Família Rubin
רובין
Origem do apelido, história e genealogia da linhagem Rubin — um sobrenome judaico e os vestígios que deixou.
Patronímico ornamental (« rubi »).
Origem geográfica: Allemagne / Pologne
registo Memória · depositário, não proprietário
Mapa da linhagem
O Grande Livro — Rubin
Introduction
De Dolina à Philadelphie, de Budapest à New York, de Bucarest à la péninsule coréenne, et de Butzbach en Hesse jusqu'à ce guichet français où un homme qui s'appelait Weinberg ressortit avec le nom de Rubin — ce livre est né d'une matière aussi hétérogène que la dispersion elle-même. Il ne reconstitue pas un arbre généalogique unique. Il ne le peut pas, et ce serait lui faire tort que de le prétendre : le patronyme Rubin, comme la plupart des noms ornementaux ashkénazes, fut adopté indépendamment, en des lieux et des temps distincts, par des familles sans lien de sang connu. Ce qu'elles ont en commun n'est pas la chair mais l'histoire — la même pression des décrets d'état civil, le même déracinement, le même effort de reconstruction dans des mondes nouveaux.
Ce que le livre reconstitue, c'est une constellation. En son centre, cinq figures documentées dont les vies couvrent deux siècles et quatre continents : Solomon Rubin, maskil galicien qui réintroduisit Spinoza dans la langue hébraïque ; Moses Josef Rubin, rabbin roumain qui porta la Loi d'un monde à l'autre ; Vera Rubin, astronome qui contraignit l'univers à révéler sa matière cachée ; Tibor Rubin, rescapé de Mauthausen devenu l'un des soldats les plus décorés de l'armée américaine ; Alan Rubin, trompettiste dont le cuivre accompagna le renouveau d'une musique populaire. À ces figures s'ajoute une voix plus intime, celle de Patrick Rubin, qui a transmis la mémoire fragile d'une famille arrivée en France sous un nom que l'administration lui avait assigné par erreur, effaçant le patronyme d'origine, Weinberg.
Ensemble, ils dessinent non pas une hagiographie mais une carte : celle d'un nom qui, d'un exil à l'autre, d'une rive à l'autre, d'un siècle à l'autre, a été rempli de courage intellectuel, de fidélité à la transmission, de justice et de service. C'est cette carte que le présent livre s'efforce de tracer, avec la rigueur de ce qui est attesté et l'honnêteté de ce qui reste inconnu.
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Chapitre 1 : Dolina, 3 avril 1823 — Solomon Rubin, de Galicie à Vienne, l'itinéraire d'un maskil sans frontières
L'histoire documentée de la lignée s'ouvre non par une énigme onomastique, mais par une naissance datée et située : celle d'un homme qui fit du nom Rubin un synonyme de hardiesse intellectuelle. Solomon Rubin naquit à Dolina, en Galicie, le 3 avril 1823. La ville de Dolina — aujourd'hui Dolyna, en Ukraine occidentale — appartenait à cette Galicie orientale de l'empire des Habsbourg qui était alors l'un des plus denses foyers de la vie juive d'Europe, espace de tension vive entre le hassidisme, l'orthodoxie et le mouvement des Lumières hébraïques. La densité même de cette présence juive galicienne, que les historiens de la judaïté polonaise ont mesurée dès l'entre-deux-guerres [Mahler, 1958], fit de la région un laboratoire où hassidim, orthodoxes et maskilim se disputaient l'âme d'une même population. C'est dans cette effervescence que Rubin forja sa vocation.
Éduqué en vue du rabbinat, il fut attiré par la Haskala et le savoir moderne. Mais avant de se consacrer aux lettres, il tenta sa chance dans le commerce — une carrière qui dura environ cinq ans et se révéla infructueuse. Il se rendit ensuite à Lemberg, la grande métropole galicienne, pour y étudier la comptabilité dans un institut technique, et y acquit également la connaissance de l'allemand, du français et de l'italien. Ce détour par le négoce et la tenue de livres n'est pas anecdotique : il dit quelque chose d'un milieu où le savoir et le commerce se côtoyaient au quotidien, où le fils du marchand pouvait devenir l'érudit de la génération suivante — une imbrication du négoce et de l'étude que les historiens de l'économie juive de l'ancienne Pologne ont documentée de longue date [Schiper, 1926].
Mais la biographie de Solomon Rubin ne s'arrête pas aux portes de Lemberg. Après avoir servi deux ans dans l'armée autrichienne, il tenta de s'établir à Lemberg comme enseignant ; la persécution due à ses opinions libérales rendit cependant sa situation intenable, et il se rendit en Roumanie, alors terrain propice pour les Juifs galiciens actifs et entreprenants. Il y décrocha un poste dans une maison de commerce à Galați, ce qui lui permit de consacrer ses soirées à ses études de prédilection. Cette parenthèse roumaine — la ville portuaire de Galați sur le Danube, carrefour commercial et communauté juive vivante — dit déjà quelque chose du personnage : un homme capable de maintenir sa quête intellectuelle dans les marges du temps que lui laissait un emploi de négoce, refusant de choisir entre vivre et penser.
En 1859, Rubin retourna en Galicie et devint directeur d'une école pour jeunes garçons juifs à Bolechow. En 1863, il gagna la Russie, où il fut engagé comme précepteur particulier dans une riche famille juive d'Ostrog, en Volhynie. C'est avec cette famille qu'il se rendit à Vienne en 1865, où il rencontra Peter Smolenskin, alors au désespoir faute de pouvoir continuer la publication de Ha-Shaḥar. Cette rencontre viennoise est un moment décisif : Ha-Shaḥar — « L'Aube » — était la revue hébraïque la plus importante de son temps, le foyer intellectuel de la Haskala tardive, le lieu où la modernité juive cherchait sa langue. Rubin promit à Smolenskin d'écrire chaque année une œuvre complète pour cette publication ; et il tint sa promesse, même après que leurs relations personnelles furent devenues quelque peu tendues. Cette fidélité éditoriale — un livre par an, tenu malgré la brouille — révèle un homme dont l'engagement envers la diffusion du savoir primait sur les susceptibilités d'amour-propre.
Solomon Rubin compta parmi les écrivains les plus prolifiques de la période de la Haskala. Ses principaux sujets furent le folklore général et juif, les coutumes, les superstitions et les domaines apparentés. Son œuvre fut pour l'essentiel consacrée à l'étude de la pensée et des croyances populaires acceptées comme sacrées. Mais son approche était singulière : il ne ridiculisait ni ne prêchait, il procédait de manière quasi scientifique, accumulant les exemples parallèles tirés de littératures diverses pour montrer, par la comparaison, ce que les croyances dites sacrées avaient de commun avec d'autres traditions humaines. Cette méthode — rigoureuse sans être cruelle, critique sans être nihiliste — est l'une des marques de son génie propre.
Son geste le plus retentissant fut la réhabilitation de Baruch Spinoza dans la langue même de la tradition que le philosophe avait quittée. En 1856, exactement deux siècles après son excommunication par la communauté séfarade d'Amsterdam, Spinoza fut réapproprié dans la littérature hébraïque comme « la seconde venue de Maïmonide ». C'est à l'automne de cette année-là qu'apparut le premier volume d'un ouvrage intitulé Moreh nevukhim he-hadash — « Le Nouveau Guide des égarés ». Le titre était délibérément provocateur : reprendre l'intitulé du grand œuvre de Maïmonide pour y introduire l'excommunié d'Amsterdam revenait à affirmer que la raison philosophique, même bannie, appartenait de plein droit à l'héritage d'Israël.
Sa sympathie pour les victimes de la censure intellectuelle l'avait amené à traduire du drame de K. Gutzkow, Uriel Acosta (1857), de l'allemand vers l'hébreu, ce qui l'avait conduit à s'intéresser à Spinoza, dont les écrits l'occupèrent pendant une période prolongée. Il publia le Moreh Nevukhim he-hadash en deux volumes (1857) ; lorsque cela suscita des attaques contre lui et contre Spinoza de la part de Samuel David Luzzatto, il répondit par Teshuvah Nitzahat (1859). Cette polémique avec Luzzatto — grand philologue et poète, figure tutélaire de l'orthodoxie éclairée — dit l'ampleur du choc que Rubin provoquait : il ne bousculait pas des obscurantistes, il défiant des esprits brillants dans leur propre domaine.
La carrière spinoziste de Rubin ne s'arrêta pas à cette première joute. Un livre sur Spinoza et Maïmonide, rédigé en allemand (1869), lui valut son doctorat de l'Université de Goettingen. Il écrivit également sur Spinoza dans Ha-Shaḥar, et publia deux travaux supplémentaires sur le philosophe : Hegyonei Spinoza (1897), sur la divinité, l'univers et l'âme humaine, et Barukh Spinoza (1910). Il traduisit également l'Éthique de Spinoza en hébreu. Cette progression — de la traduction popularisatrice au doctorat académique, de la polémique à l'œuvre de synthèse — témoigne d'un engagement qui ne se démentit jamais, sur plus d'un demi-siècle de production.
Rubin écrivit aussi Tehillat ha-Kesilim (1888), une parodie dans le style de l'Éloge de la Folie d'Érasme — le seul livre de ce genre en hébreu. Ce détail, souvent oublié, dit une facette complémentaire du personnage : derrière le défenseur acharné de Spinoza se cachait aussi un humoriste érudit, capable d'user de la satire pour démonter les certitudes de ses contemporains. L'humour comme instrument critique, l'ironie comme forme d'honnêteté intellectuelle — voilà une autre tradition que la culture juive a cultivée de longue date, des purim-shpil du shtetl aux pamphlets des maskilim.
Dans ce combat s'exprime l'une des vertus les plus constantes que la tradition juive a reconnues et cultivées : le courage de la pensée libre au service de la vérité, et la solidarité avec les persécutés de l'esprit. La sympathie de Rubin pour les victimes de la censure intellectuelle — celle qu'il éprouva d'abord à la lecture de Gutzkow, et qu'il déploya ensuite vers Spinoza — relève d'une conviction profonde : la pensée exclue est une pensée blessée, non une pensée morte. En la ressuscitant dans la langue de ses censeurs, il accomplissait à la fois un acte philologique et un acte de justice. Cette double fidélité — à la vérité et à ceux que l'on a tus — prolonge, dans le langage des Lumières hébraïques, une exigence très ancienne : celle du débat, de la controverse et du refus de la clôture dogmatique que les sages du Talmud avaient eux-mêmes institutionnalisée.
Solomon Rubin vécut jusqu'en 1910, traversant ainsi près de neuf décennies d'histoire galicienne et européenne. Sa longévité lui permit d'être le témoin des premiers frémissements du sionisme, du développement de la presse hébraïque moderne et du bouleversement social que produisirent les pogroms de la fin du XIXe siècle sur les communautés d'Europe orientale. Il mourut à une époque où la Galicie qu'il avait connue enfant était déjà en train de se transformer irrémédiablement. Son œuvre, elle, traversa ce siècle et demeura un repère pour les historiens de la Haskala.
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Chapitre 2 : De la Roumanie à New York — Moses Josef Rubin et la fidélité de la transmission rabbinique
Si Solomon Rubin incarne la Haskala galicienne et le courage de la pensée libre, Moses Josef Rubin représente une autre voie, complémentaire et souvent en tension avec la première : celle de la fidélité rabbinique traditionnelle, éprouvée par les cataclysmes du XXe siècle. Né en Roumanie en 1892, sous le nom hébreu de משה יוסף רובין, il appartint à cette génération de maîtres d'Europe orientale dont la vie fut coupée en deux par les guerres, les persécutions et l'émigration forcée.
La Roumanie de sa jeunesse comptait l'une des plus importantes et des plus vigoureuses populations juives d'Europe. Ses académies talmudiques, ses cours hassidiques, ses yeshivot de Moldavie et de Valachie avaient formé, au fil des générations, une élite rabbinique d'une rare densité intellectuelle. Moses Josef Rubin fut de ceux que ce monde forma et que l'histoire dispersa. La Roumanie des années 1930 et 1940 — pays du régime Antonescu, de la Garde de Fer, de la déportation de dizaines de milliers de Juifs en Transnistrie — n'était plus ce foyer ; c'était devenu un piège. Que Moses Josef Rubin ait traversé ces années et survécu pour exercer son ministère aux États-Unis jusqu'en 1980 dit à la fois la violence de ce que sa génération endura et la ténacité de ceux qui choisirent de continuer à enseigner.
Sa trajectoire vers l'Amérique s'inscrit dans le grand mouvement de la diaspora ashkénaze du XXe siècle. Des centaines de rabbins, de roshei yeshiva et de dayyanim quittèrent l'Europe centrale et orientale avant et après la Shoah pour reconstruire outre-Atlantique les institutions menacées sur le vieux continent. Cette continuité rabbinique, patiemment reconstituée d'un continent à l'autre, prolonge la longue histoire des communautés savantes d'Europe centrale, dont les registres et les diaires de tribunaux rabbiniques ont conservé la mémoire vivante [Fram, 2012]. Dans cette reconstruction s'exprime l'une des plus profondes vertus d'Israël : la mesorah, la transmission — ce devoir de porter d'une rive à l'autre, malgré la rupture, la continuité de la Loi et de l'enseignement. Le rabbin en exil qui refonde une communauté loin de sa terre natale incarne aussi l'implication dans la vie collective : sans lui, sans ses semblables, le tissu de la vie juive organisée — la prière, l'enseignement, les cycles de vie, le calendrier — se serait déchiré sans recours.
Là où Solomon Rubin, un demi-siècle plus tôt, avait bousculé la tradition au nom de la raison et de Spinoza, Moses Josef Rubin en fut le gardien fidèle. Ces deux fidélités, en apparence opposées, dessinent ensemble l'amplitude morale et intellectuelle que le nom Rubin aura recouverte au fil du temps : l'audace critique et la loyauté transmise, les deux poumons d'une même culture vivante. La tradition juive, qui a toujours su abriter en son sein le débat entre l'innovateur et le conservateur, entre le maskil et le rabbin, reconnaît dans cet écart non pas une contradiction mais une richesse : c'est l'argument pour et l'argument contre, le lekhoumer et le lehakhil, qui maintiennent la Loi vivante et la communauté en mouvement.
Moses Josef Rubin mourut en 1980, à 88 ans, ayant traversé presque un siècle d'histoire juive — des shtetlekh roumains de la Belle Époque aux synagogues américaines de l'après-guerre. Sa longévité fut elle-même une forme de témoignage.
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Chapitre 3 : Le nom et la pierre — onomastique, adoption et hasard du patronyme
C'est seulement après avoir rencontré deux figures de chair, d'encre et de prière — le maskil et le rabbin — que l'on peut, sans les trahir, interroger le nom lui-même. Rubin appartient à la grande famille des patronymes ashkénazes ornementaux : ces noms tirés de la nature, des pierres et des métaux précieux — Rubin (rubis), Diamant, Perl, Gold, Silber — que les familles juives d'Allemagne, de Galicie et de Pologne adoptèrent en nombre lorsque les décrets d'émancipation des empires austro-hongrois, prussien et russe leur imposèrent, entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle, de porter un nom de famille fixe et héréditaire. Ce grand basculement de l'entrée des Juifs dans l'état civil moderne accompagne, en terre allemande, le lent chemin d'émancipation dont les historiens ont retracé les étapes entre 1781 et 1933 [Reinke, 2007 ; Elon, 2002].
Le rubis — Rubin en allemand, mot lui-même issu du latin rubeus, « rouge » — était l'une des gemmes les plus prisées. Sa désignation comme nom traduit un choix de dignité et de beauté dans un contexte où le nom pouvait aussi être arbitrairement attribué par un fonctionnaire. La gemme rouge figure en outre dans l'imaginaire biblique lui-même : les pierres précieuses ornaient le pectoral du grand prêtre (hoshen), faisant de chaque pierre le symbole d'une tribu et d'une dignité. Choisir le rubis comme patronyme pouvait donc résonner, pour une famille juive cultivée, comme une référence à cette dignité ancestrale, même si la plupart des adoptions furent plus pragmatiques qu'allégoriques.
Les grands dictionnaires onomastiques d'Alexander Beider, qui recensent les patronymes juifs de l'Empire russe, du Royaume de Pologne, de Galicie et — avec Lars Menk — des terres judéo-allemandes, situent précisément Rubin dans cette strate des noms adoptés lors de l'entrée dans l'état civil moderne [Beider & Menk, Dictionnaires des patronymes juifs]. Il faut ici garder l'honnêteté du généalogiste : parce que ce patronyme fut adopté indépendamment par de multiples familles sans lien de sang, il n'existe pas de « lignée Rubin » unique et biologiquement continue. Les variantes attestées — רובין en hébreu, Рубин en russe, Рубін en ukrainien — dessinent moins une descendance qu'une géographie de la dispersion : partout où les Juifs ashkénazes migrèrent, le rubis les suivit, transcrit dans l'alphabet du pays d'accueil.
Or il est un cas que les dictionnaires onomastiques nomment rarement mais que la mémoire familiale, elle, conserve avec une netteté précieuse : celui du nom reçu par accident, imposé non par un décret impérial mais par la main d'un employé au moment de l'arrivée dans un pays d'asile. Le témoignage de Patrick Rubin en offre une illustration saisissante : à l'arrivée en France, l'administration effaça le nom de Weinberg pour inscrire celui de Rubin, tandis que l'épouse du nouveau venu portait déjà le nom de Ruby. Dans cette branche, le rubis n'a pas été choisi : il a surgi de la rencontre entre une décision de guichet et un nom d'épouse déjà proche, comme si l'histoire avait voulu river le nom au sang par un détour du hasard.
Ce cas, en apparence anecdotique, dit une vérité profonde de l'expérience juive de l'exil : le nom, si souvent, ne fut pas un héritage mais une contingence administrative, un accident de frontière — et il fallut ensuite le remplir de sens et d'honneur pour en faire une identité. Que tant de familles aient alors reçu ou adopté la lumière rouge d'une pierre plutôt qu'un sobriquet ou un toponyme dit quelque chose d'une aspiration collective : celle de porter, jusque dans le nom imposé, une part de beauté et de valeur intangible.
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Chapitre 4 : Butzbach, 13 août 1913 — Weinberg devenu Rubin, la mémoire d'une famille entre l'Allemagne et la France
Il est des lignées dont la grandeur ne tient pas à une œuvre publiée ni à une distinction officielle, mais à la simple et tenace fidélité d'une mémoire tenue à bout de bras. La branche de Patrick Rubin appartient à celles-là. Ce qu'elle transmet est fragmentaire, et c'est précisément cette fragilité qui en fait le prix : le devoir de mémoire, dans la tradition d'Israël, ne consiste pas d'abord à tout savoir, mais à ne rien laisser tomber de ce que l'on sait. Zakhor — « souviens-toi » — est un commandement autant qu'une vertu.
Patrick Rubin dit lui-même l'exacte mesure de ce qu'il sait, « le peu que je sais », avant d'énoncer, avec une précision sobre, les quelques noms, dates et liens qui constituent la mémoire de sa famille. Cette formule d'honnêteté n'est pas une faiblesse : c'est l'exacte posture du généalogiste sincère, qui préfère dire son incertitude plutôt que combler les vides par l'invention. Et c'est ce même souci d'exactitude qui a permis, grâce au travail de recension mené par Zakhor, de préciser le nœud onomastique de la famille : l'administration française inscrivit le nom de Rubin sur le dossier du père, alors que son nom était Nathan Weinberg, désormais effacé.
Le récit s'ancre à une date et à un lieu précis. Nathan Weinberg — le futur Nathan Rubin — naquit le 13 août 1913 à Butzbach, petite ville de Hesse, en Allemagne, où existait de longue date une communauté juive rurale, de celles qui essaimaient dans les bourgs de l'Empire puis de la République de Weimar. Sa jeunesse allemande fut brisée par la montée du nazisme. Autour de 1933 — ou peut-être plus tard, la mémoire hésite entre 1933 et 1938 —, il quitta précipitamment l'Allemagne pour la France. Cette fuite, dictée par l'urgence, est celle de toute une génération de Juifs allemands que la persécution jeta sur les routes de l'Ouest, dans le grand naufrage d'un judaïsme qui s'était cru chez lui en terre germanique [Elon, 2002 ; Gay, 1992 ; Traverso, 1992].
En France, Nathan Weinberg ne resta pas passif devant la guerre qui venait. Il fut intégré comme militaire « engagé volontaire », choisissant de servir par les armes le pays qui l'avait accueilli — geste que partagèrent nombre de réfugiés allemands antinazis à la veille de 1939. Puis il fut fait prisonnier et transporté dans un camp d'internement. Ce parcours — l'exil, l'engagement volontaire, la captivité — condense en trois mouvements le sort de ces hommes que leur pays natal avait rejetés et que leur pays d'asile enrôla avant, parfois, de les enfermer à leur tour. C'est au terme de cette trajectoire que le nom bascula : à l'entrée dans les fichiers français, Weinberg devint Rubin, et le hasard voulut que l'épouse de Nathan portât déjà le nom de Ruby — de sorte que la gemme rouge, imposée d'un côté, se trouvait déjà présente de l'autre.
De la lignée Weinberg elle-même, il ne reste qu'un fil, mais Patrick Rubin le tient fermement : sa tante Ruth Weinberg, sœur de Nathan, qui vécut à Londres après la guerre et, n'ayant pas été mariée, conserva son nom d'origine intact. Ainsi, tandis que la branche continentale voyait son patronyme effacé et remplacé, la branche londonienne préserva, dans le célibat de Ruth, le nom que l'Allemagne avait donné puis persécuté. Il y a là une figure discrète et précieuse : celle par qui un nom survit, non par la descendance mais par la fidélité. Ruth Weinberg est, pour cette histoire, le dernier maillon visible d'une lignée que le nazisme avait entrepris d'effacer et que l'exil avait renommée.
Du côté maternel, la mémoire remonte jusqu'à la grand-mère, Golda Landau, qui eut trois enfants : deux fils, Sylvain et Jean, et une fille, Lea Landau, qui devint la mère de Patrick et de son frère Daniel. Landau est un patronyme toponymique renvoyant à la ville de Landau, en Rhénanie-Palatinat, largement répandu dans les communautés juives d'Allemagne et de Pologne. Weinberg, « la montagne du vin », appartient au même répertoire judéo-allemand. Leur présence dans une famille arrivée en France au XXe siècle inscrit cette branche dans le grand mouvement migratoire qui, des terres germaniques vers l'Ouest, dispersa les Juifs allemands au fil des persécutions et des guerres — ce même mouvement que retracent, avec une précision croissante, les historiens de la judaïté allemande [Reinke, 2007 ; Gay, 1992].
La mort de Daniel Rubin, survenue le 10 juin 2025, est l'une des raisons immédiates pour lesquelles Patrick a entrepris de consigner cette mémoire familiale. C'est dans le deuil que le devoir de mémoire se réveille souvent avec le plus d'urgence : quand disparaît un frère, disparaît avec lui une partie des souvenirs communs, une voix qui corroborait les faits, une présence qui rendait le passé habité. En consignant, malgré les lacunes, les noms de son père et de sa mère, de sa grand-mère et de ses oncles, de sa tante londonienne et de son frère disparu, Patrick Rubin accomplit un geste immémorial — celui du fils et du frère qui refuse que les siens sombrent dans l'oubli. La tradition juive nomme cette fidélité kibboud av va-em, la piété filiale, mais elle s'étend aussi aux frères, aux tantes et aux aïeux : c'est le tissu même de la mémoire collective d'Israël.
Là où Solomon Rubin défendait la mémoire des exclus de la pensée, cette branche défend la mémoire des siens, plus intime mais non moins sacrée. Et la décision administrative qui fit d'un Weinberg de Butzbach un Rubin de France rappelle, s'il en était besoin, que la constellation de ce nom ne se lit pas seulement dans les grandes œuvres publiées, mais aussi dans les registres d'état civil où des vies entières furent renommées à la frontière d'un exil.
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Chapitre 5 : Washington, 1963 — Vera Rubin et la matière cachée de l'univers
Aucune figure ne porte plus haut le nom Rubin dans la mémoire du savoir universel que l'astronome américaine Vera Rubin. Elle naquit le 23 juillet 1928 à Philadelphie, en Pennsylvanie, de parents juifs d'Europe orientale, Phillip et Rose Cooper, et fut leur second enfant ; ils avaient une fille aînée, Ruth. Les deux parents travaillaient à la Bell Telephone Company à Philadelphie, où ils s'étaient également rencontrés. Élevée à Washington D.C., elle mourut le 25 décembre 2016 à Princeton, dans le New Jersey.
Sa vocation naquit tôt et se nourrit d'une complicité familiale exemplaire. Lorsque sa famille déménagea à Washington D.C. alors qu'elle avait dix ans, ses parents cultivèrent son amour de la science tout au long de ses premières années d'éducation. Son père l'aida à construire un télescope artisanal pour qu'elle pût voir plus loin. Cette attention paternelle précoce à la curiosité scientifique d'une fille dit quelque chose de l'environnement familial dans lequel grandit Vera Rubin : un milieu où le savoir n'était pas réservé aux garçons, où la passion intellectuelle d'une enfant méritait d'être outillée et soutenue.
Rubin reçut ses diplômes de premier, deuxième et troisième cycle en astronomie. Elle fréquenta successivement Vassar College, Cornell University et Georgetown University, où elle soutint son doctorat. Tout au long de ses études supérieures, elle se heurta à une discrimination de genre systématique : des institutions lui fermèrent leurs portes, des revues refusèrent ses soumissions, des observatoires lui interdirent l'accès. Elle fut pourtant la première femme à obtenir le droit d'observer avec le télescope de cinq mètres du mont Palomar, l'instrument le plus puissant de son époque — une « première » qui dit à la fois l'ampleur de l'obstacle et la force de la percée.
Son apport scientifique fut décisif et durable. Il convient de rappeler le contexte dans lequel il s'inscrit. Dès 1933, l'astronome suisse Fritz Zwicky avait été intrigué par le comportement de l'amas de Coma, dont la vitesse de rotation aurait dû le faire éclater. Il avança l'hypothèse que cet amas était des centaines de fois plus dense que ne le laissaient supposer la seule matière lumineuse visible, ce qui impliquait l'existence d'une sorte de matière invisible — dunkle Materie, ou matière noire. Le concept ne s'imposa pas. « Il était trop extravagant pour être cru pendant presque quatre décennies ». C'est là que Vera Rubin entra en scène. En étudiant avec le spectrographe de Kent Ford les courbes de rotation des galaxies spirales — notamment la galaxie d'Andromède puis des dizaines d'autres —, elle mit en évidence un paradoxe : les étoiles situées à la périphérie des galaxies tournaient à une vitesse incompatible avec la masse visible de celles-ci. Par 1980, Vera Rubin avait accumulé un ensemble convaincant de preuves selon lesquelles quelque chose d'invisible dans l'univers amenait les galaxies à se comporter de façon inattendue. La conclusion s'imposa : l'essentiel de la masse des galaxies devait être composé d'une matière invisible, que l'on nomma matière noire. Par ses recherches, Vera Rubin fut en mesure de prouver l'existence de la matière noire. On estime aujourd'hui que cette composante représente environ 85 pour cent de la matière de l'univers.
Ce résultat, publié au fil des années 1970 et 1980 en collaboration avec Kent Ford, bouleversa l'astronomie et la cosmologie. Il fit de Vera Rubin l'une des scientifiques les plus citées de son siècle. Elle reçut, entre autres distinctions, la National Medal of Science en 1993, décernée par le président Clinton. Pourtant, le prix Nobel de physique ne lui fut jamais attribué de son vivant — lacune que beaucoup d'historiens des sciences jugent injuste et révélatrice des biais persistants des comités de nomination.
Sa grandeur ne fut pas seulement cognitive, elle fut morale. Vera Rubin lia toujours sa quête scientifique à un combat pour la justice et l'égalité dans les milieux scientifiques. Elle s'exprima publiquement sur l'exclusion des femmes de l'astronomie, elle forma des générations d'étudiantes et d'étudiants, elle veilla à ce que les portes qu'elle avait dû forcer restent ouvertes derrière elle. En ouvrant les portes de l'observatoire à celles que l'on en excluait, elle fit de son savoir un acte de réparation. Cette double fidélité — à la vérité et à la justice, à la rigueur et à l'ouverture — prolonge, dans le langage de la science contemporaine, une exigence très ancienne de la tradition juive : tzedek, tzedek tirdof, « justice, justice, tu poursuivras ». Qu'une femme issue d'une famille d'immigrants juifs d'Europe orientale ait été celle qui révéla la structure cachée de l'univers est une de ces ironies de l'histoire qui méritent d'être dites : l'invisible rendu visible par celle que l'on avait tenté de rendre invisible.
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Chapitre 6 : Mauthausen, Pusan, la colline sans nom — Tibor Rubin, de la survie à l'héroïsme
Le nom Rubin porte aussi la mémoire de la Shoah et du courage militaire, réunis dans le destin extraordinaire de Tibor Rubin. Né de parents juifs en Hongrie en 1929, il était l'un de six enfants — trois fils et trois filles. Sa famille portait déjà en elle la mémoire des guerres et de la captivité : son père Ferenz avait été soldat dans l'armée hongroise et héros de la Première Guerre mondiale, prisonnier de guerre en Russie pendant plus de six ans. Ce passé familial de résistance et d'endurance n'était pas qu'une anecdote : il préfigurait ce que le fils allait, à son tour, traverser et accomplir.
Durant la Seconde Guerre mondiale, le père de Tibor fut transféré à Auschwitz puis à Buchenwald, où il mourut. Sa mère Rosa et sa sœur de dix ans, Elonja, moururent dans une chambre à gaz à Auschwitz. Tibor Rubin avait quinze ans lorsque les déportations touchèrent sa famille. Il fut envoyé au camp de Mauthausen, en Autriche, l'un des camps nazis les plus meurtriers, où il fut astreint au travail forcé pendant quatorze mois. La libération vint au printemps 1945, portée par la 11e division blindée de l'armée américaine. C'est avec son frère Emery qu'il y survécut.
En 1948, Rubin s'installa aux États-Unis ; dès 1950, il s'engagea dans l'armée américaine pour témoigner sa reconnaissance envers son pays d'adoption. Ce qu'il décida alors définit toute la suite de sa vie. Une fois en Amérique, avant même d'en être citoyen, il s'engagea volontairement : il voulait rendre à cette nation ce qu'elle lui avait donné. En 1950, la guerre de Corée éclata, et Tibor Rubin fut envoyé combattre dans la péninsule comme fusilier au sein de la Compagnie I, 8e Régiment de Cavalerie, 1re Division de Cavalerie.
Sur le sol coréen, il accomplit des actes d'un héroïsme hors du commun. Il défendit seul une position stratégique lors d'une attaque nocturne, repoussant vague après vague d'assaillants et permettant à ses camarades de se replier en sécurité. Il fut ensuite fait prisonnier par les forces chinoises après avoir été grièvement blessé. Il fut détenu dans des camps connus sous les noms de « Death Valley » et « Camp 5 » à Pyoktong. Les autorités chinoises lui proposèrent de le renvoyer en Hongrie ; il refusa et resta auprès des soldats américains. Dans les camps, les prisonniers mouraient au rythme de quarante par jour durant l'hiver 1950-1951. Face à cette hécatombe, Rubin risqua sa vie pour dérober de la nourriture dans les entrepôts ennemis, la distribuant à ses camarades. Il savait aussi, depuis son enfance, comment préparer de la soupe à base d'herbe et connaissait les plantes médicinales. Ce dévouement est crédité d'avoir maintenu en vie plus de quarante prisonniers américains.
Rubin fut retenu prisonnier pendant trente mois et reçut la Prisoner of War Medal ainsi que deux Purple Hearts. Sa reconnaissance officielle fut longtemps retardée par les préjugés : des témoignages recueillis a posteriori indiquèrent que son sergent, animé d'une hostilité envers les Juifs, avait systématiquement refusé de le proposer aux distinctions auxquelles ses actes lui donnaient droit. Dans les années 1980, des hommes qui avaient servi avec Rubin et étaient devenus ses amis commencèrent à protester auprès de l'armée américaine face à l'absence de reconnaissance pour sa bravoure. Des membres du Congrès prirent le dossier en main. C'est le National Defense Authorization Act de 2002, qui demanda la révision des états de service de personnels juifs et hispaniques américains susceptibles d'avoir été écartés pour des raisons discriminatoires, qui permit enfin la réparation. Le 26 septembre 2005 — environ cinquante-cinq ans après ses faits d'armes — Tibor Rubin reçut des mains du président George W. Bush la Medal of Honor, la plus haute distinction militaire des États-Unis.
Le 27 novembre 1953, Tibor Rubin était devenu citoyen américain. Il vivait en Californie et travaillait dans l'épicerie de son frère à Los Angeles. Dix ans plus tard, il se maria, et deux enfants suivirent. Il mourut le 5 décembre 2015, à l'âge de 86 ans, ayant traversé un siècle dont il avait connu les abîmes les plus profonds et quelques-uns de ses sommets les plus lumineux.
La vie de Tibor Rubin est un midrash vivant sur le rapport du Juif à la guerre et à l'étranger. Rescapé d'un anéantissement programmé, ayant vu périr sa mère, sa petite sœur et son père, il ne fit pas de sa souffrance une clôture ni une dette de haine, mais l'offrit comme gage de fidélité envers ses semblables. En lui s'incarne la bonté active poussée jusqu'au risque de la vie : pikuach nefesh, le sauvetage de l'autre érigé en valeur suprême dans la halakha, prit sous sa forme militaire l'image du pain volé aux geôliers pour le donner aux mourants. Son refus de rentrer en Hongrie quand les Chinois lui en offrirent l'occasion dit aussi une autre dimension de cette fidélité : la loyauté envers ceux avec qui l'on combat et souffre, par-delà toute frontière d'origine ou de religion.
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Chapitre 7 : New York, les studios et la scène — Alan Rubin et le souffle de « Mr. Fabulous »
À l'autre extrémité du spectre des vies Rubin se tient un artiste : Alan Rubin, né en 1943 à New York et mort en 2011 sous le nom hébreu אלן רובין, trompettiste dont la carrière épouse l'effervescence musicale de la ville dans la seconde moitié du XXe siècle. Musicien de studio et de scène actif dans le jazz, la soul et la musique populaire, il est surtout connu du grand public sous le pseudonyme de « Mr. Fabulous », personnage qu'il incarna au sein du groupe The Blues Brothers, formation issue de l'émission de télévision Saturday Night Live et popularisée par le film de John Landis sorti en 1980.
Sa trajectoire est celle d'un instrumentiste de haut vol qui choisit la discrétion du studio plutôt que la lumière de la vedette. Le musicien de studio — trompettiste, arrangeur, sideman — est par nature un artiste de l'ombre : il met son excellence technique au service de l'ensemble, fait sonner les autres plutôt que de faire sonner son propre nom. Ce choix d'humilité artisanale est lui-même une forme de vertu, que la tradition juive reconnaîtrait sans peine sous le terme d'anavah — l'humilité, la mise de soi au service d'un bien commun plutôt qu'à la gloire individuelle.
La contribution des artistes juifs à la musique populaire américaine du XXe siècle est un chapitre considérable de l'histoire culturelle des États-Unis. Fils et petits-fils d'immigrants d'Europe centrale et orientale, ils furent arrangeurs, compositeurs, interprètes et producteurs dans tous les genres — du jazz à Broadway, de la soul au rhythm and blues. Alan Rubin s'inscrit dans cette lignée : en choisissant le cuivre et le studio plutôt que la synagogue ou l'université, il prolongeait à sa façon l'apport juif à la culture du pays qui avait accueilli sa génération.
The Blues Brothers n'était pas qu'un groupe de divertissement télévisé. Fondé par John Belushi et Dan Aykroyd, il fut une véritable célébration de la musique noire américaine — gospel, soul, rhythm and blues — portée par des musiciens de studio parmi les plus accomplis de l'époque. En prenant sa place dans cette formation, Alan Rubin contribua au renouveau et à la diffusion d'un patrimoine musical, participant à cette joie partagée que la tradition juive tient pour une vertu à part entière : la simcha, la joie, considérée non comme un luxe mais comme une obligation spirituelle, un devoir envers la vie.
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Les grandes figures
Solomon Rubin (שלמה רובין, 3 avril 1823 – 1910) — Né à Dolina, en Galicie habsbourgeoise, il compta parmi les écrivains les plus prolifiques de la Haskala. Éduqué en vue du rabbinat mais attiré par les Lumières, il tenta d'abord le commerce, puis servit deux ans dans l'armée autrichienne, avant d'enseigner à Lemberg — d'où ses opinions libérales le chassèrent. Après des années à Galați, Bolechow, Ostrog et Vienne, il se consacra au folklore, à la philosophie et à Spinoza. Traducteur du drame de Gutzkow sur Uriel Acosta, il réintroduisit Spinoza dans la langue hébraïque avec le Moreh nevukhim he-hadash (1857), provocant la polémique de Luzzatto, à laquelle il répondit avec Teshuvah Nitzahat (1859). Son doctorat de Goettingen (1869) et ses œuvres tardives sur Spinoza — Hegyonei Spinoza (1897), Barukh Spinoza (1910) — témoignent d'un engagement de toute une vie. Il traduisit aussi l'Éthique de Spinoza en hébreu et signa la seule parodie en style érasmien jamais écrite en hébreu, Tehillat ha-Kesilim (1888).
Moses Josef Rubin (משה יוסף רובין, 1892 – 1980) — Rabbin né en Roumanie en 1892, il incarna la fidélité de la tradition rabbinique d'Europe orientale à l'épreuve des bouleversements du XXe siècle. Émigré aux États-Unis, il y poursuivit son ministère rabbinique jusqu'à sa mort, à l'âge de 88 ans. Son parcours illustre le grand mouvement d'exil de la judaïté roumaine vers l'Amérique et le devoir de mesorah — la transmission de la Loi et de l'enseignement d'un continent à l'autre, garant de la continuité communautaire malgré la rupture. Sa longévité fut elle-même une forme de témoignage.
Vera Rubin (ורה רובין, née Vera Cooper, 23 juillet 1928 – 25 décembre 2016) — Astronome américaine née à Philadelphie de parents juifs originaires d'Europe orientale, Phillip et Rose Cooper. Élevée à Washington D.C., elle étudia à Vassar, Cornell et Georgetown, surmontant une discrimination de genre systématique pour devenir la première femme à observer avec le grand télescope du mont Palomar. Par l'étude des courbes de rotation des galaxies spirales avec Kent Ford, elle apporta la première preuve directe de l'existence de la matière noire, confirmant et parachevant l'intuition de Fritz Zwicky formulée en 1933. Militante pour l'accès des femmes à la science, elle reçut la National Medal of Science en 1993. Elle mourut à Princeton en 2016, saluée comme l'une des astronomes les plus influentes de son siècle, sans avoir reçu le prix Nobel de son vivant.
Tibor Rubin (טיבור רובין, 1929 – 5 décembre 2015) — Juif hongrois, l'un de six enfants, dont le père Ferenz avait déjà été prisonnier de guerre en Russie lors de la Première Guerre mondiale. Sa mère Rosa et sa sœur Elonja périrent à Auschwitz ; son père mourut à Buchenwald. Survivant du camp de Mauthausen où il fut astreint au travail forcé pendant quatorze mois, libéré en 1945 par la 11e division blindée américaine. Arrivé aux États-Unis en 1948, il s'engagea volontairement dans l'armée en 1950 (Compagnie I, 8e Régiment de Cavalerie). Durant la guerre de Corée, il défendit seul une position lors d'une attaque nocturne, puis, fait prisonnier par les Chinois à Pyoktong, refusa un rapatriement en Hongrie et maintint en vie plus de quarante prisonniers américains en dérobant de la nourriture aux gardiens. Il reçut la Medal of Honor des mains du président George W. Bush le 26 septembre 2005, quelque cinquante-cinq ans après ses faits d'armes. Il devint citoyen américain le 27 novembre 1953. Il mourut à 86 ans.
Alan Rubin (אלן רובין, 1943 – 2011) — Trompettiste américain né à New York, musicien de studio et de scène actif dans le jazz, la soul et la musique populaire. Il fut membre du groupe The Blues Brothers, formation fondée par John Belushi et Dan Aykroyd, célèbre pour sa célébration de la musique noire américaine, où il incarna le personnage de « Mr. Fabulous ». Sa carrière témoigne de la contribution des artistes juifs à la musique populaire américaine du XXe siècle, et de l'éthique discrète de l'instrumentiste de studio — excellence mise au service de l'ensemble plutôt que de la gloire individuelle.
Nathan Rubin, né Nathan Weinberg (13 août 1913, Butzbach – date de décès inconnue) — Père de Patrick et de Daniel Rubin, époux de Lea Landau. Né à Butzbach, en Hesse, il quitta l'Allemagne pour la France vers 1933-1938, fuyant le nazisme. Engagé volontaire dans l'armée française, il fut fait prisonnier et interné dans un camp. À son arrivée en France, l'administration effaça son nom de Weinberg pour l'inscrire sous celui de Rubin ; par une coïncidence troublante, son épouse portait déjà le nom de Ruby. Sa trajectoire illustre le sort de tant de Juifs allemands dont l'exil brisa la vie et dont le patronyme fut renommé au hasard d'un guichet.
Ruth Weinberg (dates inconnues) — Sœur de Nathan Weinberg (Nathan Rubin), tante de Patrick et Daniel. Après la guerre, elle vécut à Londres et, n'ayant pas été mariée, conserva son nom d'origine, Weinberg. Elle constitue, pour cette branche, l'unique fil visible remontant vers la lignée Weinberg que le nazisme avait entrepris d'effacer et que l'exil continental avait renommée. Par sa fidélité au nom reçu, elle est la gardienne discrète d'un patronyme que sa branche continentale a perdu.
Golda Landau (dates inconnues) — Grand-mère maternelle de Patrick et Daniel Rubin. Elle eut trois enfants : deux fils, Sylvain et Jean, et une fille, Lea Landau, qui devint la mère de la branche française de la famille. Son prénom, Golda — « l'or » en yiddish —, et son patronyme Landau, renvoyant à la ville rhénane du même nom, ancrent cette femme dans la diaspora ashkénaze d'Europe centrale avant son établissement ou celui de ses enfants en France. Elle est, pour cette branche maternelle, la figure mémorielle la plus haute que la transmission ait conservée.
Lea Landau (dates inconnues) — Fille de Golda Landau, épouse de Nathan Rubin, mère de Patrick et de Daniel Rubin. Portant à la fois le prénom de la matriarche biblique et le patronyme toponymique de sa famille maternelle, elle forma avec Nathan le foyer dans lequel les deux frères grandirent. Sa mention explicite dans le témoignage de Patrick la tire de l'anonymat où l'histoire laisse souvent les mères de familles modestes.
Daniel Rubin (dates de naissance inconnues – † 10 juin 2025) — Fils de Nathan Rubin et de Lea Landau, frère de Patrick Rubin. Décédé le 10 juin 2025, il est l'une des raisons immédiates pour lesquelles son frère a entrepris de consigner la mémoire de la famille. Sa disparition récente rappelle que le devoir de mémoire s'accomplit souvent dans le deuil, comme un refus de laisser un nom s'effacer avec le dernier témoin qui le portait.
Patrick Rubin (né au XXe siècle) — Fils de Nathan Rubin et de Lea Landau, frère de Daniel. Gardien de la mémoire de sa branche, il en a transmis les fragments avec une remarquable honnêteté, disant d'emblée « le peu que je sais » plutôt que d'en inventer davantage. Dans son témoignage Rubin ex Weinberg, il a reconstitué la date et le lieu de naissance de son père, sa fuite d'Allemagne, son engagement volontaire et son internement, ainsi que le fil unique qui rattache la famille à la lignée Weinberg, sa tante Ruth. Par ce geste de piété filiale et fraternelle, il inscrit une famille modeste dans la constellation plus vaste du nom Rubin et dans le grand commandement de la tradition : zakhor, souviens-toi.
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Conclusion
De Dolina à Philadelphie, de Mauthausen aux collines de Corée, de la Roumanie rabbinique aux studios de New York, et de Butzbach en Hesse jusqu'à ce guichet français où un Weinberg devint Rubin — la lignée Rubin ne forme pas un arbre unique mais une constellation. Ce que le rubis a de commun d'un porteur à l'autre n'est pas le sang : c'est une manière d'être au monde, une disposition intérieure que les faits documentés permettent d'identifier avec une relative précision.
Solomon Rubin, défiant la censure au nom de la raison, réhabilitant Spinoza dans la langue même de ses censeurs, polémiquant avec Luzzatto, obtenant son doctorat à Goettingen et publiant encore sur le philosophe excommunié jusqu'à la dernière année de sa vie, exprime le courage intellectuel poussé jusqu'à la provocation érudite. Moses Josef Rubin, portant la Loi rabbinique d'un continent à l'autre malgré la rupture des guerres, incarne la fidélité à la transmission. Vera Rubin, ouvrant l'observatoire aux exclues tout en révélant la matière cachée de l'univers — confirmant ainsi l'intuition de Zwicky que personne n'avait eu la rigueur de prouver avant elle —, joint la découverte scientifique à l'exigence de justice. Tibor Rubin, fils d'un père lui-même ancien prisonnier de guerre, ayant perdu sa mère et sa petite sœur à Auschwitz, puis risquant sa vie pour ses camarades prisonniers en Corée et refusant le rapatriement proposé par les Chinois pour rester avec ses frères d'armes américains, élève la bonté active jusqu'à l'héroïsme le plus absolu. Alan Rubin, servant la musique de son souffle dans l'ombre des studios, incarne l'humilité de l'artisan au service de la joie commune. Nathan Weinberg, chassé d'Allemagne et pourtant volontaire pour défendre par les armes le pays qui l'accueillait, dit à sa manière le courage de celui qui, dépossédé jusqu'à son nom, choisit encore de servir. Et Patrick Rubin, veillant sur le nom des siens jusque dans le deuil de son frère Daniel, accomplit le geste le plus discret et peut-être le plus fondamental : celui de la mémoire préservée contre l'oubli.
S'il fallait nommer, entre toutes, la vertu que cette lignée aura le mieux exprimée à travers ses représentants les plus documentés, ce serait le courage : courage de la pensée libre chez le maskil de Dolina, courage moral et scientifique chez l'astronome de Washington, courage physique et héroïque chez le soldat rescapé de Mauthausen, courage de la transmission chez le rabbin de l'exil, courage de servir chez l'exilé de Butzbach engagé volontaire, et jusqu'au courage discret de la mémoire chez celui qui, ayant peu, consigne néanmoins ce peu pour que rien ne se perde.
Ce courage-là n'est pas bravade. Il est cette forme de fidélité que la tradition d'Israël honore sous le nom de gevurah — la force intérieure qui permet de rester soi sous la contrainte de l'histoire, de maintenir l'étude quand on est chassé, de maintenir la justice quand on est exclu, de maintenir la bonté quand on a soi-même souffert, et de garder un nom vivant quand tout concourt à l'effacer. C'est cette même force qui, à la frontière d'un exil, fait qu'un nom reçu par accident devient un nom que l'on porte avec dignité. Le rubis, gemme de feu qui ne pâlit pas, en est l'emblème juste. En incarnant cette vertu sur quatre continents et à travers deux siècles, les Rubin ont participé, chacun pour sa part, à cette longue endurance d'Israël qui, de l'exil en exil, a fait du courage et de la mémoire deux manières de durer.
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En mémoire — contributions déposées
Pièces, témoignages et documents déposés par la communauté et versés à ce Grand Livre.
Sources (2)
- Famille Rubin. — Rubin Landau Sytner (Ce que je sais.)
- Rubin ex Weinberg — Patrick Rubin (Date de naissance Nathan Weinberg (Rubin))
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Grand Livre des Rubin — Zakhor, https://zakhor.ai/pt/grands-livres/familles/rubinVariantes do nome (5)
Um mesmo nome, cem rostos.
O mesmo sobrenome, transcrito de forma diferente conforme as línguas, as épocas e as diásporas.
עברית · Hebraico1
العربية · Árabe1
Кириллица · Cirílico2
Ελληνικά · Grego1
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Obras e textos (2)
Documentos publicados na Zakhor vinculados a esta linhagem por suas palavras-chave.
Famille Rubin.
Rubin Landau Sytner
Juste ce que je sais: Daniel Rubin (mon frère décédé le 10 juin 2025) et Patrick Rubin, (moi), fils de Nathan Rubin et de Lea Landau. Ma grand mère Golda Landau qui a eu 2 fils: Sylvain, Jean et ma mère, Lea Landeau. Du côté de mon père, il aurait du se nommer Weinberg mais à son arrivée en France l’administration l’a noté Rubin, sa femme se nommait Ruby. Voici le peu que je sais. Merci à vous. Patrick Rubin.
Rubin ex Weinberg
Patrick Rubin
Nous venons de voir, grand merci à Zakhor, que l’administration française avait décidé d’inscrire le nom de Rubin, sur le fichier de mon père, alors que son nom était Nathan Weinberg donc effacé. Sa femme s’appelait Ruby. Sa sœur, Ruth Weinberg, vivant à Londres après guerre, conserva son nom d’origine (non mariée) Mon père Nathan Rubin est né le 13 août 1913, à Butzbach, en Allemagne. Vers 1933 ou 1938, il quitte précipitamment l’Allemagne pour la France, il sera intégré comme militaire « engagé volontaire » puis fait prisonnier et transporté dans un camp d’internement. Ce petit développement, « le peu que je sais » pour tenter de revenir sur la lignée Weiberg, le seul fil est sa sœur, ma tante Ruth Weinberg. Merci. Patrick Rubin….(Weinberg)
Grandes figuras da linhagem
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Bibliografia
- A. Beider ; L. Menk, Dictionnaires des patronymes juifs d'Europe de l'Est (Beider : Empire russe 2008, Royaume de Pologne 1996, Galicie 2004) et judéo-allemands (Menk 2005), Avotaynu