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Zakhor
4 – 31 mars 1943 · Thrace occidentale et Macédoine grecque

Quatre mille

Le 4 mars 1943 au petit matin, la police bulgare rafle les Juifs d’une région grecque qu’elle occupe. Ils n’avaient pas la citoyenneté qui a sauvé les autres.

ÉtabliThraceBulgarieOccupationCitoyenneté

La Bulgarie occupe depuis 1941 la Thrace occidentale et la Macédoine orientale grecques, ainsi que la Macédoine yougoslave. Elle les administre, y installe sa police et son administration — mais n’accorde pas la citoyenneté bulgare à leurs habitants.

Cette distinction juridique, apparemment technique, va décider de la vie de plusieurs milliers de personnes.

Le 4 mars

Aux premières heures du 4 mars 1943, dans une opération coordonnée entre la Bulgarie et l’Allemagne, la quasi-totalité des Juifs de la zone occupée est raflée.

En Thrace grecque — Alexandroupoli, l’ancienne Dedeağaç, Komotini, Xanthi, Kavala, Drama, Serrès — environ quatre mille personnes sont arrêtées par les autorités bulgares.

Elles sont conduites dans des camps de rassemblement à Gorna Djoumaya et Doupnitsa, puis remises aux Allemands.

Le trajet

De là, elles gagnent le port bulgare de Lom sur le Danube, embarquent sur des chalands jusqu’à Vienne, puis sont mises en train.

Elles atteignent Treblinka à la fin du mois. Presque personne n’en est revenu.

Avec la Macédoine yougoslave, le total des déportés des territoires occupés par la Bulgarie s’élève à onze mille trois cent quarante-trois.

Six jours plus tard

Le 10 mars 1943, la déportation des Juifs de Bulgarie proprement dite devait commencer depuis Kyustendil. Elle est arrêtée par la lettre de Dimitar Peshev et de quarante-trois députés.

Six jours séparent les deux dates. La même administration, le même gouvernement, la même signature au bas des accords.

Ce qui a fait la différence est un statut : les uns étaient citoyens bulgares et avaient des députés pour parler d’eux, les autres non.

Ce que la mémoire a fait de ces deux mois

La Bulgarie a longtemps célébré le sauvetage de ses quarante-huit mille Juifs comme un titre de gloire national, sans mentionner les onze mille livrés.

Les travaux de Nadège Ragaru ont retracé la façon dont ce récit s’est construit, sous le communisme puis après, et ce qu’il fallait taire pour qu’il tienne.

Les communautés de Thrace n’existent plus. À Alexandroupoli, à Komotini, à Kavala, il reste des plaques et des cimetières — et, depuis quelques années, des commémorations qui nomment enfin ce qui s’est passé au petit matin du 4 mars.