Aller au contenu
Zakhor
mai – juin 1939 · Hambourg, La Havane, Anvers

Neuf cent trente-sept

Un paquebot allemand emmène des réfugiés juifs à Cuba avec des visas achetés. On les refuse, puis les États-Unis, puis le Canada.

ÉtabliRéfugiésSaint-LouisRefus1939

En mai 1939, le paquebot allemand Saint-Louis quitte Hambourg pour La Havane avec neuf cent trente-sept passagers, presque tous des réfugiés juifs.

Ils ont des permis de débarquement cubains, achetés. Un décret cubain les a invalidés une semaine avant le départ.

Le navire arrive à La Havane le 27 mai. Cuba refuse de le laisser débarquer.

Les refus

Le Saint-Louis longe ensuite la côte de Floride, si près qu’on voit les lumières de Miami.

Les États-Unis refusent : les quotas d’immigration allemande sont pleins, et rien dans la loi ne prévoit d’exception. Le Canada refuse à son tour.

Le 6 juin 1939, le capitaine Gustav Schröder reçoit l’ordre de rentrer en Europe. Il refuse de ramener ses passagers en Allemagne et cherche un port pendant plusieurs jours.

Anvers

Quatre pays finissent par accepter de se répartir les passagers : la Belgique, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et la France.

Le navire accoste à Anvers le 17 juin 1939.

Ceux qui débarquent en Angleterre sont sauvés. Les autres se retrouvent, moins d’un an plus tard, dans des pays occupés par l’Allemagne.

Le compte

Deux cent cinquante-quatre passagers du Saint-Louis ont été tués pendant la Shoah.

Autrement dit : plus d’un quart de ceux qui avaient réussi à partir en 1939, avec un billet, un visa et une cabine.

Ils n’ont pas été rattrapés par la guerre. Ils ont été renvoyés vers elle par des décisions administratives prises à trois endroits différents.

Ce que le cas a servi à établir

Le Saint-Louis est devenu l’exemple canonique du refus des démocraties, un an après la conférence d’Évian qui n’avait rien produit.

Le Canada a présenté des excuses officielles en 2018, les États-Unis ont fait de ce dossier une pièce centrale de leur musée mémorial.

Le capitaine Schröder a été reconnu Juste parmi les nations en 1993. Il était membre du parti d’aucun camp, capitaine d’une compagnie allemande, et il a simplement refusé d’exécuter un ordre.