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Zakhor
vers 145 av. J.-C. – 73 · Léontopolis, Basse-Égypte

Le second Temple

Écarté du grand pontificat de Jérusalem, un fils de grand prêtre obtient d'un roi grec l'autorisation d'en bâtir un autre en Égypte. Il durera deux siècles.

ProbableLéontopolisSacerdoceÉgypte lagideFlavius Josèphe

Au milieu du IIᵉ siècle avant notre ère, la charge de grand prêtre de Jérusalem est devenue un enjeu politique que les Séleucides distribuent. Onias IV, fils de grand prêtre, en est écarté au profit d'un candidat plus hellénisé.

Il quitte la Judée pour l'Égypte, entre au service des Lagides — les Juifs y forment des unités militaires — et obtient de Ptolémée VI Philométor l'autorisation de bâtir un temple à Léontopolis, en Basse-Égypte, vers 145 avant notre ère.

Ce que ce geste avait d'inouï

Le Deutéronome prescrit un lieu unique pour le sacrifice, et ce lieu est Jérusalem. Bâtir un second temple, avec un autel et un service sacrificiel, n'était pas une commodité de diaspora : c'était une position.

Onias s'appuyait, dit-on, sur un verset d'Isaïe annonçant un autel au Seigneur au milieu du pays d'Égypte. L'argument est rapporté par Flavius Josèphe ; on ne peut pas savoir s'il vient d'Onias ou de son historien.

Autour du temple s'organise ce qu'on appelle la terre d'Onias, une région de colonies militaires juives, à environ cent quatre-vingts stades de Memphis, près de l'actuel Tell el-Yehoudiyeh.

Deux siècles d'existence, et presque pas de traces

Ce temple a fonctionné environ deux cent vingt ans. C'est plus long que bien des institutions dont on parle davantage.

Et pourtant on n'en sait presque rien. Les textes anciens les plus complets sont ceux de Josèphe — les Antiquités et la Guerre des Juifs —, et ils se contredisent sur des points de détail, à commencer par le règne sous lequel la fondation eut lieu.

La littérature rabbinique le mentionne, avec une gêne visible : elle discute de la validité des offrandes qu'on y aurait faites, sans le condamner franchement ni le reconnaître.

Fermé pour raison de sécurité

En 73 de notre ère, trois ans après la destruction du Temple de Jérusalem, les Romains font fermer celui de Léontopolis.

Le motif est militaire et non religieux : après la révolte de Judée, on craint qu'un sanctuaire juif encore debout ne serve de point de ralliement.

Le second Temple aura donc survécu trois ans au premier, avant d'être supprimé par la même autorité, pour la même raison.

Ce que cette histoire empêche de dire

On résume volontiers le judaïsme du Second Temple par une formule simple : un Temple, un sacerdoce, un lieu. Léontopolis rend cette formule fausse pendant deux siècles.

S'y ajoutent Éléphantine, huit siècles plus tôt, et la communauté de Qumrân, qui rejetait le sacerdoce de Jérusalem sans bâtir d'autel. Trois manières différentes de ne pas coïncider avec le centre.

La rubrique donne ce récit au registre du probable, parce que l'essentiel repose sur un seul auteur. Ce qui est sûr, c'est qu'un temple juif a fonctionné en Égypte, longtemps, et que la tradition qui en a hérité a préféré ne pas trop en parler.