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Zakhor
Antiquité – Moyen Âge · Partout où l’on parlait araméen

Le traducteur qui n’avait pas le droit de lire

À la synagogue, un homme traduisait la Torah verset par verset. Il lui était interdit d’avoir un texte sous les yeux.

ÉtabliTargumAraméenOralFrontière

À partir du retour de Babylone, l’hébreu cesse peu à peu d’être la langue parlée. On parle araméen.

On continue de lire la Torah en hébreu à la synagogue, et une partie de l’assemblée ne comprend plus.

On institue donc un traducteur : le metourgueman.

Comment cela se passait

Le lecteur lit un verset de la Torah en hébreu. Le metourgueman le traduit à voix haute en araméen. Puis le verset suivant.

Pour les prophètes, on pouvait lire jusqu’à trois versets d’affilée avant de traduire.

Ce sont deux hommes différents, et deux voix différentes.

L’interdit

Le metourgueman n’avait pas le droit de LIRE sa traduction. Il devait la dire de mémoire, sans texte sous les yeux.

Le motif est donné : pour que l’assemblée ne confonde pas la traduction avec la parole écrite et sainte.

Un texte qu’on lit dans un rouleau a une autorité ; un texte qu’on récite n’en a pas. La différence tient au geste, et elle est visible de la dernière rangée.

Ce que la règle protège

Elle ne protège pas contre l’erreur : un homme qui récite se trompe plus qu’un homme qui lit.

Elle protège une FRONTIÈRE. Il n’y a qu’un texte révélé, et tout le reste — si utile, si exact soit-il — est du commentaire.

C’est le même souci qui a fait discuter, pendant des siècles, s’il était permis de mettre la loi orale par écrit.

Ce qu’il en est advenu

Les traductions ont fini par être fixées et écrites : le Targoum Onkelos pour la Torah, le Targoum Jonathan pour les prophètes. On les imprime aujourd’hui dans la marge, à côté du texte.

L’usage de traduire à voix haute a disparu partout, sauf chez les Juifs du Yémen, qui l’ont conservé — un enfant y récite encore le Targoum verset après verset.

Une règle inventée pour empêcher qu’on confonde les deux textes a produit, mille cinq cents ans plus tard, deux colonnes imprimées sur la même page.