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Zakhor
1876 · Iaşi, Roumanie

Un jardin à vin

Il chante ses propres couplets dans le jardin d’un marchand de vin de Roumanie. C’est l’acte de naissance du théâtre yiddish.

ÉtabliYiddishThéâtreRoumanieFondation

Avrom Goldfadn est né en Volhynie en 1840. Il écrit des poèmes et des chansons en yiddish, langue que personne ne considère alors comme littéraire.

En 1876, il se trouve à Iaşi, en Roumanie, sans le sou.

Il chante ses couplets dans le jardin d’un marchand de vin, Chimon Mark, et dans un établissement appelé le Pommier vert.

Ce qui se passe ce soir-là

Le public en veut davantage. Goldfadn ajoute du dialogue entre les chansons, puis des personnages, puis une intrigue.

Il recrute deux chanteurs, monte une troupe, et se met à écrire des pièces.

C’est ce qu’on tient pour la première troupe de théâtre professionnelle en langue yiddish de l’histoire.

Pourquoi cela n’existait pas avant

Le théâtre était mal vu par la tradition rabbinique, et le yiddish tenu pour un jargon domestique, impropre à autre chose qu’à la conversation et aux livres de piété pour femmes.

Il existait bien une forme théâtrale : le Pourimchpil, joué une fois l’an, par des amateurs, à Pourim, sous couvert de fête.

Ce que Goldfadn invente, ce n’est pas de jouer : c’est de jouer TOUTE L’ANNÉE, pour de l’argent, devant un public qui paie.

Ce qu’il écrit

Une soixantaine de pièces, dont il compose aussi la musique : opérettes historiques, comédies de mœurs, mélodrames.

Ses chansons sont entrées dans le répertoire au point qu’on les croit populaires et anonymes — la berceuse Rojinkes mit mandlen, raisins et amandes, est de lui.

Il meurt à New York en 1908. Des dizaines de milliers de personnes suivent son cercueil.

Ce que le théâtre yiddish est devenu

Interdit en Russie de 1883 à 1905, il émigre : Londres, Varsovie, Buenos Aires, et surtout New York, où la Second Avenue devient une capitale théâtrale.

Il a formé une génération d’acteurs qui passeront ensuite à Broadway et à Hollywood, et il a donné au yiddish une scène publique qu’aucune académie ne lui aurait accordée.

Une langue qu’on jugeait indigne d’être écrite a eu son théâtre avant d’avoir sa littérature reconnue — et elle le doit à un homme qui chantait dans un jardin à vin.