Fès fut, presque dès sa fondation à la fin du VIIIᵉ siècle, une ville juive autant que musulmane. Les juifs y vécurent sans interruption pendant plus de mille ans, ce qui en fait l'une des plus anciennes présences continues du monde juif.
En 1438, on regroupa la communauté dans un quartier réservé, près du palais : le mellah de Fès, le premier à porter ce nom, qui le donnera à tous les autres quartiers juifs du Maroc. Mais la présence, elle, était bien plus ancienne que le quartier.
Cette continuité fit de Fès un foyer d'étude majeur. Isaac Alfasi, le « Rif », y enseigna au XIᵉ siècle ; le jeune Maïmonide y séjourna au XIIᵉ. De maître en élève, de copiste en copiste, une bibliothèque manuscrite s'y transmit sans rupture pendant des siècles.
La durée, ici, est le vrai personnage. Là où d'autres communautés furent chassées puis reformées ailleurs, Fès garda, génération après génération, le même sol sous les pieds — et c'est cette permanence qui permit à un patrimoine de livres de se transmettre presque sans perte. Le Musée des Manuscrits du Judaïsme Maghrébin en a fait l'un de ses terrains.