En 1976, un Ghanéen nommé Aaron Ahotre Toakyirafa déclare avoir eu une vision : ses ancêtres sefwi descendaient des Juifs, et faisaient partie d’une des tribus perdues d’Israël.
Il rassemble peu à peu un petit groupe autour de lui, dans la région de Sefwi Wiawso et Sefwi Sui, à l’ouest du pays.
Ce qu’ils soutiennent
Une cinquantaine de familles pratiquent aujourd’hui le judaïsme. Elles soutiennent que leurs ancêtres sefwi étaient des Juifs venus par le sud à travers la Côte d’Ivoire, peut-être depuis Tombouctou, et qu’ils avaient apporté avec eux des observances anciennes.
Ils font valoir des usages antérieurs à l’arrivée des missionnaires chrétiens : repos le septième jour, interdits alimentaires, séparation rituelle, circoncision.
Aucune preuve historique ou documentaire n’étaye cette filiation. C’est pourquoi ce récit est au registre de la conjecture, comme celui des Bene Ephraim.
Apprendre sans maître
Coupés de tout, ils ont d’abord pratiqué à partir du seul texte dont ils disposaient : l’Ancien Testament, dans une traduction chrétienne.
Ils ont reconstitué un calendrier, un office, des règles alimentaires. Ce sont des reconstructions, et ils ne le cachent pas.
Dans les années 1990, ils entrent en contact avec le monde juif par l’intermédiaire d’organisations comme Kulanu, puis Be’chol Lashon, qui soutiennent les communautés isolées. Des livres, des rouleaux, des visiteurs arrivent.
La question qui revient
Ils ne sont pas reconnus comme juifs par le rabbinat israélien, et une reconnaissance passerait par une conversion — comme pour les descendants d’Iquitos et pour les Bene Ephraim.
Il faut poser la question sans la trancher : sur quoi fonde-t-on l’appartenance quand il n’y a ni document, ni communauté-mère, ni continuité attestée ?
L’exemple des Abayudaya d’Ouganda, communauté née d’une démarche comparable en 1919 et aujourd’hui reconnue par le mouvement conservative, montre qu’il n’existe pas de réponse unique.
Ce qui est établi
Ce que l’on peut affirmer sans réserve tient en peu de mots, et n’est pas rien.
Cinquante familles d’un village de l’ouest ghanéen observent le chabbat et les fêtes depuis près de cinquante ans, dans des conditions matérielles difficiles, sans avantage à en tirer et sans reconnaissance à l’horizon.
Toakyirafa est mort en 1991. La communauté qu’il a fondée a survécu à son fondateur, ce qui est le premier critère par lequel on juge, ordinairement, qu’une chose a pris.