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Zakhor
73 – 74 · Massada, désert de Judée

Vingt-huit corps

Josèphe rapporte neuf cent soixante morts et un discours répété mot pour mot par deux femmes cachées. La fouille en a trouvé vingt-huit.

ProbableMassadaFlavius JosèpheArchéologieZélotes

Massada est une forteresse bâtie par Hérode sur un plateau isolé, au-dessus de la mer Morte. Après la chute de Jérusalem en 70, un groupe d’insurgés — les sicaires, faction extrême de la mouvance zélote — s’y maintient.

Les Romains construisent un mur de circonvallation, huit camps, et une rampe d’assaut. La place tombe en 73 ou 74.

Ce que Josèphe raconte

Flavius Josèphe, témoin de la guerre bien que non présent sur place, consacre le dernier livre de sa Guerre des Juifs à cet épisode.

Selon lui, les assiégés décident de mourir plutôt que d’être pris : neuf cent soixante hommes, femmes et enfants. Éléazar ben Yaïr prononce un long discours pour les y convaincre.

Josèphe précise comment il en connaît le texte : deux femmes et cinq enfants, cachés dans une citerne, l’auraient répété mot pour mot.

Pourquoi cette précision doit alerter

Un discours de plusieurs pages restitué mot pour mot par des survivants terrifiés est un procédé littéraire, non une source. L’historiographie antique compose les discours de ses personnages ; Thucydide le dit ouvertement.

Le contenu du discours est d’ailleurs philosophique et stoïcien, dans un registre qui est celui de Josèphe écrivant à Rome pour un public romain.

Cela ne prouve pas que rien n’a eu lieu. Cela signale que le texte est construit, et qu’il faut le lire comme tel.

Ce que la fouille a donné

Yigael Yadin fouille le site de 1963 à 1965, avec des volontaires venus du monde entier. Le chantier est immense et très médiatisé.

Sur les neuf cent soixante corps annoncés, vingt-huit ont été retrouvés — quelques squelettes dans le palais nord et le bain, les autres dans une grotte au sud du promontoire.

Jodi Magness, qui a repris le dossier, conclut que l’archéologie ne peut ni prouver ni réfuter le récit : les vestiges admettent plusieurs lectures, et l’absence de corps peut s’expliquer de plusieurs manières.

Ce que le site est devenu

Massada est devenue, dans l’Israël des années 1950 et 1960, un lieu de serment militaire et un symbole national — « Massada ne tombera pas une seconde fois ».

Ce statut a nourri à son tour la critique : un site fouillé par un ancien chef d’état-major, sur un récit unique et invérifiable, au service d’un roman national. La discussion a été vive et elle est instructive.

La rubrique donne ce récit au registre du probable. Le siège est établi — les camps romains et la rampe sont là. Ce qui s’est passé le dernier jour repose sur un seul auteur, et sur vingt-huit corps.