lâche juif dans les « Taras Bulba » de Gogol ; l'espion juif professionnel dans le poème « Sashka » du jeune Lermontov. Plus tard, dans une histoire intitulée « Zhid », du tolérant Turgenev, apparaît un espion juif encore plus dégoûtant et impossible, qui vend sa propre fille. La littérature économique et périodique, entravée par la censure et pouvant à peine maintenir son existence, ne porta aucune attention aux Juifs. Mais de nouvelles tendances étaient déjà discernables, et le grand maître d'une génération entière d'humanistes russes, le cultivé Granovski, déclara de sa chaire à l'Université de Moscou : « Deux mille ans de souffrance et d'affliction cruelles ont effacé enfin la ligne de démarcation sanglante qui séparait les Juifs de l'humanité. L'honneur de cette réconciliation, qui devient plus ferme de jour en jour, appartient à notre époque. Le statut civique des Juifs est maintenant établi dans la plupart des pays européens, et même dans les pays arriérés leur condition s'est améliorée, sinon par la loi, du moins par l'illumination. »
Au commencement de la régénération civique de la Russie, les libéraux russes convinrent aisément qu'il était simplement nécessaire que les Juifs s'adaptassent à la culture nationale pour supprimer entièrement les dernières traces de l'ancienne inimitié. Personne ne soupçonnait à cette époque que pour la solution appropriée de la question juive, il serait nécessaire d'éclairer, non pas les Juifs, mais les nations les entourant. Vint ensuite l'époque des « grandes réformes » de l'Empereur Alexandre II. Avec une force irrésistible la jeune Russie abolit son injustice antérieure et renonça à ses préjugés traditionnels. Les Juifs, qui s'étaient débarrassés des fautes produites par des siècles d'esclavage et avaient abandonné tout ce qui les isolait de la grande famille russe, étaient en droit de devenir dans un avenir proche ses membres à part entière. Une protestation signée par tous les écrivains éminents fut faite contre l'usage du mot « Zhid ». Dans la littérature russe elle-même la question juive n'avait pas de place séparée ; elle y apparaissait seulement comme une portion d'une question plus grande concernant la régénération fondamentale de la vie et du gouvernement russes. Il n'y avait pas d'antisémitisme belliqueux. Les faibles et rares attaques des obscurantistes étaient combattues par les journaux juifs récemment fondés.
Alexandre II.
Digne de note en cette connexion est l'activité du pédagogue et chirurgien N. I. Pirogov. À l'ill-volonté traditionnelle exhibée envers les Juifs il opposa des preuves claires et convaincantes de leur valeur fondées sur sa connaissance intime de la vie des masses juives en Russie du Sud-Ouest. Dans l'ensemble, cependant, la littérature russe montra toujours une connaissance légère et superficielle de la vie économique et spirituelle des Juifs. Ce fait fut réalisé, mais il n'y avait personne ayant la capacité d'ôter ce reproche. Dans les premières années soixante-dix, l'organe de la jeune et cultivée Russie, la revue mensuelle « Otechestvenyya Zapiski », commença à publier les « Zapiski Yevreya » de Grigori Bogrov, une histoire de la vie russo-juive. Elle fit connaître à la société russe cultivée un monde nouveau pour elle, si près et pourtant si étrange. Le roman eut un plus grand succès dans les cercles juifs que dans les cercles russes. En 1855 apparut dans « Russki Vyestnik » le « Shtrafnoi » de O. Rabinovich. Dans « Yevreskaya Biblioteka » Levanda publia d'abord ses esquisses artistiques de la vie des Juifs russo-polonais et du ḳahal des années soixante du dix-neuvième siècle. Toute la littérature russe des années soixante-dix est marquée par une indifférence négligente envers les Juifs.
En cette époque de « grandes réformes », inspirées par des idéaux politiques et progressistes généraux, les Juifs n'avaient ni ennemis actifs ni véritables amis. Ils n'étaient pas connus, et il n'était pas jugé nécessaire de les connaître. Mais un changement survint bientôt. La prospérité déclinante de la paysannerie conduisit à la recherche de la cause de sa pauvreté, imprévue au moment de la libération des serfs. Les petits fonctionnaires la trouvèrent aisément dans l'activité des Juifs de village. Plus intelligents, laborieux, doués et sobres, ils supplantaient les représentants instables de la classe des propriétaires fonciers corrompus dans les diverses sphères du travail libre. Le rôle joué par les Juifs dans les mouvements révolutionnaires s'avéra considérable. La guerre avec la Turquie infecta facilement la société russe superficiellement cultivée d'un nationalisme grossier. Ceci prépara le terrain à une explosion d'antisémitisme, toujours proche de la surface chez la grande masse du peuple. Son plus puissant représentant parmi les écrivains éminents était Dostoyevski, qui ne voyait dans les Juifs que les plus modernes véhicules de ces idées libérales contre lesquelles il avait constamment combattu. Avec l'ingéniosité qui le caractérisait, il préconisait l'octroi aux Juifs de droits complets, à la condition cependant que cette égalité politique ne les rendît pas plus forts que la population native — condition qui ôtait toute signification à sa suggestion. L'activité anti-russe de Lord Beaconsfield et plusieurs procès avec des entrepreneurs militaires juifs fournirent un matériel considérable aux agitateurs. La presse russe trouva une demande d'antisémitisme qu'elle s'empressa de satisfaire.
La « Novoye Vremya ».
À cette période appartiennent les premiers succès du journal « Novoye Vremya » et le début de la propagande anti-juive active et couronnée de succès que ce journal influent poursuit depuis plus d'un quart de siècle. Il fut rejoint par d'autres de circulation moins large : le « Novorossiski Telegraph », publié par Ozmidov à Odessa ; le « Kievlyanim », publié par Pikhno à Kiev ; et l'insignifiant « Luch », à Saint-Pétersbourg. La violence terrible des « pogromy » de Russie du Sud (émeutes) et le règne réactionnaire d'Alexandre III placèrent la presse libérale en position désavantageuse ; le manque de familiarité avec la vie juive avait toujours été l'une de ses faiblesses. Elle ne pouvait pas à la fois adopter une attitude définie envers cette question importante et protester avec la fermeté et la force appropriées contre la tragédie de l'annihilation d'un peuple entier. Elle avait été auparavant accoutumée à préserver la nation contre les mesures discrétionnaires du gouvernement ; mais dans ce cas le bon sens montrait qu'aucune politique ne pouvait être suggérée autre qu'une lutte physique des autorités en faveur des Juifs contre les masses turbulentes.
Plus important encore était le fait que la populace juive apparaissait aux libéraux russes non pas comme un peuple industriel, mais exclusivement comme petite bourgeoisie. Accoutumés à faire confiance à l'opinion populaire et à attendre la solution des questions politiques par les mouvements populaires contemporains, une partie des Radicaux russes n'était pas loath de voir dans les pogromy contre les Juifs le commencement d'un tel mouvement populaire ; ni n'en était-elle entièrement exempte de la conviction que les pogromy étaient des tentatives violentes des masses pour se débarrasser des fardeaux de l'exploitation. Pour cette raison, les protestations des écrivains russes contre les pogromy étaient, sinon évasives, du moins insuffisamment courageuses et sincères. L'exception vigoureuse en était la voix du grand satiriste et journaliste russe Saltykov-Shchedrin. Dans un article intitulé « Yulskoye Vyeyaniye », publié dans le plus influent des journaux progressistes russes, qu'il dirigeait lui-même, il exprima avec une splendide passion et un pathos profond la signification profonde et la tragédie de la souffrance des Juifs et l'absurdité des accusations dirigées contre eux. Avec sa pénétration habituelle il décrivit la véritable cause de l'antisémitisme et le terrain sur lequel il s'était développé, appelant ses lecteurs à se rendre compte par eux-mêmes de la vie juive. Quand l'unique appel de Saltykov fut entendu, ce fut comme la voix de quelqu'un criant dans le désert.
Alexandre III.
Le règne entier d'Alexandre III fut une époque d'orgies antisémites, dans la presse, dans la société, et avant tout dans les cercles gouvernementaux. Des lois dirigées non seulement contre la prospérité économique des Juifs, mais aussi contre leur participation aux bienfaits de la culture, se succédèrent rapidement. L'énoncé d'accusations contre les Juifs dans la presse antisémite fut systématisé. La « Novoye Vremya », avec ses satellites, parmi lesquels le « Nablyudatel », édité par Pyatkovski, se distinguait par ses attaques sans retenue, ne s'arrêta devant rien, pas même devant les accusations méthodiquement persistantes de meurtre rituel. Ceci ne rencontra qu'une faible résistance. Le sentiment réactionnaire dominait non seulement le gouvernement, mais une portion considérable du peuple russe, et les réfutations de l'historien des Juifs S. A. Bershadski, de l'homme d'État Demidov, et des journalistes Chicherin et K. K. Arsenyev furent sans effet.
La Question juive une Question chrétienne.
Quelque temps après, l'attention de la société fut attirée par les tentatives de deux écrivains vraiment influents de défendre les Juifs. L'attitude du philosophe V. S. Solovyev et de l'écrivain V. G. Korolenko était d'autant plus précieuse qu'elle n'était pas inspirée par la simple pitié, mais par la conscience évidente du fait que la suppression de l'antisémitisme était d'une grande importance non seulement pour les Juifs, mais aussi pour les chrétiens. Pour Solovyev, la question juive était une question chrétienne—à savoir celle de la christianisation du monde aryien, jusqu'alors chrétien seulement de nom. Penseur profondément religieux et hébraïsant, il réhabilita énergiquement le Talmud et s'efforça personnellement, autant que possible, d'influencer les représentants de la société et du gouvernement. Champion humanitaire de tout ce qui était proscrit et opprimé en Russie, Korolenko tenta d'influencer la société russe non seulement par les types artistiques de ses excellentes nouvelles, mais aussi par des articles sur les questions d'actualité et par une participation enthousiaste à toute entreprise sociale visant à améliorer la condition des Juifs. Dans son « Yom Kippur », il montra que, même vu à travers un prisme antisémite, le Juif moyen, avec tous ses défauts, vaut mieux que le « Kulak » russe indigène qui exploite la population villageoise. « Skazanye o-Florye-Rimlyaninye », transportant le lecteur à l'époque de la domination romaine sur la Terre Sainte, dépeignait en couleurs vivantes et attrayantes les types de la jeunesse juive qui ne voulait pas attendre de conquérir par la soumission. L'intention de l'auteur était de répondre dans cette histoire à la théorie de la non-résistance au mal de Tolstoï, mais le « Skazanye », adressé aux Juifs, aurait pu être considéré aussi comme un appel à leur conscience nationale. Deux romans volumineux, grossièrement antisémites, qui parurent à cette époque—« Tiomny Put », de Kot-Murlyka, et « Tma Yegipetskaya », de Vsevolod Krestovski—n'eurent aucun succès.
Anton Chekhov également, natif du sud de la Russie, consacra quelque temps et attention aux Juifs. Homme de talent remarquable, mais au tempérament social insuffisamment développé, il modifia son attitude envers les Juifs selon les fluctuations de ses sympathies sociales. D'abord collaborateur de journaux humoristiques, il ne s'éloignait guère de la raillerie bouffonne. Après s'être lié à la « Novoye Vremya », il présenta, dans deux histoires intitulées « Perakati-Pole » et « Tino », plusieurs types juifs plus passables, quoique quelque peu négatifs ; et finalement, dans son « Step » (une histoire) et « Ivanov » (une comédie), publiés dans le libéral « Syeverny Vyestnik », il montra qu'il avait eu une connaissance directe des Juifs et était capable de transformer ses impressions en images vivantes. Mais l'attitude générale de la littérature russe de cette époque envers les Juifs peut être décrite comme indéfinie. Bien que des tendances agressives et défensives fussent distinctement observables, ni l'une ni l'autre n'étaient caractérisées par ce qui est le plus important, à savoir la pénétration de l'essence de la vie juive, une compréhension claire de celle-ci, et la capacité d'exprimer cette compréhension à autrui. Les nouveaux édits restrictifs furent simplement accueillis par des objections—logiques et sensées, il est vrai—de la part de la presse libérale, tandis que les accusations violemment vindicatives des antisémites étaient réfutées par quelques histoires de la vie juive qui montraient que les Juifs aussi étaient des êtres humains et de plus étaient pour la plupart pauvres et souffrants—tout autant que leurs supposées victimes.
Importance de la résolution de la question juive.
Tel était l'état dans lequel la littérature russe se trouvait à l'époque du mouvement social des années quatre-vingt-dix du dix-neuvième siècle. La politique réactionnaire du gouvernement était devenue insupportable, même pour la patient société russe. L'expression la plus aiguë de cette réaction était l'attitude du gouvernement et de sa presse envers les Juifs. Naturellement, cela attira l'attention des éléments progressistes russes, et le ralliement de leurs sympathies fut favorisé par les preuves d'une conscience croissante de responsabilité de la part des Juifs, qui, cessant de considérer leurs intérêts comme identiques à ceux du progrès russe général, portèrent leur attention sur les besoins spécifiques de leur propre peuple et commencèrent à les annoncer hardiment et avec persistance. Cela provoqua certaines modifications dans l'attitude de la littérature russe envers les Juifs. Ses représentants réalisèrent pour la première fois que la question juive appelait une attention concentrée, qu'ils avaient jusqu'alors péché par leur indifférence, et qu'ils avaient par là endommagé leur propre cause. Ils réalisèrent, même s'ils ne le firent pas entièrement, que la solution de la question juive n'était pas seulement une partie de leur victoire à venir, mais que c'était en fait une condition préalable de cette victoire ; et le simple nombre de participants actifs fournis par les Juifs dans la lutte finale pour la libération complète de la Russie montrait que leur émancipation serait la plus grande contribution à la conclusion réussie de la lutte. Les esquisses de la vie juive occupaient graduellement plus d'espace dans les périodiques russes. Les malheurs des Juifs rencontraient plus de sympathie parmi les Russes plus cultivés qu'ils n'en avaient trouvée jusqu'alors. La famine parmi les Juifs de Bessarabie a conduit à un appel dans « Pomoshch », une anthologie littéraire, appel qui était soutenu par les écrivains russes les plus éminents.
Après l'affaire de Kichinev.
La pièce grossièrement antisémite du Juif converti Litvin, « Kontrabandisty », fut reçue avec des huées par la jeunesse russe, tant dans la capitale que dans les provinces. Finalement, la tragédie de Kichinev suscita toute une littérature de protestations indignées, individuelles et collectives, de la part des plus éminents représentants des lettres russes. Parmi eux, il faut citer Maxim Gorki, toujours sympathique aux besoins des Juifs, qui donna une description puissante du pogrom de Nijni-Novgorod de 1882, dont il fut témoin oculaire, et qui après les horreurs de Kichinev éleva une protestation passionnée contre l'exemption de châtiment des instigateurs moraux du crime. La figure romantiquement exagérée du Juif pitoyable dans « Artemi Kain » de Gorki mérite d'être notée ici. L'attitude plus consciente des écrivains russes envers les Juifs trouva une expression faible dans la littérature artistique. Parmi ses manifestations les plus éminentes, on peut noter les histoires de Machtet ; « Zhid », de Potapenko ; « Itzek-Shmul Briliantshchik », de Garin-Michailovski ; « Itzka i Davidka », de Yablonovski ; « Nukhim », d'Alexander Novikov ; « Poslednyaya Povyest Katzenbogena », de Menshin Yakubovich ; « Kobylka v Puti » ; et d'autres.
Les écrivains russes semblent tenter de partager avec leurs lecteurs ces impressions vivantes et fortes qu'ils reçoivent eux-mêmes dans leurs rares rencontres avec les Juifs. Que ce faisant ils satisfassent une véritable demande est prouvé par le succès qu'ont obtenu auprès du public lecteur russe les écrivains sur la vie juive. À une époque, les créations artistiques des écrivains de belles-lettres juifs trouvaient difficilement une place dans les journaux russes. La grandeur d'écrivains tels que Levanda passa entièrement inaperçue auprès des lecteurs russes, qui ne connaissaient pas la presse périodique juive (en russe). D'autre part, les histoires de Kogan-Naumov, Khin, Yushkevitch, Aiseman et Khotimski trouvèrent une place dans les journaux généraux et un succès considérable dans les éditions séparées.
L'une des productions russes les plus récentes sur la vie juive est « Yevrei », de Chirikov, une tentative réussie de mettre en cadre dramatique non seulement la vie quotidienne mais aussi les tendances spirituelles des Juifs russes contemporains. Cette tentative est tout à fait caractéristique de l'attitude actuelle de la littérature libérale russe, qui s'est maintenant séparée des anciennes conceptions abstraites concernant les Juifs. Elle est devenue plus prudente et sympathique envers eux. Elle a dépassé les limites de l'ancienne apologie humaniste obscure, et décrit divers groupes et types spirituels parmi les Juifs, bien que dans une mesure insuffisante ; et elle manque encore, comme autrefois, d'une connaissance plus exacte de la vie juive et d'une compréhension de la psychologie juive. La littérature russe, malgré sa proximité extérieure avec les Juifs, nonobstant la nécessité de pénétrer dans ce monde à peine exploré, et malgré la place importante que les Juifs occupent dans la vie russe, ne peut pas montrer jusqu'à nos jours une seule production sur la vie juive égale en pathos et en tolérance à « Nathan le Sage » de Lessing, en puissance de description aux « Uriel Acosta » de Gutzkov, en pénétration dans la vie quotidienne juive aux œuvres d'Elizabeth Ozheshko. Les Juifs n'ont pas encore trouvé leur poète dans la littérature russe.
—Administration municipale :
Quand, lors du premier partage de la Pologne, les Juifs de la région qui devint finalement connue sous le nom de Russie Blanche devinrent les sujets de la tsarine, ils furent tous enregistrés dans les villes et villages avoisinants. Mais ils ne furent pas inclus dans la masse de la population urbaine chrétienne, et leur statut demeura le même que lorsqu'ils vivaient en Pologne. Les ḳahals représentaient les Juifs dans les affaires communales, et étaient responsables auprès du gouvernement dans toutes les questions de taxation ; en conséquence, les Juifs en tant qu'individus furent isolés de la vie civique et sociale de leurs voisins. Mais en 1780, les Juifs reçurent le droit de s'enregistrer dans les corporations marchandes, et, en conséquence, ceux d'entre eux qui n'avaient pas le capital nécessaire pour s'enregistrer dans la classe marchande, et qui étaient aussi privés du droit d'adhérer à d'autres classes, devinrent membres de la classe des petits bourgeois. De cette façon, la masse de la population juive fut incluse en son entier dans la population urbaine et aussi dans la classe des artisans et marchands, et forma dans beaucoup de villes un élément quantitativement prédominant.
La classe des habitants engagés dans la manufacture et le commerce exerçait à cette époque une influence dominante dans la vie urbaine et dans l'administration municipale, et ses représentants occupaient des postes dans les magistratures et les conseils urbains. Ayant rejoint les marchands et les petits bourgeois, les Juifs de Russie Blanche devinrent sujets aux institutions de la classe urbaine (diminuant ainsi l'influence du ḳahal), et prirent part à l'administration municipale. L'oukase accordant ce droit fut émis par Catherine II en 1783. Les chrétiens de Russie Blanche, habitués à voir les Juifs exclus de la vie sociale et politique sous le régime polonais, s'opposèrent à leur élection. Les Juifs se plaignirent à l'impératrice, et le Sénat décida (1786) que les Juifs et les chrétiens seraient élus aux fonctions municipales en proportion du nombre de Juifs et de chrétiens enregistrés dans la municipalité. Cette décision fut appliquée aussi aux autres gouvernements qui furent ajoutés, à un moment ou un autre, à la Russie en provenance de la Pologne.
Néanmoins, lorsque l'administration russe fut établie dans les gouvernements de Volhynie et de Podolie, le gouverneur de ces provinces prescrivit que le nombre de Juifs servant dans les magistratures, qui selon la loi se composaient de deux échevins et quatre conseillers, ne devait pas dépasser un tiers du nombre total—plus exactement que seulement deux des conseillers pouvaient être Juifs. Ce fut le commencement des limitations des droits électoraux des Juifs en Russie dans son ensemble.
Sous Paul Ier, en raison de la réorganisation des administrations municipales, les Juifs des gouvernements de Volhynie et de Podolie furent élus aux magistratures au nombre d'une moitié de l'ensemble des conseillers. En 1802, le nouveau gouverneur de ces provinces demanda au Sénat de prescrire que les Juifs soient élus aux conseils municipaux seulement à hauteur d'un tiers du nombre total des conseillers, et que les Chrétiens et les Juifs élisent leurs représentants séparément, et non conjointement comme cela avait été l'usage jusqu'alors. Le Sénat non seulement accorda cette demande, mais étendit également la nouvelle réglementation à tous les gouvernements où les Juifs vivaient, bien qu'aucune plainte n'ait été formulée concernant la supposée activité dommageable des Juifs dans les administrations municipales des autres gouvernements.
La position des Juifs dans les gouvernements lituaniens était quelque peu différente. En 1802, on leur accorda les droits électoraux, mais les Chrétiens de plusieurs villes s'opposèrent fortement à cette concession, et elle fut par conséquent révoquée. En revanche, les Juifs de la province de Białystok reçurent le droit, en vertu d'une loi spéciale, de devenir membres des magistratures sans aucune limitation, et des conseils municipaux à hauteur d'une moitié du nombre total des conseillers; mais pour une raison inconnue, ils furent par la suite entièrement exclus des magistratures, et dans certaines villes également des conseils municipaux.
Cependant, tous ces règlements limitatifs étaient de caractère local. Ni les Règlements (Polozheniye) de 1804 ni le Code des lois de 1832 ne mentionnent les limitations en question, bien que tous deux décident que les représentants juifs doivent porter le costume allemand ou polonais, et doivent connaître l'une des trois langues : le russe, le polonais ou l'allemand.
De nouveaux décrets concernant les Juifs furent promulgués en 1835, et l'un d'eux contenait entre autres la disposition suivante : « Les classes juives urbaines peuvent prendre part aux élections pour les fonctions municipales, et tout Juif sachant lire et écrire le russe peut être élu comme membre des conseils municipaux, des conseils urbains et des magistratures sous les mêmes conditions que celles qui prévalent dans l'élection à ces fonctions de personnes d'autres confessions religieuses. » De cette manière, toutes les limitations alors en vigueur devaient devenir nulles. Le décret fut énergiquement combattu par le Prince Dolgoruki, administrateur à cette époque des gouvernements de Lituanie, de Russie blanche et de Minsk. Il souligna, entre autres matters, « que l'élection de Juifs comme présidents des tableaux des conseillers et comme maires de villes serait difficilement permissible puisque le président est l'officier présidant aux tribunaux, et le maire de ville, comme représentant de la municipalité entière, est obligé à l'ouverture des élections . . . de conduire les habitants au temple pour le service religieux et est alors admis à prêter serment »; et qu'en général « l'élection de Juifs même comme membres des magistratures municipales et des conseils urbains est en quelque sorte inappropriée au décorum et à la sainteté des tribunaux, où non rarement le serment est prêté avec croix et miroir; en outre, les juges devraient être tirés d'entre les hommes dont l'intégrité et la droiture puissent être garanties au moins par la moralité inculquée par l'éducation et les préceptes religieux. »
Tandis que les représentations du Prince Dolgoruki concernant la limitation des droits électoraux des Juifs étaient examinées à Saint-Pétersbourg, parut un décret indépendant (1836) limitant l'élection des Juifs dans les gouvernements occidentaux à un tiers du nombre total des fonctionnaires municipaux. S'ensuivit une nouvelle loi (1839), appelée à l'existence en conséquence des représentations du Prince Dolgoruki, conformément à laquelle les Juifs dans tout gouvernement occidental pourraient être représentés dans les organisations municipales à hauteur seulement d'un tiers du nombre des fonctionnaires municipaux, et seulement les Chrétiens pourraient agir comme présidents. Les Juifs furent exclus des positions de président de quartier, de maire de ville, etc., et aussi des « positions municipales qui soit sont entièrement réservées aux Chrétiens, soit en vertu de leurs devoirs ne pourraient pas avec commodité et bienséance être confiées à des Juifs. » Outre l'adhésion aux conseils urbains et aux magistratures, les Juifs pouvaient être élus seulement comme conseillers, comme députés des commissions de maison, et à diverses autres positions insignifiantes. En même temps, l'élection des représentants juifs et chrétiens devait s'effectuer séparément par les Juifs et les Chrétiens. Cette loi mena à des limitations encore plus grandes dans l'application pratique. La circonstance que, contrairement à la loi, les Juifs furent exclus de la participation aux élections des Chrétiens pour les positions réservées aux Chrétiens seuls, prit une signification particulière, car par cette interprétation de la loi, la population juive fut privée de toute influence dans l'élection des fonctionnaires supérieurs, et cela ne pouvait que produire un effet néfaste sur l'attitude de ces derniers envers les Juifs.
De cette manière, la participation des Juifs aux divers départements du gouvernement municipal fut réduite au minimum par la loi de 1839, et cependant, quand le ḳahal fut aboli en 1844, ces institutions assument une signification spéciale pour les Juifs, car elles furent chargées de l'administration de toutes les questions affectant particulièrement les Juifs.
La loi de 1835, qui plaçait Juifs et Chrétiens sur une égalité dans les droits électoraux, était applicable à l'ensemble de la population juive de Russie, tandis que les lois restrictives ultérieures de 1836 et 1839 n'étaient valides que dans les gouvernements occidentaux. Néanmoins, la déclaration selon laquelle les lois de 1836 et de 1839 étaient destinées seulement aux gouvernements occidentaux fut omise du code des lois publié en 1842, et c'était probablement à cela que l'on devait le fait que les mêmes limitations se retrouvaient occasionnellement dans d'autres gouvernements. Ainsi, à Odessa les Juifs participaient avec les Chrétiens à l'élection du maire de la ville. En 1857, à l'instigation du gouverneur général de la Nouvelle Russie, les Juifs prirent part avec les Chrétiens aux élections de la ville de Kishinef.
En général, les Juifs de la Russie du Sud ne souffrirent pas de l'ostracisme social qui avait autrefois été soigneusement entretenu en Pologne. Dans l'ancienne région, un plus grand respect leur était accordé dans la vie civile, et les autorités locales adressaient des représentations répétées au gouvernement supérieur pour l'amélioration de leur condition politique. En 1857, le comte Stroganov, gouverneur général de la Nouvelle Russie, s'adressa au ministre de l'intérieur pour obtenir des droits électoraux plus larges pour les Juifs. Il était guidé en cette circonstance non seulement par des sentiments de justice envers eux, mais aussi par les intérêts des villes, qui souffraient du fait de l'éloignement des Juifs de certaines positions et de leur remplacement par des personnes tout à fait incompétentes et qui n'étaient donc pas qualifiées selon la loi pour être investies d'une part dans l'administration municipale. En conséquence, le gouverneur de Kherson demanda la permission d'élire un Juif comme maire de Kherson en 1862.
Le ministère de l'intérieur commença la rédaction de nouveaux règlements urbains en 1862, et parmi ceux-ci l'un du ministère de Valuyev prescrivait que les Juifs pourraient être élus au conseil municipal jusqu'au nombre de la moitié du nombre total des membres de celui-ci, et qu'ils pourraient aussi participer à l'élection du maire de la ville, bien qu'aucun Juif ne fût éligible pour ce poste. Mais par la suite le nouveau ministre, Timashev, décréta que les Juifs pourraient être élus au conseil municipal et à l'administration municipale seulement jusqu'au nombre d'un tiers du nombre total des membres du corps électif; et, malgré l'opposition des représentants du Bureau Impérial et du ministère des finances, cette limitation fut incorporée dans la loi du 11 juillet 1870. Un point fut cependant gagné en ce que les Juifs furent désormais inclus dans le corps général des électeurs, et reçurent ainsi le pouvoir d'influencer l'élection des Chrétiens.
Les nouveaux règlements étaient à peine en vigueur depuis vingt ans quand par décision soudaine le Conseil Impérial (11 juillet 1892) décréta que les Juifs ne devraient pas participer aux élections municipales, et qu'ils devraient être exclus des positions administratives municipales et de la gestion de départements séparés des finances et de l'administration municipales. En d'autres termes, les Juifs furent exclus entièrement de l'élection des conseillers, des membres de l'administration, et du maire de la ville, et n'étaient eux-mêmes plus éligibles pour l'élection à aucun des postes publics mentionnés ci-dessus. Il leur était permis « d'assumer les devoirs de conseillers » seulement sous les conditions suivantes: Les administrations urbaines devaient préparer des listes de Juifs qui, s'ils n'eussent pas été Juifs, auraient pu, selon les règlements généraux, être élus au poste de conseiller, et de cette liste la commission sur les affaires municipales devait nommer à sa discrétion des conseillers, dont le nombre devait être déterminé par le ministre de l'intérieur, mais ne devait pas excéder un dixième du nombre entier de tels officiers. Sous de telles conditions, les conseillers juifs cessèrent d'être des représentants réels de la population juive, et cette dernière demeura sans représentation. De nombreux cas pourraient être cités pour montrer l'effet préjudiciable de cet état de choses sur les intérêts de la population juive.
Au commencement de l'année 1904, le conseil municipal d'Odessa résolut de presser l'admission des Juifs aux postes municipaux selon les règlements généraux. L'issue de cette résolution est encore inconnue (1905).
—Périodiques, russo-juifs:
Le journalisme russo-juif vit le jour le 27 mai 1860, avec l'apparition à Odessa d'un hebdomadaire intitulé [Razsvyet](/articles/12607-razsvyet) ([voir aussi Rabinovich, Osip Aaronovich](/articles/12509-rabinovich-rabbinowitz-osip-aaronovich)). La même année, commencèrent à paraître à Wilna, en supplément au « Ha-Karmel », des articles en langue russe; mais ceux-ci n'eurent aucune signification littéraire ou sociale.
La Presse Antisémite et « Sion ».
De 1861 à 1862, le journal autrefois connu sous le nom de « Razsvyet » parut sous le nouveau titre « Sion », édité par E. Soloveichik et L. Pinsker, lequel devint ultérieurement l'auteur de « Autoemancipation ». Pinsker céda bientôt la place à N. Bernstein. « Sion », comparé au « Razsvyet », restreignit son activité publicistique et consacra davantage d'espace aux questions d'érudition et d'histoire juives. Les éditeurs espéraient que, en familiarisant la société russe avec à la fois le passé historique et la vie contemporaine du peuple juif, ils pourraient rendre son attitude envers les Juifs plus bienveillante. Le journal était donc plus conservateur que ne l'avait été le « Razsvyet »; et il visait à discuter la question juive dans un esprit académique. Cela s'avéra cependant impossible. La presse antisémite, par ses accusations irritantes, contraignit « Sion » à répondre vivement, car ce n'était que par cette source hostile que la société russe avait appris à connaître la question juive; mais la censure, qui laissait les autres journaux sans entraves, s'interposa dans le cas de « Sion », et ce dernier trouva nécessaire de terminer ses activités. « Ayant rencontré », annoncèrent les éditeurs, « des difficultés particulières pour réfuter les accusations sans fondement portées contre les Juifs et la religion juive par certains journaux russes, et souhaitant aussi faire connaître au public le véritable esprit de la religion juive, les éditeurs de 'Sion' considèrent comme leur devoir de cesser sa publication jusqu'à ce qu'ils aient obtenu la permission de l'éditer avec un programme plus large. »
Apparemment, la référence à « un programme plus large » était faite dans le but de dissimuler une autre cause de la cessation de la publication; à savoir, le manque d'un nombre suffisant d'abonnés. Certains croient que la circulation limitée du journal était due au désir de la jeunesse juive pour une éducation générale, celle-ci étant devenue indifférente aux intérêts du judaïsme. Mais le manque d'abonnés peut s'expliquer aussi par le fait qu'une connaissance du russe se restreignait à cette époque à une portion limitée de la population juive.
Le « Den » et la Russification des Juifs.
Après la cessation de « Sion », la communauté juive n'eut pendant une période de sept ans aucune publication qui lui appartînt. En 1869 parut à Odessa un hebdomadaire intitulé « Den », sous la rédaction en chef de S. Orenstein, avec M. G. Morgulis et I. G. Orshanski comme collaborateurs. Le nouveau journal dirigea son attention principalement vers les relations externes de la vie économique et sociale des Juifs russes. Ayant découvert que leur position isolée était due non à des causes religieuses ou nationales, mais à celles de nature civile, sociale et économique, « Den » souligna les conditions sous lesquelles il semblait probable que les intérêts des habitants juifs deviendraient identiques à ceux du reste de la population, et que l'animosité existante des Russes envers les Juifs soit ainsi surmontée. Ces conditions, cependant, ne pouvaient être créées que dans des circonstances juridiquement favorables à la vie juive; autrement dit, par l'émancipation civile. Cela appelait naturellement certaines concessions de la part des Juifs à l'esprit de l'époque et aux conditions générales de la vie de l'empire. « Den » préconisait la Russification des Juifs, leur éducation dans l'esprit russe, etc.; mais aucune tentative n'était faite pour saper les fondations de la vie juive. Il combattit avec un courage égal la presse antisémite et pour les droits juifs; et cette fermeté conduisit à sa suppression. En 1871, lorsque se produisirent les émeutes anti-juives à Odessa, sa publication cessa.
Activité Journalistique à Saint-Pétersbourg.
Après la disparition du « Den », Saint-Pétersbourg devint le centre du journalisme russo-juif. De 1871 à 1873, avec de longs intermèdes, un journal quotidien intitulé « Wyestnik Russkikh Yevreyev » et édité par A. Zederbaum et A. Goldenblum fut publié dans cette ville. Il n'avait aucune signification publique. En l'année 1879 parurent simultanément à Saint-Pétersbourg deux hebdomadaires, « Razsvyet » et « Russki Yevrei ». « Razsvyet » fut publié d'août 1879 à janvier 1883. Les éditeurs du « Wyestnik Russkikh Yevreyev » étaient les éditeurs nominaux du « Razsvyet » aussi; mais ceux qui étaient plus directement responsables du travail rédactionnel sur ce dernier journal étaient M. S. Varshavski, N. M. Vilenkin, M. I. Kulisher, J. L. Rosenfeld, et autres. Avec le numéro 15 de l'année 1880, la rédaction en chef fut transférée à l'écrivain Bogrof et à J. Rosenfeld, ce dernier devenant ultérieurement seul éditeur. « Russki Yevrei » fut publié d'août 1879 à décembre 1884, sous la rédaction en chef de L. J. Bermann et G. M. Rabinovich.
Le « Russki Yevrei » et l'Assimilation.
La défense de l'assimilation avec les Russes prit des proportions considérables parmi la Juiverie russe dans la septième décennie du dix-neuvième siècle. On croyait que la question juive, s'il en existait réellement une, n'était en réalité qu'une partie du problème russe général ; que le sort des Juifs ne serait modifié qu'avec un changement dans le sort du peuple russe ; et qu'il était donc nécessaire de travailler avec ce dernier en s'efforçant de réaliser les objectifs russes communs. On jugeait en même temps souhaitable que les Juifs abandonnent tout ce qui était spécifiquement juif. Cette attitude provoqua l'indifférence des Juifs instruits envers les conditions légales et économiques oppressives de la population juive. Deux journaux surgirent en opposition à cet état anormal des choses. Tous les deux représentaient l'assimilation moderne. Le « Russki Yevrei » entreprit de faciliter une connaissance plus intime entre le peuple juif et le peuple russe — le même objectif qui avait inspiré le « Razsvyet » de 1860 et « Sion », avec cette différence que le « Russki Yevrei » insistait sur le fait que les Juifs russes, quoique non russes, étaient des sujets russes de foi juive. Le journal prouva l'injustice des accusations dirigées contre les Juifs. Tout en consacrant un certain espace à des questions de la vie juive interne, il ne dénonçait pas les défauts juifs de peur que, par cette auto-critique, il ne fournisse aux ennemis des Juifs de la matière pour des persécutions ultérieures.
Le Second « Razsvyet ».
Le « Razsvyet » adopta une attitude différente. Comme défenseur des « besoins et désirs russo-juifs », il s'attarda davantage sur les phénomènes de la vie quotidienne juive. Il dirigea courageusement l'attention sur ses défauts, et, n'attendant aucune aide extérieure, pressa les Juifs instruits d'assumer le travail de l'auto-amélioration. En même temps il soulignait que ce travail pour la population juive s'avérerait utile au monde entier aussi. Apparemment il n'était pas praticable à cette époque, en raison des conditions internes, d'exhorter spécifiquement au travail juif, ou peut-être la coopération des Juifs instruits ne pouvait-elle être comptée. Les pogromes qui balayèrent la Russie en 1881 donnèrent naissance à l'idée du nationalisme ; et le « Razsvyet » fut bientôt transformé en défenseur du sionisme. Il termina son existence un an ou deux après.
Pendant l'espace d'une année (1881-82) fut publié à Riga le mensuel « Yevreiskiya Zapiski », sous la direction de A. Pumpyanski. C'était un journal de caractère historico-littéraire. En 1884 parurent à Saint-Pétersbourg sept numéros du mensuel « Yevreiskoye Obozryeniye », édité par L. O. Cantor.
Un sort plus bienveillant attendait le journal « Voskhod ». Il fut fondé en 1881 par A. E. Landau, qui de 1871 à 1880 avait publié huit volumes sous le titre général « Yevreiskaya Biblioteka ». Seuls des volumes mensuels furent publiés en 1881, mais à partir de 1882 apparut aussi la « Nedyelnaya Khronika Voskhoda » hebdomadaire. Le volume ix du « Yevreiskaya Biblioteka » parut en 1901, et le vol. x. (publié par G. A. Landau, le fils d'Adolph Landau) en 1903.
Objectifs du « Voskhod ».
Le « Voskhod » fut fondé à la période la plus troublée de la vie juive aussi bien que de la vie russe. Il a combattu avec un courage inébranlable pour les droits civiques des Juifs, et a en même temps sans crainte exposé les défauts nationaux juifs aussi bien que les défaillances de certains groupes sociaux. Il a reçu de nombreux coups violents, tant de la part des Juifs que de la part des non-Juifs, mais il a survécu pour exécuter son programme original. À l'époque où la société juive était saisie par la peur et le désespoir, après les pogromes du début des années quatre-vingts, le « Voskhod » s'opposa aux conseils du « Razsvyet » et des individus prônant l'émigration, se déclarant contre une telle solution de la question juive. À cette époque, les Juifs eux-mêmes argumentaient que plus mauvaise était la condition des Juifs en Russie, meilleure était l'idée de la régénération de la nation sur son propre sol. Le « Voskhod », cependant, déclara que : « Son objectif est de défendre les intérêts des Juifs russes, et de s'efforcer de rendre la vie des Juifs en Russie possible et supportable. Dans ce but il défendra et gardera leurs droits, et tentera, autant qu'il sera en son pouvoir, d'effectuer une extension de ces droits. D'autre part, il coopérera par tous les moyens possibles à l'amélioration de la vie interne des Juifs eux-mêmes et à l'atteinte de leur régénération sociale sur le sol russe. » Le « Voskhod » continua d'adhérer à cette politique. Il défendit les droits des Juifs avec une telle vigueur et une telle persévérance qu'il attira bientôt l'attention du gouvernement. Le 24 juin 1884, il reçut son premier avertissement pour « s'être très fréquemment permis de critiquer insolemment les lois existantes et les mesures gouvernementales et d'interpréter faussement leur sens et leurs objectifs ». Il reçut un second avertissement le 3 juillet 1885, pour avoir continué à critiquer les lois de manière adversative, « en propageant parmi les Juifs la conviction que le gouvernement et toutes les classes du peuple russe maintiennent envers eux une attitude de dureté impitoyable et déraisonnable ». Finalement, en 1891, le journal fut suspendu pour huit mois.
En tant que seul périodique dans ce domaine pendant environ quinze ans, le « Voskhod » était lu par tous les groupes sociaux juifs, et le nombre de ses abonnés augmenta de 2 692 en 1883 à 4 294 en 1898. En 1899, alors que Landau était encore vivant, le journal fut transféré à d'autres mains.
Son Activité Publicistique.
L'importance du « Voskhod » ne se limite pas à son activité publicistique. Pendant la direction de Landau, parurent dans ses pages toute une série d'écrits sur la vie juive du point de vue social, littéraire et historique. Des écrits de belles-lettres de Levanda, Ben-Ami, Yaroshevski et autres ; des travaux historiques de S. M. Dubnow et du juriste chrétien S. A. Bershadski ; des mémoires juridiques et publicistiques de M. Morgulis, M. Kulisher et M. Mysh ; des contributions archéologiques et philologiques de A. J. Harkavy ; des poèmes de S. Frug ; et des traductions en russe des principaux ouvrages en langues étrangères—tout cela, représentant du matériel de la plus grande valeur, fut publié dans le « Voskhod ».
Son Attitude Impartiale Envers le Sionisme.
Sous la nouvelle direction, avec G. Syrkin comme rédacteur, le journal a adhéré à son programme original tout en s'adaptant aux exigences des temps. Consacrant à la cause sioniste seulement autant d'attention que l'exige son attitude impartiale envers ce mouvement, le « Voskhod » n'en est pas moins lu par les adhérents les plus enthousiastes du sionisme. Comme autrefois, le journal s'exprime hardiment en défense des droits des Juifs. Il a fait entendre une puissante protestation contre le pogrom de Kichinev de 1903, et en a été puni par le gouvernement. Les nos 16 et 17 de la « Khronika » (dont l'un contenait un article de J. Brutzkus exhortant les Juifs à la défense armée) furent saisis. Les éditeurs reçurent deux autres avertissements, respectivement le 28 avril et le 15 mai 1903. En 1904, la « Khronika » fut suspendue pendant six mois pour une critique sévère de l'activité du journal antisémite « Znamya » et de ses amis dans la société russe. Outre Syrkin, L. Zev, M. Trivus et M. Vinaver sont étroitement liés au « Voskhod ». Malgré son prix d'abonnement élevé, 10 roubles, il compte pas moins de 5 000 abonnés. Ces deux dernières années, il a offert en supplément l' « Histoire des Juifs », de S. M. Dubnow. Récemment, les numéros hebdomadaires du journal ont été nommés « Voskhod », et les volumes mensuels « Knizhki Voskhoda ».
Le « Buduschnost », un Organe Sioniste.
À la fin de 1899 parut à Saint-Pétersbourg l'hebdomadaire (avec un volume d'articles réunis en supplément annuel) intitulé « Buduschnost », sous la direction de S. O. Gruzenberg, qui avait été pendant de nombreuses années un collaborateur du « Voskhod ». Le journal fut bientôt transformé en organe sioniste, ce qui causa sa perte de soutien public. Il est, de plus, médiocrement soutenu par les sionistes. D'abord les collaborateurs en étaient des écrivains bien connus, mais l'un après l'autre ils se retirèrent, et son rédacteur, bien que journaliste ancien, expérimenté et capable, ne put maintenir le journal à son niveau de haute qualité antérieur.
En 1903 parut à Saint-Pétersbourg la « Yevreiskaya Semeinaya Biblioteka », un journal mensuel sous la direction de M. Ryvkin. L'année suivante le titre fut changé en « Yevreiskaya Zhizn », et la direction fut entreprise par G. Sorin, avec la collaboration de M. M. Margolin et J. D. Brutzkus. Le journal, qui est consacré au sionisme, acquit rapidement une popularité, obtenant dans la première année de son existence environ 7 000 abonnés—une circonstance expliquée en partie par le soutien d'une organisation sioniste et par le bas prix d'abonnement, 4 roubles. En supplément, le journal offre un recueil de poèmes de Frug.
—Communautés Rurales :
Désirant créer d'importants centres commerciaux, Catherine II ordonna, en 1782, que les marchands et les gens du commun ne résident plus dans les communautés rurales au détriment des paysans, mais se retirent aux villes. Cette mesure était dirigée contre les classes commerciales, qui comprenaient les Juifs ; et comme ils étaient sans exception inscrits parmi les marchands et les commerçants, la réglementation, qui était seulement une limitation partielle pour les chrétiens, devint pour les Juifs une limitation légale générale, et fut particulièrement onéreuse parce que la grande masse d'entre eux résidait dans les communautés rurales. Étroitement liée au mouvement de concentration était la question de la distillation et de la vente des alcools. Comme marchands et commerçants, les Juifs de la Russie blanche se virent alors interdire par les autorités locales de distiller les alcools, de louer des domaines, ou de diriger les industries rurales, c'est-à-dire de continuer dans ces occupations par lesquelles les Juifs, en raison de conditions historiques particulières, avaient gagné leur vie pendant un certain nombre d'années. Cette réglementation était généralement considérée comme une mesure restrictive dirigée contre les Juifs, car avant son adoption ils avaient reçu les mêmes privilèges que les marchands et les classes commerciales. Mais en 1786 le Sénat rapporta les réglementations concernant les baux et la distillation des alcools ; et pour ce qui concerne la question de la résidence dans les districts ruraux, le Sénat, sachant que l'impératrice, pour des raisons importantes de politique économique, désirait l'enlèvement des Juifs vers les villes, et sachant aussi que les conditions prévalant dans les villes ne justifiaient pas un enlèvement impérieux, se contenta de décréter que les Juifs ne devaient pas se retirer prématurément, parce qu'il était incertain s'ils trouveraient du travail ou des logements dans les villes. Néanmoins, de nombreux Juifs furent enlevés et ruinés par là.
Enlèvement des Juifs.
Peu de temps après, cette question fut à nouveau soulevée. En 1795, quand l'administration russe fut introduite dans les nouveaux gouvernements annexés de la Pologne, à savoir ceux de Minsk, Volhynie et Podolie, l'impératrice ordonna que « des efforts fussent faits » pour éloigner les Juifs vers les villes afin qu'ils puissent s'y livrer au commerce et aux métiers. Elle n'avait pas l'intention de rendre la mesure obligatoire, pourtant le gouverneur-général de la Russie Blanche, qui avait reçu un ordre similaire concernant les Juifs, fixa une année comme délai pour leur expulsion. Mais à cette époque les villes peu densément peuplées n'étaient pas adaptées pour accueillir un afflux si considérable de nouveaux habitants. Déjà à ce moment, les villes contenaient beaucoup de Juifs qui fournissaient un plus grand nombre de marchands et d'artisans que nécessaire. L'ordre d'expulsion des Juifs créa également de l'appréhension parmi les propriétaires terriens, pour lesquels cela signifiait une perte pécuniaire, et pour ces raisons le gouverneur-général ordonna que seuls les Juifs vivant dans des auberges et des villages situés sur les routes principales fussent forcés de s'y soumettre. Un délai supplémentaire fut également accordé ; mais nonobstant le fait que les expulsions ne furent pas exécutées à l'échelle désirée, les expulsions qui eurent lieu affectèrent matériellement la prospérité des Juifs et causèrent beaucoup de souffrances et de désagréments.
La question du préjudice dont on disait qu'il était causé par les Juifs demeurant dans les districts ruraux, et les meilleurs moyens de traiter le sujet, furent des matières renvoyées pour examen, par ordre du Sénat, aux autorités locales et aux propriétaires d'estates situés dans les gouvernements qui avaient une population juive. Ni les autorités ni les propriétaires ne trouvèrent souhaitable d'éloigner tous les Juifs, qui, de surcroît, selon leur suggestion, devraient être distribués sur une plus vaste zone. Ces suggestions furent transmises au Sénat, qui était à ce moment-là occupé à élaborer un plan général de réforme juive.
En 1801 un nouveau règlement fut promulgué ordonnant aux marchands et aux commerçants de se retirer dans les villes. Les Juifs de Russie Blanche pétitionnèrent le Sénat pour être autorisés à rester dans leurs anciens foyers, et le Sénat accorda leur demande. Mais dans les autres gouvernements aucune tentative ne fut faite pour éloigner les Juifs, et l'administration du gouvernement de Nouvelle Russie se présenta devant le Sénat pour exhorter le non-déplacement des Juifs des districts ruraux, puisque l'administration déclara qu'ils ne causaient aucun préjudice ou dommage aux paysans.
Comité de 1802.
En 1802 le projet de réforme juive fut soumis à un comité composé de personnes proches de l'empereur, et, selon les régulations élaborées par celui-ci (1804), les Juifs devaient être privés du droit de distiller les esprits, de prendre à bail des estates et de résider dans les villages et hameaux. Un délai de trois ans fut fixé pour leur expulsion. Ce comité s'exprima comme opposé au recours à des mesures rigoureuses dans le traitement des Juifs, et expliqua que seule une nécessité impérieuse l'avait induit à leur interdire de distiller, de vendre des esprits et de prendre des estates à bail.
En connexion avec cette interdiction le comité ordonna l'expulsion de tous les Juifs des districts ruraux, puisque sous les conditions proposées la plus grande partie de la population juive serait sans moyens de subsistance. L'exclusion des Juifs de l'industrie de la distillation et de la prise à bail fut déclarée incompatible avec la justice et avec les exigences de la vie : le budget du gouvernement était fondé largement sur le revenu de la taxe sur les esprits ; et les propriétaires terriens aussi tiraient leurs revenus presque exclusivement des produits de la distillation. Cette condition de choses fut permise de continuer dans les anciens gouvernements polonais pendant plusieurs décennies, et avait conduit les Juifs, en vertu de circonstances particulières, à servir durant tout ce temps comme intermédiaires entre les propriétaires terriens et les paysans ; les Juifs causaient un préjudice économique non pas comme Juifs mais comme intermédiaires, et cela sans bénéfice pour eux-mêmes.
Le comte Gudovich, gouverneur-général de Minsk, Podolie et Volhynie, déclara que les tenanciers d'auberges n'avaient pas de pain quotidien pour eux-mêmes ni pour leurs familles, « car ils ne reçoivent que le dixième ou même le quinzième des bénéfices ». Le gouverneur de Lituanie déclara que les auberges n'étaient tenues que par des femmes, car le manque de moyens avait poussé les hommes à d'autres travaux. Le sénateur Derzhavin écrivit que les masses juives en Russie Blanche souffraient d'une privation et d'une pauvreté extrêmes. Le gouverneur de Kiev rapporta que les Juifs non seulement étaient incapables de payer les taxes mais n'avaient pas de moyens de subsistance, ce qui montrait très clairement que les Juifs ne se procuraient aucun profit pour eux-mêmes ni de la distillation des esprits ni de la possession des baux. Le sénateur Derzhavin, dans une lettre privée écrite en 1800 à l'un des officiers légaux de la couronne, traita de la famine en Russie Blanche, qu'il attribua officiellement aux Juifs ; mais il dit aussi : « Il est difficile d'accuser sérieusement quelqu'un sans violer réellement les principes communs de la justice et de l'équité. Les paysans vendent leur grain aux Juifs pour des esprits, et par conséquent ils n'ont pas assez de pain. Les propriétaires n'interdisent pas la boisson parce qu'ils tirent tous leurs revenus de la vente de liqueur ; et les Juifs ne peuvent pas être entièrement blâmés s'ils prennent la dernière croûte aux paysans pour leur propre subsistance. »
Ses Conclusions.
À la suite des preuves recueillies, le comité parvint à ces conclusions : (1) Les propriétaires fonciers fabriquaient une quantité excessive d'alcools distillés afin de payer les impôts lourds dont ils étaient grevés, et pour pourvoir à leurs dépenses d'existence. (2) Les Juifs faisaient le trafic des alcools afin de pouvoir payer les doubles impôts qui leur étaient imposés, et de se préserver de la faim. En raison des conditions économiques existantes, les Juifs n'auraient pu trouver à cette époque d'autres moyens de subsistance. (3) Les paysans à leur tour buvaient afin d'oublier les fardeaux de leur servitude.
Le comité, impuissant à améliorer la vie sociale et économique des paysans, décida de prétendre que l'éloignement des Juifs vers les villes entraînerait une telle amélioration. Il réalisa sans doute l'impossibilité de mettre en effet la mesure proposée, car elle impliquait l'éloignement de plus de cinquante mille familles juives. Néanmoins, des mesures furent prises pour forcer cet éloignement, et elles s'accompagnèrent d'une barbarie extrême. Le comte Kotchubei, membre du comité chargé de ce mouvement, apprit les misères qui en découlaient dans certains villages. Des centaines de familles se trouvèrent sans abri dans les champs ou sur les places des villes voisines, car il n'y avait pas assez de maisons pour les loger, et rien ne fut fourni pour les nourrir. Le gouvernement était dans l'incapacité de fournir les moyens nécessaires ou de concéder les terres promises en vue de transformer les anciens marchands en agriculteurs.
L'éloignement ajourné.
La souffrance était intense, et, pour maintenir le prestige du gouvernement, des ordres furent donnés pour suspendre les éloignements, sous le prétexte que Napoléon avait convoqué un synode juif à Paris — une circonstance qui, n'eût été l'ordre suspendu, aurait pu causer de l'agitation parmi les masses juives. Un nouveau comité fut organisé pour réviser la question, et le comte Kotchubei insista sur l'ajournement, en soulignant que seule une partie des Juifs pouvait être éloignée, et que des sommes énormes seraient requises du gouvernement pour exécuter la mesure ; car les pauvres Juifs, dans les conditions économiques existantes, ne pouvaient pas facilement trouver d'autres moyens de subsistance. La question fut renvoyée à une nouvelle commission composée de hauts fonctionnaires, et plus tard le sénateur Alexieff reçut l'ordre de l'empereur d'entreprendre un voyage dans les localités ayant une population juive, afin de voir si l'éloignement immédiat était réalisable. On lui enjoignit que s'il était réalisable, il devrait ordonner aux gouverneurs de l'effectuer. Si, cependant, il le trouvait impraticable, il devait rapporter à l'empereur les meilleurs moyens d'éloigner les Juifs graduellement. À cette époque, permission fut donnée aux Juifs de désigner des délégués pour présenter au sénateur leurs vues sur la question de l'éloignement. Les délégués juifs pétitionnèrent pour l'abrogation de l'édit, et le sénateur déclara l'éloignement impraticable ; mais cela ne conduisit pas à une solution de la question, car le gouvernement désirait maintenir son prestige et ne voulait pas considérer l'abrogation de cette loi, et se voua à temporiser en ajourner l'exécution. Le 19 octobre 1807, un oukase fut promulgué ordonnant l'éloignement graduel dans un délai de trois ans. En conséquence de ce décret, l'expulsion des Juifs des villages fut reprise, et la souffrance qui en résulta attira l'attention du nouveau ministre de l'intérieur, comte Kurakin. Il rapporta à l'empereur que l'éloignement ne pourrait être effectué qu'au cours de plusieurs décennies. En conséquence, par décret du 29 décembre 1809, l'oukase fut abrogé, et quelques jours plus tard une nouvelle commission pour l'investigation de la question fut nommée sous la présidence du sénateur Popov. Cette commission poursuivit ses travaux pendant trois ans. Elle fit une investigation générale et approfondie, et déclara dans son rapport volumineux que l'exclusion des Juifs de la fabrication et du trafic des alcools ne diminuerait pas l'ivrognerie parmi les paysans, car les conditions sociales et économiques générales, et non les Juifs, en étaient responsables.
L'éloignement de 1821.
L'éloignement des Juifs des districts ruraux causerait du tort à la paysannerie tant du point de vue économique que commercial ; leur transformation immédiate en agriculteurs était une impossibilité ; l'encombrement des villes d'un excédent de pauvres ne mènerait qu'à des conséquences très affligeantes. C'est pourquoi la commission recommanda que les Juifs fussent autorisés à rester dans leurs anciens foyers, et qu'on leur permît de continuer leurs vocations comme auparavant. Ce rapport ne reçut pas force de loi, mais comme les éloignements avaient déjà été discontinués par ordre, les Juifs furent autorisés à jouir d'une période de paix. Cette paix, cependant, ne fut pas de longue durée, car en 1821, en conséquence de représentations du gouverneur militaire de Chernigov, qui stigmatisait les Juifs comme spéculateurs, un ordre fut promulgué appelant à leur éloignement des districts ruraux de ce gouvernement. Cette mesure fut étendue au gouvernement de Poltava en 1822, et l'année suivante aux gouvernements de la Russie Blanche en raison d'une insuffisance des subsistances là-bas. En 1827 un éloignement partiel des Juifs fut commencé dans les districts ruraux du gouvernement de Grodno, et en 1830 un similar fut imposé dans le gouvernement de Kiev.
En 1835, un décret fut publié ordonnant la suspension des expulsions ; mais elles furent reprises en 1843, quand les Juifs furent exclus des colonies militaires de Kiev et de Podolia.
Toutes les expulsions en question furent vraisemblablement inspirées par la supposée influence néfaste des Juifs dans l'augmentation de l'ivresse parmi les paysans. Mais il y avait aussi d'autres raisons à l'expulsion. Par exemple, en 1835 les Juifs furent exclus du gouvernement d'Astrakan sous le prétexte qu'ils causaient du tort au commerce avec l'Asie. Les Juifs dans la zone frontière furent expulsés de là afin de supprimer le commerce de contrebande. Ainsi en 1812 les Juifs vivant sur les domaines situés près de la frontière du gouvernement de Volhynie furent expulsés, et en 1816 un décret fut publié appelant à l'expulsion des Juifs de la zone frontière de 50 verstes. En vertu du décret, les lieux où les Juifs étaient enregistrés selon le recensement et où il y avait des ḳahals organisés étaient exempts. Cela mena à des expulsions du gouvernement de Volhynie jusqu'à l'année 1821. Par la suite les Juifs retournèrent à leurs anciens foyers. Cependant, en 1825 un autre décret concernant les gouvernements de la frontière occidentale annonça que seuls les Juifs qui possédaient des biens immobiliers seraient autorisés à rester dans la zone de 50 verstes. En 1839 ce décret fut étendu au territoire de Bessarabie. Le 20 avril 1843, un décret impérial ordonna que tous les Juifs vivant dans la zone frontière de 50 verstes adjacente à la Prusse et à l'Autriche soient expulsés vers l'intérieur des gouvernements, les propriétaires de maisons étant autorisés à les vendre dans les deux ans pourvu qu'ils obéissent à la loi sans réserve. Une extension du délai fut accordée par la suite, et l'expulsion ne fut pas exécutée dans sa totalité ; néanmoins la politique d'expulsion fut considérable et fut poursuivie pendant une période d'années.
Expulsion des Villes.
En addition à l'expulsion des villages et des hameaux il y eut aussi l'expulsion des villes, mais celle-ci fut conduite à une bien plus petite échelle. En cela les Chrétiens de Kovno prirent l'initiative. Ils pétitionnèrent l'Empereur Paul I. en 1797 pour l'expulsion des Juifs de leur ville sur la base de privilèges polonais anciens. Le gouverneur-général de Lituanie, le Comte Ryepnin, déclara cependant que les Chrétiens « ne savaient pas eux-mêmes ce qu'ils demandaient, et obéissaient simplement à leur ancienne antipathie et à leur envie non justifiée des Juifs », et que l'expulsion des Juifs causerait du tort à la ville ; par conséquent cette pétition ne fut pas accordée. Paul I. ordonna que les Juifs restent aussi à Kaminetz-Podolsk, d'où il avait été prévu qu'ils soient expulsés. De même, en 1801 il rejeta la pétition des marchands de Kiev pour l'exclusion des Juifs. Sous Alexandre I. des pétitions de ce genre furent renouvelées, mais sans succès. En 1803 la pétition des Chrétiens de Kovno et en 1810 une similaire des Chrétiens de Kiev furent rejetées. Dans toutes ces pétitions les Chrétiens furent poussés par le désir de se débarrasser de leurs concurrents dans le commerce et la manufacture. En temps plus récents l'agitation pour l'exclusion des Juifs des villes fut reprise. En 1827 les Chrétiens de Kiev eurent satisfaction et les Juifs furent expulsés, malgré le fait que les autorités locales désiraient vivement leur rétention. En 1829 l'expulsion de Nikolaïev et de Sébastopol fut ordonnée, et seuls les Juifs qui avaient servi dans l'armée ou la marine furent autorisés à rester. Cependant, en 1830 le gouverneur militaire de Nikolaïev et de Sébastopol, en accord avec les sentiments de l'administration de la police de la ville, des magistrats et du conseil municipal, s'adressa au ministère de l'intérieur pour la rétention des Juifs, et souligna que s'ils étaient expulsés la ville serait sans artisans. Cette demande ne fut pas accordée, en 1832 le gouverneur demanda au moins un report de l'expulsion. Cela fut accordé, d'abord pour deux ans, et ensuite pour une autre année ; mais finalement les Juifs furent expulsés. En cette instance le gouvernement fut apparemment influencé par l'importance militaire des villes. En 1883 les Juifs furent expulsés de Yalta (il ne resta que ceux qui étaient enregistrés dans la communauté locale), qui fut alors excluée de la [Zone de Résidence](/articles/11862-pale-of-settlement), probablement parce que la famille impériale y séjournait pendant les mois d'été. En accord avec les lois de 1891 et 1892 il y eut une expulsion de Moscou, dans un court laps de temps, de tous les artisans juifs, brasseurs, distillateurs, et même de soldats qui avaient servi sous Nicolas I. pendant vingt-cinq ans et qui avaient joui de certains privilèges. Au total il y eut environ 20 000 Juifs expulsés de Moscou.
Aside from these expulsions en masse, the removal of separate groups of Jews and of individuals was continued until very recently. The complicated enactments concerning the [Pale of Settlement](/articles/11862-pale-of-settlement), in connection with the general disabilities of the Jews, offer a wide field for unwarranted interpretation of the written laws; added to this there are at times ignorance of the laws and, not infrequently, intentional disregard of them on the part of those in subordinate authority. Finally, the change in family relations, the change of occupation, and other circumstances often led to the expulsion of Jews.
En dehors de ces expulsions en masse, l'expulsion de groupes séparés de Juifs et d'individus fut poursuivie jusqu'à très récemment. Les énoncés compliqués concernant la [Zone de Résidence](/articles/11862-pale-of-settlement), en connexion avec les incapacités générales des Juifs, offrent un large champ pour une interprétation non justifiée des lois écrites ; ajouté à cela il y a parfois de l'ignorance des lois et, non rarement, du mépris intentionnel d'elles de la part de ceux en autorité subordonnée. Enfin, le changement dans les relations familiales, le changement d'occupation, et d'autres circonstances menèrent souvent à l'expulsion de Juifs.
Le 3 avril 1880 (sous Alexandre II), le ministre de l'intérieur suggéra aux gouverneurs qu'ils ne devraient pas expulser les Juifs qui ne jouissaient pas du droit de résidence dans une quelconque localité, mais qui y étaient déjà établis et engagés dans des entreprises commerciales, dont la destruction ruinerait non seulement les Juifs mais aussi les chrétiens qui étaient entrés en relations d'affaires avec eux. En connection avec ceci, il fut ordonné qu'aucun Juif ne soit permis de s'établir dans de nouvelles localités sans avoir d'abord obtenu la permission de le faire. Un document contenant ces ordres fut envoyé à nouveau en 1882. Le 14 janvier 1893, l'ordre fut rescindé, et les gouverneurs reçurent l'ordre d'enforcer, pas plus tard que le 1er novembre 1893, l'expulsion des Juifs prescrite par la loi. Plus tard le délai fut prolongé au 1er juin 1894 (les personnes ayant atteint l'âge de soixante-dix ans ou plus furent entièrement exemptées). Pour les raisons indiquées ci-dessus, l'expulsion des Juifs de diverses localités fut par la suite intermittently persévérée.
Après l'éclatement de la guerre avec le Japon, des ordres furent émis par circulaire pour suspendre temporairement les expulsions. À Kiev les autorités locales tentèrent d'expulser la mère et l'épouse d'un médecin juif qui avait été envoyé sur le théâtre de la guerre, parce que selon l'interprétation stricte de la loi la mère et l'épouse ne pouvaient vivre à Kiev que avec le chef de famille mâle.
—Pologne. En raison des récents troubles en Russie, l'article Pologne, qui avait été assigné à un collaborateur russe et qui devait avoir paru à sa place propre dans le vocabulaire, n'a pas été reçu. La seule autre rubrique sous laquelle il aurait pu être inséré est celle sous laquelle il figure maintenant. (Polonais, « Polska » ; allemand, « Polen » ; hébreu,  ; russe, « Polsha ») :
Ancien puissant royaume du centre-nord de l'Europe, comprenant, jusqu'à sa première partition, en 1772, un territoire délimité par l'Oder et la Warta à l'ouest, par les montagnes des Carpates et le Dniestr au sud, par le Dniepr à l'est, et par la Düna au nord.
D'après les documents historiques disponibles jusqu'à présent, il est difficile de déterminer avec certitude quand les premiers colons juifs arrivèrent en Pologne. Certains écrivains polonais, comme Naruszewicz, sont de l'opinion que les Juifs allèrent en Pologne à des temps très reculés, et qu'ils y vivaient avant l'introduction du christianisme (965) sous Mieczyslaw Ier. D'autres, comme Janicki, prétendent que la preuve authentique de la présence des Juifs en Pologne ne remonte pas plus loin que le douzième siècle, quand, sous le Prince Mieczyslaw III (1173-1209) et les rois Casimir le Juste et Leshek le Blanc (1194-1205), les Juifs avaient charge des monnaies.
Charte juive de 905.
L'historien polonais Maciejowski avance la vue (« Zydzi w Polsce, » etc., p. 8) que « les Juifs étaient présents en Pologne sinon au huitième siècle du moins au neuvième » ; mais d'autre part il ridiculise l'affirmation de Leon Weil (« Orient, » 1849, p. 143), qui, sur la force de certains documents, raconte ce qui suit : « Pressés durément par les Allemands, les Juifs envoyèrent en Pologne (894) une délégation composée des plus éloquents rabbins espagnols, afin de pétitionner le prince régnant, Leshek, pour l'octroi à leur nom d'une parcelle de terre sur le territoire polonais sur laquelle ils pourraient s'établir et s'engager dans les poursuites agricoles et dans les métiers et les arts libéraux. Aucun territoire spécial ne leur fut assigné ; mais il leur fut donné permission de s'établir n'importe où dans le pays, et de s'engager dans les occupations spécifiées. Onze ans plus tard (905) il fut assuré aux Juifs par charte la liberté religieuse, l'autonomie en matière judiciaire, la liberté du commerce, l'indépendance de la Shlyakhta, ou petite noblesse, et la protection contre les attaques des foules hostiles. Cette charte fut perdue dans la guerre polono-allemande de 1049. »
Des pièces de monnaie déterrées en 1872 dans le village de Grande-Pologne de Glenbok montrent de manière concluante que sous les règnes de Mieczyslaw III, Casimir et Leshek, les Juifs avaient, comme indiqué ci-dessus, charge de la frappe des monnaies en Grande et Petite Pologne. Ces monnaies portaient des emblèmes ayant des inscriptions de caractères divers ; dans certains exemplaires seulement le nom du roi ou du prince étant donné, comme par exemple « Prince Meshko, » tandis que dans d'autres le nom de famille est ajouté, comme « Meshek le Bienheureux » ou « le Juste. » Quelques-unes des monnaies, en outre, portaient des inscriptions n'ayant aucune référence directe à la Pologne, aux princes régnants, ou même à la monnaie elle-même, mais se rapportant à des incidents d'un caractère purement juif, comme par exemple « Réjouis-toi, Abraham, Isaac et Jacob » ; « Abraham Duchs () et Abraham Pech (). » Des monnaies similaires avaient été découvertes ailleurs plusieurs années auparavant ; mais, en raison de leurs inscriptions particulières, des doutes furent exprimés, même par un numismate aussi renommé que Joachim Lelewel, quant à leur être des monnaies du tout. Leur vraie nature ne fut révélée que par la découverte du trésor de Glenbok. Toutes les inscriptions sur les monnaies du douzième siècle sont en hébreu ; et elles prouvent suffisamment qu'à l'époque en question les Juifs s'étaient déjà établis dans des positions de confiance et de prominence, et étaient contents de leur sort.
Monnayeurs juifs.
« Les faussaires juifs, » dit Bershadski, « auraient pu être des gens qui ne venaient au pays qu'occasionnellement, et dans ce but spécial. » Mais on trouve parmi les rares documents datant de la seconde moitié du treizième siècle une charte émise par Premyslaw II., successeur de Boleslaw de Kalisz, confirmant une concession antérieure de privilèges par laquelle le Juif Rupin, fils de Yoshka, est autorisé à disposer de son héritage, une colline (« montem ») située près de la limite de son domaine de Podgozhe. Il est difficile de supposer que l'acquisition de biens immobiliers, sa transmission par succession, et sa cession ultérieure aux « anciens juifs de Kalisz et à toute leur communauté » aient été permises en vertu de la charte de privilèges accordée par Boleslaw de Kalisz aux immigrants juifs, car la charte ne fait mention ni d'une communauté juive, ni du droit des Juifs d'acquérir la propriété foncière. « Les faits, » dit Bershadski, « mis en évidence par la concession de Premyslaw II. prouvent que les Juifs étaient des habitants anciens de la Pologne, et que la charte de Boleslaw de Kalisz, copiée presque mot pour mot des privilèges d'Ottocar de Bohême, n'était que l'approbation écrite de relations qui s'étaient graduellement établies, et qui avaient reçu la sanction du peuple du pays. »
Bershadski conclut qu'à partir du treizième siècle au moins, il existait en Pologne un certain nombre de communautés juives, dont la plus importante était celle de Kalisz. Maximilian Gumplovicz, cependant, hasarde la conjecture que le mot « Pech » sur les pièces de Glenbok est le « Pech » ou « Beck » khazar, signifiant « viceroi du Chagan » (voir Jew. Encyc. iv. 5a, _s.v._ [Chazars](/articles/4279-chazars)), et que le roi soi-disant légendaire [Abraham Prochownik](/articles/552-abraham-prochownik), qui selon la tradition régna sur la Pologne pour un jour seulement, a peut-être réellement existé sous la personne de quelque prince khazar qui fut pour un temps viceroi de la Pologne. Gumplovicz cite l'écrivain polonais Stronezynski (« Pieniadze Piastow, » 2e éd., Varsovie, 1883), qui pense que les pièces avec des inscriptions hébraïques appartiennent à une période antérieure à l'introduction du christianisme. Les géographes arabes du neuvième siècle rapportent que les Juifs d'Europe occidentale qui voyageaient en Khazarie y arrivaient en passant par les pays slaves et la Pologne (Voir Jew. Encyc. iv. 3a, _s.v._ [Chazars](/articles/4279-chazars)).
Pièces polonaises avec inscriptions hébraïques.(D'après la « Revue Numismatique. »)
On ne sait pas avec certitude si les premiers arrivants juifs en Pologne venaient des pays khazars du sud de la Russie ou d'Europe occidentale. Le premier historien des Juifs de Pologne, Czacki, affirme dans son « Rozprawa o Zydach i Karaitach » (1807) que les plus anciens immigrants juifs en Pologne étaient d'origine allemande ; mais, comme l'ont souligné Bershadski et Dubnow, l'ouvrage de Czacki, quelque consciencieux et clairvoyant qu'il soit, ne peut être regardé que comme un document historique, et non comme une histoire complète des Juifs polonais. Malheureusement, Czacki a été suivi aveuglément par Sternberg, Weil et Graetz.
Bien que la preuve directe fasse défaut, il est néanmoins sûr de supposer d'après les documents actuellement disponibles que le sud de la Russie fournit les premiers colons juifs de la Pologne (voir Jew. Encyc. viii. 118, _s.v._ [Lithuania](/articles/10033-lithuania)). On sait aussi que les Juifs allemands commerçaient dans les pays slaves dès le règne de Charlemagne ; et quelques-uns d'entre eux ont pu s'établir en Pologne.
Les premiers marchands d'esclaves juifs.
La première mention réelle, cependant, des Juifs dans les chroniques polonaises se trouve datée du onzième siècle. Il apparaît que les Juifs habitaient alors à Gnesen, qui était à cette époque la capitale religieuse du royaume polonais. Certains d'entre eux étaient riches, possédant des esclaves chrétiens ; ils s'engageaient même dans le commerce des esclaves, selon l'usage du temps. La pieuse reine Judith, épouse du roi polonais Ladislaus Herman (m. 1085), dépensa de grandes sommes pour acheter la liberté des esclaves chrétiens possédés par les Juifs.
La première émigration juive importante de l'Europe occidentale vers la Pologne eut lieu au moment de la première croisade (1098). Sous [Boleslaw III., Krzywousty](/articles/3484-boleslaw-iii-krzywousty) (1102-39), les Juifs, encouragés par le régime tolérant de ce souverain sage, s'établirent dans tout le territoire polonais et lituanien jusqu'à Kiev. Boleslaw de son côté reconnut l'utilité des Juifs pour le développement des intérêts commerciaux de son pays. Le voyageur juif [Pethahiah ben Jacob ha-Laban](/articles/12071-pethahiah-b-jacob-ha-laban) visita la Pologne vers la fin du douzième siècle. À cette époque, leur position dans les nombreuses principautés s'était solidement établie. Le Prince de Cracovie, Mieczyslaw III. (1173-1202), dans son effort pour établir l'ordre et la loi dans ses domaines, prohiba toute violence contre les Juifs, particulièrement les attaques contre eux de la part d'étudiants turbulents. Les garçons coupables de telles attaques, ou leurs parents, étaient contraints de payer des amendes aussi lourdes que celles imposées pour les actes sacrilèges. Au début du treizième siècle, les Juifs possédaient des terres en Silésie polonaise.
Les relations commerciales entre les établissements juifs en Pologne et ceux d'Europe occidentale ne furent pas sans effet sur les questions intellectuelles et religieuses. Les Juifs polonais, consacrant leurs énergies aux poursuites commerciales, furent obligés, selon le témoignage d'Eliezer de Bohême, d'obtenir leurs rabbins de France, d'Allemagne et d'autres pays d'Europe occidentale, tandis que les jeunes Juifs polonais allaient à l'étranger pour l'étude de la littérature rabbinique et autre. Parmi les savants rabbiniques du douzième siècle, il est fait mention de Mordecai de Pologne (Dubnow).
Pièces polonaises avec inscriptions hébraïques.(D'après la « Revue Numismatique. »)
L'invasion tatare.
RUSSIE
D'après diverses sources, il est évident qu'à cette époque les Juifs jouissaient d'une paix et d'une prospérité ininterrompues dans les nombreuses principautés entre lesquelles le pays était alors divisé. Dans l'intérêt du commerce, les princes régnants accordaient protection et privilèges spéciaux aux colons juifs. Avec l'invasion des Tatars en territoire polonais (1241), les Juifs, comme les autres habitants, souffrirent gravement. Cracovie fut pillée et brûlée, d'autres villes furent dévastées, et des centaines de Juifs furent emmenés en captivité. À mesure que le flot de l'invasion se retira, les Juifs retournèrent à leurs anciens foyers et occupations. Ils formaient la classe moyenne dans un pays où la population générale se composait de propriétaires terriens et de paysans, et ils contribuèrent à promouvoir les intérêts commerciaux du pays. Le prêt sur gages et l'affermage de différentes taxes gouvernementales, comme celles provenant des mines de sel, des douanes, etc., étaient leurs occupations les plus importantes. La population indigène n'avait pas encore été pénétrée par l'intolérance religieuse de l'Europe occidentale, et vivait en paix avec les Juifs.
Cet ordre patriarcal des choses fut graduellement altéré par l'Église romaine d'une part, et par les États allemands voisins de l'autre. Les émissaires des pontifes romains vinrent en Pologne en poursuivant une politique fixe ; et dans leurs efforts pour renforcer l'influence de l'Église catholique, ils répandirent des enseignements imbibés de haine envers les adeptes du judaïsme. En même temps [Boleslaw V., Wstydliwy](/articles/3486-boleslaw-v-wstydliwy) (1228-79) encouragea l'afflux de colons allemands. Il leur accorda les Droits de Magdebourg ([Voir Droit de Magdebourg](/articles/10256-magdeburg-law-magdeburg-rights)), et en les établissant dans les villes, il introduisit un élément qui apportait avec lui des préjugés profondément enracinés contre les Juifs. Il y avait cependant parmi les princes régnants des protecteurs résolus des habitants juifs, qui considéraient la présence de ces derniers comme très désirable en ce qui concernait le développement économique du pays. Parmi ces souverains se distinguait [Boleslaw Pobozny](/articles/3485-boleslaw-pobozny) de Kalisz, Roi de Grande Pologne. Avec le consentement des représentants des classes et des hauts fonctionnaires, il émit en 1264 une charte qui définissait clairement la position de ses sujets juifs. Cette charte, qui forma par la suite la base de la législation polonaise concernant les Juifs, ne diffère pas grandement de celle accordée par Witold (1388) aux Juifs de Lituanie (pour le texte de cette dernière charte voir Jew. Encyc. viii. 120, _s.v._ [Lithuania](/articles/10033-lithuania)).
Dans un examen critique de l'ouvrage de L. Gumploviez sur la législation polono-juive, Levanda (dans « Voskhod », 1886, No. ix.) en vient à la conclusion que la charte de Boleslaw était destinée à définir sans équivoque la position exacte que les Juifs devaient occuper dans le corps politique à travers l'histoire de la Pologne. Les termes de la charte, marqués par une simplicité patriarcale, montrent clairement que les Juifs étaient considérés comme une association de prêteurs sur gages à qui une concession était accordée pour commercer et prêter de l'argent à intérêt, avec la garantie de la liberté religieuse et de l'inviolabilité de la personne et de la propriété. Ils devaient faire circuler leur capital et ainsi subvenir aux besoins de la population chrétienne, et se voyaient permettre de jouir des profits réalisés par leurs opérations commerciales. Aucune mention n'apparaît dans la charte d'autres activités commerciales, métiers ou industries, d'où on peut déduire que les Juifs ne devaient exercer aucune autre occupation que le prêt sur gages. Le terme « privilegium » appliqué à la charte montre que cette dernière ne faisait pas partie des lois générales, mais constituait une exception à leurs dispositions. Elle ouvrait un large fossé entre la population chrétienne et la population juive qui ne fut jamais comblé. Elle plaçait cette dernière dans une position d'isolement, en raison de laquelle ils furent contraints de développer une organisation interne qui leur fût propre. Cela, cependant, leur servit bien en matière de défense de leurs intérêts commerciaux et dans la maîtrise de nouvelles formes d'activité commerciale.
La charte traitait en détail de tous les aspects de la vie juive, particulièrement les relations des Juifs avec leurs voisins chrétiens. Le principe directeur dans toutes ses dispositions était la justice, tandis que les motifs nationaux, raciaux et religieux en étaient entièrement exclus. Afin de sauvegarder leur personne et leur propriété, les Juifs se voyaient accorder dans certains cas des privilèges encore plus grands que les chrétiens, qui en vinrent ainsi à reconnaître que les Juifs devaient être regardés comme un peuple dotés d'une civilisation qui leur fût propre et ayant droit à la protection des lois.
Hostilité de l'Église.
Mais tandis que les autorités temporelles s'efforçaient de réguler les relations des Juifs avec le pays en vertu de ses besoins économiques, le clergé, inspiré non par le patriotisme, mais par les tentatives de l'Église romaine d'établir sa suprématie universelle, usait de son influence pour séparer les Juifs du corps politique, visant à les exclure, en tant que peuple dangereux pour l'Église, de la société chrétienne, et à les placer dans la position d'une secte méprisée. En 1266, un concile œcuménique fut tenu à Breslau sous la présidence du nonce papal Guido. Le concile introduisit dans les statuts ecclésiastiques de Pologne un certain nombre de paragraphes dirigés contre les Juifs. Au paragraphe 12, il est stipulé que « puisque la Pologne n'a que récemment rejoint le giron de l'Église chrétienne, on peut craindre que ses habitants chrétiens ne se rendent plus facilement aux préjugés et aux mauvaises habitudes de leurs voisins juifs, l'établissement de la foi chrétienne dans les cœurs des croyants en ces terres ayant été d'une date si récente. Nous décrétons donc avec emphase que les Juifs vivant dans le diocèse de Gnesen ne doivent pas habiter ensemble avec les chrétiens, mais doivent vivre séparément dans quelque portion de leurs villes ou villages respectifs. Le quartier où résident les Juifs devra être divisé de la section habitée par les chrétiens par une clôture, un mur, ou un fossé. »
La Distinction instituée.
Les Juifs reçurent l'ordre de disposer au plus tôt des biens immobiliers qu'ils possédaient dans les quartiers chrétiens ; ils n'étaient pas autorisés à apparaître dans les rues pendant les processions de l'Église ; on ne leur permettait d'avoir qu'une seule synagogue dans n'importe quelle ville ; et ils furent tenus de porter un bonnet spécial pour se distinguer des chrétiens. Ces derniers furent interdits, sous peine d'excommunication, d'inviter les Juifs à des festins ou autres divertissements, et furent aussi interdits d'acheter de la viande ou autres provisions aux Juifs, de peur d'être empoisonnés. Le concile confirma en outre les règlements selon lesquels les Juifs n'étaient pas autorisés à garder des serviteurs chrétiens, à louer des taxes ou des droits de douane, ou à exercer une charge publique. Au Concile d'Ofen tenu en 1279, le port d'une insigne rouge fut prescrit pour les Juifs, et les dispositions précédentes furent réaffirmées.
Bien que le clergé catholique continuât de cette manière à semer la graine de la haine religieuse — qui avec le temps produisit une moisson abondante — les princes temporels n'étaient pas disposés à accepter les édits de l'Église, et les Juifs de Pologne jouirent longtemps de leurs droits. Ladislas Lokietek, qui monta sur le trône de Pologne en 1319, s'efforça d'établir un code juridique uniforme dans tout le territoire. Par les lois générales, il assura aux Juifs la sécurité et la liberté et les plaça sur un pied d'égalité avec les chrétiens. Ils s'habillaient comme les chrétiens, portant des vêtements semblables à ceux de la noblesse, et, comme ces derniers, portaient aussi des chaînes d'or et des épées. Ladislas formula également des lois pour le prêt d'argent aux chrétiens. En 1334, Boleslaw émit une charte de portée encore plus grande. Elle fut considérablement amplifiée par le roi Casimir III., le Grand (1303-70), qui était spécialement favorable aux Juifs, et dont le règne est justement considéré comme une ère de grande prospérité pour la Juiverie polonaise. Sa charte était plus favorable aux Juifs que celle de Boleslaw, en tant qu'elle sauvegardait certains de leurs droits civils en plus de leurs privilèges commerciaux. Ce souverain clairvoyant chercha à employer les populations urbaines et rurales comme contrepoids au pouvoir croissant de l'aristocratie. Il considérait les Juifs non simplement comme une association de prêteurs sur gage, mais comme une partie de la nation, dans laquelle ils devaient être incorporés pour la formation d'un corps politique homogène. Pour ses efforts d'élever les masses, y compris les Juifs, Casimir fut surnommé par ses contemporains « roi des serfs et des Juifs ». Sa charte pour les Juifs stipulait entre autres choses que tout procès dans lequel des Juifs étaient intéressés pourrait, à leur demande, être porté devant le roi ; qu'ils ne pouvaient être cités devant les tribunaux ecclésiastiques ; que les anciens ou waywodes n'avaient aucun droit d'exiger d'eux des taxes ou contributions spéciales ; que le meurtre d'un Juif devait être punissable de mort, tandis que dans la charte de Boleslaw la peine n'avait consisté que en une amende et la confiscation de propriété. Outre ces amplifications de la charte de Boleslaw, Casimir accorda aux Juifs le droit de résidence et de mouvement sans restriction ; et ils n'étaient pas obligés de payer des taxes autres que celles payées par les chrétiens. On leur permit de prêter de l'argent sur des fermes et d'autres propriétés immobilières, et de louer ou d'acquérir des terres et des domaines (L. Gumplovicz, "Prawodawstwo," etc., p. 23).
Prospérité sous Casimir III.
La plupart des documents du quatorzième siècle traitent des Juifs de la Petite Pologne et particulièrement de ceux de Cracovie. Malgré sa rareté, le matériel est suffisant pour montrer la croissance progressive des Juifs en nombre et en richesse. Ainsi en 1304, mention est faite de la cession par Philip Pollack à Genez Magdassen d'une moitié de la propriété du premier sur la rue juive de Cracovie ; en 1313, le Juif Michael et son fils Nathan ont acheté un domaine dans le quartier juif de la veuve du bourgeois Günther ; en 1335, le Juif Kozlina a acquis du bourgeois Herman quatre maisons près du cimetière juif ; en 1339, la veuve du Juif Rubin a vendu sa maison au bourgeois Johann Romanich ; et en 1347, apparaît une mention du quartier juif dans la banlieue de Cracovie (« vicus Judæorum »), avec une synagogue et un cimetière sur les rives de la Rudava. Le cimetière existait depuis le début du siècle. Parmi les Juifs de Cracovie dans la seconde moitié de ce siècle, se distinguait le fermier Levko, qui était sous la juridiction directe du roi. Levko affermait le monopole du sel et avait juridiction exclusive sur les nombreux ouvriers des mines de sel. Il était considéré comme le roi de l'argent de son époque ; et ses fils, qui héritèrent de sa richesse, prêtèrent fréquemment de grosses sommes à la reine Yadwiga et aussi à Ladislas Jagellon ([Voir Casimir III](/articles/4098-casimir-iii-the-great)).
Néanmoins, tandis que pendant la plus grande partie du règne de Casimir les Juifs de Pologne, comme on l'a vu, jouissaient de la tranquillité, vers sa fin ils furent soumis à la persécution à cause de la [Mort Noire](/articles/3349-black-death). Des massacres eurent lieu à Kalisz, Cracovie, Glogau et autres villes polonaises le long de la frontière allemande, et l'on estime que 10 000 Juifs ont été tués. Comparé à la destruction impitoyable de leurs coreligionnaires en Europe occidentale, cependant, les Juifs polonais ne s'en tirèrent pas mal ; et les masses juives d'Allemagne s'enfuirent vers les terres plus hospitalières de Pologne, où les intérêts de la laïcité restaient encore plus puissants que ceux de l'Église.
Mais sous le successeur de Casimir, Louis de Hongrie (1370-84), la plainte devint générale que la justice avait disparu du pays. Une tentative fut faite pour priver les Juifs de la protection des lois. Guidé surtout par des motifs religieux, Louis les persécuta et menaça d'expulser ceux qui refusaient d'accepter le christianisme. Son court règne ne suffisit cependant pas à annuler l'œuvre bienfaisante de son prédécesseur ; et ce n'est que sous le long règne du grand-duc lituanien Ladislas II., Jagellon (1386-1434), que l'influence de l'Église dans les affaires civiles et nationales augmenta, et la condition civique des Juifs devint graduellement moins favorable. Néanmoins, au début du règne de Ladislas, les Juifs jouissaient encore de la pleine protection des lois. Hube cite une série de vieux documents de Posen, d'où il apparaît qu'en matière de transactions monétaires, les Juifs de la Grande et la Petite Pologne étaient protégés par les tribunaux à tel point que, en cas de non-paiement, ils pouvaient prendre possession des biens immobiliers de leurs débiteurs chrétiens. Ainsi en 1388, un jugement fut rendu en faveur du Juif Sabdai, par lequel son débiteur fut mis en état d'arrestation et contraint de payer le principal ainsi que neuf ans d'intérêts sur celui-ci. En 1398, un autre débiteur s'engagea à transférer à ses créanciers juifs la moitié d'un village avec tous ses revenus, à l'exception du manoir et de la terre lui appartenant. En 1390, le Juif Daniel fut mis en possession du domaine de Kopashevo pour une dette de 40 marks ; et la même année, une dette de 20 marks due au susmentionné Sabdai par le propriétaire d'une certaine terre fut mise en priorité sur toutes les autres obligations de ce dernier, et Sabdai fut mis en possession de la terre.
Persécutions Extensives au Quatorzième Siècle.
En conséquence du mariage de Jagellon avec Yadwiga, fille de Louis de Hongrie, la Lituanie fut temporairement unie au royaume de Pologne. Sous son règne furent inaugurées les premières persécutions extensives des Juifs en Pologne. Il était dit que les Juifs de Posen avaient induit une pauvre femme chrétienne à voler de l'église dominicaine trois hosties, qu'ils avaient profanées, et que, lorsque les hosties commencèrent à saigner, les Juifs les avaient jetées dans un fossé, après quoi diverses miracles eurent lieu. Informé de cette supposée profanation, l'Évêque de Posen ordonna aux Juifs de répondre aux accusations. La femme accusée d'avoir volé les hosties, le rabbin de Posen et treize anciens de la communauté juive tombèrent victimes de la rage superstitieuse du peuple. Après une torture prolongée sur le chevalet, ils furent tous lentement brûlés au bûcher. De plus, une amende permanente fut imposée aux Juifs de Posen, qu'ils étaient tenus de payer annuellement à l'église dominicaine. Cette amende fut rigoureusement collectée jusqu'au dix-huitième siècle. La persécution des Juifs était due non seulement à des motifs religieux, mais aussi à des raisons économiques, car ils avaient acquis le contrôle de certaines branches du commerce, et les bourgeois, jaloux de leur succès, désiraient se débarrasser d'une manière ou d'une autre de leurs concurrents désagréables.
Les mêmes motifs furent responsables de l'émeute de [Cracovie](/articles/4725-cracow), instigée par le prêtre fanatique [Budek](/articles/3797-budek) en 1407. La première explosion de violence fut réprimée par les magistrats de la ville ; mais elle se renouvela quelques heures plus tard. Une vaste quantité de biens fut détruite ; beaucoup de Juifs furent tués ; et leurs enfants furent baptisés. Afin de sauver leur vie, un certain nombre de Juifs acceptèrent le christianisme. Le mouvement de réforme des Hussites intensifia le fanatisme religieux ; et les mesures réactionnaires qui en résultèrent se propagèrent en Pologne. L'influent archevêque polonais Nicholas Tronba, après son retour du Concile de Kalisz (1420), dont il avait présidé, poussa le clergé polonais à confirmer toute la législation anti-juive adoptée aux conciles de Breslau et d'Ofen, et qui jusque-là n'avait été que rarement mise en exécution. En sus de leurs incapacités précédentes, les Juifs furent désormais forcés de payer une taxe pour le bénéfice des églises dans les circonscriptions où ils résidaient, mais « dans lesquelles seuls les chrétiens devraient résider ».
En 1423 le roi Ladislaus Jagellon promulgua un édit interdisant aux Juifs de prêter de l'argent sur des billets. Sous son règne, comme sous celui de son successeur, Ladislaus III., les anciens privilèges des Juifs furent presque oubliés. Les Juifs firent en vain appel à Jagellon pour la confirmation de leurs anciennes chartes. Le clergé s'opposa avec succès au renouvellement de ces privilèges au motif qu'ils étaient contraires aux régulations canoniques. Pour atteindre ce but, on répandit même la rumeur que la charte, qui aurait été accordée aux Juifs par Casimir le Grand, était un faux, puisqu'un souverain catholique n'aurait jamais accordé des droits civiques complets à des « infidèles ».
Charte de Casimir IV.
Les machinations du clergé furent quelque peu contrées par [Casimir IV, Jagellon](/articles/4099-casimir-iv-jagellon) (1447-92). Il renouvela volontiers la charte accordée aux Juifs par Casimir le Grand, dont l'original avait été détruit dans l'incendie qui dévasta Posen en 1447. À une députation juive provenant des communautés de Posen, Kalisz, Syeradza, Lenchich (Lenczyca), Brest et Wladislavov qui lui demanda le renouvellement de la charte, il dit dans sa nouvelle concession : « Nous désirons que les Juifs, que nous protégeons spécialement pour l'intérêt de nos propres affaires et de celui du trésor royal, se sentent satisfaits durant notre règne prospère. » En confirmant tous les droits et privilèges antérieurs des Juifs—la liberté de résidence et de commerce, l'autonomie judiciaire et communale, l'inviolabilité de la personne et de la propriété, et la protection contre l'accusation arbitraire et les attaques—la charte de Casimir IV. était une protestation déterminée contre les lois canoniques, qui avaient été récemment renouvelées pour la Pologne par le Concile de Kalisz, et pour le monde catholique entier par la Diète de Bâle. La charte, de plus, permit des relations plus intimes entre Juifs et chrétiens, et libéra les premiers de la juridiction des cours cléricales. Une forte opposition fut créée par l'attitude libérale du roi envers les Juifs, et fut exprimée par les chefs du parti clérical. Le cardinal Zbignyev Olesnicki, archevêque de Cracovie, se plaça à la tête de l'opposition et réprimanda sévèrement le roi pour ses faveurs aux Juifs, qu'il prétendait être « au préjudice et à l'insulte de la sainte foi ». « Ne pensez pas, » écrivit-il au roi en 1454, « que vous êtes libre de décréter tout ce que vous plaisez en matière de religion chrétienne. Nul homme n'est si grand ou si puissant qu'il ne puisse être opposé pour la cause de la religion. C'est pourquoi je vous supplie et implore votre majesté de révoquer les privilèges et droits en question. » S'unissant aux forces du nonce papal [Capistrano](/articles/4004-capistrano-john-of), Olesnicki inaugura une vigoureuse campagne contre les Juifs et les Hussites. Les appels réitérés du clergé, et la défaite des troupes polonaises par les Chevaliers teutoniques—que le clergé attribua ouvertement à la colère de Dieu devant la négligence de Casimir à l'égard des intérêts de l'Église et son attitude bienveillante envers les Juifs—induisirent finalement le roi à accéder aux demandes qui avaient été faites. En 1454 le statut de Nieszawa fut promulgué, qui incluait l'abolition des anciens privilèges des Juifs « comme contraires au droit divin et à la loi du pays ». Le triomphe des forces cléricales fut bientôt ressenti par les habitants juifs. La populace fut encouragée à les attaquer dans beaucoup de villes polonaises ; les Juifs de Cracovie souffrirent davantage. Au printemps de 1464 les quartiers juifs de la ville furent dévastés par une foule composée de moines, d'étudiants, de paysans et de petits nobles, qui organisaient alors une nouvelle croisade contre les Turcs. Plus de trente Juifs furent tués, et beaucoup de maisons furent détruites. Des désordres similaires se produisirent à Posen et ailleurs, nonobstant le fait que Casimir avait infligé une amende aux magistrats de Cracovie pour n'avoir pas pris des mesures rigoureuses pour la suppression des émeutes précédentes.
Importance de la Judéité polonaise.
La politique du gouvernement envers les Juifs de Pologne n'était pas plus tolérante sous les fils et successeurs de Casimir, [Jean Albert](/articles/8732-john-albert) (1492-1501) et [Alexandre Jagellon](/articles/1143-alexander-jagellon) (1501-6). Jean Albert se trouva fréquemment obligé d'enquêter sur les différends locaux entre les marchands juifs et chrétiens. Ainsi en 1493, il régla les prétentions conflictuelles des marchands juifs et des bourgeois de Lemberg concernant le droit de commercer librement dans la ville. Dans l'ensemble, cependant, il n'était pas bienveillant envers les Juifs. Il en fut de même pour Alexandre Jagellon, qui avait expulsé les Juifs de Lituanie en 1495 ([voir Lituanie](/articles/10033-lithuania)). Dans une certaine mesure, il fut sans doute influencé dans cette mesure par l'expulsion des Juifs d'Espagne (1492), qui fut aussi responsable de la persécution accrue des Juifs en Autriche, en Bohême et en Allemagne, et stimula ainsi l'émigration juive vers la Pologne. Pour diverses raisons, Alexandre permit le retour des Juifs en 1503, et durant la période immédiatement antérieure à la Réforme, le nombre des exilés juifs s'accrut rapidement en raison de l'agitation anti-juive en Allemagne. La Pologne devint effectivement le refuge reconnu pour les exilés de l'Europe occidentale ; et l'accroissement qui en résulta dans les rangs de la Juiverie polonaise en fit le centre culturel et spirituel du peuple juif. Cela, comme l'a suggéré Dubnow, fut rendu possible par les conditions suivantes :
« La population juive de Pologne était à cette époque plus importante que celle d'aucun autre pays européen ; les Juifs jouissaient d'une autonomie communale extensive fondée sur des privilèges spéciaux ; ils n'étaient pas confinés dans leur vie économique à des occupations purement subalternes, comme c'était le cas de leurs coreligionnaires d'Occident ; ils n'étaient pas engagés uniquement dans le petit commerce et le prêt sur gages, mais menaient aussi un important commerce d'exportation, affermaient les revenus gouvernementaux et les grands domaines, et exerçaient les métiers et, dans une certaine mesure, l'agriculture ; en matière de résidence, ils n'étaient pas restreints aux ghettos, comme leurs frères allemands. Toutes ces conditions contribuèrent à l'évolution en Pologne d'une civilisation juive indépendante. Grâce à son autonomie sociale et judiciaire, la vie juive polonaise put se développer librement suivant les lignes de la tradition nationale et religieuse. Le rabbin devint non seulement le guide spirituel, mais aussi un membre de l'administration communale \[[Ḳahal](/articles/9117-kahal)\], un juge civil, et l'interprète faisant autorité de la Loi. Le rabinisme n'était pas une lettre morte ici, mais un système religio-judiciaire directeur ; car les rabbins jugeaient les affaires civiles ainsi que certaines affaires criminelles sur la base de la législation talmudique. »
Les Juifs de Pologne se trouvèrent obligés d'accroître leurs efforts pour renforcer leur position sociale et économique, et pour gagner la faveur du roi et de la noblesse. Les conflits des différentes parties, des marchands, du clergé, de la petite et de la haute noblesse, permirent aux Juifs de se maintenir. L'opposition des marchands chrétiens et du clergé était contrebalancée par le soutien de la Shlyakhta, qui tirait certains bénéfices économiques des activités des Juifs. Par la constitution de 1504, sanctionnée par Alexandre Jagellon, les Diètes de la Shlyakhta furent dotées d'une voix dans toutes les questions nationales importantes. En quelques occasions, les marchands juifs, lorsqu'ils étaient pressés par les petits nobles, se voyaient accorder protection par le roi, puisqu'ils constituaient une source importante de revenus royaux.
Règne favorable de Sigismond Ier.
La période la plus prospère dans la vie des Juifs polonais commença avec le règne de Sigismond Ier (1506-48). En 1507, ce roi informa les autorités de Lemberg que jusqu'à nouvel ordre ses citoyens juifs, en raison des pertes qu'ils avaient subies, devaient être laissés en possession paisible de tous leurs anciens privilèges (« Russko-Yevreiski Arkhiv, » iii.79). Son traitement généreux envers son médecin, Jacob [Isaac](/articles/694-abu-l-kheir), qu'il éleva au rang de membre de la noblesse en 1507, témoigne de ses vues libérales. La même année, Sigismond afferma les revenus des douanes de Lubuchev au Juif Chaczko, l'exonérant de tous les impôts. Des exonérations similaires d'impôts généraux ou particuliers furent accordées par le roi à un certain nombre d'autres Juifs. En 1510, il réduisit les impôts imposés à la communauté juive de Lemberg à 200 florins, en considération de leur état de pauvreté, et nomma comme percepteurs d'impôts les Juifs Salomon et Baruch. L'année suivante, on le pria d'arbitrer une cause qui illustre les relations tendues entre les Juifs et les Chrétiens de cette ville. Le Juif Abraham fut accusé de sacrilège et placé sous arrestation. Le roi ordonna sa libération le 1er mai avec la stipulation qu'il comparaîtrait devant la cour du roi le 2 mai de l'année suivante ou paierait une amende de 3 000 marcs. Ses cautions étaient les Juifs Abraham Franczek de Cracovie, Isaac Jacob Franczek d'Opoczno, Slioma Swyathly, Oser, David et Michael Tabyc, et les Juifs de Lemberg Israel, Juda, deux nommés Salomon, et Samuel. La même année, Sigismond exonéra les Juifs de Lemberg du paiement de tous les impôts de la couronne pendant six ans. En 1512, il afferma au Juif de Lemberg Juda, fils de Salomon, les revenus des douanes de Yaroslav pour une période de quatre ans. Le 2 juin de la même année, il nomma [Abraham de Bohême](/articles/407-abraham-of-bohemia) préfet des Juifs de la Grande et Petite Pologne; et le 6 août suivant, il nomma le Juif de Kazimierz Franczek comme percepteur d'impôts pour toutes les provinces de Petite Pologne, à l'exception de Cracovie et de Kazimierz. En 1515, il trancha un important procès entre les échevins et les Juifs de Lemberg concernant les droits de ces derniers d'exercer le commerce dans cette ville. Les échevins s'étaient plaints que les Juifs avaient acquis le contrôle complet du commerce, rendant ainsi impossible aux marchands chrétiens de faire des affaires. Les deux parties remirent au roi des copies de leurs anciens chartes de privilèges, et Sigismond décréta que les Juifs, comme les autres marchands de Lemberg, avaient le droit de commercer dans diverses marchandises partout dans le pays, mais qu'ils ne pouvaient vendre du tissu dans les villes et les bourgs que pendant les foires. L'achat de bétail par eux était permis seulement à concurrence de 2 000 têtes par an, et alors au paiement d'un droit spécial.
Certains Juifs admis au droit de domicile.
En 1517, Sigismond confirma les anciens privilèges des Juifs de Posen. En 1518, il ordonna au percepteur des douanes de Posen de ne pas exiger des Juifs des droits plus importants sur leurs marchandises que ceux percevés auprès des autres sujets du roi. La même année, il confirma l'élection à vie des rabbins Moïse et Mendel comme juges sur les Juifs de Grande Pologne. Ils reçurent l'autorité de trancher les procès individuellement et conjointement; et les Juifs de Grande Pologne furent tenus de reconnaître leur autorité et de payer une amende au trésor royal en cas de refus d'accepter leurs décisions. En octobre de la même année, le roi admit au droit de domicile polonais les Juifs bohémiens Jacob et Lazar, leur accordant le droit de résidence et de libre circulation sans restriction dans tout le royaume. En 1519, Sigismond libéra les Juifs de Grande Pologne, pour une période de trois ans, du paiement de tout impôt direct de la couronne aux percepteurs d'impôts royaux. Il décréta qu'à la place, cinq collecteurs juifs seraient choisis, et une commission de onze personnes serait nommée pour la répartition de l'impôt total de 200 florins entre les différents contribuables juifs, en tenant dûment compte de la fortune de chacun, et des réductions spéciales étant prévues pour les pauvres. En cas de décès ou d'appauvrissement d'un quelconque des contribuables, les collecteurs étaient habilités à augmenter les impôts des personnes aisées, afin que les contribuables plus pauvres ne soient pas excessivement chargés et que le montant total de l'impôt reste indiminué. Ce décret était le résultat de plaintes présentées par les Juifs de Grande Pologne contre les abus et les oppressions des percepteurs d'impôts royaux. Les membres de la commission nommée à cette fin étaient: Isaac de Meseritz (Mezhirechye), Samson de Skwirzyna, Mendel de Gnesen, Beniash d'Obornik, Moïse de Vlazlav, Kalman de Pakosch, David de Brest-Kuyavsk, Slioma de Lenchich, Abraham de Polotzk (anciennement de Sokhaczev), Uziel de Kalisz, et Salomon de Plonsk. Les percepteurs nommés étaient: Samuel et Beniash de Posen; Mossel, le percepteur des douanes d'Inovlozlav; Moïse, le percepteur des douanes de Brest-Kuyavsk; et Jacob, un médecin de Sokhaczev.
Deux Congrégations à Cracovie.
La même année, une querelle s'éleva entre les Juifs de Bohême et les Juifs de Pologne dans la communauté de Cracovie sur la question de savoir s'il devait y avoir un seul rabbin pour l'ensemble de la communauté ou un rabbin distinct pour chaque faction. L'affaire fut portée devant le roi, qui décida (25 mai 1519) que, conformément à la coutume établie, la communauté devrait avoir deux rabbins. Le rabbin Peretz, qui occupait déjà cette charge depuis deux ans, et le rabbin Asher (gendre de Rachael), tous deux experts dans la Loi, furent proposés par les parties respectives avec le consentement de l'ensemble de la communauté. Le roi se réserva le droit, au cas où Peretz refuserait de continuer dans le rabbinat, de nommer son successeur. Il fut interdit à chaque rabbin de s'immiscer dans les affaires de l'autre, sous peine d'une amende de 100 marks en argent payable au trésor royal ; et chaque membre de la communauté eut la liberté de choisir quelle congrégation il rejoindrait. L'ensemble de la communauté fut ordonné, sous peine de désobéissance, de payer aux rabbins les diverses taxes et autres sources de revenus qui leur étaient assignées par l'ancienne coutume. Cet arrangement ne parvint pas à régler les difficultés, comme on le voit dans une décision subséquente du roi (5 nov. 1519). Un groupe de Juifs de Bohême récemment arrivés, dirigé par le rabbin Peretz, désirait évincer de la synagogue appartenant à la congrégation polonaise la partie native de la communauté, dirigée par le rabbin Asher. Cette ancienne synagogue avait été construite par les Juifs polonais et entretenue par eux jusqu'à l'arrivée des Bohémiens. La deuxième décision du roi fut plus favorable à la partie native de la communauté, qui fut maintenue en possession permanente de la synagogue. Les disciples du rabbin Peretz n'étaient pas autorisés à entrer dans l'édifice sans le consentement du rabbin Asher et de ses disciples ; et une pénalité de 1 000 marks fut imposée pour toute violation de cette ordonnance. Les Bohémiens furent en outre interdits, sous peine d'une amende similaire, d'inciter des membres de la communauté native à rejoindre leur synagogue ; tandis que le rabbin Asher et ses disciples conservaient toujours le droit d'admettre toute personne à leur discrétion.
L'activité commerciale des marchands juifs les rangea contre leurs rivaux chrétiens des plus grandes villes. Les magistrats de Posen et de Lemberg, dans leur opposition aux Juifs, allèrent même jusqu'à proposer une coalition contre eux (1521). La lutte ne fut pas toujours correcte. Dans certaines villes, le peuple fut incité contre les Juifs, et plusieurs émeutes se produisirent. Sigismond prit des mesures pour prévenir la répétition de tels désordres ; et dans le cas de Cracovie, il avertit les magistrats qu'il les tiendrait responsables de toute récurrence.
Les favoris juifs de Sigismond.
La protection de Sigismond envers ses favoris juifs est démontrée par sa lettre de sursis, du 26 août 1525, adressée au Juif de Posen Beniash, surnommé « Dlugi » (= « le Grand »), un débiteur insolvable, lui accordant un délai (jusqu'au 21 février 1527) pour payer ses dettes. Cette lettre était destinée à permettre à Beniash de régler ses affaires commerciales, qui étaient devenues compliquées en partie du fait du montant élevé des dettes qui lui étaient dues par diverses personnes, notamment des chrétiens. Une lettre subséquente étendit la protection royale à son égard pour une période supplémentaire de trois ans, interdit la perception forcée d'argent de lui, et ordonna qu'il soit assisté dans la perception de ses dettes. Toute infraction aux dispositions de la lettre devait être considérée comme lèse-majesté. De plus, Beniash fut placé sous la juridiction du roi et du voïvode de Cracovie. Une marque particulière de faveur fut également accordée au Juif Lazar de Brandebourg dans un décret royal daté du 14 novembre 1525, et l'exemptant à titre viager du paiement des taxes imposées aux autres Juifs de Cracovie. En retour de ce privilège, il ne devait payer que la somme de trois florins annuels. Ces faveurs étaient une reconnaissance des services rendus à Venise dans l'intérêt du trésor royal et à Jodoc Ludwig, l'ambassadeur du roi là-bas.
Par un édit du 14 juin 1530, le roi exempta le Juif Simon et sa famille de la nouvelle ville de Cerezin de toute soumission à des bans religieux quelconques, et annonça que tout rabbin ou docteur du royaume délivrant une excommunication contre eux serait passible d'une amende de 100 marks. Le 30 juillet 1532, le roi nomma Moses Fishel grand rabbin de la synagogue polonaise de Cracovie en succession du rabbin Asher ; et Fishel, avec toute sa propriété à Kazimierz, fut exempt à titre viager de toutes les taxes et charges, ordinaires et extraordinaires. Le 8 août 1541, Sigismond publia un édit par lequel les Juifs de Grande-Pologne reçurent le droit d'élire un grand rabbin, « un docteur du judaïsme », soumis à la confirmation du roi. Il fut interdit aux fonctionnaires du gouvernement d'installer dans ce poste toute personne qui n'aurait pas été préalablement élue à celui-ci par l'acte volontaire des Juifs eux-mêmes.
Convertis au judaïsme.
Mais tandis que Sigismund lui-même était poussé par des sentiments de justice, ses courtisans s'efforçaient de tourner à leur avantage personnel les intérêts conflictuels des différentes classes. La deuxième épouse de Sigismund, la Reine [Bona](/articles/3491-bona-sforza), vendait les postes gouvernementaux pour de l'argent ; et son favori, le waywode de Cracovie, Peter Kmita, acceptait des pots-de-vin des deux côtés, promettant de favoriser les intérêts de chacun aux Diètes et auprès du roi. En 1530, la question juive fut le sujet de discussions animées aux Diètes. Il y avait quelques délégués qui insistaient sur le traitement juste des Juifs. D'autre part, certains allaient jusqu'à demander l'expulsion des Juifs du pays, tandis que d'autres souhaitaient limiter leurs droits commerciaux. La Diète de Piotrkow (1538) élabora une série de mesures répressives contre les Juifs, lesquels furent interdits de s'engager dans la perception des impôts et de prendre à bail les terres ou les revenus gouvernementaux, « il étant contraire à la loi de Dieu que ces gens occupent des positions honorées parmi les Chrétiens ». Les poursuites commerciales des Juifs dans les villes furent placées sous le contrôle des magistrats hostiles, tandis que dans les villages les Juifs furent complètement interdits de commerce. La Diète fit également revivre l'ancienne loi ecclésiastique médiévale obligeant les Juifs à porter un insigne distinctif. En 1539, une femme catholique de Cracovie, Katherine Zalyeshovska, fut brûlée vive pour des penchants avoués envers le judaïsme, le peuple étant incité contre les Juifs par diverses brochures circulant parmi le peuple. Ce cas et des cas similaires de conversion à la foi juive furent probablement le résultat des sociétés secrètes qui furent établies parmi la Shlyakhta en 1530, et qui devaient leur origine aux réformes religieuses parmi les membres intelligents de la société polonaise à l'arrivée du luthéranisme dans les districts allemands de Pologne (voir Dubnow dans « Voskhod », mai 1895).
L'afflux de Juifs étrangers, particulièrement de Bohême, fut probablement responsable d'un décret du 17 octobre 1542, par lequel ordonnance il leur fut interdit de s'établir dans le royaume, et la liberté de mouvement ne fut accordée qu'aux Juifs de Bohême qui s'étaient déjà établis sur les terres de la couronne ou de la Shlyakhta. Une exception fut cependant accordée en faveur des villes de Cracovie, Poznań et Lviv. Ce décret, émis à la demande des Juifs eux-mêmes, fut promulgué avant la mort de Sigismund Jagellon, et ne fut pas signé par Sigismund II., Augustus, comme l'affirment certaines sources.
Sigismund II., Augustus (1548-72) suivit essentiellement la politique tolérante de son père. Il confirma les anciens privilèges des Juifs polonais, et élargit et fortifia considérablement l'autonomie de leurs communautés. Par un décret du 13 août 1551, les Juifs de Grande-Pologne reçurent à nouveau la permission d'élire un grand rabbin, qui était censé agir comme juge en toutes matières concernant leur vie religieuse. Les Juifs refusant de reconnaître son autorité étaient assujettis à une amende ou à l'excommunication ; et ceux qui refusaient de se soumettre à cette dernière pouvaient être exécutés après qu'un rapport des circonstances eût été adressé aux autorités. La propriété des récalcitrants était confisquée et versée au trésor royal. Le grand rabbin était affranchi de l'autorité du waywode et des autres officiers, tandis que ces derniers étaient obligés de l'assister dans l'application de la loi parmi les Juifs. Dans les accords conclus (30 juin et 15 septembre 1553) entre les Juifs de Cracovie et les marchands chrétiens de Kazimierz et Stradom, figurent les signatures des Juifs éminents suivants : Rabbi Moses ; Jonas Abramovich ; Israel Czarnij ; Simon, gendre de Moses ; Samuel, fils de Feit ; Moses Echlier ; Rabbi Esaias ; Lazar, gendre de la veuve Bona ; et Rabbi Alexander. En 1556, le roi émit un décret définissant les droits judiciaires des Juifs de Lublin. Dans un document similaire émis la même année, les prétentions conflictuelles des marchands juifs et chrétiens de Poznań furent ajustées.
Sous Sigismund II.
L'attitude favorable du roi et de la noblesse éclairée ne pouvait empêcher l'animosité croissante envers les Juifs dans certaines parties du royaume. Le mouvement de la Réforme stimula une croisade anti-juive du clergé catholique, qui prêcha véhémemment contre tous les hérétiques—Luthériens, Calvinistes et Juifs. En 1550, le nonce papal Alois Lipomano, qui s'était distingué comme persécuteur des Néo-Chrétiens au Portugal, fut délégué à Cracovie pour renforcer l'esprit catholique parmi la noblesse polonaise. Il avertit le roi des maux résultant de son attitude tolérante envers les divers non-croyants du pays. Voyant que les nobles polonais, parmi lesquels la Réforme avait déjà pris racine profonde, accordaient à peine de courtoisie à ses prédications, il initia un mouvement contre les Tatares et les habitants juifs de Lituanie, qu'il tenta de convertir au catholicisme (1555). Revenant de Wilna à Cracovie en 1556, il inaugura là une croisade contre les Juifs. Dans l'intérêt de cette croisade, une rumeur fut répandue parmi le peuple au sujet d'une femme chrétienne de Sochaczow, Dorotea Lazencka, qui aurait vendu aux Juifs locaux une hostie qu'elle avait reçue à la communion et que ceux-ci auraient percée jusqu'à ce que du sang coule des piqûres. Sur ordre de l'évêque de Kholm, trois Juifs de Sochaczow et leur « complice », Dorotea Lazencka, furent mis aux fers, et plus tard condamnés à mort. Quand le roi, qui se trouvait alors à Wilna, apprit l'affaire, il envoya au bourgmestre de Sochaczow l'ordre d'arrêter les poursuites jusqu'à ce qu'une investigation approfondie puisse être faite.
Accusations de Profanation d'Hostie.
L'évêque, cependant, présenta un ordre royal contrefait pour l'exécution ; et les supposés blasphémateurs furent brûlés au bûcher quelques jours avant que le député du roi n'arrive (1557). Sigismond Auguste fut très indigné de cet acte sanguinaire, dont le principal instigateur était le nonce Lipomano. « Je suis horrifié à la pensée de ce crime honteux, » dit-il, « et en outre je ne souhaite pas être regardé comme un fou qui croit que du sang peut couler d'une hostie percée. » Les nobles protestants, qui ne pouvaient consciencieusement se résoudre à croire à cette fable médiévale absurde, prirent la part des Juifs ; et de nombreuses satires furent écrites contre le nonce et l'évêque. Sigismond souligna que les bulles papales avaient répétées affirmé que toutes ces accusations étaient tout à fait dénuées de fondement ; et il décréta que désormais tout Juif accusé d'avoir commis un meurtre à des fins rituelles, ou d'avoir volé une hostie, devait être traduit devant sa propre cour durant les sessions de la Diète.
Nonobstant ce décret et le ridicule des réformateurs, les influences cléricales forcèrent l'adoption de lois anti-juives aux Diètes de 1562 et 1565. À cette époque, les Juifs trouvèrent un défenseur en Solomon ben Nathan [Ashkenazi](/articles/1953-ashkenazi-abraham), qui avant son départ pour la Turquie était le médecin du roi. Simon Günzburg, un Juif de cour riche et un architecte célèbre, défendit aussi la cause de ses coreligionnaires. En 1566, le Juif Benedict Levith reçut pour une période de quatre ans le monopole d'importer des livres hébreux et de les vendre dans tout le pays. À la demande des Juifs, le roi permit (1567) au Rabbi Isaac [May](/articles/10505-may-isaac) de construire une yeshibah dans le faubourg de Lublin. En 1571, les anciens de la communauté juive de Posen reçurent le droit d'expulser de la ville les membres lawless ou immoraux de la communauté, et même de les condamner à mort. Le waywode local reçut en même temps l'interdiction de s'opposer à l'exécution de telles sentences. L'autonomie ainsi accordée par Sigismond Auguste aux Juifs en matière d'administration communautaire posa les fondations du pouvoir du [Ḳahal](/articles/9117-kahal), qui, tel que l'a relevé Dubnow, apporta par la suite à la Juiverie polonaise à la fois de grands avantages et un préjudice considérable.
Les officiers du ḳahal faisaient fréquemment des accords avec les magistrats, en vertu desquels les Juifs recevaient le droit, en retour de certains impôts, de commercer librement et de posséder des biens immeubles dans les limites de la ville. Il y avait cependant certaines villes comme Syeradz et Vielun dans lesquelles les Juifs n'étaient pas même autorisés à résider. En 1659, la Lituanie fut unie à la Pologne ; pour l'effet de cette union sur la vie juive en Pologne voir Jew. Encyc. viii. 126, _s.v._ [Lithuania](/articles/10033-lithuania).
La mort de Sigismond Auguste (1572) et la terminaison avec elle de la dynastie des Jagellon rendit nécessaire l'élection de son successeur par le corps électif de la Shlyakhta. Les États voisins s'intéressaient profondément à l'affaire, chacun espérant assurer le choix de son propre candidat. Le pape était désireux d'assurer l'élection d'un catholique, de peur que les influences de la Réforme deviennent prédominantes en Pologne. Catherine de Médicis travaillait énergiquement pour l'élection de son fils Henry d'Anjou. Mais malgré toutes les intrigues dans les diverses cours, le facteur décisif dans l'élection fut le susmentionné Solomon Ashkenazi, alors chargé des affaires étrangères de la Turquie. Henry d'Anjou fut élu, ce qui fut d'une profonde préoccupation pour les Polonais libéraux et les Juifs. Heureusement ce participant au massacre de la Saint-Barthélemy s'enfuit secrètement en France après un règne de quelques mois, afin de succéder à son frère décédé Charles IX. sur le trône de France.
Sous Stephen Bathori.
Stephen Bathori (1576-86) fut alors élu roi de Pologne ; il s'avéra être à la fois un souverain tolérant et un ami des Juifs. Le 10 février 1577, il envoya des ordres au magistrat de Posen le dirigeant pour prévenir les conflits de classe et maintenir l'ordre dans la ville. Ses ordres furent cependant sans effet. Trois mois après son manifeste, une émeute se produisit à Posen ; pour les détails, voir Jew. Encyc. ii. 596a, _s.v._ [Bathori, Stephen](/articles/2660-bathori-stephen). Les événements politiques et économiques au cours du seizième siècle forcèrent les Juifs à établir une organisation communautaire plus compacte, et cela les sépara du reste de la population urbaine ; en effet, bien que avec peu d'exceptions ils ne vivaient pas dans des ghettos séparés, ils n'en étaient pas moins suffisamment isolés de leurs voisins chrétiens pour être considérés comme des étrangers. Ils résidaient dans les villes et cités, mais avaient peu à faire avec l'administration municipale, leurs propres affaires étant gérées par les rabbins, les anciens, et les dayyanim ou juges religieux. Sous le règne de Stephen Bathori, ils furent attaqués par le poète polonais Sebastian Klenowicz (1545-1602) dans ses œuvres « Worek Judaszow » (= « Les Bourses de Judas ») et « Victoria Deorum ». Ces conditions contribuèrent au renforcement des organisations ḳahal. Les conflits et les différends cependant devinrent d'occurrence fréquente, et menèrent à la convocation de congrès rabbiniques périodiques, qui furent le noyau de l'institution centrale connue en Pologne, du milieu du seizième au milieu du dix-huitième siècle, comme le [Conseil des Quatre Terres](/articles/4705-council-of-four-lands). Les réunions étaient habituellement tenues pendant les foires de Lublin ; et la sphère d'activité du conseil s'élargit graduellement jusqu'à ce qu'elle en vienne à inclure non seulement des fonctions judiciaires mais aussi administratives et législatives. Parfois les règlementations du gouvernement polonais étaient renforcées par la sanction officielle du conseil. Un cas notable de ceci se produisit en 1587, quand le conseil approuva avec grande solennité le décret bien connu interdisant aux Juifs de s'engager dans la ferme des revenus gouvernementaux et d'autres sources de revenu, puisque « les gens avides de gain et d'enrichissement par le moyen de baux étendus pourraient apporter un grand danger aux nombreux. »
Des yeshibot furent établies, sous la direction des rabbins, dans les communautés les plus éminentes. De telles écoles étaient officiellement connues comme des gymnasiums, et leurs rabbins-directeurs comme des recteurs. Des yeshibot importants existaient à Cracovie, Posen, et autres villes. Des établissements d'imprimerie juifs vinrent à l'existence au premier quart du seizième siècle. En 1530 un Pentateuque hébreu fut imprimé à Cracovie ; et à la fin du siècle les maisons d'imprimerie juives de cette ville et de Lublin émettaient un grand nombre de livres juifs, principalement de caractère religieux. La croissance de l'érudition talmudique en Pologne coïncida avec la plus grande prospérité des Juifs polonais ; et à cause de leur autonomie communautaire le développement éducationnel fut entièrement à sens unique et selon les lignes talmudiques. Des exceptions sont cependant enregistrées, où la jeunesse juive rechercha l'instruction séculière dans les universités européennes. Les rabbins savants devinrent non seulement des expositeurs de la Loi, mais aussi des conseillers spirituels, des maîtres, des juges, et des législateurs ; et leur autorité obligea les chefs communautaires à se rendre familiers avec les questions abstruses de la loi talmudique. La Juiverie polonaise trouva ses points de vue de la vie façonnés par l'esprit de la littérature talmudique et rabbinique, dont l'influence était ressentie dans la maison, à l'école, et à la synagogue.
Pionniers de l'Apprentissage Talmudique.
Dans la première moitié du seizième siècle les graines de l'apprentissage talmudique avaient été transplantées en Pologne depuis la Bohême, particulièrement depuis l'école de Jacob [Pollak](/articles/12245-pollak-a-m-ritter-von-rudin), le créateur du [Pilpul](/articles/12153-pilpul). Shalom Shachna (_c._ 1500-58), un élève de Pollak, est compté parmi les pionniers de l'apprentissage talmudique en Pologne. Il vécut et mourut à Lublin, où il était le chef de la yeshibah qui produisit les célébrités rabbiniques du siècle suivant. Le fils de Shachna Israel devint rabbi de Lublin à la mort de son père, et l'élève de Shachna Moses [Isserles](/articles/8340-isserles-moses-ben-israel-rema) (ReMA ; 1520-72) réalisa une réputation internationale parmi les Juifs. Son contemporain et correspondant Solomon [Luria](/articles/10192-luria) (1510-73) de Lublin jouissait également d'une large réputation parmi ses coreligionnaires ; et l'autorité des deux fut reconnue par les Juifs dans toute l'Europe. Parmi les célèbres élèves d'Isserles devrait être mentionné David [Gans](/articles/6506-gans-david-ben-solomon-ben-seligman) et Mordecai [Jaffe](/articles/8498-jaffe-joffe), ce dernier ayant étudié aussi sous Luria. Un autre savant rabbinique distingué de cette période fut Eliezer b. Elijah [Ashkenazi](/articles/1953-ashkenazi-abraham) (1512-85) de Cracovie. Son « Ma'ase ha-Shem » (Venise, 1583) est pénétré de l'esprit de la philosophie morale de l'école sépharade, mais est extrêmement mystique. À la fin de l'ouvrage il tente de prévoir la venue du Messie en 1595, basant ses calculs sur le Livre de Daniel. De tels rêves messianiques trouvèrent un sol réceptif dans les conditions religieuses troublées de l'époque. La secte nouvelle des Socinians ou Unitariens, qui niaient la Trinité et qui, par conséquent, se tenait près du judaïsme, avait parmi ses chefs Simon [Budny](/articles/3801-budny-simon), le traducteur de la Bible en polonais, et le prêtre Martin [Czechowic](/articles/4835-czechowic-martin). Des disputations religieuses enflammées étaient communes, et les savants juifs y participaient.
Sigismond III.
RUSSIA
La réaction catholique, qui avec l'aide des Jésuites et du Concile de Trente s'était propagée dans toute l'Europe, atteignit finalement la Pologne. Les Jésuites trouvèrent un protecteur puissant chez le successeur de Bathori, Sigismond III. (1587-1632). Sous son règne, la « liberté d'or » de la noblesse polonaise disparut graduellement ; le gouvernement par le « liberum veto » sapa l'autorité de la Diète ; et l'approche de l'anarchie s'en trouva ainsi accélérée. Toutefois, l'esprit mourant de la République restait assez fort pour freiner quelque peu le pouvoir destructeur du jésuitisme, qui sous une monarchie absolue aurait conduit à des mesures anti-juives drastiques semblables à celles qu'on avait prises en Espagne. Ainsi, tandis que le clergé catholique était le soutien des forces anti-juives, le roi demeurait au moins en apparence le défenseur des Juifs (voir Jew. Encyc. viii. 127b, _s.v._ [Lithuania](/articles/10033-lithuania)). Les fausses accusations de meurtre rituel contre les Juifs reparurent avec une fréquence croissante et assumèrent un « caractère inquisitorial sinistre ». Les bulles papales et les anciens privilèges accordés s'avérèrent généralement d'un faible secours comme protection. En 1598, les juges de la couronne de Lublin condamnèrent à mort trois Juifs pour le supposé meurtre d'un enfant chrétien dont le corps avait été trouvé dans un marécage près du village de Voznika. Les accusés furent torturés au chevalet puis écartelés au cours de cérémonies imposantes à Lublin. Le corps de l'enfant assassiné fut placé dans l'un des monastères de Lublin et devint un objet de culte pour le peuple. Un mouvement polémique contre les Juifs fut également initié par le clergé. Le prêtre Moeczki publia à Cracovie (1598) une dénonciation amère des Juifs sous le titre « Okrucienstwa Zydowskie » (= « Atrocités Juives ») ; et des ouvrages similaires furent publiés par Gubiczki (1602), par Wyeczlaw Grabowski (« O Zydach w Koronie », 1611), et par le médecin polonais Sleshkowski, qui accusa les médecins juifs de tenter systématiquement d'empoisonner leurs patients catholiques. La peste qui ravageait alors la Pologne fut attribuée par lui à la colère divine contre la protection accordée aux Juifs du pays (1623). Le plus amer de tous dans ses tirades contre les Juifs était l'écrivain polonais Sebastian Miczinski, auteur du « Zwierciadlo Korony Polskie » (3ème éd. 1618). Élève des Jésuites, il avait rassemblé dans ce livre chaque accusation qui avait jamais été inventée contre les Juifs par la superstition fanatique et la malveillance populaire. Il incita le peuple polonais, et spécialement les délégués à la Diète, à traiter les Juifs comme ils l'avaient été en Espagne et ailleurs.
Accusations de meurtre rituel.
Ladislas IV. (1632-48), quoique personnellement un souverain tolérant, ne put freiner les amers antagonismes factrices de ses sujets. En 1642, il permit aux Juifs de Cracovie de s'engager librement dans le commerce d'exportation, mais retira cette permission deux mois plus tard en conformité avec les exigences des marchands chrétiens. Beaucoup de Juifs, ainsi restreints et opprimés dans les villes, se déplacèrent vers les villages et devinrent fermiers de propriétés appartenant à la Shlyakhta, et s'engagèrent aussi dans le commerce de l'alcool. Les nobles puissants aussi bien que les hauts dignitaires de l'église louaient leurs terres à ces derniers, et le synode de Varsovie (1643) critiqua sévèrement certains évêques pour avoir ainsi placé les Juifs au-dessus des paysans chrétiens. Le synode de Posen commenta avec indignation l'« audace des Juifs » à faire du négoce sur les places du marché les jours saints chrétiens. En 1636, les Juifs de Lublin avaient été acquittés par le tribunal de la couronne de l'accusation d'avoir assassiné un enfant chrétien à des fins rituelles. Le clergé local, contrarié par l'acquittement, inventa une autre accusation, soutenue par des « preuves ». Le moine carmélite Paul déclara que des Juifs l'avaient attiré dans une maison, l'avaient saigné avec l'aide d'un barbier allemand nommé Schmidt (un luthérien), et avaient recueilli son sang dans un plat, murmurant entre-temps une prière. Le tribunal accepta cette accusation, et, après un procès accompagné de torture au chevalet, condamna à mort un Juif nommé Mark. Les Carmélites se hâtèrent de rendre ce cas public afin de renforcer les préjugés de la populace. Le Juif Mark est mentionné aussi à la première page d'un ancien livre de prières conservé dans la synagogue de Pinchov. L'inscription parle des « martyrs en cette terre dans la ville de Lublin, en l'an (5)396 = 1636 ». Le martyr Mark est appelé ici « le savant Rabbi Mordecai, fils du saint Rabbi Meïr ». Le pamphlet des moines carmélites se rapportant à ce cas est intitulé « Processus Causæ Inter Instigatorem Judicii Tribunalis Regni et Perfidium Marcum Judæum Agitatæ ». Ce cas est rapporté aussi dans le livre du prêtre Stefan Zuchowski, publié en 1713. Neuf mois après le révoltant assassinat judiciaire de Lublin, une exécution plus horrible eut lieu à Cracovie (1637). Les détails de ce cas ne sont pas connus ; mais, d'après les mentions du livre de prières de Pinchov et du pinḳes de la confrérie d'enterrement de Cracovie, il apparaît que sept Juifs furent exécutés ; à savoir, Rabbi Abraham ben Isaac, Jacob b. David, Samuel b. Samuel, Elijah b. Judah, Benjamin b. Shalom, Jacob b. Issachar, et Moses b. Phinehas. Zhukhowski ne fait aucune mention de ce cas. Un cas similaire s'était produit à Lenchich en 1639 (voir Jew. Encyc. viii. 128, _s.v._ [Lithuania](/articles/10033-lithuania)).
Étude du Talmud.
L'hostilité de leurs voisins chrétiens réagit sur la vie intérieure des Juifs polonais ; et le savant Delmedigo, qui visita la Pologne et la Lituanie en 1620, fut frappé par leur attitude indifférente et parfois hostile envers l'instruction séculière. Mais, tandis que le champ intellectuel des Juifs était rétréci également avec leur vie sociale, on y voyait déployée une activité incessante inspirée par les préceptes du Talmud. Le Talmud leur servait comme encyclopédie de toute connaissance et pour les questions de la vie quotidienne, y compris le droit abstrait, les décisions légales, tant civiles que criminelles, la législation religieuse, la théologie, etc. Il était étudié avec diligence ; mais les méthodes d'étude dépendaient de la position sociale de l'étudiant. Les rabbins de rang supérieur, ceux qui prenaient une part active aux administrations du ḳahal et qui participaient au Conseil des Quatre Terres, accordaient le plus d'attention à l'application pratique de la loi talmudique. Le premier parmi eux était Mordecai [Jaffe](/articles/8498-jaffe-joffe) (voir Jew. Encyc. vii. 58), qui à la fin du seizième siècle présida fréquemment aux réunions du conseil. Son successeur comme doyen rabbinique et président du conseil était Joshua ben Alexander ha-Kohen [Falk](/articles/5991-falk-eduard), rabbin de Lublin, et plus tard directeur de la yeshibah à Lemberg. Avec ceux-ci il convient de mentionner : Meïr ben Gedaliah [Lublin](/articles/10167-lublin) (m. 1616), autorité en matière rabbinique ; Samuel [Edels](/articles/5427-edels-samuel-eliezer-ben-judah) (m. 1631) ; et Joel Sirkes (m. 1641). La [Cabale](/articles/3878-cabala) s'était fortifiée sous la protection du rabbinisme ; et des savants tels que Mordecai Jaffe et Joel Sirkes se consacrèrent à son étude. Les spéculations mystiques des cabbalistes préparèrent le terrain au sabbatianisme, et les masses juives furent rendues encore plus réceptives par les grands désastres qui s'abattirent sur les Juifs de Pologne vers le milieu du dix-septième siècle. Si les rabbins de cette époque avaient montré un intérêt plus actif dans les affaires du monde, et s'ils avaient tenu compte des avertissements du malaise populaire sinistre, ils auraient peut-être pu, dans une certaine mesure, conjurer la calamité du soulèvement des Cosaques. Il convient de déclarer, cependant, que la grande catastrophe fut due non aux Juifs eux-mêmes, mais à la décadence du système entier dont les Juifs n'étaient qu'une partie inactive (voir Jew. Encyc. iv. 283b, _s.v._ [Cossacks' Uprising](/articles/4685-cossacks-uprising)).
Soulèvement des Cosaques.
Le royaume proprement dit de Pologne, qui jusqu'alors avait souffert peu soit du soulèvement des Cosaques, soit de l'invasion des Russes, devint alors le théâtre de terribles troubles (1655-58). Le roi Charles X de Suède, à la tête de son armée victorieuse, envahit la Pologne ; et bientôt tout le pays, y compris les villes de Cracovie et Varsovie, était en ses mains. Les Juifs de Grande et Petite Pologne se trouvèrent entre deux feux : ceux d'entre eux qui avaient été épargés par les Suédois furent attaqués par les Polonais, qui les accusaient d'aider l'ennemi. Le général polonais Stefan [Czarniecki](/articles/4831-czarniecki-stefan), dans sa fuite devant les Suédois, dévasta tout le pays par lequel il passa et traita les Juifs sans merci. Les détachements polonais de partisans traitèrent les habitants non polonais avec une égale sévérité. De plus, les horreurs de la guerre furent aggravées par la pestilence, et les Juifs des districts de Kalisz, Cracovie, Posen, Piotrkow, et Lublin périrent en masse par l'épée de l'ennemi et la peste. Certains écrivains juifs de l'époque étaient convaincus que le foyer et la protection dont jouissaient les Juifs depuis longtemps en Pologne leur étaient perdus à jamais.
Certaines de ces appréhensions s'avérèrent être sans fondement. Dès que les troubles eurent cessé, les Juifs commencèrent à revenir et à reconstruire leurs maisons détruites ; et bien qu'il soit vrai que la population juive de Pologne avait diminué et appauvri, elle était cependant plus nombreuse que celle des colonies juives en Europe occidentale. La Pologne resta comme auparavant le centre spirituel du judaïsme ; et la vitalité remarquable des Juifs se manifesta dans le fait qu'ils réussirent en un laps de temps relativement court à se rétablir de leurs terribles épreuves.
Le roi Jean Casimir (1648-68) s'efforça de compenser le peuple appauvri pour ses souffrances et ses pertes, ce qui est attesté par un décret accordant aux Juifs de Cracovie les droits du libre commerce (1661) ; et des privilèges similaires, avec exemption temporaire des impôts, furent accordés à de nombreuses autres communautés juives, qui avaient le plus souffert de l'invasion russo-suédoise.
Malgré la pauvreté spirituelle des Juifs de Pologne, certains d'entre eux cherchèrent l'instruction dans des universités étrangères. Parmi les médecins polonais de l'époque figurait Jacob, qui avait étudié la médecine à Padoue, et vint à Posen après l'expulsion des Juifs de Vienne en 1670. Il se maria avec la fille du médecin Moses Judah (Mojzese Judko). En 1673 Moses Judah devint médecin de la communauté juive avec un salaire de 40 ducats d'or ; il était aussi l'un des anciens de la communauté juive, et défendit ses procès aux Diètes. Il était hautement respecté par la noblesse. Son fils, qui avait aussi étudié la médecine à Padoue, lui succéda à son poste, et demeura à Posen jusqu'en 1736. Le grammairien [Isaac ben Samuel, ha-Levi](/articles/8214-isaac-ben-samuel-ha-levi) vécut quelque temps à Posen, et y mourut en 1646. Le philosophe Solomon Ashkenazi de Posen et le mathématicien Elijah de Pinczow furent éminents à la fin du dix-septième siècle.
Le successeur de Jean Casimir, le roi Michel Wischneveczki (1669-73), accorda également quelques privilèges aux Juifs. Cela était en partie dû aux efforts de Moses Markowitz, représentant des communautés juives de Pologne. Le roi héroïque [Jean Sobieski](/articles/8739-john-sobieski) (1674-96) était en général très favorablement disposé envers les Juifs ; mais le Sénat et la noblesse désapprouvaient une telle bienveillance envers les « infidèles ».
Accession de la dynastie saxonne.
Avec l'accession au trône de la dynastie saxonne, les Juifs perdirent complètement le soutien du gouvernement. Bien qu'il soit vrai que [Auguste II le Fort](/articles/2140-augustus-ii-the-strong) (1697-1733) et [Auguste III](/articles/2141-augustus-iii) (1733-63) confirmaient officiellement à leurs couronnements les chartes juives, de telles déclarations formelles étaient insuffisantes, en raison des désordres qui régnaient dans le royaume, pour protéger les droits déjà limités des Juifs contre les éléments hostiles. Le gouvernement ne cherchait qu'à collecter auprès des ḳahals les taxes, qui étaient constamment alourdies malgré le fait que les Juifs ne s'étaient pas encore remis des événements ruineux du soulèvement des Cosaques et de l'invasion suédoise. La Szlachta et les autres classes de la population urbaine étaient extrêmement hostiles aux Juifs. Dans les plus grandes villes, comme Posen et Cracovie, les querelles entre les chrétiens et les habitants juifs se produisaient fréquemment ; et elles prenaient un caractère très violent. Originellement fondées sur des motifs économiques, elles furent transférées dans l'arène religieuse ; et il était évident que les semences que les Jésuites avaient plantées avaient finalement porté leurs fruits. Les conciles ecclésiastiques manifesta une grande haine envers les Juifs. Les attaques contre ces derniers par les étudiants, les soi-disant « Schüler-Gelauf », devinrent des occurrences quotidiennes dans les grandes villes, la police considérant de tels tumultes scolaires avec indifférence. En vérité, l'absence de loi, la violence et le désordre régnaient suprêmement en Pologne à cette époque, marquant le début de la chute du royaume. Afin, par conséquent, de se protéger contre de tels événements, les communautés juives dans de nombreuses villes firent des contributions annuelles aux écoles catholiques locales.
Prévalence de la superstition.
De nombreux thaumaturges firent leur apparition parmi les Juifs de Pologne, parmi lesquels se distinguait Joël ben Isaac [Heilprin](/articles/7492-heilprin), également connu sous le nom de « Ba'al Shem I. », un croyant à la démonologie et un praticien de celle-ci. Ces hommes ajoutèrent à la confusion mentale et morale des masses juives. « Il n'y a pas d'autre pays », dit un écrivain du dix-septième siècle, « dans lequel les Juifs s'occupent autant de fantasies mystiques, de démonisme, de talismans et de l'invocation des esprits, qu'en Pologne. » Même de célèbres rabbins de cette époque se consacraient à des pratiques cabalistiques. Une notoriété particulière comme cabaliste fut acquise par [Naphtali ben Isaac ha-Kohen](/articles/11318-naphtali-b-isaac-ha-kohen), dont la croyance au pouvoir d'un certain talisman mena à la destruction de presque tout le quartier juif de Francfort. Les superstitions populaires qui avaient si complètement enveloppé la Juiverie polonaise furent la cause directe des mouvements messianiques qui avaient commencé à agiter le monde juif ; et bien que Shabbethaï Ẓebi, acclamé d'abord comme le Messie, perdit un grand nombre de ses partisans lors de sa conversion à l'islamisme, le mysticisme était devenu trop profondément enraciné dans les masses juives pour être détruit même par ce rude réveil. Le shabbathéanisme fut suivi du frankisme (voir Jew. Encyc. v. 475, _s.v._ [Frank, Jacob, and the Frankists](/articles/6279-frank-jacob-and-the-frankists)). L'ère d'illumination qui se leva pour les Juifs d'Allemagne avec la venue de Moses Mendelssohn dans la seconde moitié du dix-huitième siècle fut contemporaine de celle de la décadence de la Juiverie polonaise.
Les souffrances des Juifs polonais de la part d'ennemis externes en temps de guerre et des persécutions de la part de leurs voisins chrétiens en temps de paix servirent à cimenter plus fortement leur vie interne et stimulèrent une organisation plus complète pour la protection commune. L'une des proclamations du Conseil des Quatre Terres, publiée en 1676, se lit comme suit :
« Nous avons péché gravement contre le Tout-Puissant ; les troubles augmentent de jour en jour. Il devient de plus en plus difficile pour nous de vivre. Notre peuple est considéré comme néant parmi les autres nations ; et c'est merveilleux, en vue de tous nos malheurs, que nous existions encore. La seule chose qui nous reste à faire est de nous former en une union étroite, suivant strictement les commandements du Seigneur et les préceptes de nos vénérables maîtres et guides. »
Ceci fut suivi d'une série de paragraphes ordonnant l'obéissance implicite aux instructions des ḳahals, et interdisant le fermage des taxes gouvernementales ou des domaines de la Szlachta et la formation de toute compagnie commerciale avec des non-Juifs, sans le consentement des ḳahals, « puisque de telles entreprises mènent à des chocs avec, et des reproches contre les Juifs de la part de, la population chrétienne. » Il était également interdit de « transférer les biens juifs en mains étrangères » ou de faire appel aux autorités polonaises simplement par le désir de nuire aux intérêts de la société ou de créer la discorde ou les conflits de partis dans les communautés. De cette manière, le pouvoir des ḳahals devint très prononcé ; et ils furent aidés par le gouvernement, qui trouvait plus commode de traiter avec quelques organismes centralisés qu'avec une multitude d'individus. Chaque ḳahal était responsable envers le gouvernement de l'action de ses membres individuels, et était également tenu de collecter les taxes (voir Jew. Encyc. vii. 409, _s.v._ [Ḳahal](/articles/9117-kahal)). Cependant, avec le temps, les ḳahals commencèrent à abuser du pouvoir qui leur avait été confié, et des plaintes fréquentes furent entendues contre leur règne oppressif.
Période de décadence.
La décennie qui s'étendit du soulèvement des Cosaques jusqu'après la guerre suédoise (1648-58) laissa une impression profonde et durable, non seulement sur la vie sociale des Juifs de Pologne-Lituanie, mais aussi sur leur vie spirituelle. Le niveau mental des Juifs s'abaissa graduellement. L'étude talmudique qui jusqu'à cette période avait été la possession commune de la majorité du peuple devint accessible à un nombre limité d'étudiants seulement, tandis que les masses restaient dans l'ignorance et la superstition. L'activité intellectuelle même des rabbins tomba à un bas niveau ; car s'il est vrai qu'il y avait encore de nombreux rabbins éminents en Pologne qui étaient des hommes d'un grand savoir talmudique et de connaissances séculières, ils ne laissèrent point derrière eux de si grandes œuvres que leurs prédécesseurs—Solomon Luria, Isserles, Mordecai Jaffe, et Meïr de Lublin. Dans les très rares œuvres qui furent produites, on remarquait un manque total d'originalité. Quelques rabbins s'occupaient de querelles insignifiantes concernant les lois religieuses ; d'autres écrivaient des commentaires sur différentes parties du Talmud dans lesquels des arguments subtils étaient soulevés et discutés ; et parfois ces arguments portaient sur des matières qui n'avaient aucune importance pratique. Aaron Samuel Kaidanover (1614-76), qui s'échappa à peine avec la vie sauve des Cosaques en 1648, écrivit « Birkat ha-Zebaḥ », un commentaire sur les sacrifices et les rituels abolis du Temple de Jérusalem. D'autres, comme Abraham Abele Gombiner dans son « Magen Abraham », produisirent des commentaires sur le Shulḥan 'Aruk. Mis à part les argumentations sophistiques, ces rabbins ne reconnaissaient aucune branche de connaissance, ni séculière ni théologique.
Parallèlement aux écrits scolastiques des rabbis, florissait aussi une littérature didactique. Tels étaient les travaux des prédicateurs (« darshanim ») qui occupaient des positions éminentes dans les synagogues ou voyageaient de ville en ville. Les recueils de sermons contemporains contiennent un conglomérat de paroles aggadiques et cabalistes sur lesquelles sont basées en beaucoup de cas des interprétations entièrement erronées du texte biblique. Ces darshanim se souciaient peu de l'illumination de leurs auditeurs, et étaient préoccupés uniquement de faire un brillant étalage de leur propre érudition en matières théologiques. Quelques prédicateurs s'efforçaient d'inculquer à leur peuple une appréciation de la Cabale pratique. Les œuvres d'Isaac Luria et de son école étaient à cette époque très populaires en Pologne, et leurs enseignements se répandaient parmi le peuple sous forme d'histoires monstrueuses concernant la vie future, les tortures terribles infligées aux pécheurs, la transmigration des âmes, etc.
Mesures de Réforme.
Le désordre et l'anarchie régnaient en maître en Pologne pendant la seconde moitié du dix-huitième siècle, depuis l'accession au trône de son dernier roi, Stanislaus Augustus Poniatowski (1764-95). Cet état de choses était dû à la conduite hautaine de la noblesse envers les classes inférieures. La nécessité de la réforme était, il est vrai, reconnue par le roi et par beaucoup de Polonais ; mais la Pologne était déjà sous le contrôle de la Russie, et peu pouvait être fait dans cette direction. Les affaires juives furent tristement négligées, le gouvernement ne cherchant que l'extorsion de taxes plus élevées ; ainsi la Diète qui se réunit à Varsovie en 1764 pour la discussion de mesures de réforme ne considéra les Juifs que dans la mesure de changer le système fiscal. Jusqu'à ce moment un impôt de capitation avait été imposé sur le nombre total des Juifs en Pologne, le synode et la Diète le répartissant entre les différents ḳahals ; mais sous le nouveau système chaque Juif individuel était taxé de deux gulden, et chaque ḳahal était responsable des paiements de ses propres membres. Le fardeau fiscal déjà oppressif fut augmenté par cette « réforme » ; et le gouvernement autonome central dont les Juifs avaient joui jusque-là fut renversé. À cette époque la Shlyakhta gardait aussi jalousement ses propres intérêts ; et à l'élection du roi en 1764 elle insista pour que les Juifs ne soient pas autorisés à gérer aucune terre couronnée ou à affermer les taxes ou autres revenus du royaume. De nouveau, en 1768 la Diète réanima une loi de l'ancienne constitution de 1538, à l'effet que les Juifs qui désiraient s'engager dans quelque entreprise commerciale dans les villes devaient obtenir un permis des magistratures locales. Dans de nombreux cas les membres de celles-ci étaient des marchands chrétiens et des bourgeois, concurrents des Juifs.
Premier Partage.
À cette époque, et comme conséquence directe de la désorganisation de la Pologne, eurent lieu les incursions désastreuses des bandes de brigands connues sous le nom de [Haidamaques](/articles/7056-haidamacks). Le mouvement prit son origine en Podolie et dans cette partie de l'Ukraine qui appartenait encore à la Pologne. Ces désordres et d'autres troubles internes se combinèrent pour accélérer la fin de la Pologne en tant que royaume. En 1772, les provinces périphériques furent divisées entre les trois nations voisines, la Russie, l'Autriche et la Prusse. La Russie s'assura une part considérable du territoire connu aujourd'hui sous le nom de Russie Blanche ; l'Autriche obtint la Galicie et une partie de la Podolie ; tandis que la Prusse reçut la Poméranie et les terres situées le long de la Vistule inférieure. Les Juifs étaient les plus nombreux dans les territoires qui échurent à l'Autriche et à la Russie. Le conseil permanent établi à l'instigation du gouvernement russe (1777-88) servit de tribunal administratif suprême et s'occupa de l'élaboration d'un plan qui rendrait possible la réorganisation de la Pologne sur une base plus rationnelle. Les éléments progressistes de la société polonaise reconnaissaient l'urgence de l'éducation populaire comme le tout premier pas vers la réforme. En 1773, l'Ordre des Jésuites en Pologne fut aboli par le pape Clément XIV., qui libéra ainsi la jeunesse polonaise des influences démoralisantes du jésuitisme. La fameuse Komisje Edukacyjne (commission éducative), établie en 1775, fonda de nombreuses écoles nouvelles et remodela les anciennes. L'un des membres de la commission, André Zamoiski, élabora un projet de réorganisation de la vie sociale des Juifs (1778). L'auteur demandait que l'inviolabilité de leurs personnes et de leurs biens soit garantie et qu'une certaine tolérance religieuse leur soit accordée ; mais il insistait pour que les Juifs vivant dans les villes soient séparés des chrétiens, que ceux d'entre eux n'ayant pas d'occupation définie soient bannis du royaume, et que même ceux s'adonnant à l'agriculture ne soient pas autorisés à posséder des terres. Ceci montre combien profondément la haine du Juif était enracinée dans le cœur de la noblesse polonaise et combien il était difficile même pour les meilleurs d'entre eux de considérer la question juive d'un point de vue impartial. En 1786, certains membres de la noblesse polonaise conspirèrent avec le clergé catholique, le gouverneur général et d'autres, et envoyèrent des délégués à Saint-Pétersbourg dans le but de priver les Juifs du droit de fermer les impôts et les droits de douane et de s'adonner à la distillation, au brassage, etc. Il convient de mentionner, cependant, que parmi le clergé il y avait beaucoup de ceux qui étaient bienveillants envers les Juifs. À la Diète quadriennale (1788-91) la demande de réforme devint plus forte. Matheus [Butrymowicz](/articles/3857-butrymowicz-matheus), un député à la Diète, publia en 1789 un pamphlet dans lequel il condamna fortement le manque de tolérance et conseilla que l'égalité des droits et de la citoyenneté soit accordée aux Juifs. Tadeusz [Czacki](/articles/4830-czacki-tadeusz), l'auteur et homme d'État, était encore plus libéral ; et dans son bien connu « Rozprawa o Zydach, » etc. (= « Discours sur les Juifs »), il préconisait l'établissement d'institutions séparées par les Juifs pour la gestion de leurs affaires religieuses. En juin 1790, une commission spéciale fut nommée par la Diète pour rédiger une mesure de réforme de la vie sociale des Juifs. À la tête de cette commission se trouvait Ezerski, et Butrymowicz en était l'un des membres. Deux projets furent soumis : l'un de Hugo Kollontai, et l'autre, selon certains, du roi Stanislas lui-même, dont le trait principal était la reconnaissance, dans le système national de gouvernement, de l'égalité civile et politique des Juifs. C'était l'unique exemple en Europe moderne avant la Révolution française d'une tolérance et d'une largeur de vues dans le traitement de la question juive. Mais toutes ces réformes proposées venaient trop tard. Par les intrigues et la corruption de Catherine II., la Confédération de Targowitza fut formée, à laquelle appartenaient les partisans de l'ancien ordre des choses. Une armée russe envahit la Pologne, et peu après une armée prussienne la suivit.
Les deuxième et troisième partages.
Un deuxième partage de la Pologne eut lieu le 17 juillet 1793, la Russie prenant une grande partie de la Russie Blanche, la moitié de la Volhynie, toute la Podolie, et la partie de l'Ukraine qui avait précédemment été conservée par la Pologne, et l'Allemagne prenant la Grande Pologne (Posen).
Un soulèvement général des Polonais eut lieu en 1794. Kosciusko fut fait dictateur et réussit à chasser les Russes de Varsovie. Des dissensions surgirent cependant parmi les Polonais, et les Russes et Prussiens rentrèrent à nouveau en Pologne. Kosciusko fut décisivement vaincu à Maciejowice le 10 oct. 1794 ; Suvarof entra à Varsovie le 8 nov., et la résistance polonaise prit fin. Les Juifs prirent une part active à cette dernière lutte de la Pologne pour l'indépendance. Un certain Joselovich [Berek](/articles/3044-berek-joselovich) forma, avec la permission de Kosciusko, un régiment de cavalerie légère composé entièrement de Juifs. Ce régiment accomplissait de nombreux exploits sur le champ de bataille et se distingua particulièrement au siège de Varsovie, presque tous ses membres périssant dans la défense de Praga, le faubourg fortifié de la capitale.
Le troisième et dernier partage de la Pologne eut lieu en 1795. La Russie acquit la totalité de la Lituanie et de la Courlande ; l'Autriche, le reste de la Galicie et la Podolie, incluant Cracovie ; la Prusse, le reste de la Pologne, incluant Varsovie, la capitale ; et ainsi la Pologne cessa d'exister en tant que pays indépendant. La grande majorité de la population juive fut transférée à la Russie, et devint ainsi sujette de cet empire.