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Zakhor
Iᵉʳ – IVᵉ siècle · Ostie, port de Rome

La synagogue du port

Une autoroute vers l'aéroport de Rome met au jour, en 1961, le plus ancien lieu de culte juif d'Europe occidentale — à quelques mètres de l'ancien rivage.

ÉtabliOstieRomeSynagogue antiqueDiaspora

En 1961, on construit une autoroute entre Rome et l'aéroport de Fiumicino. Les travaux entament le sol d'Ostie, le port antique de Rome, en bordure du site archéologique.

Maria Floriani Squarciapino, alors surintendante d'Ostie, conduit une fouille de sauvetage en deux campagnes, en 1961 et 1962. Ce qu'elle dégage est une synagogue — le plus ancien lieu de culte juif connu d'Europe occidentale.

Ce que le bâtiment montre

L'édifice se trouve à l'extrémité de la ville, près de l'ancienne ligne de rivage. Il a été bâti au Iᵉʳ siècle et remanié jusqu'au IVᵉ.

Dès le premier décapage, les fouilleurs dégagent deux grandes consoles de marbre portant chacune une ménorah sculptée. Elles appartiennent à l'édicule qui abritait les rouleaux de la Torah.

Le plan comprend une salle de prière avec des bancs, un vestibule, un puits, et une pièce équipée d'un four — vraisemblablement pour la cuisson des pains sans levain.

Une communauté de port

Ostie était l'entrepôt de Rome : les grains d'Égypte et d'Afrique, l'huile d'Espagne, les marchandises d'Orient y transitaient, avec des marins, des débardeurs, des courtiers, des affranchis.

La synagogue est donc celle d'une population de passage et de métiers, pas d'une élite. Elle est aussi la preuve matérielle d'une chose que les textes disaient sans qu'on puisse la toucher : il y avait des Juifs installés en Italie bien avant la destruction du Temple.

L'une des inscriptions est en grec et mentionne un donateur nommé Mindis Faustos, qui a fait faire l'arche pour la Loi sainte. Le grec, ici comme à Aphrodisias ou à Hammat Tibériade, est la langue de la vie juive en diaspora.

Une querelle de datation qui n'est pas anodine

Squarciapino datait la première phase du Iᵉʳ siècle et voyait dès l'origine une synagogue. L. Michael White a soutenu qu'il s'agissait d'abord d'un bâtiment ordinaire, converti plus tard en lieu de culte.

L'enjeu dépasse Ostie. Si le bâtiment est une synagogue dès le Iᵉʳ siècle, on a la plus ancienne synagogue construite comme telle en diaspora ; s'il s'agit d'une maison réaménagée, on a un exemple de plus d'un phénomène connu — les communautés se réunissent d'abord chez quelqu'un.

Le débat n'est pas clos. Ce qui n'est pas discuté, c'est qu'un lieu de culte juif a fonctionné là pendant environ trois siècles.

Un site qu'on visite mal

La synagogue est à l'écart du parcours principal d'Ostie Antica, au bout du site, et beaucoup de visiteurs ne l'atteignent pas.

Elle mérite le détour pour une raison précise : c'est le seul endroit où l'on peut se tenir dans une salle où des Juifs ont prié sous l'Empire, en Europe, dans un bâtiment qui existe encore.

Les catacombes juives de Rome disent la même présence par la mort. Ostie la dit par la vie ordinaire — un four à pain, un puits, des bancs.