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Zakhor
1165 – 1173 · De Tudèle à Bagdad

Compter les communautés

Il part de Navarre et met huit ans à faire le tour du monde connu. Partout où il passe, il demande combien ils sont — et il l’écrit.

ÉtabliBenjamin de TudèleVoyageDénombrementDiaspora

Benjamin ben Yona quitte Tudèle, en Navarre, vers 1165.

Il revient huit ans plus tard, après avoir traversé la Provence, l’Italie, la Grèce, Constantinople, la Syrie, la terre d’Israël, Bagdad, la Perse, et être passé par l’Égypte.

Son livre, le Sefer ha-Massaot — le Livre des voyages —, a été compilé après lui par un éditeur anonyme. Il subsiste dans plus de vingt manuscrits hébreux et a été imprimé pour la première fois à Constantinople en 1543.

Ce qu’il fait dans chaque ville

Il cherche la communauté juive, s’y présente, et pose des questions.

Combien de familles. Qui dirige. Quels métiers. De quoi vit-on. Y a-t-il une académie, un tribunal, un médecin.

Puis il note le chiffre. Près de trois cents localités sont ainsi relevées.

Pourquoi il compte

On a supposé qu’il préparait un guide : indiquer aux voyageurs juifs où trouver l’hospitalité sur la route de la terre d’Israël, ou aux persécutés où se réfugier.

L’hypothèse tient : il note ce dont un voyageur a besoin, et ses chiffres portent sur les foyers, non sur les âmes.

Quelle qu’ait été son intention, le résultat est le premier état des lieux de la diaspora que nous possédions, à une date donnée, par un observateur unique.

Ce qu’il faut en croire

Il n’est pas allé partout où il décrit : les pages sur l’Inde, la Chine et l’Éthiopie relèvent du ouï-dire, et il ne le dissimule pas toujours.

Ses chiffres sont discutés — trop ronds ici, trop précis là.

Mais là où il est passé, l’archéologie et les documents de la guéniza le confirment souvent. C’est un témoin, avec les défauts d’un témoin, et sans lui on ne saurait presque rien de ce que la diaspora pesait au XIIᵉ siècle.

Bagdad

Sa description de Bagdad est la plus détaillée. Il y voit le calife, décrit son palais, et surtout le chef de l’exil — l’exilarque —, qu’il présente comme un prince reconnu par le pouvoir musulman, précédé de cavaliers, à qui l’on crie de faire place.

Le tableau est flatteur et probablement embelli. L’institution, elle, existait bien, et déclinait.

Un homme parti d’une petite ville de Navarre a écrit ce que le monde juif était, de l’Espagne à la Mésopotamie, à un moment où personne d’autre n’a pensé à le faire.