En 1913, en Galicie, deux groupes fusionnent : Hashomer, La Garde, troupe de scoutisme sioniste, et Tzeirei Zion, La Jeunesse de Sion, cercle qui étudiait le sionisme, le socialisme et l’histoire juive.
L’ensemble prend le nom de Hashomer Hatzaïr, La Jeune Garde.
C’est le plus ancien mouvement de jeunesse sioniste encore existant.
D’où viennent ses idées
Marxiste-sioniste à l’origine, il combine des influences qui n’allaient pas de soi ensemble : Ber Borochov pour l’analyse de classe, Gustav Wyneken pour la pédagogie, Baden-Powell pour le scoutisme, et le Wandervogel allemand pour la marche, le feu de camp et le retour à la nature.
Trois de ces quatre références sont allemandes, et aucune n’est juive.
C’est une remarque à faire sans malaise. Une génération de jeunes Juifs d’Europe centrale a repris les formes de son époque pour en faire tout autre chose.
Ce que le mouvement proposait
Que la libération de la jeunesse juive passe par l’émigration en terre d’Israël et la vie en kibboutz.
Ce n’est pas une opinion politique : c’est un programme de vie entière, décidé à seize ans, qui suppose de quitter sa famille, son pays et sa langue.
En 1939, le mouvement compte soixante-dix mille membres dans le monde.
Ce que ces mouvements ont produit
Des kibboutzim, un parti — le Mapam —, et une part considérable des cadres de l’État d’Israël.
Et autre chose, qu’on n’attendait pas d’eux : l’ossature de la résistance juive dans les ghettos. Les organisations de combat de Varsovie, de Vilna, de Białystok, de Cracovie sont sorties des mouvements de jeunesse — Hashomer Hatzaïr, Dror, Betar, le Bund.
Ce sont les seules structures juives d’Europe orientale à avoir tenu après l’effondrement de tout le reste : elles étaient déjà clandestines, déjà organisées en petits groupes, et déjà habituées à obéir à des gens de vingt ans.
Ce que cela dit d’un mouvement de jeunesse
On les regarde ordinairement comme des activités périscolaires. Ils ont été, dans cette Europe-là, la principale institution d’éducation politique du judaïsme.
Ils formaient à décider ensemble, à vivre en groupe, à supporter l’inconfort et à tenir un engagement pris devant les autres.
Aucun de leurs fondateurs n’avait prévu à quoi cette formation servirait.