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Zakhor
1496 – 1506 · Lisbonne, Portugal

On ne les laisse pas partir

Le roi ordonne aux Juifs de se convertir ou de s’en aller — puis fait tout pour les empêcher de s’en aller. Il prend d’abord les enfants.

ÉtabliPortugalConversion forcéeNouveaux chrétiensEnfants

En 1492, des dizaines de milliers de Juifs expulsés d’Espagne passent au Portugal, contre un droit d’entrée.

En décembre 1496, Manuel Iᵉʳ édicte que tous les Juifs devront, entre janvier et octobre 1497, se convertir ou quitter le royaume.

La mesure est le prix de son mariage avec l’infante d’Espagne, dont les parents l’exigeaient.

La contradiction voulue

Manuel ne veut pas les perdre. Ils sont médecins, marchands, cartographes, financiers, et le Portugal est en train d’ouvrir la route des Indes.

Il fait donc tout pour EMPÊCHER leur départ : ports fermés, délais impossibles, embarquements différés.

Très peu ont été expulsés ou autorisés à partir. L’édit annonçait une expulsion ; ce fut une conversion générale par contrainte.

Les enfants

Le 19 mars 1497, premier jour de Pessah, les parents juifs reçoivent l’ordre de conduire à Lisbonne leurs enfants de quatre à quatorze ans.

Les enfants sont saisis pour être dispersés dans le royaume et élevés chrétiens. Le roi ordonne secrètement leur baptême.

Une semaine avant Pâques, les adultes rassemblés, privés de nourriture et d’eau selon les récits, sont traînés dans les églises voisines et baptisés en masse.

Ce que la contrainte fabrique

Il n’y a plus de Juifs au Portugal après 1497 — seulement des « nouveaux chrétiens ». Ils obtiennent vingt ans d’immunité contre toute enquête sur leur foi.

C’est ce qui les distingue de l’Espagne : là-bas, les conversos venaient de 1391 et l’Inquisition existait depuis 1478. Ici, une population entière est baptisée en un jour, sans instruction, sans consentement, et l’on sait parfaitement ce qu’elle croit.

L’Inquisition portugaise est instituée en 1536. Les statuts de pureté de sang ne seront abolis qu’en 1773.

1506

Le 19 avril 1506, à Lisbonne, des dominicains ameutent la population contre les nouveaux chrétiens.

Le massacre dure quatre jours. Entre mille et quatre mille personnes sont tuées et brûlées en tas dans plusieurs quartiers de la ville.

Ce sont les mêmes que neuf ans plus tôt, et ils sont désormais chrétiens. On les tue pour ce qu’ils ont cessé d’être par la contrainte de celui-là même qui règne encore.