Au début du XXᵉ siècle, recopier un manuscrit était encore, parfois, le seul moyen de le faire circuler. C'est l'histoire que restitue le Musée des Manuscrits du Judaïsme Maghrébin : celle de Samuel Sultan, copiste tunisien, qui en 1902 voyagea jusqu'à Oxford.
Ce qu'il venait y chercher dormait dans les collections de la Bodléienne : un manuscrit rare lié à l'œuvre d'Ephraïm Aln'kaoua, le maître de Tlemcen. Faute de pouvoir l'emporter, Sultan le recopia, page après page, de sa main.
De cette copie naquit une édition moderne, qui rendit accessible un texte jusque-là enfermé dans une bibliothèque anglaise. Le geste patient d'un copiste maghrébin, à l'âge de la photographie naissante, prolongeait une chaîne de transmission vieille de cinq siècles.
L'histoire de Samuel Sultan tient en peu de mots, mais elle dit quelque chose d'essentiel : un texte ne survit que si, à chaque génération, quelqu'un accepte de le recopier — de Tolède à Tlemcen, et de Tlemcen à Oxford.