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Zakhor
1866 – 1867 · Krotoschin, Posnanie prussienne

L’autre Talmud

Le Talmud de Jérusalem n’avait pas d’édition de référence. Une petite imprimerie de Posnanie en produit une en 1866, et c’est encore celle qu’on cite.

ÉtabliTalmud de JérusalemImprimeriePrusseÉdition

Il existe deux Talmuds. Celui de Babylone, achevé vers le VIᵉ siècle, énorme, commenté sans interruption, imprimé par Bomberg en 1523 et étudié partout.

Et celui de Jérusalem — le Yeroushalmi —, compilé en terre d’Israël environ un siècle et demi plus tôt, plus court, conservé dans un état de transmission bien plus mauvais, et longtemps délaissé.

Pourquoi l’un a éclipsé l’autre

Le Talmud de Jérusalem a été compilé dans l’urgence, sous la pression de la fin du judaïsme organisé en Palestine byzantine. Il est inachevé, elliptique, et son texte a circulé dans un très petit nombre de manuscrits.

Le Babylonien, produit par des académies stables qui ont continué pendant des siècles, a bénéficié d’une chaîne de commentaires ininterrompue.

Le droit rabbinique s’est donc fixé sur le Babylonien, et le Yeroushalmi est devenu une source secondaire — consultée, rarement étudiée pour elle-même.

Krotoschin

Krotoschin — Krotoszyn — est une petite ville de la province prussienne de Posnanie. Une imprimerie hébraïque y fonctionne depuis 1834, tenue par B. L. Monasch.

En 1866-1867, elle publie une édition du Talmud de Jérusalem en un volume, préparée avec le concours de l’historien Heinrich Graetz.

Cette édition devient la référence : sa pagination est celle que citent les ouvrages savants, et elle a été reproduite en fac-similé pendant plus d’un siècle.

Ce que l’imprimeur décide

C’est le même mécanisme qu’avec Bomberg trois siècles plus tôt : une entreprise commerciale privée fixe, pour tout le monde et pour longtemps, la manière dont un texte se cite.

Personne n’a mandaté Monasch. Il a imprimé un livre, et le livre s’est imposé faute de concurrent.

Une édition critique du Yeroushalmi, fondée sur le manuscrit de Leyde qui est le seul complet, n’est venue qu’au XXᵉ siècle. Elle n’a pas délogé la pagination de Krotoschin.

Ce que ce texte porte

Le Talmud de Jérusalem est aujourd’hui la source la plus importante pour la vie juive en terre d’Israël aux IIIᵉ et IVᵉ siècles — l’agriculture, les rapports avec les autorités romaines puis byzantines, les synagogues de Galilée dont on retrouve les pavements.

Il porte aussi tout un droit agricole lié à la terre, que le Babylonien traite peu parce qu’il ne s’appliquait pas en Mésopotamie.

Un texte négligé pendant quinze siècles est ainsi devenu, pour les historiens, l’un des plus précieux — et on le cite d’après une brochure de Posnanie.